Correspondance de Gustave Flaubert/Tome 8-9/1829

Louis Conard (Volume 8p. 239-240).

1829. À SA NIÈCE CAROLINE.
Vendredi soir, 11 heures [21 mars 1879].
Ma chérie,

Si, dans ta conscience, tu ne trouves pas bien le portrait du P. Didon, il ne faut pas le soumettre au jury. Peut-être as-tu eu l’ambition trop haute. Mais j’ai mauvaise opinion d’un artiste qui, étant jeune, n’a pas une opinion trop haute. Pour faire bien un sonnet, il faut avoir tenté un poème épique.

Au reste, demande l’avis franc de Bonnat. A-t-il vu le portrait de M. Cloquet ?…

Ma jambe, que je ménage beaucoup, est toujours enflée le soir ! Quand pourrai-je aller à Paris, où j’ai tant besoin, pour mon travail !

Maintenant, je refais, pour la troisième fois, les tables de mon dossier intitulé : Philosophie. Ce sont les notes de mes notes que je coordonne, pour dresser le plan de mon chapitre. Depuis quinze jours, je ne m’occupe pas à autre chose ! Quelle besogne ! Et je suis taquiné fortement par le mal de dents, si bien que je viens d’écrire à Gally pour le prier de m’apporter ses outils. La providence ne m’étouffe pas sous les roses ! Mais je ne l’accuse point, étant convaincu de la nécessité des choses.

Je vais donc revoir ma fille ! Quand ? et pour combien de temps ? Le vieux Croisset te fera du bien. Il y a beaucoup de primevères et de violettes ; leur vue te délassera, te détendra les nerfs.

Embrasse ton mari pour moi, et quatre bécots sur tes joues.

Vieux.