Chronique de la quinzaine - 31 juillet 1850

Chronique n° 439
31 juillet 1850


CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.


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31 juillet 1850.

Eh bien ! que voulez-vous ? En dépit des agitations de l’assemblée, en dépit des discours de tribune, et des articles de journaux, des alarmes et des menaces, nous sommes optimistes, et nous croyons que du mouvement et du tapage de paroles que nous avons vu et entendu depuis dix ou douze jours il ne sortira rien, et que là où il n’y a rien, la peur, même la plus ingénieuse, perd ses droits. Rien du côté du président, qui ne songe pas à un coup d’état ; rien du côté de l’assemblée, qui au fond ne croit pas aux coups d’état ; d’autres diraient peut-être et plus réellement : Rien du côté de l’assemblée, qui ne craint et ne réprouve que les coups d’état auxquels elle ne croit pas.

Oui, nous sommes optimistes ; mais entendons-nous bien : nous sommes optimistes quant à l’heure qu’il est, et nous ne croyons ni à César, ni à Catilina, ni à Cicéron. Pourtant nous sommes pessimistes en général, car nous croyons que la situation du pays, telle qu’elle résulte de la constitution de 1848, est détestable et inacceptable. Nous tenons en ce moment une gageure hardie, celle de gouverner avec des institutions qui semblent avoir été créées pour rendre tout gouvernement impossible. Jusqu’ici nous tenons galamment la gageure, et je prétends que nous sommes des héros, puisque nous avons eu jusqu’ici l’audace et le talent de ne pas mourir. Cependant il ne faut pas nous faire illusion : nous perdrons notre pari, car il n’est pas gagnable. On voit bien que nous ne sommes pas optimistes, ou plutôt notre optimisme porte tout entier sur l’heure présente ; ce n’est pas encore aujourd’hui que nous périrons : Nous ne voulons pas dire autre chose.

Ce qui nous fait croire que l’heure actuelle n’est pas aussi pleine de dangers qu’on le suppose, c’est la division profonde de nos ennemis, c’est la nature un peu factice de l’agitation où sont nos amis, c’est enfin l’ensemble de la conduite du président.

Nous avons vu quels sont les sanglans reproches que la montagne de Londres fait à la montagne de Paris. Il est curieux de voir la suite de cette querelle de ménage. La montagne de Londres avait eu le malheur d’appeler quelque part M. Proudhon un ferrailleur d’idées. M. Proudhon répond aux montagnards qu’ils sont des blagueurs ; pardon de répéter ces grosses injures, mais M. Proudhon ne se borne pas à dire le gros mot, il l’explique, et c’est à cause de l’explication que nous avons répété le mot. La montagne de Londres avait reproché à la montagne de Paris de n’avoir pas osé appeler le peuple aux armes. « Appeler le peuple aux armes ! répond M. Proudhon ; mais vous en êtes donc encore à savoir pourquoi votre manifestation du 13 juin n’a pas abouti, pourquoi elle ne pouvait aboutir ! L’insurrection, sachez-le donc pour votre gouverne, l’insurrection, malgré toutes les déclarations et glorifications démagogiques, porte en soi quelque chose de défavorable, comme la guerre et le supplice, quelque chose qui fait que la conscience du peuple y répugne, et que les citoyens n’y vont qu’à contre-cœur. Et ce n’est pas une doctrine que je prêche, c’est un fait que je constate. L’insurrection n’a de succès qu’autant qu’elle réussit à se dissimuler. On dirait que le peuple, même dans la plus juste des causes, rougisse de se révolter. »

Qui écrit de cette manière vive et forte contre l’insurrection ? Est-ce M. de Maistre ou M. Proudhon ? Il y a de quoi s’y tromper. Jamais la vieille maxime que l’insurrection est le plus saint des devoirs n’a été plus hardiment et plus éloquemment niée ; mais tel est le talent de M. Proudhon, c’est l’homme le mieux fait pour réfuter les paradoxes qu’il n’invente pas. Sa raison dépend de la proposition qu’il a devant lui : vrai et admirable quand il rencontre l’erreur, faux et subtil quand il rencontre la vérité. Comme le parti montagnard n’a pour doctrines que des phrases creuses et des théories impraticables, M. Proudhon, dès qu’il s’est trouvé lancé par les événemens dans ce milieu déclamatoire et faux, a eu, par l’effet même de sa nature contrariante, une vigueur et une fermeté de bon sens singulières. De là des tirades comme celles que nous venons de citer, et qui passeront pour des paradoxes insolens, non-seulement auprès des montagnards qu’attaque M. Proudhon, mais aussi auprès de beaucoup de bons bourgeois, tant est grand le ramollissement du sens commun dans notre malheureux pays ! et parce que c’est le sort de la vérité dans le pays de l’erreur de passer pour un paradoxe.

M. Proudhon prouve aux montagnards émigrés que leur cri : aux armes ! poussé si aisément de Londres à Paris est un crime et une folie. Personne ne veut courir aux armes, surtout avec de pareils chefs. « Il ne faut pas vous le dissimuler, continue M. Proudhon : le peuple, ainsi que la bourgeoisie, n’a nulle confiance en vous. Le peuple rit de vos pasquinades politiques et sociales ; il vous a connus à l’œuvre ; il a jugé la puissance de vos moyens et la fécondité de vos ressources… Il se convainc tous les jours, par la lecture de vos manifestes, que vous êtes aussi étrangers à ses aspirations qu’ignorans de la marche de ses idées et de la situation de ses intérêts… Tranquillisez-vous donc, et, quoi qu’il arrive, ne vous excitez pas le cerveau, ne vous échauffez point la bile. Acceptez en toute résignation le repos que vous fait l’exil, et mettez-vous bien dans la tête qu’à moins d’une transformation complète de votre esprit, de votre caractère, de votre intelligence, votre rôle est fini. »

Voici maintenant la péroraison : « Voulez-vous, citoyens, servir encore votre patrie, travailler au progrès, contribuer au triomphe de la révolution ? Croyez-moi, devenez d’autres hommes. Mettez au crochet votre défroque parlementaire, rengaînez votre phraséologie, brûlez-moi ces vieux oripeaux du jacobinisme ; étudiez la philosophie de l’histoire, de l’économie politique et du droit. Tenez, voulez-vous que je vous dise toute ma pensée ? Je ne connais qu’un mot qui caractérise votre passé, et je saisis cette occasion de le faire passer de l’argot populaire dans la langue politique. Avec vos grands mots de guerre aux rois et de fraternité des peuples, avec vos parades révolutionnaires et tout ce tintamarre de démagogues, vous n’avez été jusqu’à présent que des blagueurs. »

Nous avons souvent dit que le parti montagnard n’était composé que de déclamateurs ; mais peut-être M. Proudhon a-t-il raison, et, pour désigner cette déclamation usée jusqu’à la corde et qui se pavane encore sous ses haillons, peut-être faut-il un mot emprunté à l’argot populaire. Chose curieuse en effet : pendant que M. Proudhon montre aux montagnards de Londres la décrépitude grotesque de leurs oripeaux révolutionnaires, que font les montagnards de Paris dans un journal qu’ils viennent de fonder sous le titre de la République universelle ? Dans ce journal, ils se disent jeunes, très jeunes, et raillent agréablement ce qu’ils appellent les vieux de l’ancien régime ; mais, en même temps qu’ils sont jeunes, ils sont prudens, et c’est par là qu’ils se séparent des montagnards de Londres. — Brisez tout, abîmez tout ! crie la montagne de Londres. — Ne bougeons pas, ne remuons pas, ne parlons pas ! dit la République universelle. « La république est-elle insultée ? le président de l’assemblée est-il sourd à ses réclamations ? Ne lui demandons rien, ni rappel à l’ordre, ni rectification au procès-verbal : ne nous exposons pas à des refus qui ne pourraient qu’amoindrir notre influence morale, puisque nous n’avons aucun moyen pour vaincre la résistance qu’on nous oppose ; mais protestons avec dignité en laissant au pays le soin de prononcer entre nous et nos adversaires. » — Système commode ! dit la montagne de Londres ; cela veut dire que vous bouderez, mais que vous n’en toucherez pas moins votre indemnité parlementaire ! L’indemnité parlementaire, cela est triste à dire, devient une pomme de discorde entre les montagnards, et peut-être M. de Goulard, en proposant de la réduire, a-t-il voulu rétablir la bonne intelligence entre la montagne du dehors et la montagne du dedans. En effet, grace à la mauvaise humeur que l’indemnité parlementaire inspire à ceux qui ne la touchent pas, toutes les vertus de la montagne du dedans sont suspectes à la montagne du dehors. La montagne du dedans est prudente et réservée ; on lui dit qu’elle est timide et qu’elle veut rester appointée. — Nous ne vous donnons pas vingt-cinq francs par jour pour être prudens ! crie brutalement la montagne du dehors, — et nous ajouterons, nous, — pour être jeunes sans faire jamais de folies, puisque votre prétention est d’être jeunes ! — Heureux système, n’est-ce pas ? on est jeune et on est prudent, deux bons moyens d’attendre commodément le jour du triomphe ! La République universelle exprime à ce sujet la plus béate confiance du monde « Les vieux de l’ancien régime, dit-elle, se refusent à constituer la société nouvelle. Paix à leurs cheveux blancs ! la génération qui grandit est assez forte pour creuser son moule et s’y organiser. » Nous ne voulons pas défendre les vieux de l’ancien régime ; nous demandons seulement où sont les jeunes du nouveau régime ? Nous entendons toujours parler de la société nouvelle qui grandit, et de ses idées et de ses doctrines ; mais où sont donc ces idées et ces doctrines ? Écoutez M. Proudhon : — Friperie de 93 ou rogatons des théories creuses de M. Louis Blanc, voilà les idées et les doctrines de ces prétendus princes de la jeunesse ! — Ne confondez pas la société qui fermente et qui envie avec la société qui grandit. La fermentation n’est pas la croissance, l’envie n’est pas la force. Triste accord des défauts de deux âges opposés que de n’avoir que de vieilles idées, de vieilles phrases, et d’avoir en même temps la présomption et l’ignorance de la jeunesse ! L’effervescence dans la routine, n’est-ce pas la pire nature d’esprit ? Ne parlez donc plus des vieux de l’ancien régime, ô vous dont le régime a été court et n’a jamais été jeune, vous qui avez passé, dans les trois mois du gouvernement provisoire, de la naissance à la décrépitude ! Vous êtes vieux comme 93, vous êtes avortés comme 1848, vous n’êtes pas jeunes !

Si nous attirons l’attention du public sur les divisions du parti montagnard, c’est qu’avant de faire la confession du parti modéré, nous pensons qu’il est bon d’examiner quel est l’état de nos adversaires. Notre maladie, en effet, se compose de deux choses : notre faiblesse d’une part et la force de nos ennemis de l’autre, — ce que nous ne pouvons pas pour nous, ce qu’ils peuvent contre nous. Or jamais mes adversaires n’ont été moins forts contre nous qu’en ce moment, jamais ils n’ont été plus divisés et plus démoralisés. Parmi les chefs, les uns sont livrés aux impatiences et aux colères de l’exil, les autres aux douceurs d’une opposition bien rentée. Parmi les hommes que la science et les traditions de l’École polytechnique avaient un instant cédés à la politique de 1848, le plus grand nombre est retourné aux grands travaux de l’industrie ou aux spéculations de la science. Les ouvriers, désappointés et désabusés, ne se défient de personne autant que de leurs anciens apôtres ; ils ont repris l’habitude du travail quotidien, avec un peu de tristesse peut-être, mais avec une tristesse qui est prête à se tourner en colère contre ceux qui les ont trompés. Les plus ardens à la politique et les plus paresseux au travail, deux choses qui se rencontrent ordinairement ensemble, s’embarquent pour la Californie. Des gens bien informés nous disent que le nombre est grand des enthousiastes subalternes de 1848 qui partent pour l’Eldorado moderne. La Californie est une terre faite exprès pour notre temps. Là tout est aventure et loterie, là on s’enrichit ou on meurt vite. C’est ce qu’il faut à notre siècle, qui aime mieux, si nous pouvons parler ainsi, la jouissance que la vie. Il ne s’agit plus aujourd’hui, comme au XVIe siècle, de puritains fanatiques et hardis, qui, ne pouvant pas professer librement leur culte en Angleterre, s’en allaient en Amérique chercher la liberté de la foi qu’ils ne trouvaient pas en Europe. Ceux-là ne demandaient pas à la terre où ils abordaient de l’or et de l’argent, de promptes richesses et de rapides jouissances ils demandaient à la terre de quoi vivre ; la foi leur donnait le reste, et remplissait ces ames ardentes et fortes. Nos aventuriers de la Californie ne sont pas du même genre ; mais la Californie aussi a autre chose à leur donner que la solitude pour y prier Dieu, et un sol fertile pour y semer le blé. Elle donne de l’or, et c’est ce qu’il faut à ces imaginations ardentes et pourtant frivoles, comme celles qu’enfantent les vieilles sociétés, ces hommes qui ont cherché la fortune et la jouissance dans les révolutions ; qui ne les y ont pas trouvées, parce que les révolutions appauvrissent tout le monde et n’enrichissent personne. Ce qu’ils n’ont trouvé ni aux Tuileries ni au Luxembourg, ils vont le chercher en Californie. La révolution de 1848 a beau faire et répéter ses grands mots de liberté et de fraternité ; ç’a été une révolution toute matérialiste, et la Californie est aussi une colonisation toute matérialiste. L’une était faite pour remplacer l’autre dans la convoitise publique.

Nous venons de décrire l’état du parti montagnard, et ce qui nous fait croire que nous ne nous sommes pas trompés, ce sont les conseils de prudence et de sagesse que les hommes habiles du parti répètent à tout propos. Comme ils se sentent faibles, ils veulent se faire prudens, parce que d’abord cela a meilleur air, et parce que de cette manière surtout ils ne donnent pas prise à leurs adversaires. Cet état de faiblesse et de division du parti montagnard, qui s’est révélé dans la réforme du suffrage universel, n’a pas changé depuis ce moment, sauf que le parti de l’ordre semble s’être piqué d’émulation, et qu’il s’est mis aussi à se diviser. Nous ne croyons pas cependant que ces divisions soient graves et sérieuses.

Racontons fort brièvement ce qui s’est passé pendant ces quinze jours, et indiquons en passant ce qui nous rassure ou nous inquiète dans les derniers incidens de la quinzaine.

Et d’abord parlons du vote de la loi de la presse. Nous avons sous les yeux en ce moment trois sermons prononcés en 1640 à Strasbourg par Jean Schmid en mémoire de la découverte de l’imprimerie, et le troisième de ces sermons finit par une prière qui nous semble résumer l’histoire de la presse depuis, son origine jusqu’à nos jours, « Dieu tout-puissant et éternel, dit le prédicateur, nous célébrons aujourd’hui ton nom, et nous te remercions du fond du cœur, pour tous les biens spirituels et temporels dont tu as daigné nous combler, et surtout à cause de cet art admirable de l’imprimerie, que tu avais caché à tes saints eux-mêmes, mais que tu nous a révélé vers la fin du monde, et des bienfaits qu’à l’aide de cet art tu as répandus et tu répands encore sur le genre humain. Nous te supplions afin que l’ingratitude de nos cœurs et le détestable abus de cet art ne te décident pas à nous en retirer l’usage, et nous te demandons qu’appuyé par la grace de Jésus-Christ, tu veuilles bien nous conserver cet art ; et le transmettre à nos descendans [1]. »

Que dites-vous de cette prière ? Et la discussion de la loi de la presse n’aurait-elle pas dû s’ouvrir par quelque invocation de ce genre à l’esprit de paix, qui conserve les arts chers à l’humanité, en dépit de leurs inévitables abus ? Malheureusement cet esprit de charité et de douceur n’a guère régné dans la discussion de la loi de la presse, et le vieil Adam (par ce mot emprunté à la théologie, nous ne désignons particulièrement aucun parti de l’assemblée ; nous désignons toute l’humanité, parlementaire), le vieil Adam, trouvant l’occasion de satisfaire ses rancunes contre ses ennemis et même ses secrets dépits contre ses amis, s’en est passé la fantaisie ; il a, comme le médecin aveugle de la fable, frappé avec son bâton sur la maladie, sur le malade, sur les amis, sur les infirmiers, sur tout le monde. La presse, se trouvant frappée, a crié, et quelques journaux ont pris à partie l’assemblée. L’un d’eux ayant parlé d’un ton vif et prétorien, l’assemblée s’est fâchée, l’a cité à sa barre et l’a condamné.

Quant à nous, nous n’avons rien à dire à cette querelle, et nous serions fâchés qu’elle continuât. Nous ne voyons pas en effet ce que la presse et la tribune peuvent gagner à se brouiller, et nous voyons fort bien ce qu’elles peuvent y perdre. La presse et la tribune sont deux expressions de la liberté nécessaires l’une à l’autre. Ce sont deux sœurs qui se querellent parfois, mais c’est la même famille, et c’est le même intérêt. Les pays qui n’ont pas de journaux n’ont pas de parlemens, et les pays qui n’ont pas de parlemens n’ont que des journaux insignifians. Frapper la tribune, c’est frapper la presse ; affaiblir la presse, ce n’est pas fortifier la tribune. L’assemblée croit-elle que le pays ait un goût bien passionné et bien persévérant pour les discussions parlementaires ? Consultez ce gros public qui ne se plaint jamais que du mal d’hier, et demandez-lui sil est fâché que la tribune cherche à faire taire la presse. — Oh ! non ; c’est bien fait ! — Mais voilà la presse qui, à son tour, attaque la tribune et qui voudrait la faire taire. Qu’en pensez-vous ? — C’est bien fait !

La guerre qui a semblé s’engager entre la presse et la tribune a déjà eu ses inconvéniens, et le plus grave à nos yeux, c’est d’avoir rendu l’assemblée un peu ombrageuse. Elle n’a pas voulu croire qu’elle n’était attaquée que par la presse ; elle n’a pas voulu croire que la presse cherchait à venger son injure ou à satisfaire sa mauvaise humeur. Il y avait un plaideur qui, ayant perdu sa cause, avait vingt-quatre heures pour maudire ses juges. Les juges ont cru qu’au lieu de les maudire, le plaideur condamné conspirait contre eux. Ils se sont cherché des ennemis, ils se sont inventé des dangers, ils se sont imaginé avoir à montrer des courages que personne ne révoquait en doute, que personne ne défiait ; mais nous sommes loin de croire que l’assemblée tout entière se soit laissé aller à ces défiances ou à ces vigilances inopportunes. Nous sommes persuadés que dans la majorité les défians sont en petit nombre. Seulement, telle est la constitution de l’assemblée, que, quand une faible portion de la majorité s’avise d’avoir un caprice ou une tentation, elle peut toujours la satisfaire, grace aux facilités qu’elle trouve dans l’opposition. Il y a toujours deux cents voix prêtes à encourager la majorité à mal faire. Quant au prix que la montagne demandera plus tard pour l’appui qu’elle donne aux capricieux de la majorité, il n’en est pas question en ce moment : on ne paie qu’en sortant, mais on paie cher.

Ce qui nous montre qu’il y a en dans tout ce que nous avons vu et lu depuis huit ou dix jours quelque chose de capricieux et de factice, quelque chose qui se sent de l’excitation nerveuse qu’on a quand on se croit en guerre, C’est que tout a été soudain et imprévu. Le rapport de M. de Montalembert sur la prorogation n’avait excité aucun orage. Tout le monde se réjouissait de l’idée d’aller voir ses meules de récolte et d’aller faire ses vendanges. La douce pensée des vacances régnait seule dans l’assemblée, et même les représentans avaient permis que le rapport les fît sourire au souvenir des deux cent vingt-huit lois qu’ils avaient faites. Tout à coup un journal critique l’assemblée en lui faisant ses adieux. Dès ce moment, l’esprit du rapport sur la prorogation est oublié. La défiance et le soupçon entrent dans beaucoup d’esprits. Tout à l’heure l’assemblée faisait des idylles ; voilà qu’elle croit aux conspirations, voilà qu’elle se sent menacée. Il y a des coups d’état en l’air, il faut se défendre Cavete, consules, ne quid detrimenti respublica capiat ; il faut sauver la république. — La république ! eh ! qui la menace, bon Dieu ? Je ne vois que des gens qui la défendent, et, depuis qu’il est convenu qu’elle n’est et ne peut être qu’un état provisoire, elle devient chaque jour davantage quelque chose de définitif. Heureux chapeau qui garde une place ! Personne ne le dérangera, parce que personne ne vent que son voisin se mette à cette place. Ah ! si c’était quelqu’un qui fût à ce poste si envié, vous verriez, disent les gens qui mettent leur courage dans l’avenir et leur jalousie dans le présent ; mais un chapeau ! Pourquoi l’ôter ? ou plutôt qu’y mettre ? — La république n’est donc pas menacée, et elle fait bien mieux que d’avoir quelqu’un pour soi ; elle a tout le monde contre ses rernplaçans. Elle est à la fois insupportable et inévitable. Or, de ces deux mots, le second l’a toujours emporté sur le premier. Voyez l’histoire de l’homme : il supporte tout et il n’évite rien.

Il est un autre reproche que nous mettons sur le compte de l’agitation nerveuse que nous signalons dans l’assemblée : c’est la facilité à entrer dans la mauvaise compagnie. Comment, par exemple, les membres du parti de l’ordre consentent-ils à accepter les votes de la montagne ? De quel cœur reçoivent-ils les cajoleries que leur font les journaux du radicalisme ? Nous ne pouvons pas, dit-on, empêcher que les boules ne se rencontrent dans l’urne. Ce n’est pas une coalition, c’est une coïncidence. Quand il s’agit de voter certains articles de loi, nous concevons les coïncidences ; quand il s’agit de voter sur certains noms, il n’y a plus que des coalitions. Non-seulement, en effet, il y a des membres de la majorité qui ont reçu les votes de la montagne, mais ils ont aussi voté pour quelques-uns des hommes que leur présentait la montagne. Ce ne sont plus là des rencontres, ce sont des rendez-vous. Et qu’est-ce que la majorité peut espérer de pareils traités ? Croit-elle qu’elle convertira la montagne ? Voyez : dans cette même quinzaine, un des membres de la majorité demandait à la montagne de les aider à défendre la république contre le président, comme s’il y avait un seul acte du président qui autorisât un pareil soupçon. Que faisait la montagne en discutant le budget ? Elle accusait la multiplicité des prêtres. Que pense de cette avance de ses alliés le parti légitimiste ? Elle essayait de contester le douaire de la duchesse d’Orléans, voté avec une si imposante majorité il y a un an. Que pense de ce témoignage de bon accord le parti orléaniste ? Enfin elle tâchait de porter quelques coups de bas en haut au général Changarnier à propos du commandement de la garde nationale. Que pense de cet esprit de conciliation le grand parti de l’ordre public ? Voilà les récens encouragemens que la majorité a reçus de la montagne, et pourtant les membres de la majorité n’ont pas hésité à voter avec et pour les candidats que présentait la montagne.

Disons-le franchement, ces soudaines et impétueuses défiances contre le président, ces caprices de peur, ces rendez-vous compromettans donnés à la montagne, tout cela décontenance et déconcerte une majorité.

Et cependant, malgré les inconvéniens que nous signalons, nous persistons à soutenir que tout ce que nous avons vu cette quinzaine n’est pas une crise, mais une agitation et une secousse. Non, il n’y a rien du côté de l’assemblée qu’une grande susceptibilité nerveuse, ce qui, après tout, est une maladie de très bonne compagnie, mais que nous craignons beaucoup, parce qu’elle donne aisément prise aux charlatans. Ce qui nous prouve qu’il n’y a rien, c’est que le mouvement que nous avons vu a été aussi court qu’il a été vif. Au moment où M. Baze accusait impétueusement le ministère de conspirer, pour ainsi dire, contre l’assemblée, tout était perdu, et, la guerre semblait engagée entre le palais Bourbon et l’Élysée ; mais, aussitôt que M. Baroche a déclaré que le ministère ne conspirait pas, tout a été réparé. De bonne foi, pouvons-nous croire sérieuse et profonde une alarme qu’un mot excite et qu’un mot apaise ? Quoi ! voilà des gens que vous accusez de conspirer le renversement de la constitution !… Non, vous disent-ils… Sur quoi vous répondez : Oh ! alors c’est différent ! embrassons-nous. En vérité, c’est s’effrayer et se rassurer, à trop bon marché.

Rien du côté de l’assemblée ; rien du côté du président, qui ne songe pas aux coups d’état, et qui y pense si peu, qu’il dépense noblement et généreusement l’argent qu’il tient de la libéralité intelligente de l’assemblée ; point de crise donc : une fantaisie de dangers et une attitude de combattans sans bataille, voilà notre mot sur la quinzaine. Et cependant ce que nous venons de voir, nous le verrons encore plusieurs fois, comme nous l’avons déjà vu aussi plusieurs fois. Souvent encore nous nous inquiéterons et nous nous rassurerons pour rien, souvent encore nous verrons l’assemblée en proie à cette agitation nerveuse. Pourquoi cela ? C’est que, la constitution avant dit qu’il faudrait en 1852 nommer un autre président, cette échéance fatale et mauvaise à cause de la non-rééligibilité sera nécessairement précédée par je ne sais combien de secousses et d’agitations morales. Comment, en venir là ? Comment n’y pas venir ? Si nous y venons, comment le supporterons-nous ? et pour n’y pas venir, comment ferons-nous ? Nous aurons les frissons du mal long temps avant le mal. Ce qu’il y a de bon dans la vie humaine, c’est l’incertitude du jour de la mort ; cela seul rend la vie supportable. La constitution de 1848 ne nous laisse pas cette incertitude consolante ; elle nous condamne à mourir à jour et heure fixes.

Et notez que nous ne disons pas cela contre la république, nous le disons au contraire pour la république, contre la constitution. La république, en effet, est ainsi constituée et arrangée dans notre pays, qu’elle périt si elle essaie de rajeunir et de se renouveler. Il faut, si elle veut vivre, qu’elle reste ce qu’elle est et où elle est. Nous la supportons et nous l’admettons, mais à la condition que rien ne dérangera son état présent. Le mouvement seul que veut lui donner la constitution la tuera. Nous sommes dans cette situation étrange et incroyable, que nous avons peur de tous les dénoûmens comme d’un accident, et que le dénoûment légal ne nous paraît pas moins menaçant et moins dangereux que les autres. Nous avons lu quelque part qu’il y avait un homme qui se croyait de verre, et qui ne voulait pas qu’on l’approchât de peur qu’on le cassât. Notre république est de verre. Tout ce qui l’approche risque de la casser, et la constitution même qu’elle a faite lui est sa plus grosse pierre d’achoppement.

Acquittons la promesse que nous avons faite il y a quinze jours de nous tenir au courant des événemens de l’Allemagne.

Si notre haine de la démagogie pouvait jamais s’affaiblir, nous la retrouverions, tout entière en voyant l’Allemagne et en songeant à sa destinée depuis deux ans et demi. Jamais pays plus honnête, et plus digne d’être heureux et libre, jamais vœux plus nobles, jamais espérances plus légitimes, n’ont eu un plus mauvais et un plus misérable sort, et cela par la faute de la démagogie. C’est la démagogie qui a perdu l’Allemagne, et qui a rendu vains les vœux qu’elle fait depuis trente ans pour sa liberté et pour son unité. Nous assistons aujourd’hui à la ruine des derniers restes de ce qu’on appelait pompeusement les conquêtes de mars ; nous voyons tomber même l’union restreinte, fondée sous les auspices et au profit de la Prusse. L’union restreinte n’était qu’un fantôme de l’unité germanique et un fantôme ambitieux, mais enfin ce fantôme était un souvenir : voici qu’il s’évanouit. La guerre que la Prusse soutenait contre le Danemark n’était pas une guerre juste c’était une guerre germanique et entreprise au nom de l’unité germanique. La Prusse vient d’abandonner cette guerre et de faire la paix avec le Danemark. Nous nous en félicitons au nom de la justice et de l’humanité ; mais enfin cette guerre du Schleswig était un souvenir des espérances ou des prétentions de 1848. La chambre des députés du Wurtemberg était encore animée de l’esprit de 1848 ; le bon et le mauvais. Elle est dissoute, et nous espérons même que les électeurs ne la renverront pas siéger à Stuttgart ; nous espérons des élections modérées et conservatrices. Qu’on y prenne garde en effet. Nous ne regrettons pas grand’chose des conquêtes de mars 1848 en Allemagne ; nous ne regrettons pas non plus l’union restreinte d’Erfurth, le teutonisme qui poussait l’Allemagne sur le Danemark et la démocratie sabs avenir du Wurtemberg. Nous regrettons seulement un grand mouvement populaire employé à de malheureuses agitations. Nous regrettons que le libéralisme allemand se soit cru trop faible pour se passer de l’appui de la démagogie, car c’est cet appui qui l’a perdu.

Nous avons voulu dire d’abord quel était à nos yeux le caractère des trois incidens que nous avons indiqués, l’évanouissement de l’union restreinte, la paix avec le Danemark, la dissolution de la chambre des députés en Wurtemberg. Ces trois incidens sont encore des pas en arrière faits par l’Allemagne de 1848 ; mais il ne suffit pas de dire quel est le sens général de ces événemens : ils ont aussi leur histoire particulière. C’est surtout le traité avec le Danemark qui semble devoir produire quelques conséquences dignes d’attention.

Quand la Prusse se fit l’instrument de la guerre ethnographique que l’Allemagne déclarait au Danemark en faveur du Schleswig, c’était en 1848. Le Prusse, voulant être quelque chose dans la révolution et ne voulant pas, bien entendu, se faire démagogique, se fit teutonne, et prit en main la défense de la nationalité germanique contre le Danemark. Le parlement de Francfort lui confia le soin de cette guerre. La Prusse était ainsi l’épée de Gédéon ; mais l’épée de Gédéon ne porta pas tous les grands coups qu’on en attendait, et l’on put, dès ce moment et dès cette guerre, reconnaître quelle serait l’attitude de la Prusse en s’alliant à la révolution de 1848 : elle craindrait toujours de trop triompher, et, comme elle voulait seulement profiter de cette révolution et nous la faire réussir, elle ne lui prêterait jamais son appui qu’à moitié. La Prusse, tout en servant sur quelques points, dans le Schleswig par exemple, la révolution germanique, ne voulait pas qu’elle devînt trop forte, et cette révolution, à son tour, tout en chargent la Prusse de faire la guerre au Danemark, ne voulait pas non plus que ce fût pour la Prusse une occasion d’agrandissement. Les deux alliés furent exaucés dans toute la mauvaise partie de leurs voeux. La révolution de 1848 ne devint pas forte ; elle devint plus faible chaque jour, quoique devenant plus violente. La Prusse fut même obligée de la combattre et de la vaincre en Bade ; mais elle l’avait servie dans le Schleswig, et c’était le reproche que lui faisait l’Europe, reproche embarrassant, parce que l’Angleterre et la Russie s’en faisaient toutes deux les organes. L’Europe n’avait pas vu sans mécontentement la guerre que la Prusse faisait au Danemark pour lui arracher le Schleswig ; la Prusse avait beau dire qu’elle n’agissait qu’au nom de l’Allemagne, et l’Allemagne avait beau dire aussi de son côté que les Schleswikois étaient des Allemands : cette revendication étymologique paraissait à la fois injuste et ridicule. L’Europe, au XVIIe siècle, s’était indignée contre les chambres de réunion de Louis XIV, qui se faisait adjuger par des arrêts qui n’avaient d’autre principe que les mouvances féodales, toujours fort confuses, des terres et presque des provinces que ne lui donnaient pas les traités. Le parlement de Francfort avait voulu faire, au nom de la linguistique et de l’étymologie, sciences un peu conjecturales, ce que Louis XIV avait fait au nom des mouvances féodales. Partout où il y avait des Allemands, c’était l’Allemagne, et partout où il y avait dans la langue quelques traces de parenté avec la langue allemande, c’était aussi l’Allemagne. L’Europe ne pouvait pas s’incliner devant ce nouveau droit de réunion.

La Russie faisait à la guerre du Schleswig un autre reproche que celui d’être une guerre étymologique : elle lui reprochait d’être une guerre de propagande révolutionnaire, et de ce côté elle avait contre l’insurrection du Schleswig les mêmes griefs que contre l’insurrection de la Hongrie et les mêmes motifs d’intervenir. Il y avait seulement cette grande différence, qu’en Hongrie la Russie intervenait pour soutenir l’Autriche, et qu’elle n’avait à combattre qu’une insurrection, tandis que dans le Schleswig elle serait intervenue contre la Prusse : mauvais spectacle, — que la Russie n’a pas voulu donner à l’Europe, — de deux états légitimes combattant l’un contre l’autre pour une révolution. Il fallait, pour que la Russie intervînt dans le Schleswig, que la Prusse n’y soutint plus le teutonisme greffé sur la démagogie. Pressée par les représentations de la Russie, la Prusse a fait la paix avec le Danemark en abandonnant le Schleswig à ses propres forces. Dès ce moment, si le Danemark ne peut pas à lui seul soumettre le Schleswig, l’intervention russe est une chose certaine et décidée. Si donc le Schleswig se soumet promptement, si les volontaires allemands qui accourent en Schleswig, beaucoup moins nombreux cependant qu’on ne le dit, ne retardent pas la pacification, ce sera pour l’Allemagne un grand bonheur, ou ce sera une grande épreuve de moins. La Russie en effet n’aura point de motifs pour venir faire dans le Schleswig ce qu’elle a fait en Hongrie, c’est-à-dire rétablir l’ordre et l’autorité légitimes. Si au contraire la démagogie ou le teutonisme germanique prolonge la résistance du Schleswig, la Russie viendra faire le dénoûment, et habituera de plus en plus l’Allemagne à recevoir de ses mains le dernier arrêt du sort. Les victoires du Danemark, qui contrarient l’Allemagne, servent au fond son indépendance ; elles lui épargnent une intervention russe.

La Prusse, qui avait eu beaucoup de peine à se décider à faire la paix avec le Danemark, n’a pas moins de peine maintenant à faire ratifier par l’Allemagne la paix qu’elle a faite au nom de la confédération. Dans les objections que l’Allemagne fait à la paix, il y a plusieurs sentimens opposés. Les uns se plaignent de la paix au fond, parce que la paix avec le Danemark contredit les prétentions du patriotisme germanique. C’est surtout dans les chambres représentatives et dans les journaux que retentissent ces plaintes. Les états qui ne sont pas bien disposés envers la Prusse font une autre objection, toute de forme, mais beaucoup plus grave. Ils contestent à la Prusse le droit de traiter au nom de la confédération. Ils ne lui reprochent pas d’avoir fait la paix : l’Autriche même, comme puissance européenne, approuve le maintien intégral de la monarchie danoise et s’oppose à tout démembrement contraire au traité : mais, comme puissance allemande, l’Autriche conteste à la Prusse le droit de traiter seule, au nom de l’Allemagne, avec le Danemark. Si la Prusse veut que son traité engage la confédération germanique, il faut qu’elle le fasse ratifier par cette confédération ; mais où est le pouvoir qui représente cette confédération ? A Francfort, dit l’Autriche, et dans le congrès diétal qui s’y est rassemblé au nom de l’acte fédéral de 1815. — Non, dit la Prusse, l’acte fédéral de 1815 a été aboli par les décisions de la diète en 1848, quand elle a abdiqué au profit du parlement allemand. — Alors, répond l’Autriche à la Prusse, vous rattachez vos actes aux actes du parlement germanique, et vous procédez de 1848. — Sur ce point, la Prusse n’ose dire ni oui ni non. Il faut qu’elle dise oui, si elle prétend qu’elle avait le droit de traiter de la paix et de la guerre avec le Danemark, puisque c’est du parlement de Francfort qu’elle a reçu ce droit ; il faut qu’elle dise oui, si elle prétend également avoir eu le droit de fonder l’union restreinte. L’union restreinte, en effet, n’est légitime et légale que si la confédération de 1815 s’est suicidée elle-même en 1848, pour faire place au parlement germanique. Or, c’est là ce que conteste l’Autriche. À ses yeux, la confédération germanique et l’acte fédéral de 1815 subsistent encore. Les autorités et les pouvoirs chargés de représenter cette confédération ont pu changer dans la confusion de ces trois dernières années : la confédération a pu même être représentée par le parlement germanique et par le vicaire-général de l’empire, l’archiduc Jean ; mais la confédération n’a pas péri, à moins qu’on ne se place tout-à-fait dans la doctrine révolutionnaire, et qu’on ne croie que 1848 a fait table rase. La Prusse ne veut pas se placer dans la doctrine révolutionnaire. Que faire donc ?

Quant au traité de paix avec le Danemark, la Prusse se décidera-t-elle à se soumettre à la ratification de la diète ou du congrès assemblé à Francfort ? Mais elle a contesté l’autorité de cette assemblée. Ici la Saxe, qui, par sa situation géographique entre la Prusse et l’Autriche, est destinée à servir de champ de bataille, si jamais la guerre s’engageait entre la Prusse et l’Autriche, la Saxe fait une proposition intermédiaire. — Nous supposerons, dit-elle, que la diète de Francfort s’est assemblée pour décider de la ratification du traité danois. Ne reconnaissez pas son autorité antérieure, mais reconnaissez son autorité spéciale pour le cas même dont vous lui déférerez la connaissance. — Cette proposition est sage, et nous sommes persuadés que c’est par cette transaction que finira la question de la ratification du traité danois. Ainsi les deux droits et les deux avantages que la Prusse croyait avoir recueillis dans l’héritage de la révolution de 1848, le droit de fonder à son profit l’unité restreinte de l’Allemagne septentrionale et le droit de représenter la nationalité allemande contre le Danemark, la Prusse se les voit enlever par la politique de l’Autriche.

Si la Prusse n’a pas voulu avoir une politique tout-à-fait révolutionnaire, et nous l’en louons, quoique cela ait nui à la netteté de ses allures, est-ce que l’Autriche a pris une politique tout-à-fait contre-révolutionnaire et illibérale ? Non, assurément. L’Autriche a son genre de libéralisme, et ce libéralisme mérite de n’être pas chez elle un sentiment du lendemain, mais de la veille ou de l’avant-veille. Bien des gens prendront cela pour un paradoxe, et cependant rien n’est si vrai. Seulement, le libéralisme de l’Autriche n’a rien de philosophique et de littéraire. C’est un libéralisme qui se rattache à l’économie politique plus qu’à la constitution de 1848. L’Autriche, sous M. de Metternich, s’est toujours beaucoup préoccupée des questions industrielles et commerciales. C’est ce genre de libéralisme dont elle se fait en ce moment une arme contre la Prusse. Elle propose à la fois deux choses à l’Allemagne : une union fédérale avec la monarchie autrichienne et une vaste association de douanes et de commerce. Un curieux article de la Gazette de Vienne du 16 juin 1850 explique à ce sujet la politique judicieuse et pratique de l’Autriche. « C’est en vain ; dit la Gazette, qu’on prétend que l’unité politique organique de l’empire d’Autriche, telle qu’elle existe depuis la nouvelle constitution, ne se concilie pas avec les rapports fédéraux de cet empire avec les autres états de l’Allemagne. » L’Autriche, au lieu d’être un empire d’états différens réunis sous le même chef est une monarchie une et centralisée ; mais cela n’empêche pas que cette monarchie qui a en Allemagne ses origines et ses intérêts, sa capitale et sa langue, ne puisse entrer avec l’Allemagne dans des rapports fédéraux aussi intimes que par le passé. L’idée d’exclure l’Autriche de l’Allemagne, parce qu’elle n’est pas tout allemande, est une chicane ethnographique, et de plus c’est une impossibilité. Ni l’Autriche ni l’Allemagne ne le veulent, et maintenant c’est pour mieux s’attirer l’Allemagne ou pour mieux la retenir, que l’Autriche propose une union de douanes. Elle veut unir les intérêts pour mieux unir les sentimens ; et, au lieu de faire de l’unité de l’Allemagne une tradition historique ou une chimère démagogique, elle en fait un intérêt et une affaire. « De nos jours, dit la Gazette de Vienne, il faut qu’une union politique allemande devienne aussi un Zollverein et vice versâ, ou bien l’un et l’autre est un mensonge, une illusion, et, au lieu d’arrêter la dissolution de l’Allemagne dans les intérêts matériels et politiques, on laisse se perpétuer la désorganisation de la société. Quoique le Zollverein existant reposât sur une nécessité naturelle et morale du peuple allemand, il manquait cependant à son développement un organe et une direction énergique et des institutions basées sur des lois constitutionnelles ; en un mot une organisation convenable. Le Zollverein avait à la vérité des conférences de fonctionnaires publics, mais il n’avait pas des diètes ayant une efficacité réelle. Les fonctionnaires publics dans les conférences générales étaient, à raison de leur petit nombre et de leur dépendance, tout-à-fait hors d’état de représenter les intérêts généraux si importans et si variés, d’une si grande communauté commerciale. Les chambres des états particuliers ne remplissaient qu’une vaine formalité en donnant leur adhésion. L’opinion publique s’est pénétrée de cette vérité, que le Zollverein, dans sa forme actuelle, n’atteindrait jamais complètement son but et qu’il ne pourrait pas répondre aux besoins existans. Son imperfection, qui vient essentiellement de l’absence d’un centre pour la direction d’une politique commerciale nationale, durera aussi long-temps que la communauté des intérêts industriels et commerciaux allemands n’aura pas une représentation légale organique, comme l’Angleterre, la France et l’Allemagne du nord en possèdent une. »

Cette théorie ne manque : assurément pas de hardiesse et d’ampleur. Voici un gouvernement parlementaire et représentatif fondé sur l’union des intérêts et destiné à discuter les affaires du pays au lieu de discuter des principes et des opinions, une réunion d’hommes pratiques au lieu d’une académie d’orateur. Voilà les propositions de l’Autriche à la diète de Francfort, et nous ne doutons pas que ce libéralisme nouveau, qui ne procède ni des universités, ni des événemens de 1848, et qui s’adresse aux intérêts matériels, ne soit de nature à plaire à l’Allemagne. C’est une nouveauté qui n’a pas l’air d’une utopie politique grande chance de succès dans un pays dégoûté des idées et affamé d’affaires.

Et comme si l’Autriche ne voulait même pas négliger la popularité patriotique, elle traite aussi dans sa gazette la question de la liberté du Danube, c’est-à-dire de la grande artère commerciale de l’Allemagne méridionale. Elle annonce qu’elle demande à la Russie le curage de l’embouchure de Soulina, c’est-à-dire la seule passe du Danube qui soit encore navigable, et qui ne l’est plus qu’à grand’peine, parce que la Russie, l’a laissé, à dessein, s’ensabler. Si la Russie refuse de curer la Soulina, l’Autriche, reprendra le projet du canal de Rasova, c’est-à-dire qu’elle fera arriver le Danube plus vite dans la mer Noire, en faisant creuser de Rasova à la mer Noire un nouveau lit pour le fleuve. Jusqu’à Rasova en effet, et encore au-dessous, le Danube appartient à la Porte ottomane. Il n’y a que les embouchures qui, depuis le traité d’Andrinople en 1828, appartiennent à la Russie, et, puisqu’elle les laisse s’ensabler pour ruiner ou pour affaiblir le commerce de l’Autriche et de l’Allemagne méridionale, il est tout simple que l’Autriche songe à ouvrir au fleuve une embouchure indépendante et plus courte. Cette défense que l’Autriche fait de son grand fleuve contre la Russie la réhabilite de l’intervention russe en Hongrie.

Elle s’en réhabilite encore d’une manière plus heureuse en regagnant par sa clémence l’affection de la Hongrie. Le général Haynau, qui avait soumis la Hongrie, mais qui continuait à la traiter en pays conquis, qui ne pardonnait à personne et ne permettait pas que l’empereur pardonnât, a perdu le commandement de la Hongrie, et depuis ce moment cette malheureuse contrée recommence à espérer et recommence à aimer cette famille de Marie-Thérèse qu’elle avait sauvée autrefois, et qu’elle avait combattue dans ces derniers temps par malentendu plutôt que par haine. Le Danube libre, la Hongrie paisible et affectionnée, l’Allemagne réunie à l’Autriche dans une grande association douanière et commerciale qui sert de base à l’union fédérale, voilà les œuvres et les projets de l’Autriche, et il faut avouer que, depuis que l’Autriche est sortie des embarras que lui avaient créés les insurrections italiennes et hongroises, tout lui a réussi, et que dans sa lutte contre la Prusse tous les avantages ont jusqu’ici été pour elle. Ces succès font honneur au gouvernement du prince Schwartzemberg, qui a su avoir une politique libérale sans être révolutionnaire, et allemande sans être teutonique.

— On a souvent invoqué contre le génie américain la stérilité de la littérature et des arts aux États-Unis, comme si un peuple encore enfant et tout occupé de jeter les fondemens de sa grandeur future était dans les mêmes conditions que les nations européennes. Il était facile de prévoir que le jour où les Américains pourraient détacher leurs regards des nécessités du présent, où le loisir et le luxe tiendraient à leur tour une place dans leur existence, la littérature naîtrait comme spontanément aux États-Unis. Les lettres américaines comptent déjà plusieurs noms glorieux, les arts ne tarderont pas à suivre leurs progrès. Déjà nous avons sous les yeux les premières livraisons d’un ouvrage qui peut rivaliser avec les plus magnifiques publications de la librairie française. Deux artistes américains, MM. Brady et Davignon, se sont unis à un écrivain de mérite, Lester, pour publier une Galerie des Américains illustres[2]. Les éditeurs nous apprennent qu’après avoir comparé entre eux tous les caractères typographiques des deux mondes, ils ont arrêté leur choix sur un nouveau modèle français qu’ils déclarent le plus beau qui existe, et dont ils ont demandé la reproduction au meilleur fondeur de New-York. Nous avons cru devoir relever cet hommage rendu à la typographie française, et en jetant les yeux sur la Galerie des Américains illustres, personne ne sera tenté de démentir ses éditeurs. C’est là du reste le seul emprunt fait au vieux monde, et tout le reste est américain dans cette belle publication in-folio. Cette curieuse Galerie s’est ouverte par les biographies du général Taylor, de MM. Webster et Calhoun. Déjà deux de ces hommes éminens ont été frappés par la mort depuis la publication des notices qui leur étaient consacrées : M. Calhoun il y a quelques mois, le général Taylor il y a trois semaines.

Le général Taylor, comme presque tous les hommes qui ont jusqu’ici occupé le siége présidentiel, était né en Virginie. Son père, le colonel Taylor, avait combattu aux côtés de Washington pendant toute la guerre de l’indépendance. À la paix, il résolut de quitter la Virginie pour s’enfoncer dans les contrées plus fertiles de l’ouest. Il accompagna Daniel Boon dans la reconnaissance que celui-ci fit du Kentucky, et seul, à pied, il s’aventura à travers des forêts inconnues et habitées par des peuplades féroces jusqu’à la Nouvelle-Orléans. À son retour de cette expédition périlleuse, il emmena sa famille et son fils, âgé alors de six ans, dans les forêts du Kentucky. Cette partie des États-Unis a été appelée la terre noire et sanglante à cause de la couleur du sol et des luttes acharnées que les premiers colons eurent à soutenir contre les sauvages. Leur existence était un combat perpétuel. Cette vie de périls et de luttes développa chez le jeune Taylor les qualités militaires dont il devait faire preuve plus tard. Au premier bruit de la guerre contre les Anglais, en 1807, le jeune Taylor courut s’enrôler sous les drapeaux de l’Union. Il fut chargé de garder le cours de la Wabash. En 1812, il commandait la garnison du fort Henderson, composée de cinquante-deux hommes seulement, lorsqu’il fut inopinément attaqué au milieu de la nuit par un parti ennemi, qui réussit à mettre le feu au fort. Taylor, avec sa poignée de soldats, éteignit le feu, fit face partout, et obligea l’ennemi à se retirer. C’est ainsi qu’il gagna le grade de major. Dans la guerre contre les Indiens, soit en Floride, soit sur la rivière de l’Arkansas, il parcourut successivement tous les échelons de la carrière militaire jusqu’au rang de général. Il avait été nommé au commandement d’un corps d’observation sur les frontières du Mexique, lorsqu’une agression des Mexicains vint lui donner l’occasion de franchir le Rio-Grande et de gagner à Palo-Alto sa première bataille. Les victoires de Reseca, de la Palma, de Monterey et de Buena-Vista montrèrent en lui le vaillant soldat et l’habile capitaine, et le désignèrent aux suffrages de ses compatriotes pour la présidence. Le général Taylor, élu au mois de novembre 1848, était entré en fonctions le 1er mars 1849. Il y avait donc seize mois seulement qu’il était assis sur le siége des Washington et des Jefferson, quand la mort est venue le frapper inopinément. Il a été remplacé aussitôt par le vice-président, ainsi que le veut la constitution des États-Unis.


REVUE MUSICALE.

L’été, qui a tant de séductions pour les promeneurs et les hommes de loisir, n’est pas la saison propice aux théâtres, surtout aux théâtres lyriques. Dans toute l’Europe il n’y a guère que Londres qui fasse exception à la règle, et où l’on chante plus fort pendant les ardeurs de la canicule qu’aux mois de janvier et de février. Ne faut-il pas que la vieille Angleterre conserve son originalité jusque dans les moindres détails de la vie ? Parmi les nouveautés musicales qui se sont produites à Londres pendant le cours de cette année, la plus piquante de toutes, c’est, sans contredit, l’ouvrage que MM. Scribe et Halévy ont composé tout exprès pour le Théâtre de la Reine. Il faut vivre dans un temps de spéculations et d’entreprises hasardeuses comme le nôtre, pour voir un homme d’esprit comme M. Scribe et un musicien timoré comme M. Halévy s’attaquer à l’un des plus grands poètes qui aient existé, à Shakspeare. Oui, vraiment, l’auteur de Bertrand et Raton, qui ne doute de rien, a découpé en trois actes d’opéra l’admirable fantaisie que Shakspeare a intitulée la Tempête, et M. Halévy, tout modeste qu’il est, a bien voulu prêter le concours de sa muse à l’exécution d’une œuvre pour laquelle il aurait fallu le génie de Weber ou de Beethoven. Les Anglais, qui n’y regardent pas de si près quand on flatte leur vanité nationale, ont accueilli MM. Scribe et Halévy avec une fastueuse courtoisie ; on les a promenés dans Londres, on leur a donné des fêtes splendides, et, pendant plus d’une semaine, ils ont été les héros de la fashion.

La Tempesta a été représentée sur le Théâtre de la Reine le 13 juin dernier. Mmes Sontag, Carlotta Grisi, M. Lablache et un ténor qui s’est fait entendre pour la première fois, M. Beaucardi, remplissaient les rôles importans. S’il fallait en croire les journaux dévoués aux intérêts de l’habile directeur du théâtre de sa majesté, M. Lumley, le succès de la Tempesta aurait été des plus éclatans. Le livret de M. Scribe et la musique de M. Halévy ne seraient rien moins qu’un chef-d’œuvre à mettre à côté de l’Oberon de Weber ! Nous ne ferons pas l’injure à M. Halévy de prendre au sérieux ces exagérations d’impresario in augustie. L’auteur de la Juive et de l’Éclair est un compositeur trop sérieux et trop éclairé pour ne pas avoir été blessé d’un rapprochement aussi choquant. Les hommes comme Weber ne se fabriquent pas dans les ateliers du Conservatoire, et il faut n’avoir jamais entendu dix mesures de l’auteur du Freyschütz et d’Oberon pour oser se permettre de pareilles énormités. La vérité est que la Tempesta n’a eu qu’un succès de curiosité et de vanité nationale. Après dix ou quinze représentations bruyantes, l’ouvrage de M. Halévy est allé rejoindre tant d’autres prétendus chefs-d’œuvre enfantés par les spéculateurs et la camaraderie.

Nous sommes bien plus heureux en France qu’en Angleterre. Les théâtres subventionnés par l’état pour soutenir les grandes traditions de l’art ne trouvent rien de mieux pour atteindre le but désiré que de fermer leurs portes. C’est ce que vient de faire le théâtre de l’Opéra, qui a donné congé à ses artistes pour deux mois, sous l’excellent prétexte que la salle avait besoin de réparations : Ah ! du temps fabuleux de la monarchie, alors que les deniers de la nation étaient à la merci d’un petit nombre de privilégiés, comme disent les Catons de la république, il n’était pas aussi facile qu’aujourd’hui de manquer à ses engagemens et de fermer pendant deux mois le premier théâtre lyrique de l’Europe. Parlez-moi du théâtre de l’Opéra-Comique, qui du moins se défend avec courage contre les difficultés de la saison. Toujours sur la brèche, il livre des combats acharnés et remporte quelquefois d’assez brillantes victoires. Après le Songe d’une nuit d’été, dont la partition élégante survivra peut-être à la saison qui l’a vu éclore, voici un nouvel ouvrage en trois actes qui promet aussi de vivre plus d’une semaine. Giralda ou la nouvelle Psyché est un de ces contes en l’air auxquels M. Scribe donne plaisamment le nom de comédie, et dont il place la scène dans un pays de fantaisie qu’il appelle l’Espagne. Il s’agit d’une jeune contadina qui s’appelle Giralda et qui doit épouser le meunier Ginès, qu’elle déteste par la très bonne raison qu’elle en aime un autre. Quel est ce fortuné mortel, comment se nomme-t-il, et quelle est sa tournure ? Giralda n’en sait absolument rien. En traversant la forêt prochaine pour aller à Saint-Jacques de Compostelle vendre les produits de sa ferme, elle fit la rencontre d’un cavalier qu’elle a tout lieu de croire aimable, bien qu’elle n’ait pu distinguer ses traits ; mais si Giralda n’a point vu le visage de son mystérieux amant, elle a entendu sa voix, et ses douces paroles sont restées gravées dans le cœur de la jeune fille. Voulant à tout prix rompre le mariage qu’elle est sur le point de contracter avec le meunier Ginès, elle se décide à lui tout avouer. Le meunier, qui est un homme entendu dans les affaires, ferme l’oreille à ces scrupules innocens, et se contente de faire sonner dans sa poche les trois cents ducats qui constituent la dot de Giralda. Sur cette donnée, qui aurait été tout au plus suffisante pour un vaudeville, M. Scribe a déroulé un des imbroglios les plus compliqués et les plus invraisemblables de son théâtre. — La musique est de M. Adolphe Adam, compositeur aimable et facile qui, depuis long-temps, fait sonner ses grelots argentins devant le public. L’auteur du Chalet, du Postillon de Lonjumeau, du Roi d’Yvetot et de beaucoup d’autres partitions légères et pimpantes ne vise point aux tableaux d’histoire, ni aux transports lyriques. Enfant de Paris, M. Adam est né malin et peu mélancolique. Un petit filet de cette gaieté gauloise et tapageuse qui éclate dans les opéras de Grétry et de M. Auber, de la sensibilité et de la dextérité de main, telles sont les qualités qui ont fait sa réputation, et qu’on retrouve dans son nouvel ouvrage. On peut signaler au premier acte de la partition de Giralda un duo pour deux ténors dont Rossini serait en droit de revendiquer sa bonne part, si le divin maestro n’était pas le plus insouciant des hommes. En autre duo plein de grace au second acte, et puis un trio qui n’est pas dépourvu de mérite, sont les morceaux saillans de l’ouvrage. On pourrait désirer que les idées de M. Adam fussent, en général, d’un meilleur choix et d’un style plus relevé ; les rhythmes qu’il affectionne tiennent de trop près à la contredanse, et sa manière d’écrire ressemble un peu trop au sans-façon de son spirituel collaborateur ; mais, quoi qu’il en soit, l’un portant l’autre, l’opéra de Giralda est un ouvrage agréable qu’on entend avec plaisir, et qui pourra traverser l’été.



  1. Monumenta Typoyraphica, quoe Artis hujus proetantissimœ originem, laudem et abusum posteris produnt, instaurata studio et labore J. Christiani Wolfii, 2 vol, Hambourg, 1740.
  2. New-York, Wiley, Putman et Cie.