Contes coréens/Préface

Traduction par Serge Persky.
Librairie Delagrave (p. 5-9).

PRÉFACE


La Corée, presqu’île montagneuse, que les Chinois, appellent Kaoli, s’allonge entre la mer du Japon et la mer Jaune. Elle compte 7 millions d’habitants.

De vastes forêts de chênes, d’ormes, de châtaigniers, de conifères recouvrent plaines et hauteurs ; on y rencontre des tigres, des ours, des sangliers, des renards, des cerfs ; les reptiles abondent, et parmi eux, le terrible trigonocéphale. Les principales cultures sont le riz, le maïs, le millet, le cotonnier, le ginseng, plante médicinale. La presqu’île éprouve les rigueurs du froid et les rigueurs de la chaleur. Le sol, très fertile sur les côtes, renferme de la houille, de l’or, de précieux minerais, et cette richesse explique bien des convoitises.

Le royaume relevait de la Chine, depuis 1120 ; mais le roi, dont l’autorité était absolue, gardait son indépendance pour l’administration intérieure de ses États. Le pays est devenu colonie japonaise en 1910.

Les Coréens appartiennent à la famille mongole ; leur race et leur langage tiennent le milieu entre les Chinois et les Japonais. Bons marins, habiles pêcheurs, ils pro­fessent la religion bouddhique.

Des murailles crénelées entourent les villes ; les rues, même dans les villages, sont bordées de murs en pisé, en bambou, et derrière ces abris se cachent les habitations, lesquelles, le plus souvent, ne se composent que d’une seule pièce au toit de chaume.

Les Coréens sont fiers de leur belle chevelure, épaisse et longue ; ils y tiennent à tel point qu’ils ont soutenu, pour le droit de la porter, de désastreuses guerres contre le gouvernement de Pékin.

Leur costume se rapproche de celui des Chinois, mais il est blanc. Les Russes, leurs voisins aux confins de la Sibérie, appellent les Coréens Cygnes blancs, en considération de leur timidité et de la couleur habituelle de leurs vêtements.

« Ce sont, pour la plupart, dit l’Américain Whiteley qui les a étudiés de près, ce sont des enfants merveil­leux, non encore sortis de la période légendaire ».

Ces contes furent recueillis et publiés en russe et en chinois par un ingénieur bien connu, M. Garine, au cours de ses séjours prolongés en Corée.

Voici quelques lignes de son introduction :

« Vingt ou trente Coréens, aux mantelets de dame, aux chapeaux à larges bords, à coiffe haute et étroite, nous entouraient, assis à croupeton. Sur la prière de l’un de nous, le meilleur barde de l’assistance se mettait à conter, tandis que les autres fumaient leurs fines pipes et écoutaient avec attention.

« Mon ami, un Coréen nommé Kim, instituteur de profession, m’accompagnait, et nous notions les récits, rapidement, phrase par phrase, en nous efforçant de conserver leur saveur et leur simplicité.

« J’écoutais ces contes, tantôt le soir, après un dîner hospitalier, tantôt lorsque nous nous reposions sur une éminence, d’où nos regards pouvaient embrasser le vaste panorama des plaines et des montagnes, d’un délicat dessin automnal qui rappelle celui des vieux tapis persans.

« En gerbes de rayons violets et orangés, le jaune soleil d’Orient se couchait dans toute sa majesté. Après avoir étincelé de mille flammes, il s’éteignait et mourait dans les pâleurs crépusculaires. À ce moment-là, les êtres rassemblés autour de nous, et les paysages, semblaient participer d’une époque fabuleuse. »

Ces contes si joliment illustrés par l’artiste chinois M. Ju-Péon sont d’une originalité extrême. On ne pourrait les comparer à ceux de Charles Perrault. Les récits de notre admirable conteur français portent la marque obsédante du XVIIe siècle ; les fantastiques événements se déroulent sous Louis XIV, et il a fallu les subtils efforts de l’érudition moderne pour les sortir de cette atmosphère et dégager la pensée lointaine dont ils émanent.

Ici, nous sommes en Corée, dans la Corée millénaire ; nous retrouvons sa morale, ses croyances, ses mœurs, son instinctif désir de justice. Le dieu du ciel, le grand Okonchanté, intervient fréquemment pour protéger les honnêtes gens. Son influence, même quand il n’est pas nommé, se devine partout ; elle se révèle par des inci­dents secondaires qui, dans le déroulement du drame, prennent une valeur, et contribuent à sauver le héros ou l’héroïne.

L’autorité paternelle est absolue, image de celle du Roi, mais si le père abuse de ses droits, il est châtié. Au-dessus des lois les plus respectées, trône la Loi Éternelle. Ce sentiment d’une justice supérieure se retrouve chez tous les peuples ; on connaît la pièce splendide de Sophocle où la pieuse Antigone se dévoue pour rendre à son frère Polynice les honneurs de la sépulture. Elle désobéit aux ordres du farouche Créon, qui veut que le cadavre soit abandonné, et elle ose dire au tyran que la loi divine est au-dessus des lois édictées par un Maître.

La morale et la sagesse universelles rayonnent en ces contes coréens ; assurément, l’obscurcissent parfois les croyances et les usages particuliers à ces peuples mon­gols.

Par leur fantaisie et leur imprévu, ils charmeront les enfants ; les hommes faits les liront avec intérêt ; quant aux savants, ils les considéreront comme des documents précieux, d’une antiquité prodigieuse ; ils étudieront le sens allégorique de certains incidents, parfois les moindres en apparence, de certains acteurs, bêtes ou gens, qui leur révéleront quelques-uns des sentiments de l’humanité primitive.

Serge Persky.