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CCXCIX

À JOSEPH MAZZINI, À ROME


Nohant, 23 juin 1849.


Ah ! mon ami, mon frère, quels événements ! et comment vous peindre la profonde anxiété, la profonde admiration et l’indignation amère qui remplissent nos cœurs ? Vous avez sauvé l’honneur de notre cause ; mais, hélas ! le nôtre est perdu en tant que nation. Nous sommes dans une angoisse continuelle.

Chaque jour, nous nous attendons à quelque nouveau désastre, et nous ne savons la vérité que bien longtemps après que les faits sont accomplis. Aujourd’hui, nous savons que l’attaque est acharnée, que Rome est admirable, et vous aussi. Mais qu’apprendrons-nous demain ? Dieu récompensera-t-il tant de courage et de dévouement ? livrera-t-il les siens ? protégera-t-il la trahison et la folie la plus criminelle que l’humanité ait jamais soufferte ? Il semble, hélas ! qu’il veuille nous éprouver et nous briser pour nous purifier, ou pour laisser cette génération comme un exemple d’infamie d’une part, d’expiation de l’autre.

Quoi qu’il arrive, mon cœur désolé est avec vous. Si vous triomphez, il ne m’en restera pas moins une mortelle douleur de cette lutte impie de la France contre vous. Si vous succombez, vous n’en serez pas moins grand, et votre infortune vous rendra plus cher, s’il est possible, à votre sœur.