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Michel Lévy (2p. 101-112).

LI.

Ce fut un bien beau jour pour Albert que celui où il vit sa Consuelo reprendre à la vie, appuyée sur le bras de son vieux père, et lui tendre la main en présence de sa famille, en disant avec un sourire ineffable :

« Voici celui qui m’a sauvée, et qui m’a soignée comme si j’étais sa sœur. »

Mais ce jour, qui fut l’apogée de son bonheur, changea tout à coup, et plus qu’il ne l’avait voulu prévoir, ses relations avec Consuelo. Désormais associée aux occupations et rendue aux habitudes de la famille, elle ne se trouva plus que rarement seule avec lui. Le vieux comte, qui paraissait avoir pris pour elle une prédilection plus vive qu’avant sa maladie, l’entourait de ses soins avec une sorte de galanterie paternelle dont elle se sentait profondément touchée. La chanoinesse, qui ne disait plus rien, ne s’en faisait pas moins un devoir de veiller sur tous ses pas, et de venir se mettre en tiers dans tous ses entretiens avec Albert. Enfin, comme celui-ci ne donnait plus aucun signe d’aliénation mentale, on se livra au plaisir de recevoir et même d’attirer les parents et les voisins, longtemps négligés. On mit une sorte d’ostentation naïve et tendre à leur montrer combien le jeune comte de Rudolstadt était redevenu sociable et gracieux ; et Consuelo paraissant exiger de lui, par ses regards et son exemple, qu’il remplit le vœu de ses parents, il lui fallut bien reprendre les manières d’un homme du monde et d’un châtelain hospitalier.

Cette rapide transformation lui coûta extrêmement. Il s’y résigna pour obéir à celle qu’il aimait. Mais il eût voulu en être récompensé par des entretiens plus longs et des épanchements plus complets. Il supportait patiemment des journées de contrainte et d’ennui, pour obtenir d’elle le soir un mot d’approbation et de remerciement. Mais, quand la chanoinesse venait, comme un spectre importun, se placer entre eux, et lui arracher cette pure jouissance, il sentait son âme s’aigrir et sa force l’abandonner. Il passait des nuits cruelles, et souvent il approchait de la citerne, qui n’avait pas cessé d’être pleine et limpide depuis le jour où il l’avait remontée portant Consuelo dans ses bras. Plongé dans une morne rêverie, il maudissait presque le serment qu’il avait fait de ne plus retourner à son ermitage. Il s’effrayait de se sentir malheureux, et de ne pouvoir ensevelir le secret de sa douleur dans les entrailles de la terre.

L’altération de ses traits, après ces insomnies, le retour passager, mais de plus en plus fréquent, de son air sombre et distrait, ne pouvaient manquer de frapper ses parents et son amie. Mais celle-ci avait trouvé le moyen de dissiper ces nuages, et de reprendre son empire chaque fois qu’elle était menacée de le perdre. Elle se mettait à chanter ; et aussitôt le jeune comte, charmé ou subjugué, se soulageait par des pleurs, ou s’animait d’un nouvel enthousiasme. Ce remède était infaillible, et, quand il pouvait lui dire quelques mots à la dérobée :

« Consuelo, s’écriait-il, tu connais le chemin de mon âme. Tu possèdes la puissance refusée au vulgaire, et tu la possèdes plus qu’aucun être vivant en ce monde. Tu parles le langage divin, tu sais exprimer les sentiments les plus sublimes, et communiquer les émotions puissantes de ton âme inspirée. Chante donc toujours quand tu me vois succomber. Les paroles que tu prononces dans tes chants ont peu de sens pour moi ; elles ne sont qu’un thème abrégé, une indication incomplète, sur lesquels la pensée musicale s’exerce et se développe. Je les écoute à peine ; ce que j’entends, ce qui pénètre au fond de mon cœur, c’est ta voix, c’est ton accent, c’est ton inspiration. La musique dit tout ce que l’âme rêve et pressent de plus mystérieux et de plus élevé. C’est la manifestation d’un ordre d’idées et de sentiments supérieurs à ce que la parole humaine pourrait exprimer. C’est la révélation de l’infini ; et, quand tu chantes, je n’appartiens plus à l’humanité que par ce que l’humanité a puisé de divin et d’éternel dans le sein du Créateur. Tout ce que ta bouche me refuse de consolation et d’encouragement dans le cours ordinaire de la vie, tout ce que la tyrannie sociale défend à ton cœur de me révéler, tes chants me le rendent au centuple. Tu me communiques alors tout ton être, et mon âme te possède dans la joie et dans la douleur, dans la foi et dans la crainte, dans le transport de l’enthousiasme et dans les langueurs de la rêverie. »

Quelquefois Albert disait ces choses à Consuelo en espagnol, en présence de sa famille. Mais la contrariété évidente que donnaient à la chanoinesse ces sortes d’à-parte, et le sentiment de la convenance, empêchaient la jeune fille d’y répondre. Un jour enfin elle se trouva seule avec lui au jardin, et comme il lui parlait encore du bonheur qu’il éprouvait à l’entendre chanter :

« Puisque la musique est un langage plus complet et plus persuasif que la parole, lui dit-elle, pourquoi ne le parlez-vous jamais avec moi, vous qui le connaissez peut-être encore mieux ?

— Que voulez-vous dire, Consuelo ? s’écria le jeune comte frappé de surprise. Je ne suis musicien qu’en vous écoutant.

— Ne cherchez pas à me tromper, reprit-elle : je n’ai jamais entendu tirer d’un violon une voix divinement humaine qu’une seule fois dans ma vie, et c’était par vous, Albert ; c’était dans la grotte du Schreckenstein. Je vous ai entendu ce jour-là, avant que vous m’ayez vue. J’ai surpris votre secret ; il faut que vous me le pardonniez, et que vous me fassiez entendre encore cet admirable chant, dont j’ai retenu quelques phrases, et qui m’a révélé des beautés inconnues dans la musique. »

Consuelo essaya à demi-voix ces phrases, dont elle se souvenait confusément et qu’Albert reconnut aussitôt.

« C’est un cantique populaire sur des paroles hussitiques, lui dit-il. Les vers sont de mon ancêtre Hyncko Podiebrad, le fils du roi Georges, et l’un des poëtes de la patrie. Nous avons une foule de poésies admirables de Streye, de Simon Lomnicky, et de plusieurs autres, qui ont été mis à l’index par la police impériale. Ces chants religieux et nationaux, mis en musique par les génies inconnus de la Bohême, ne se sont pas tous conservés dans la mémoire des bohémiens. Le peuple en a retenu quelques-uns, et Zdenko, qui est doué d’une mémoire et d’un sentiment musical extraordinaires, en sait par tradition un assez grand nombre que j’ai recueillis et notés. Ils sont bien beaux, et vous aurez du plaisir à les connaître. Mais je ne pourrai vous les faire entendre que dans mon ermitage. C’est là qu’est mon violon et toute ma musique. J’ai des recueils manuscrits fort précieux des vieux auteurs catholiques et protestants. Je gage que vous ne connaissez ni Josquin, dont Luther nous a transmis plusieurs thèmes dans ses chorals, ni Claude le jeune, ni Arcadelt, ni George Rhaw, ni Benoît Ducis, ni Jean de Weiss. Cette curieuse exploration ne vous engagera-t-elle pas, chère Consuelo, à venir revoir ma grotte, dont je suis exilé depuis si longtemps, et visiter mon église, que vous ne connaissez pas encore non plus ? »

Cette proposition, tout en piquant la curiosité de la jeune artiste, fut écoutée en tremblant. Cette affreuse grotte lui rappelait des souvenirs qu’elle ne pouvait se retracer sans frissonner, et l’idée d’y retourner seule avec Albert, malgré toute la confiance qu’elle avait prise en lui, lui causa une émotion pénible dont il s’aperçut bien vite.

« Vous avez de la répugnance pour ce pèlerinage, que vous m’aviez pourtant promis de renouveler ; n’en parlons plus, dit-il. Fidèle à mon serment, je ne le ferai pas sans vous.

— Vous me rappelez le mien, Albert, reprit-elle ; je le tiendrai dès que vous l’exigerez. Mais, mon cher docteur, vous devez songer que je n’ai pas encore la force nécessaire. Ne voudrez-vous donc pas auparavant me faire voir cette musique curieuse, et entendre cet admirable artiste qui joue du violon beaucoup mieux que je ne chante ?

— Je ne sais pas si vous raillez, chère sœur ; mais je sais bien que vous ne m’entendrez pas ailleurs que dans ma grotte. C’est là que j’ai essayé de faire parler selon mon cœur cet instrument dont j’ignorais le sens, après avoir eu pendant plusieurs années un professeur brillant et frivole, chèrement payé par mon père. C’est là que j’ai compris ce que c’est que la musique, et quelle sacrilège dérision une grande partie des hommes y a substituée. Quant à moi, j’avoue qu’il me serait impossible de tirer un son de mon violon, si je n’étais prosterné en esprit devant la Divinité. Même si je vous voyais froide à mes côtés, attentive seulement à la forme des morceaux que je joue, et curieuse d’examiner le plus ou moins de talent que je puis avoir, je jouerais si mal que je doute que vous pussiez m’écouter. Je n’ai jamais, depuis que je sais un peu m’en servir, touché cet instrument, consacré pour moi à la louange du Seigneur ou au cri de ma prière ardente, sans me sentir transporté dans le monde idéal, et sans obéir au souffle d’une sorte d’inspiration mystérieuse que je ne puis appeler à mon gré, et qui me quitte sans que j’aie aucun moyen de la soumettre et de la fixer. Demandez-moi la plus simple phrase quand je suis de sang-froid, et, malgré le désir que j’aurai de vous complaire, ma mémoire me trahira, mes doigts deviendront aussi incertains que ceux d’un enfant qui essaie ses premières notes.

— Je ne suis pas indigne, répondit Consuelo attentive et pénétrée, de comprendre votre manière d’envisager la musique. J’espère bien pouvoir m’associer à votre prière avec une âme assez recueillie et assez fervente pour que ma présence ne refroidisse pas votre inspiration. Ah ! pourquoi mon maître Porpora ne peut-il entendre ce que vous dites sur l’art sacré, mon cher Albert ! il serait à vos genoux. Et pourtant ce grand artiste lui-même ne pousse pas la rigidité aussi loin que vous, et il croit que le chanteur et le virtuose doivent puiser le souffle qui les anime dans la sympathie et l’admiration de l’auditoire qui les écoute.

— C’est peut-être que le Porpora, quoi qu’il en dise, confond en musique le sentiment religieux avec la pensée humaine ; c’est peut-être aussi qu’il entend la musique sacrée en catholique ; et si j’étais à son point de vue, je raisonnerais comme lui. Si j’étais en communion de foi et de sympathie avec un peuple professant un culte qui serait le mien, je chercherais, dans le contact de ces âmes animées du même sentiment religieux que moi, une inspiration que jusqu’ici j’ai été forcé de chercher dans la solitude, et que par conséquent j’ai imparfaitement rencontrée. Si j’ai jamais le bonheur d’unir, dans une prière selon mon cœur, ta voix divine, Consuelo, aux accents de mon violon, sans aucun doute je m’élèverai plus haut que je n’ai jamais fait, et ma prière sera plus digne de la Divinité. Mais n’oublie pas, chère enfant, que jusqu’ici mes croyances ont été abominables à tous les êtres qui m’environnent ; ceux qu’elles n’auraient pas scandalisés en auraient fait un sujet de moquerie. Voilà pourquoi j’ai caché, comme un secret entre Dieu, le pauvre Zdenko, et moi, le faible don que je possède. Mon père aime la musique, et voudrait que cet instrument, aussi sacré pour moi que les cistres des mystères d’Éleusis, servît à son amusement. Que deviendrais-je, grand Dieu ! s’il me fallait accompagner une cavatine à Amélie, et que deviendrait mon père si je lui jouais un de ces vieux airs hussitiques qui ont mené tant de bohémiens aux mines ou au supplice, ou un cantique plus moderne de nos pères luthériens, dont il rougit de descendre ? Hélas ! Consuelo, je ne sais guère de choses plus nouvelles. Il en existe sans doute, et d’admirables. Ce que vous m’apprenez de Hændel et des autres grands maîtres dont vous êtes nourrie me paraît supérieur, à beaucoup d’égards, à ce que j’ai à vous enseigner à mon tour. Mais, pour connaître et apprendre cette musique, il eût fallu me mettre en relation avec un nouveau monde musical ; et c’est avec vous seule que je pourrai me résoudre à y entrer, pour y chercher les trésors longtemps ignorés ou dédaignés que vous allez verser sur moi à pleines mains.

— Et moi, dit Consuelo en souriant, je crois que je ne me chargerai point de cette éducation. Ce que j’ai entendu dans la grotte est si beau, si grand, si unique en son genre, que je craindrais de mettre du gravier dans une source de cristal et de diamant. Ô Albert ! je vois bien que vous en savez plus que moi-même en musique. Mais maintenant, ne me direz-vous rien de cette musique profane dont je suis forcée de faire profession ? Je crains de découvrir que, dans celle-là comme dans l’autre, j’ai été jusqu’à ce jour au-dessous de ma mission, en y portant la même ignorance ou la même légèreté.

— Bien loin de le croire, Consuelo, je regarde votre rôle comme sacré ; et comme votre profession est la plus sublime qu’une femme puisse embrasser, votre âme est la plus digne d’en remplir le sacerdoce.

— Attendez, attendez, cher comte, reprit Consuelo en souriant. De ce que je vous ai parlé souvent du couvent où j’ai appris la musique, et de l’église où j’ai chanté les louanges du Seigneur, vous en concluez que je m’étais destinée au service des autels, ou aux modestes enseignements du cloître. Mais si je vous apprenais que la Zingarella, fidèle à son origine, était vouée au hasard dès son enfance, et que toute son éducation a été un mélange de travaux religieux et profanes auxquels sa volonté portait une égale ardeur, insouciante d’aboutir au monastère ou au théâtre…

— Certain que Dieu a mis son sceau sur ton front, et qu’il t’a vouée à la sainteté dès le ventre de ta mère, je m’inquiéterais fort peu pour toi du hasard des choses humaines, et je garderais la conviction que tu dois être sainte sur le théâtre aussi bien que dans le cloître.

— Eh quoi ! l’austérité de vos pensées ne s’effraierait pas du contact d’une comédienne !

— À l’aurore des religions, reprit-il, le théâtre et le temple sont un même sanctuaire. Dans la pureté des idées premières, les cérémonies du culte sont le spectacle des peuples ; les arts prennent naissance au pied des autels ; la danse elle-même, cet art aujourd’hui consacré à des idées d’impure volupté, est la musique des sens dans les fêtes des dieux. La musique et la poésie sont les plus hautes expressions de la foi, et la femme douée de génie et de beauté est prêtresse, sibylle et initiatrice. À ces formes sévères et grandes du passé ont succédé d’absurdes et coupables distinctions : la religion romaine a proscrit la beauté de ses fêtes, et la femme de ses solennités ; au lieu de diriger et d’ennoblir l’amour, elle l’a banni et condamné. La beauté, la femme et l’amour, ne pouvaient perdre leur empire. Les hommes leur ont élevé d’autres temples qu’ils ont appelés théâtres et où nul autre dieu n’est venu présider. Est-ce votre faute, Consuelo, si ces gymnases sont devenus des antres de corruption ? La nature, qui poursuit ses prodiges sans s’inquiéter de l’accueil que recevront ses chefs-d’œuvre parmi les hommes, vous avait formée pour briller entre toutes les femmes, et pour répandre sur le monde les trésors de la puissance et du génie. Le cloître et le tombeau sont synonymes. Vous ne pouviez, sans commettre un suicide, ensevelir les dons de la Providence. Vous avez dû chercher votre essor dans un air plus libre. La manifestation est la condition de certaines existences, le vœu de la nature les y pousse irrésistiblement ; et la volonté de Dieu à cet égard est si positive, qu’il leur retire les facultés dont il les avait douées, dès qu’elles en méconnaissent l’usage. L’artiste dépérit et s’éteint dans l’obscurité, comme le penseur s’égare et s’exaspère dans la solitude absolue, comme tout esprit humain se détériore et se détruit dans l’isolement et la claustration. Allez donc au théâtre, Consuelo, si vous voulez, et subissez-en l’apparente flétrissure avec la résignation d’une âme pieuse, destinée à souffrir, à chercher vainement sa patrie en ce monde d’aujourd’hui, mais forcée de fuir les ténèbres qui ne sont pas l’élément de sa vie, et hors desquelles le souffle de l’Esprit saint la rejette impérieusement.

Albert parla longtemps ainsi avec animation, entraînant Consuelo à pas rapides sous les ombrages de la garenne. Il n’eut pas de peine à lui communiquer l’enthousiasme qu’il portait dans le sentiment de l’art, et à lui faire oublier la répugnance qu’elle avait eue d’abord à retourner à la grotte. En voyant qu’il le désirait vivement, elle se mit à désirer elle-même de se retrouver seule assez longtemps avec lui pour entendre les idées que cet homme ardent et timide n’osait émettre que devant elle. C’étaient des idées bien nouvelles pour Consuelo, et peut-être l’étaient-elles tout à fait dans la bouche d’un patricien de ce temps et de ce pays. Elles ne frappaient cependant la jeune artiste que comme une formule franche et hardie des sentiments qui fermentaient en elle. Dévote et comédienne, elle entendait chaque jour la chanoinesse et le chapelain damner sans rémission les histrions et les baladins ses confrères. En se voyant réhabilitée, comme elle croyait avoir droit de l’être, par un homme sérieux et pénétré, elle sentit sa poitrine s’élargir et son cœur y battre plus à l’aise, comme s’il l’eût fait entrer dans la véritable région de sa vie. Ses yeux s’humectaient de larmes, et ses joues brillaient d’une vive et sainte rougeur, lorsqu’elle aperçut au fond d’une allée la chanoinesse qui la cherchait.

« Ah ! ma prêtresse ! lui dit Albert en serrant contre sa poitrine ce bras enlacé au sien, vous viendrez prier dans mon église !

— Oui, lui répondit-elle, j’irai certainement.

— Et quand donc ?

— Quand vous voudrez. Jugez-vous que je sois de force à entreprendre ce nouvel exploit ?

— Oui ; car nous irons au Schreckenstein en plein jour et par une route moins dangereuse que la citerne. Vous sentez-vous le courage d’être levée demain avec l’aube et de franchir les portes aussitôt qu’elles seront ouvertes ? Je serai dans ces buissons, que vous voyez d’ici au flanc de la colline, là où vous apercevez une croix de pierre, et je vous servirai de guide.

— Eh bien, je vous le promets, répondit Consuelo non sans un dernier battement de cœur.

— Il fait bien frais ce soir pour une aussi longue promenade, dit la chanoinesse en les abordant. »

Albert ne répondit rien ; il ne savait pas feindre. Consuelo, qui ne se sentait pas troublée par le genre d’émotion qu’elle éprouvait, passa hardiment son autre bras sous celui de la chanoinesse, et lui donna un gros baiser sur l’épaule. Wenceslawa eût bien voulu lui battre froid ; mais elle subissait malgré elle l’ascendant de cette âme droite et affectueuse. Elle soupira, et, en rentrant, elle alla dire une prière pour sa conversion.