Cours d’agriculture (Rozier)/ARÉOMÈTRE (supplément)

Marchant (Tome onzièmep. 163-164).


ARÉOMÈTRE, (Physique.) Il est reconnu maintenant que l’aréomètre indiqué par Rozier comme le meilleur n’est point exact ; ses degrés ne répondent pas à des différences égales de densité. L’aréomètre dont tous les physiciens se servent aujourd’hui est celui que l’on nomme balance de Nicholson, du nom de son inventeur. L’usage en est très-sûr et très-commode.

Il est fondé sur ce principe : lorsqu’un corps plongé dans un liquide y surnage en partie, le poids du liquide déplacé est exactement égal au poids du corps.

D’après cela, si l’on a un instrument dont on commisse le poids, qu’on le plonge successivement dans deux liquides différens, en ajoutant à chaque fois les poids nécessaires pour le faire enfoncer jusqu’au même point, les volumes de liquide déplacés seront égaux, leurs poids seront connus ; en les divisant l’un par l’autre, on aura le rapport de leur densité, ou de leurs pesanteurs spécifiques.

Tel est, en effet, le but de la balance de Nicholson ; elle consiste dans un tube de fer-blanc surmonté d’une tige faite avec un fil de laiton, et qui porte à son extrémité une petite cuvette A. (Pl. V, fig 1.) Cette tige est marquée vers son milieu d’un trait fait avec la lime, et ce trait marque la profondeur à laquelle l’instrument s’enfonce dans l’eau distillée ; à la partie inférieure est attaché un cône renversé, lesté avec du plomb ; le poids de l’instrument doit être tel, qu’il surnage quand on le plonge dans les différens liquides dont on veut déterminer la pesanteur. La petite tige qui porte la cuvette est mobile, pour qu’on puisse l’élever et l’abaisser.

Quand on veut se servir de cet instrument, on le plonge dans le liquide que l’on veut peser, et on met des poids dans la cuvette supérieure, de manière qu’il s’enfonce jusqu’au trait T. Or, l’instrument est construit, de manière qu’il s’enfonceroit jusqu’au même point dans l’eau distillée, en vertu de son propre poids. On a donc ainsi les poids de deux volumes égaux d’eau distillée et du liquide soumis à l’expérience. Divisant le second poids par le premier, le quotient est la pesanteur spécifique du liquide. On peut même, au moyen de cet instrument, prendre la pesanteur absolue et la pesanteur spécifique des corps solides. Pour cela, il faut mettre sur la cuvette A P une autre cuvette E un peu plus grande. Voici maintenant le procédé que j’extrais de la Physique de Haüy.

On commence par placer dans la cuvette supérieure les poids nécessaires pour que le trait T, marqué sur la tige, descende à fleur d’eau ; c’est ce que l’on appelle affleurer l’aréomètre ; et la quantité de poids ajouté se nomme la charge de l’aréomètre ; on ôte cette charge que l’on met de côté, on met dans la même cuvette le corps destiné pour l’expérience, et que nous supposons plus dense que l’eau. On ajoute à côté les poids nécessaires pour produire l’affleurement ; on retranche cette seconde charge de la première ; le reste est le poids du corps dans l’air. Voilà la première partie de l’opération. Exemple :

Charge de l’aréomètre 20 grains
Seconde charge. Poids ajoutés quand le corps étoit dans la cuvette 15
Différence au poids du corps dans l’air 4 grains

Cela fait, on enlève l’aréomètre, et on ôte les poids dont il est chargé ; on met le corps dans la cuvette inférieure ; on replonge l’instrument, et on ajoute les poids nécessaires pour produire l’affleurement. Cette nouvelle charge est retranchée de la seconde ; la différence est la perte que le corps a faite de son poids dans l’eau. Exemple :

Seconde charge 16 grains
Troisième charge, quand le corps est dans l’eau 18
Différence ou perte du corps dans l’eau 2 grains

C’est aussi le poids du volume d’eau déplacée. En divisant par cette quantité le poids du corps, on aura sa pesanteur spécifique, qui sera égale à 2, dans l’exemple que nous avons choisi ; on voit qu’un pareil corps pèseroit deux fois plus que l’eau distillée, à volume égal.

Si l’on vouloit peser ainsi une substance plus légère que l’eau, il faudroit, en la mettant dans le bassin inférieur, l’attacher d’une manière fixe : dans ce cas, le corps qui sert d’attache est censé faire partie de l’aréomètre. Nous avons supposé que la substance que l’on veut peser n’est pas de nature à s’imbiber d’eau ; autrement, il faudroit avoir égard à celle dont elle se chargeroit. (Pour cela, voy. la Physique de Haüy, Tome 1, Page 49.) I. B.