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Correspondance - Lettre du 30 août 1918 (Asselin)

Dimanche 3 août, 5h.40 du soir.

J’achève dans une douce sérénité, ma bien chère femme, une journée que je redoutais un peu. Hier après-midi mes pas me portaient du côté de Notre-Dame-de-France, où je devais, m’avait assuré le bon major Casgrain, trouver un prêtre selon mon cœur. Je le fis xxxxxxx mander au parloir et il entendit ma confession dans le cabinet voisin. Ce soir je xxxxxxx dînais à l’hôtel Waldorf avec Fernand Rinfret et Mayrand (celui-ci de la Presse). J’allais ensuite faire une marche avec Mayrand, que je quittais à 10 heures pour rentrer au club cercle. Ce matin je trouvais à table un jeune Gonthier du 10e, fils du comptable (Gonthier et Frigon) et nous allions ensemble à l’Oratoire, qui est la plus belle église de toutes, et la plus historique. Rinfret et Mayrand sont venus déjeuner avec moi, et m’ont quitté un peu avant 5 heures. Ils partent demain avec leurs compères pour xxxxxxx aller voir, quelque part, xxxxxxx le gros de la flotte. À leur retour ils xxxxxxx iront probablement passer une journée à Bramshott. Je dis : ils iront, car à ce moment je serai probablement encore à l’hôpital. xxxxxxx J’ai vu hier le Dr Adams, ci-devant de McGill’s, aujourd’hui historiographe du service sanitaire canadien, et tout puissant auprès de la direction. Il me fera entrer demain matin xxxxxxx à l’hôpital des Daughters of the Empire (atchoum !), dont le directeur est, si j’ai bonne mémoire, un docteur Hutchison, homme très capable, paraît-il. Il m’a dit qu’au besoin celui-ci appellerait du dehors un spécialiste. On n’est pas mieux traité ! Durant ma réclusion forcée, je ferai une piqûre et peut-être quelque autre petit travail

Dans une lettre que je lui écrivais avant-hier, je suggérais en badinage à Anne-Marie de faire demander xxxpour moi à DeSerres, par le Docteur, la place de Campeau. Sais-tu que pour faire élever nos enfants à notre goût, et pour goûter nous-mêmes quelque quelque sécurité pour nos vieux jours, un poste comme celui-là ne serait pas à dédaigner : je suis maintenant si loin de la politique ! Rien ne m’empêcherait d’utiliser mes loisirs xxxselon mes goûts.

J’oubliais de te dire que le capitaine Normandin est au même cercle que moi. Il ira à Bramshott cette semaine. Je lui confie cette fois une couverture grise de 1898, celle que nous avions trouvée au Bermudes, et une autre que j’ai acquise en Angleterre. Ce sont trois xxx articles de valeur, dont je n’ai pas besoin ici, et dont vous vous trouverez bien. Normandin repartira vers le 10 ou le 12, devrait être à Montréal aux alentours du 25, c’est-à-dire vers le temps où vous rentrerez de la Gaspésie. Je lui dis de laisser le colis chez ton propriétaire si vous n’êtes pas encore de retour. Moi-même, à partir du 10, xxxxxxx j’adresserai mes lettres à Montréal. J’enverrai à Raoul un briquet fabriqué à Verdun que Mayrand m’a aimablement offert. Si je puis trouver autre chose xxxxxxx de nature à lui faire plaisir, et qui ne coûte pas trop cher, je ne manquerai pas de lui en faire cadeau.

Tout le monde ici est dans la jubilation à cause des nouvelles de France, mais où en serions-nous, si Pershing n’avait pas, par son exemple, forcé les A. à accepter l’unité de commandement ? La guerre durera peut-être deux ou trois ans encore, mais elle vient d’être gagnée : d’ici là, la force des empires du centre ne peut pas diminuer. J’essaierai de retourner au front, parce que c’est là mon premier devoir ⁁envers toi et envers nos fils. Ensuite, – si je suis encore vivant, – je xxxxxxx retournerai au Canada xxxxxxx travailler de mon mieux à votre bonheur. Ton mari qui t’aime.

Olivar.