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Œuvres complètes - Tome IIIVaniervolume III (p. 217-225).

I


I


Remis de ses émotions,
N’ayant gardé des passions

Que de la force et de la ruse,
Le poète à présent s’amuse...

Il jouira du beau, du bien,
S’enquêtant de tout et de rien...

Pourvu que tout soit quelque chose
Et que rien au bout ne s’oppose,

Au but qu’il poursuivait jadis
Avec des élans d’Amadis,

Vers quoi désormais il chemine,
Bon chanoine en de chaude hermine,


Chanoine du Parnasse, un peu
Sceptique envers l’un peu vieux dieu,

Ce but qui serait d’enfin vivre
Sinon encor tout à fait ivre

Comme autrefois, du moins repu
Point trop, grands dieux ! mais ayant bu

De l’eau qu’il faut à la « Fontaine
Poétique », pour la lointaine

Ou prochaine mort qu’il faudrait
Être consolée en secret.

II


 
Oui, voir, entendre avec assez
De sang frais et du bon sens plein,
Ne plus souffrir, câlin, malin.
Félin, que des chagrins passés.

Se méfier de tout souci
Sauf de tel que l’Église enjoint,
Mettre sa conscience au point
Pour écrire ce livre-ci.

III


Il faut toujours être meilleur
Que l’homme que l’on voudrait être
Et qu’on souhaite de paraître,
Dans l’enthousiasme et dans l’heur

De la vertu sans cesse accrue,
Tandis qu’en bas la vanité
D’une trop vraie humanité
Se sent par degrés disparue…

Certainement, le Sage doit
Aimer en outre, même hostile,
Même affreuse, même inutile,
La destinée où Dieu le voit

Se perfectionner sans cesse
Par l’effort désintéressé
D’un cœur enfin débarrassé
De toute l’ancienne bassesse


Mais dans l’enthousiasme et l’heur
D’être meilleur encore que d’être
Celui qu’on veut être et paraître,
Il faut toujours être meilleur.

IV


Les extrêmes opinions
Qu’hier encor nous pratiquâmes
Et qu'aujourd’hui nous renions

Sont pourtant de nos pauvres âmes
La vie et peut-être l’honneur,
La vie en fleur, l’honneur en flammes.

Le siècle et son train suborneur
Nous corrompent si vite ensuite
Qu’on n’en sait rien, par un bonheur.

On se blase, l’on se croit quitte
De tous devoirs et de tous droits.
C’est affreux d’oublier si vite

Ce que tu veux, ce que tu crois ;
Pour quelle triste insouciance !
Ah ! Dieu, plutôt sous Votre croix,


Satan, plutôt, par la science,
Les grandes erreurs de jadis
Ou l’ignorante confiance

Quand j’aspirais au Paradis.

V


J’étais naguère catholique
Et je le serais bien encor…
Mais ce doute mélancolique !

Républicain fut le décor
Où mon esprit joua son rôle,
Mais cette flèche en plein essor !

J’essayai de tout, et c’est drôle
Comme cela lasse, à la fin,
De changer son fusil d’épaule

Sans cible humaine ou but divin !

VI


Bah, résume ta vie
Dans l’art calme et dans l’heur
Du Bien qui te ravit
Et du Beau qui ne leurre.