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Œuvres complètes - Tome IIIVaniervolume III (p. 80-81).

XVII


Un fiacre, demain, à huit heures
Du matin, nous emportera
Tous deux bien loin de ces demeures
Devers tous les et cætera

De la vie enfin reconquise,
Bonheur, malheur, et toi toujours !
Car tu m’es la fête promise
Ou le saut aux abîmes sourds.

Cette fois comme les dernières
Tu me jures bien d’en finir
Avec tes mœurs aventurières
Et de ne plus y revenir.

Est-ce encore de la faiblesse
Ou pressentiment de ma part ?
Il me semble que ta promesse
D’aujourd’hui d’un cœur loyal part,


Pourtant les yeux noirs, ô ma brune,
De leur regard méchant et bon,
Mystérieux comme la lune,
Ne me disent ni oui ni non,

Et le sourire qui te pare,
Parfois semble avoir hésité
Entre une malice barbare
Et la naïve gaieté.

Si tu savais ce que je souffre
Dans ce misérable suspens,
Me balançant des cieux au gouffre,
Du gouffre morne aux cieux flambants,

Des cieux flambants de toutes joies
Au gouffre plein d’ombre et de mal,
Tu pitoierais — et tu pitoies ?
Ce pauvre vieux dit l’Infernal.

Qu’importe, allons ! ô toi le maître
Et la maîtresse. Il est demain,
L’heure a sonné, vite au Peut-être
Dont ton caprice est le chemin.