Conseil (Armand Silvestre)

Les Ailes d’or : poésies nouvelles, 1878-1880Bibliothèque-Charpentier (p. 95-96).
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CONSEIL

Pour que la Mort te reconnaisse
À la blessure de ton cœur,
Laisse, sous l’aiguillon vainqueur,
Jusqu’au bout saigner ta jeunesse.

Vers l’aube où t’attendent les dieux
Ne tends qu’une coupe épuisée,
Pour qu’ils y versent la rosée
De leurs renouveaux radieux.

C’est de notre ivresse première
Que sont faits nos futurs destins :
Tels les soirs lèguent aux matins
Les horizons pleins de lumière.

L’amour seul dans nos seins domptés
Jette une semence éternelle,
Et les fronts qu’a meurtris son aile
D’un souffle éternel sont hantés.