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Correspondance 1812-1876, 5/1866/DCIV



DCIV

À M. ALEXANDRE DUMAS FILS,
À LA SCHLITTENBACH (SAVERNE)


Nohant, 28 juin 1866.


Mon fils,

J’ai reçu en même temps ce matin votre lettre et le volume[1]. Je vas lire. C’est du bonheur en barre. Mon machin philosophique est dans les mains de Buloz, qui fera paraître je ne sais quand. J’ai corrigé l’épreuve du premier numéro. Je travaille à Mont-Revêche. J’ai débrouillé deux actes, en suivant aveuglément votre conseil. Malgré le peu de goût et la difficulté que j’ai à passer deux fois par le même chemin, je me conforme au roman. Il me semble à présent que ça donne, en effet, quelque chose ; mais comme j’aurais besoin de vous pour me donner confiance en moi !

Ici, on va très bien, on est heureux et content. Les enfants gouvernent bien la barque et je suis heureuse de n’avoir rien à gouverner.

La petite est ravissante, une nature calme et gaie sans bruit. La peau toujours fraîche en plein soleil. Qu’est-ce que ça signifie ? Dites, si vous savez. Elle regarde tout avec une attention extraordinaire, comme si elle était destinée à se rendre compte de tout. Elle a des yeux étonnants ; elle est très grasse enfin à présent, très dormeuse et très bien portante.

Est-ce que vous avez tout votre monde à la Schlittenbach ? Embrassez pour moi About et dites-lui d’embrasser sa charmante femme pour moi. Embrassez la vôtre d’abord, et Coliche, et la jeune czarine blonde. Mes enfants vous disent mille et mille amitiés. Venez donc nous voir si vous ne restez pas tout l’été en Alsace ; car, moi, je ne sais pas si on ne me rappellera pas en août pour ma pièce. C’est dur, mais c’est comme ça. Je fais des vœux pour que les Benoîton se prolongent. Quand j’aurai lu Clémenceau, je vous en écrirai.

G. SAND.

  1. L’Affaire Clémenceau.