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Chronique de la quinzaine - 14 janvier 1845

Chronique n° 306
14 janvier 1845


CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.


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14 janvier 1845.


L’évènement qui occupe aujourd’hui tous les esprits est l’attitude que M. le comte Molé vient de prendre dans la discussion de l’adresse à la chambre des pairs. L’illustre chef du 15 avril, rompant un silence de plusieurs années, a combattu nettement la politique ministérielle. Il a tenu le langage que l’on devait attendre de sa haute expérience, de sa fermeté et de son noble caractère. Ses paroles auront un grand retentissement dans le pays. Tout porte à croire qu’elles exerceront une influence décisive sur la marche des choses. La séance du 13 janvier comptera parmi les plus importantes que l’on ait vues depuis long temps au Luxembourg ; mais, avant de raconter les divers incidens de cette séance, nous devons parler des circonstances qui l’ont précédée. Ce sera une histoire rétrospective que nous tâcherons d’abréger le plus possible.

On se rappelle les échecs que le ministère a essuyés dès les premiers jours de la session ; le discours du trône écouté dans un profond silence et avec une froideur marquée ; le candidat ministériel à la présidence du Palais-Bourbon repoussé au premier tour de scrutin, et ne passant au second tour qu’avec l’appui des radicaux et des légitimistes, enchantés, apparemment, de l’impopularité croissante du cabinet. On se rappelle l’élection de M. Dufaure à la vice-présidence ; on se rappelle surtout les 168 voix de M. Billault contre les 172 de M. de Belleyme, l’un des conservateurs les plus aimés de la chambre, et que la chambre aurait nommé à une grande majorité s’il n’avait été le candidat du ministère. Ces échecs multipliés, arrivant coup sur coup en quelques jours, avaient fortement ébranlé, comme on sait, la confiance du cabinet. Ils annonçaient un rapprochement entre les deux centres. Ils montraient les dispositions hostiles des esprits. Ils étaient le symptôme d’une situation nouvelle. A ces premiers revers était venue se joindre une complication inattendue. Le portefeuille de l’instruction publique était vacant, et ceux qui étaient sollicités de le prendre le refusaient.

Telle était, il y a quelques jours, la situation. Loin de s’améliorer pour le cabinet, elle s’est au contraire aggravée. L’accord entre le centre gauche et une fraction de la majorité est devenu plus étroit. L’opinion, en dehors des chambres, se montre favorable au rapprochement des deux centres, et le ministère entend de tous côtés des prédictions sinistres.

Il est vrai que le cabinet a obtenu la majorité dans la commission de l’adresse au Palais-Bourbon ; mais cet avantage se réduit en réalité à fort peu de chose. D’abord, suivant des calculs certains, incontestables, la majorité ministérielle dans les bureaux ne s’est pas élevée à plus de trente-deux voix ; ensuite, si l’on se reporte au vote antérieur sur M. Billault, on peut légitimement prétendre que, parmi ces trente-deux voix, il en est bien peu qui appartiennent réellement au ministère. Nous ne voudrions pas du reste appuyer cette prétention sur des motifs peu honorables pour une fraction du parti conservateur. On a dit que l’opposition de certains députés avait pu se trouver gênée dans les bureaux, où l’on vote à bulletin ouvert, sous le regard indiscret des amis officieux du ministère ; nous croyons que la conduite de ces honorables membres a été dictée par des raisons plus dignes. Les conservateurs dissidens ne font pas une coalition ; ils n’ont pas signé un pacte, un traité d’alliance défensive et offensive avec toutes les nuances de l’opposition. Ils ont exprimé un dissentiment qui les sépare du ministère sur des questions spéciales : voilà tout. Si plusieurs d’entre eux ont voté pour M. Billault, c’est que l’honorable membre du centre gauche partage leurs sentimens sur ces questions qui dominent en ce moment la politique, et que du reste, sur l’ensemble du système intérieur ou extérieur de la France, il a des tendances marquées vers la majorité. Voter pour M. Billault, quoi qu’en aient dit lés feuilles ministérielles, ce n’est pas voter pour un ennemi de l’alliance anglaise et de la constitution ; mais à des candidats d’une couleur plus prononcée, à des hommes que le gouvernement des quinze années a toujours rencontrés dans les rangs de ses adversaires, les conservateurs dissidens ont dû préférer pour la commission de l’adresse des candidats ministériels. Voilà ce qui explique pourquoi le ministère a eu la majorité dans les bureaux.

Dira-t-on que le ministère doit sa majorité aux explications qu’il a données, aux argumens triomphans qu’il a présentés sur les questions du jour ? En vérité, ce serait abuser de la complaisance de ses adversaires. Il n’y avait qu’une voix dans les bureaux de la chambre sur la faiblesse des explications données par les ministres, sur la sécheresse du thème que chacun d’eux était venu réciter, sur les contradictions remarquées dans leur langage, sur le désaccord qui semblait exister entre M. Guizot, par exemple, venant déclarer que l’indemnité consentie en faveur de M. Pritchard se rattache aux mauvais traitemens qu’il a subis, tandis qu’au contraire M. Dumon, rattachant le fait de l’indemnité à l’expulsion, déclarait que le gouvernement français s’était réservé le droit de refuser toute indemnité dans le cas où l’expulsion serait motivée. Les ministres, en sortant de la chambre, annonçaient qu’ils avaient réservé leurs principaux argumens pour la tribune ; mais on y croyait peu, et le parti ministériel, malgré sa victoire, était déconcerté.

Un fait grave a signalé la discussion de l’adresse dans les bureaux. M. Saint-Marc Girardin, dans un langage ferme et digne, a expliqué les dissentimens qui le séparent sur certains points du ministère. Il a donné un noble exemple de franchise et de loyauté politique. Un autre conservateur, M. Mortimer Ternaux, a prononcé quelques paroles dans le même sens. De pareils faits sont significatifs. Quand un esprit éminent comme celui de M. Saint-Marc Girardin répudie la politique ministérielle, quand un dévouement aussi sûr, aussi éclairé que le sien ne veut pas accepter la solidarité de cette politique, il y a lieu de faire des réflexions sérieuses dans les hautes régions du gouvernement.

Effrayé par tous ces symptômes qui sont venus l’assaillir depuis le commencement de la session, le ministère, avant de tenter l’épreuve de la tribune, s’est jeté dans les moyens extrêmes pour conjurer l’orage. Il a invoqué publiquement l’appui de la couronne. Des paroles augustes ont été révélées par la voie de la presse. On a fait entendre nettement que la royauté voulait le maintien du cabinet, et que toute opposition était blâmée par elle. D’honorables pairs, d’honorables députés, soupçonnés d’avoir peu de penchant pour la politique ministérielle, ont été placés sous le coup d’une censure publique. On a attaqué l’indépendance parlementaire. Singulier retour des choses de ce monde ! Il y a six ans, M. Guizot, soutenu par les partis extrêmes, faisait tomber le 15 avril sous l’accusation injuste de ne pas couvrir la royauté ; aujourd’hui, c’est M. Guizot qui supplie la royauté de couvrir le ministère dont il dirige, dont il défend la politique. Qu’arriverait-il, cependant, si l’on suivait le ministère sur ce terrain dangereux, inconstitutionnel, où il provoque la polémique des partis ; si l’on cherchait à démontrer la fausseté des bruits qui ont couru ; si, à des paroles imprudemment divulguées, on opposait d’autres paroles d’un sens bien différent, et de nature à faire trembler le cabinet ; si enfin on révélait certaines opinions, certaines craintes, qui se sont manifestées récemment autour du trône, et qui ont dû exercer sur les méditations royales une sérieuse influence ? Assurément, l’on serait en droit de publier là-dessus ce que l’on sait. La presse ministérielle a donné l’exemple ; mais il vaut mieux garder le silence. Il faut laisser au ministère le privilège de faire intervenir à son gré le nom du roi dans la discussion. Nous croyons, du reste, que ces moyens désespérés ont peu de succès ; ils font à ceux qui les emploient plus de mal que de bien. Beaucoup de gens seront tentés de voir dans les paroles royales que l’on a publiées un témoignage de consolation offert pour adoucir le regret d’une séparation prochaine. Et quant à ceux qui verront dans ces paroles une atteinte à la liberté parlementaire, on peut être sûr qu’ils en garderont rancune au cabinet.

Le ministère semble arrivé à un point où il ne lui est plus permis de faire un pas sans faire une faute, et sans compliquer de plus en plus les difficultés de sa position. Depuis la réunion des chambres, c’est-à-dire, depuis vingt jours à peine, que de fausses démarches il a faites ! que d’imprudences il a commises ! Ne parlons que de sa conduite parlementaire ; n’est-ce pas une faute grave d’avoir donné au discours de la couronne ce ton provocateur qui a blessé le sentiment des chambres ? n’est-ce pas une faute d’avoir repoussé la candidature de l’honorable M. Dupin à la présidence ? n’est-ce pas encore une faute d’avoir invoqué ouvertement le secours de la couronne pour rallier la majorité ? Mais une faute plus grave que toutes les autres, une faute qui tient du vertige, et dont les conséquences pourront être fatales au cabinet, c’est le déchaînement d’une polémique, pour ainsi dire officielle, contre d’anciens ministres que le pays honore, que l’estime publique environne, que leur modération semblait devoir soustraire à toutes les attaques ; dont le seul tort, enfin, était de condamner silencieusement la politique ministérielle et de rencontrer de vives sympathies dans l’opinion. Ces hommes ont été abreuvés d’outrages. Leur caractère a été indignement calomnié. Chose inouie ! les mots d’intrigue et de coalition ont été prononcés contre eux ! Les rôles ont été intervertis ; les dates ont été confondues. Suivant l’énergique expression d’un noble pair, les martyrs de 1839 ont été accusés du crime de leurs bourreaux.

Si de pareilles violences devaient soulever quelque part une vive réprobation, c’était surtout à la chambre des pairs, où siègent les hommes d’état ainsi calomniés par l’organe le plus accrédité du ministère. Pour la noble chambre, c’était une affaire qui intéressait directement ses affections et son honneur. Aussi, depuis plusieurs jours, la polémique ministérielle était sévèrement blâmée dans les réunions de la pairie. On demandait une réponse éclatante à ces imprudentes et injurieuses provocations. M. le comte Molé était le plus directement frappé ; c’était lui que l’opinion désignait pour faire cette réponse. Le noble pair ne s’est point fait attendre. Il a pris le premier la parole dans la discussion de l’adresse. Il a accepté le débat sur le terrain brûlant où on l’avait amené.

On parle d’intrigue et de coalition ! Où sommes-nous donc ? Qui vient donc réveiller de fâcheux souvenirs ? où est la défection ? où sont les traîtres ? où sont ceux qui foulent aux pieds les maximes de toute leur vie, qui préconisent, dans un intérêt d’ambition, les doctrines qu’ils ont toujours combattue ? Non. L’opposition qui menace en ce moment le ministère n’est pas une intrigue. Nous ne sommes pas en 1839 ; la majorité n’est pas trahie ; la défection ne s’est pas glissée dans ses rangs. Des conservateurs attaquent, il est vrai, le ministère ; mais dans quel but, par quels moyens ? Les voit-on déserter leur drapeau ? Ont-ils renié la politique soutenue par eux depuis quinze ans ? Non. Ils sont restés, ils resteront fidèles à leur parti, à leur politique ; et s’ils attaquent le ministère, c’est par la seule raison que cette politique leur semble compromise par ses fautes.

Est-ce la première fois d’ailleurs que le parti conservateur entre en lutte avec le ministère du 29 octobre ? On oublie les graves dissentimens qui se sont élevés depuis quatre ans entre le ministère et la majorité. Combien de fois n’a-t-on pas vu la majorité elle-même imposer sa politique au ministère, et le ministère lui sacrifier la sienne ? Le lendemain des évènemens de 1840, le ministère veut rentrer dans le concert européen et dans l’alliance anglaise ; il passe la convention des détroits, il signe le traité du 20 décembre 1841 que fait la majorité ? Elle blâme cet empressement, elle recommande au ministère de ne pas engager au dehors la liberté de la France. Elle veut que le traité du 20 décembre ne soit pas ratifié. Elle va plus loin ; elle exige que le ministère négocie la révision des traités de 1831 et 1833 ; et M. Guizot, partisan déclaré du droit de visite, s’oblige à en poursuivre l’abolition ! Plus tard, le ministère, cherchant toujours à renouer l’alliance rompue, veut procurer des avantages commerciaux à l’Angleterre. Qu’arrive-t-il ? Le ministère, vaincu par les résistances de la majorité, est forcé de passer la convention linière, défavorable aux intérêts anglais. Une question s’élève en Syrie ; l’anarchie dévore ces provinces sur lesquelles la France devrait étendre une main protectrice ; l’Angleterre et l’Autriche, de concert avec le cabinet français, règlent à Constantinople l’état politique du Liban. Notre ministère accepte une intervention collective dans une œuvre qui devrait s’accomplir sous le patronage exclusif de la France. Que fait le parti conservateur ? Il désavoue la conduite du ministère ; il blâme la décision prise par les puissances, il exprime le vœu que la Syrie soit replacée sous l’administration de ses chefs indigènes. Nous ne parlons que des questions étrangères ; que serait-ce si nous parlions des questions administratives, ou de politique intérieure, sur lesquelles le ministère, combattu par la majorité ou intimidé par elle, s’est vu forcé de suivre une ligne contraire à ses desseins ? Dans les questions commerciales, dans les questions industrielles, est-ce le ministère qui a dirigé la majorité ? Non. C’est la majorité qui a dirigé le ministère. Pourquoi le projet d’union douanière avec la Belgique a-t-il été mis de côté ? Parce que le ministère a craint M. Fulchiron. Pourquoi la dotation n’a-t-elle pas été portée à la tribune ? pourquoi le projet sur les ministres d’état n’a-t-il pas été défendu ? pourquoi a-t-on renoncé au banc des évêques ? Parce qu’on a craint la majorité. Une loi importante, celle de l’enseignement secondaire, rencontre une vive opposition ; cette opposition, d’où vient-elle ? Des rangs conservateurs. Qui a nommé M. Thiers rapporteur du projet de loi ? La majorité conservatrice. Nous pourrions citer d’autres dissentimens entre le ministère et la majorité. Ceux que nous rappelons suffisent pour prouver que le parti conservateur n’a jamais cessé de désavouer sur plusieurs points la politique du 29 octobre. Ce que les conservateurs dissidens font aujourd’hui à propos du Maroc et de Taïti, la majorité l’a fait constamment depuis quatre ans sur des questions non moins graves. La seule différence est que le ministère serait forcé de se retirer aujourd’hui devant un blâme des chambres, tandis que nous l’avons vu jusqu’ici accepter le blâme sans se retirer, et aller au-devant de la majorité quand la majorité refusait d’aller à lui.

On demande aux conservateurs dissidens quelle est leur politique : c’est celle de la majorité. Ils veulent la paix, les bons rapports avec l’Angleterre. Sur ce point, ils sont d’accord avec le cabinet ; mais ils ne sont pas d’accord avec lui sur la manière d’appliquer cette politique. Entre eux et le ministère, il s’agit d’une question de conduite. Ils disent que le ministère compromet la politique de la majorité au lieu de la servir utilement, et la majorité a déjà prouvé qu’elle pensait comme eux sur bien des points. Voyez les affaires que le cabinet a créées lui-même, qu’il a cherchées pour ainsi dire, et dans lesquelles il a engagé directement sa responsabilité ; voyez le droit de visite, la question de l’Océanie : ces deux affaires ont-elles servi la politique de la paix ? Ont-elles resserré l’alliance anglaise ? N’ont-elles pas, au contraire, failli troubler le repos du monde ? Sans l’amitié qui lie les deux couronnes de France et d’Angleterre, sans les hommages adressés par la nation britannique au représentant couronné de notre révolution, sans la sagesse des souverains et des peuples, supérieure cette fois à la sagesse des cabinets, où en serions-nous aujourd’hui ? Le ministère, depuis quatre ans, nous a donné une paix troublée et une alliance stérile. Il a voulu la paix, mais en même temps il s’est lancé dans des entreprises téméraires, sources de conflits entre les deux gouvernemens ; il a voulu l’alliance, mais en même temps il l’a rendue impopulaire en France par des démarches irréfléchies et par des concessions imprudentes. Voilà ce que lui reprochent les conservateurs dissidens. Tel est le sens de cette opposition nouvelle, à la tête de laquelle vient de se placer M. le comte Molé.

Nous n’essaierons pas de peindre l’effet de cette séance qui a produit des émotions si vives. Évidemment, le ministère avait pensé que M. Molé ne parlerait pas ; on avait voulu lui faire peur. On comptait encore une fois sur ces scrupules, exagérés peut-être, sur cette réserve excessive qui ont fermé pendant six ans la bouche de l’illustre pair. On ne le provoquait si violemment, on ne stimulait si outrageusement son honneur qu’afin de pouvoir exploiter son silence comme une défaite. L’évènement est venu tromper ces prévisions ; mais après l’évènement on s’est hâté, comme toujours, de changer de langage et de tactique. Hier, on provoquait M. le comte Molé ; on lui disait que son devoir était de s’expliquer devant le pays : on lui dit maintenant que son devoir, comme son intérêt, eût été de se taire. Pourquoi a-t-il parlé ? Encore un peu de patience, et le cours des évènemens le ramenait aux affaires. Rien ne réussit en politique comme la résignation et l’oubli des injures. M. Molé, pour avoir parlé, est aujourd’hui un homme perdu. S’il revient au pouvoir, ce sera, comme les autres, par le chemin vulgaire de l’opposition. En vérité, M. le comte Molé doit dire qu’il y a des gens bien difficiles à contenter.

L’illustre pair a prononcé deux discours : l’un est l’exposé des griefs du parti conservateur contre la politique du ministère ; l’autre est une réplique pleine d’à-propos et de vigueur, qui a paru produire une impression très vive sur M. le ministre des affaires étrangères. On peut résumer dans les termes suivans l’opinion si nettement et si éloquemment exprimée par M. Molé sur la politique de M. Guizot. C’est une politique qui exagère sans cesse son principe, qui ne sait pas se gouverner, se contenir, qui marche aveuglément devant elle sans prévoir les obstacles, qui crée partout des difficultés au lieu de les résoudre. C’est une politique qui ne sait pas garder son secret ni mesurer sa force. Elle veut la paix, mais avec une ardeur si inconsidérée, avec un désintéressement si grand, qu’elle fait perdre patience aux gens les plus pacifiques. Elle veut l’alliance anglaise, mais avec un entraînement si passionné, avec une telle prodigalité de démonstrations et de sacrifices, qu’elle finit par exciter contre l’alliance les susceptibilités nationales. C’est une politique de spontanéité, de premier mouvement, qui dépasse le but du premier coup et qui entraîne sans cesse à sa suite des réactions dangereuses. D’où sont venues les difficultés dans la question du droit de visite ? De ce que M. le ministre des affaires étrangères a signé la convention de 1841, et de ce que l’extension du droit a amené la réaction de l’esprit public contre le droit lui-même. Enfin, c’est une politique aventureuse, qui aime le mouvement, mais un mouvement stérile, et qui semble chercher les embarras, soit par irréflexion, soit par bravade. Qui a forcé M. Guizot de signer la convention de 1841 ? Personne. Qui l’a poussé dans les embarras inextricables de l’Océanie ? Personne. Ce sont des difficultés qu’il s’est créées lui-même, et qui aboutissent aujourd’hui à cette double impasse : pour le droit de visite, le ministère ne sait comment faire céder l’Angleterre ou reculer la chambre ; pour l’île de Taïti, il ne sait comment y rentrer ni comment en sortir.

M. Guizot est un grand orateur. Nous l’avons vu plus d’une fois à la tribune se tirer admirablement des situations les plus difficiles. Si l’homme d’état n’a pas grandi depuis quatre ans, assurément l’homme de discussion, l’homme des débats parlementaires n’a rien perdu. Ces dernières années l’ont vu remporter les triomphes les plus éclatans. Comment se fait-il cependant que M. le ministre des affaires étrangères, ait paru fléchir dans sa lutte avec M. le comte Molé ? Pourquoi n’a-t-il pas trouvé sa présence d’esprit ordinaire Pourquoi son langage a-t-il manqué d’adresse ? Pourquoi, tandis que M. Molé a su toujours concilier la dignité et l’émotion de la parole, la vivacité et les convenances, M. Guizot a-t-il laissé échapper des termes qui ont causé dans la noble chambre une sensation pénible, et qui ont paru empruntés aux passions violentes d’une autre époque ? Que signifie cette citation des vers connus du Misanthrope sur les haines vigoureuses que doivent ressentir contre les méchans les ames vertueuses ? Qui sont les méchans et pourquoi des haines ? Singulier à-propos de venir recommander une politique haineuse au chef du cabinet qui a inauguré la politique de l’amnistie ! La chambre des pairs a protesté contre ces expressions malheureuses, et M. Guizot les a atténuées par un commentaire. Nous voulons croire que ses souvenirs littéraires ont mal servi sa pensée. M. Guizot a exagéré ses expressions comme il exagère les conséquences de ses principes politiques. Toujours est-il que ce début n’a pas semblé heureux, et qu’il a paru à beaucoup de gens que la situation du ministre gênait son éloquence.

Toute l’argumentation de M. le ministre des affaires étrangères repose sur deux ou trois points que la presse ministérielle développe tous les jours. Suivant M. Guizot, si les conservateurs dissidens veulent renverser le cabinet, c’est qu’ils jugent la situation excellente. La succession est bonne à prendre ; mais cette succession périra entre leurs mains. Ils n’auront pas les élémens nécessaires pour constituer une majorité de gouvernement. Placés entre les exigences de la gauche et les rancunes de la droite ; ils seront condamnés à l’impuissance. Ils compromettront la politique dont la fortune aura été confiée à leur honneur et à leur dévouement.

Qu’il plaise à M. Guizot de déclarer que la situation est excellente, cela se conçoit, puisque c’est lui qui l’a faite. Cependant, c’est une assertion qu’on ne peut accepter sans examen. Si la situation est excellente, comment se fait-il d’abord que l’opposition soit si forte, que les mécontentemens soient si nombreux et si vifs, qu’il y ait en ce moment une irritation générale dans les esprits ? Comment se fait-il que votre majorité s’ébranle à la chambre des députés, et que les paroles de M. le comte Molé aient été si bien accueillies à la chambre des pairs, cette assemblée d’hommes sages, si opposée à tout changement politique ? Direz-vous que l’irritation est factice, que c’est un vain bruit, une émotion produite par une coalition d’intrigans et d’ambitieux ? Comment le pays pourrait-il être dupe d’un pareil jeu ? Comment la leçon de 1838 et de 1839 ne lui servirait-elle pas ? Le pays voit tout ce qui se fait. Il juge vos adversaires aussi bien que vous-mêmes, et il leur donne raison. Non, ce n’est pas une agitation factice qui règne en ce moment dans les esprits. Les inquiétudes que fait naître la politique ministérielle ne sont pas un mensonge. Ces inquiétudes, vous les partagez vous-même. Vous dites, sur le droit de visite, que vous êtes pleinement rassuré, que les deux gouvernemens sont sur le point de nommer des commissaires mixtes qui chercheront en commun des moyens nouveaux, plus efficaces que le droit de visite pour la répression de la traite. Vous célébrez ce résultat comme une victoire. Qu’avez-vous donc obtenu ? Les difficultés qui étaient débattues jusqu’ici entre les deux gouvernemens, et que les deux gouvernemens n’ont pu résoudre, malgré leur bon vouloir réciproque, seront débattues maintenant dans une commission qui sera entourée des mêmes embarras et des mêmes périls ; au lieu de deux chancelleries, il y aura des commissaires ; voilà tout. Appelez-vous cela une affaire terminée ? Croyez-vous que les chambres, qui ont exigé la suppression du droit de visite, puissent vous remercier du résultat que vous leur présentez ? Ce résultat veut dire que vous négociez, pas autre chose. Et Taïti, croyez-vous que ce soit là une affaire conclue ? Ne craignez-vous pas toujours d’apprendre des complications imprévues ? Quand pourrez-vous nous dire que le sang de nos soldats a cessé de couler ? Quand cesserez-vous de craindre un nouveau conflit qui pourrait remettre en question la dignité de la France ? Vous dites que la paix est solidement établie, que les deux pays sont en bons ternes ; mais la guerre a failli éclater il y a cinq ou six mois ; le bon accord a disparu un moment pour faire place à des dispositions hostiles. C’était le fruit de votre politique, qui a eu jusqu’à présent ce double effet d’encourager les exigences de l’Angleterre et d’exciter en même temps chez nous les susceptibilités nationales. Or, si votre politique ne change pas, si vous suivez toujours les mêmes erremens, le pays peut-il avoir cette confiance que vous voulez lui inspirer ? Non. Ne dites donc pas que la situation est excellente, et que l’opposition exploite contre vous la sécurité et les loisirs que vous avez créés. La sécurité n’est pas à Taïti ; la question du droit de visite offre des loisirs peu rassurans. Ainsi que l’a dit M. le comte Molé, les questions que vous dites terminées sont encore toutes vives, et votre politique, loin de résoudre les difficultés, est l’élément qui les perpétue.

Quant à savoir comment les successeurs du ministère actuel pourraient gouverner, ce n’est pas sérieusement que l’on soulève cette question. Si des hommes portés aux affaires après avoir trempé dans la coalition ont pu trouver une majorité de gouvernement, l’œuvre ne sera pas plus difficile pour ceux qui n’ont désavoué aucun de leurs principes, et qui n’ont pris aucun engagement que leur conscience désavoue. On exagère d’ailleurs à dessein les tendances de cette partie de l’opposition qui se rapproche en ce moment de l’opinion conservatrice. On ne parle de ses exigences futures que pour les exciter dès à présent. On voudrait qu’elle agitât le drapeau des réformes ; malheureusement, au lieu de réveiller les questions de principes, au lieu de s’adresser aux passions, elle se place sur le terrain des affaires. On voudrait qu’elle fût violente, elle est modérée. Au lieu de se laisser prendre pour dupe, elle est habile. De pareilles dispositions peuvent chagriner le ministère, mais elles peuvent aussi le rassurer au sujet des embarras que de nouveaux auxiliaires de la majorité pourraient créer à ses successeurs.

L’intervention de m. le comte Molé dans le débat de l’adresse a une portée que tout le monde comprendra. Elle amènera de nouveaux rapprochemens entre les deux centres. Elle élargira la base du parti conservateur. Elle préparera les voies à une majorité puissante. On a dit que M. Molé était partisan de l’alliance russe ; ceux qui liront ses discours, pourront vérifier cette assertion. Ils verront si l’alliance anglaise, pratiquée dignement, efficacement, comme il convient à la France, a un défenseur plus sûr et plus éclairé. M. Molé n’a pas voulu flatter les passions de la gauche, comme on l’a prétendu ; il s’est appuyé sur l’opinion conservatrice. C’est là qu’il a planté son drapeau d’une main ferme. Il était devenu nécessaire pour plus d’une raison que M. le comte Molé parlât. On commençait à abuser de son silence. Son initiative dans la lutte ouverte contre le cabinet du 29 octobre produira au dehors une sensation profonde. Elle aura surtout pour effet d’imprimer à la marche de l’opposition et à son but un caractère de modération qui peut seul en assurer le succès.

La discussion est ouverte au Luxembourg sur les différens paragraphes du projet d’adresse. On a remarqué que la réponse de la commission de la chambre des pairs au discours de la couronne ne contient pas sur tous les points une adhésion formelle et explicite à la politique du ministère. M. Guizot n’a certainement pas obtenu de la commission tout ce qu’il lui demandait. M. de Montalembert a parlé des affaires du clergé. Le jeune pair, sans être juste ni modéré, n’a pas été cependant aussi agressif que l’an dernier. On doit supposer que des membres éclairés de l’épiscopat ont tempéré cette fois l’ardeur de son zèle. Une discussion assez vive s’est élevée sur l’affaire de l’École polytechnique. On sait que l’École, licenciée au mois d’août dernier, a été réorganisée depuis. Tous les anciens élèves, sauf dix-sept, ont été admis à passer leurs examens. Pourquoi l’admission de ces dix-sept élèves a-t-elle été refusée ? L’École entière avait été licenciée ; tous les élèves avaient été frappés ensemble ; tous se trouvaient dans une situation semblable ; pourquoi l’arrêt prononcé à leur égard a-t-il fait des distinctions ? Le maréchal se retranche derrière l’avis d’une commission purement consultative, qui a jugé à huis-clos et sans appeler les élèves devant elle. La chambre a paru trouver que M. le ministre de la guerre avait déployé, dans cette circonstance, une excessive sévérité. Quelques paroles de M. le comte de Montalivet, prononcées dans ce sens, ont rencontré sur tous les bancs de la chambre une vive adhésion. M. de Montalivet a fait un appel à l’indulgence du maréchal, qui n’a rien promis. Cet incident n’est pas sans intérêt dans les circonstances présentes ; on en a causé dans les salons, et beaucoup de gens, sans y attacher une importance trop grande, s’accordaient néanmoins à lui trouver une signification politique.

La commission de l’adresse, à la chambre des députés, a entendu aujourd’hui la lecture du travail de M. Hébert, son rapporteur. La discussion commencera sous peu de jours. Elle est impatiemment attendue. La situation des partis, la nature des questions, le talent des orateurs, la grandeur et la diversité des intérêts engagés, tout doit faire supposer que cette discussion jouera un rôle important dans nos annales parlementaires.

LE PREMIER BUDGET DE L’ESPAGNE


Dans très peu de jours, les cortès vont examiner le premier budget général, le premier budget régulier de l’Espagne ; M. Mon a satisfait enfin des vœux bien impatiens, et l’on pourra d’un regard plus sûr mesurer, si l’on nous permet de parler ainsi, l’avenir financier de la monarchie constitutionnelle au-delà des monts. Jusqu’ici les esprits éclairés, ceux-là même dont la bienveillance envers le cabinet Narvaez n’a jamais été mise en question, n’ont approuvé qu’avec une extrême réserve les réformes partielles accomplies déjà par le ministre des finances, et on le comprend sans peine : dans l’état le plus grand comme dans le plus petit, tout se lie, tout se tient, et c’est l’harmonie de l’ensemble qui dans les détails, dans les innombrables services particuliers dont se compose l’administration publique, introduit l’ordre et le garantit. Par cette émission du 3 p. 100, qui doit tant contribuer à dégager les revenus du pays, M. Mon, en définitive, a augmenté les obligations du trésor. Sans aucun doute, si la paix et la sécurité s’établissent en Espagne, le jour viendra où le seul progrès des fortunes privées fera la fortune nationale, et assurera le paiement de toutes les obligations anciennes et récentes. Mais, d’ici là, comment subvenir aux besoins de l’état ? quelles dépenses est-on nécessairement obligé de faire aujourd’hui même ? sur quels revenus peut-on certainement compter ? Voilà les questions que M. Mon est tenu de résoudre dans le projet de loi financière qu’il a soumis aux délibérations des cortès.

Au moment où, par la loi que vient de présenter M. Mon, se va, pour ainsi dire, inaugurer une seconde fois en Espagne le régime constitutionnel, il est curieux de jeter un coup d’œil en arrière et d’examiner comment, dans ce pays qui se régénère, les finances publiques ont été jusqu’ici gouvernées. Dans les temps les plus reculés de l’ancienne monarchie, et jusqu’à l’avènement de la dynastie autrichienne, les revenus de la couronne se formaient des droits et des redevances que se réservaient les rois d’Aragon et de Castille sur les terres concédées aux seigneurs, et des capitations que s’imposaient les communes. À l’époque même où les rois exerçaient une autorité à peu près irrésistible, à l’époque où l’influence étrangère, qui sous Charles-Quint dominait en Espagne, avait raison des plus vieilles garanties péninsulaires et réduisait la représentation nationale à n’être plus que l’ombre des anciennes cortès, on sait avec quelle énergie l’assemblée de Tolède osait, sur la question d’impôt, tenir tête au tout-puissant empereur. Quand la dynastie autrichienne eut pris le parti d’en finir tout-à-fait avec les immunités publiques, elle exigea, pour masquer l’usurpation, que les provinces envoyassent, comme autrefois, à Madrid, ces députés, qui, durant les beaux jours des communes castillanes et aragonaises., contrôlaient l’emploi des deniers du royaume ; ce n’était là, on le conçoit, qu’une institution morte, qui, cessant d’être prise au sérieux et par les rois et par les peuples, s’abolit enfin d’elle-même et sans bruit. Selon ses caprices, l’autorité royale imposait les tributs, et selon ses caprices elle en dépensait le produit ; dans cette longue période il serait impossible de trouver la trace d’un budget. Quelques ministres, il est vrai, pour se reconnaître parmi les tracas et les embarras d’une puissance mal définie et si complètement anormale, faisaient de temps à autre dresser des mémoires par les commis subalternes ; mais ce sont là des travaux d’une importance fort secondaire, qu’on recherche avidement aujourd’hui à titre de curiosités historiques, et non certes pour y puiser d’utiles enseignemens. Cependant, à la fin du dernier siècle, on comprit le besoin de débrouiller un peu l’énorme chaos enfanté par la négligente et aveugle routine, et cela explique l’immense quantité de documens statistiques laissés dans les archives des ministères par les conseillers de Charles III et par ceux de Charles IV. Comment, dès cette époque même, ne parvint-on pas, sinon à introduire l’ordre dans les services publics, du moins à remédier aux abus les plus crians ? Pourquoi les vues élevées, les vastes conceptions des Aranda, des Jovellanos, des Campomanès, demeurèrent-elles à l’état de projets ? On en peut aisément découvrir la raison : c’est que les abus alimentaient le luxe et la corruption de la cour ; les meilleurs esprits reculèrent devant les scandales que des réformes nettement entreprises et vigoureusement poursuivies n’auraient point manqué de soulever, à la tête comme au cœur de la nation.

En 1808, l’heure des révolutions sonna pour l’Espagne. Des cortès souveraines s’assemblèrent qui, en dépit de l’invasion et de la guerre étrangère, abordèrent avec courage les plus grands problèmes sociaux. Sur les questions de principe, les cortès de Cadix firent de nombreux emprunts aux constitutions des pays plus avancés, à celles de l’Angleterre et de la France, de la France surtout ; mais sur les questions de finance, elles se virent contraintes de suivre les anciens erremens. Par l’article 131 de leur constitution, les cortès de Cadix s’attribuaient, il est vrai, la faculté d’établir l’impôt et de fixer le chiffre des dépenses ; il y a mieux encore, dans la fameuse charte datée de Bayonne, du 7 juillet 1808, et octroyée par Napoléon à la Péninsule, on reconnaissait, on restaurait les vieilles franchises ; on prescrivait que, de trois en trois ans, les orateurs du conseil d’état soumettraient à l’approbation des cortès une loi établissant la balance entre les recettes et les dépenses. Nous n’avons pas à nous occuper des prescriptions de cette charte qui jamais ne furent mises à exécution ; quant à la constitution de Cadix, il est aisé de voir que, de ses dispositions financières, ne pouvait résulter pour le pays aucun avantage réel. Les cortès constataient leur droit, sans entreprendre sérieusement de l’exercer ; elles s’attribuaient la faculté de voter l’impôt et de fixer le chiffre des dépenses ; mais comme, l’impôt une fois voté, elles abandonnaient au prince le soin d’en distribuer le produit dans les divers services publics, comme, par l’article 171, le pouvoir législatif s’interdisait à vrai dire toute espèce de contrôle sur les détails innombrables de l’administration, il est évident que, sous cette charte, le pouvoir exécutif aurait pu tout à son aise tromper la surveillance des cortès, et que lui seul en définitive aurait fixé le chiffre des dépenses, et, par conséquent, le chiffre de l’impôt.

En 1814, l’invasion était repoussée, mais le monarque absolu était remonté sur son trône, et chacun avec douleur prévoyait la restauration de l’odieuse routine qui sous les précédons régimes avait épuisé le pays. On ne vit pourtant pas, Dieu merci, se réaliser de si tristes prévisions. Du règne de Ferdinand VII, il faut faire deux parts bien distinctes : d’un côté les réactions sanglantes, de l’autre les réels efforts entrepris par deux ou trois ministres de ce prince pour réhabiliter le crédit du royaume et réorganiser le système financier. Dès 1817, le génie actif de don Martin Garay projetait les plus utiles comme les plus vastes réformes ; mais ce fut en pure perte que ce ministre essaya de relever la fortune nationale : ses plans habiles furent déconcertés, bouleversés, anéantis par la révolution de 1820. Jetons un voile sur la terrible période qui sépare 1820 de 1823 : à la seconde restauration de Ferdinand VII, les finances du royaume ne présentaient de toutes parts qu’un énorme déficit. On se souvient encore en Europe des vrais prodiges accomplis à cette époque par le ministre des finances M. Ballesteros pour subvenir aux premiers besoins du pays. M. Ballesteros ne combla point le déficit ; il ne releva point le trésor ; dans l’état où se trouvaient l’agriculture, l’industrie, le commerce et toutes les sources de la richesse, c’était là une œuvre impossible. Mais M. Ballesteros a prévenu la banqueroute complète et définitive ; il a, de façon bien souvent à produire une illusion décevante, assuré pendant très long temps les services publics ; cela suffit, incontestablement, pour qu’au-delà des Pyrénées le nom et la personne de l’ancien ministre soient, dans tous les partis, entourés d’une sincère vénération.

A la mort de Ferdinand VII, la guerre civile déchira le pays jusque dans les entrailles ; les dépenses s’accrurent au-delà de toute mesure ; on s’arriéra sur les obligations anciennes ; on contracta de nouveaux emprunts ; on entra dans la voie fatale des anticipations ; on engagea les revenus du royaume ; de là les ruineux scandales, les abus sans nombre avec lesquels M. Mon a voulu en finir. Pour obéir à la lettre de la constitution ; les ministres présentaient leurs budgets aux chambres : ce n’étaient là que des projets informes qu’au milieu des convulsions politiques les cortès n’avaient pas le temps d’examiner. Chaque jour, la guerre civile entassait décombres sur décombres et tarissait jusqu’aux dernières sources de la richesse nationale ; chaque jour s’agrandissait l’abîme du déficit. Dans l’estatuto real (articles 34, 35 et 36), dans la charte de 1837 (titre XII), on attribuait aux représentans de la nation le droit de voter l’impôt et de contrôler jusqu’aux moindres dépenses des ministres de la monarchie constitutionnelle. Ce n’étaient là que de vaines formules : on ne relève point par des lois un pays que désole la guerre civile ; avant de songer à régénérer l’Espagne, il fallait la pacifier.

Mais aujourd’hui, en dépit des dernières convulsions, le gouvernement de Madrid se trouve investi d’une force très considérable, et les ministres de la reine Isabelle seraient vraiment sans excuse s’ils n’employaient point cette force à opérer dans les finances du royaume les réformes générales que leurs prédécesseurs n’étaient pas même en mesure de tenter. Aujourd’hui enfin, nous recevons des renseignemens positifs sur le budget que M. Mon vient de présenter aux cortès, et nous pouvons faire connaître les principaux chiffres de ce grand travail. M. Mon pense que, pour 1845, les recettes s’élèveront à 1,250,635,353 réaux et 23 maravédis, 312,666,838 francs environ. Voici les impôts qui, selon le ministre, doivent faire entrer cette somme dans les caisses de l’état : une contribution directe sur le produit liquide des biens fonds et des biens meubles, rapportant 350 millions de réaux, c’est-à-dire 87 millions 500,000 francs ; un droit sur les mutations temporaires ou perpétuelles des immeubles, s’élevant à 18 millions de réaux (4 millions 500,000 francs) ; une contribution de 160 millions de réaux (40 millions de francs) sur la consommation de certains produits déterminés par la loi ; un impôt de 25 millions de réaux (6 millions 250,000 francs) sur la richesse industrielle et commerciale ; un droit sur les loyers, s’élevant à 3 millions 750,000 francs environ. Ce sont là les contributions que M. Mon conseille aux cortès d’imposer à l’Espagne sous des dénominations nouvelles. Dans ces contributions sont compris un grand nombre de droits et de redevances payés déjà par les provinces et jusqu’ici connus sous leurs dénominations d’origine féodale, comme les fruits civils, les annates, la taille, le service de Navarre et des provinces basques, etc., etc. De tous les anciens impôts, la loi ne maintient que certains droits indirects, que le projet énumère, quelques autres droits autrefois établis pour le paiement des intérêts de la dette et pour l’extinction de la dette elle-même, les contributions spécialement affectées à divers services publics, et enfin quelques redevances assez peu considérables, parmi lesquelles nous remarquons le droit de la lanza, nous voulons dire la contribution que les propriétaires des titres nobiliaires sont obligés de payer tous les ans. Le ministre se réserve d’ailleurs d’indiquer plus tard l’époque précise où se devront établir les nouvelles impositions. Passons maintenant au chapitre où sont spécifiées les dépenses de l’état.

Pour 1845, les dépenses de l’état sont fixées à 1,205,522,688 réaux 20 maravédis, ou 301,382,672 francs et quelques centimes, et voici comment ces dépenses se répartissent : 43,500,000 réaux, ou 10,875,000 francs, pour la dotation de la maison royale ; 11,721,220 réaux, ou 2,830,305 francs, pour le ministère des affaires étrangères ; 21,654,336 réaux, ou 5,413,500 francs et quelques centimes, pour celui de grace et justice ; 126,021,868 réaux 13 maravédis, ou 31,505,305 francs environ, pour le département de l’intérieur ; 323,419,845 réaux 11 maravédis, ou près de 80,855,000 francs, pour le ministère de la guerre, dans lequel se trouve comprise la garde civile tout récemment instituée ; 91,056,181 réaux 16 maravédis, ou environ 22,800,000 fr., pour la marine ; 362,558,540 réaux 38 maravédis, ou près de 90,650,000 fr., pour le département des finances ; 95,115,629 réaux 3 maravédis, ou près de 23,780,000 francs, pour la caisse d’amortissement ; 125,495,449 réaux 1 maravédis, ou environ 31,400,000 francs, pour combler une partie au moins de l’arriéré dû au clergé séculier, pour subvenir aux besoins des religieuses, et enfin pour faire face, durant l’année qui commence, à tous les frais du culte. M. Mon demande en outre au congrès l’autorisation de mettre ordre de son chef aux diverses complications que présente encore l’état de la dette intérieure et de la dette étrangère, s’obligeant à rendre compte plus tard devant les chambres de l’usage qu’il aura pu faire d’un tel vote de confiance. Il importe également de constater que la nouvelle loi financière abolit tous les droits de jubilacion et de cesantia, excepté dans les carrières civiles, en ce qui concerne les emplois conférés par le roi ou les cortès, et rapportant au moins 16,000 réaux, ou 4,000 francs, par an. Pour bien comprendre cette dernière disposition, il faut savoir qu’en Espagne il y a une quantité innombrable de militaires et d’employés retirés du service pour cause de blessures ou de maladies, ou bien encore tout simplement destitués, et qui tous conservent ou, si l’on veut, sont censés conserver une partie plus ou moins considérable de leur traitement. Il va sans dire que sur ce point important la loi proposée par M. Mon n’aura pas d’effet rétroactif, et que le ministre des finances n’entend d’aucune manière porter atteinte aux droits acquis.

Telles sont les bases et les divisions principales de l’immense travail de M. Mon ; la discussion qui bientôt s’ouvrira aux cortès nous apprendra ce qu’on doit penser de tous ces calculs. Dans un pays épuisé par les abus et les prévarications de l’administration générale, mais où il suffit, pour relever la fortune publique, de revenir à de meilleurs principes, c’est une tâche glorieuse que d’être appelé à fonder un système définitif de l’impôt, à réorganiser tous les services, à réhabiliter le crédit et à lui donner ses légitimes et fécondes allures. Des informations précises sur les détails du projet de M. Mon nous permettront d’examiner prochainement les plans de ce ministre ; aujourd’hui, c’est pour nous un devoir de conscience de ne préjuger en rien une si grande question.



Il est des siècles devant lesquels les évènemens se pressent à ce point que les générations contemporaines succombent en quelque sorte sous le faix. Les idées changent, les mœurs se transforment, la face du monde se renouvelle, et parfois il arrive qu’un seul homme a pu embrasser de son regard tous les bouleversemens resserrés entre son berceau et sa tombe. A quel spectacle n’a point assisté de notre temps le vieillard octogénaire ? Qu’y a-t-il encore debout des institutions et des idées sous l’empire desquelles il entra dans la vie ? Réunir en une seule carrière les derniers souvenirs de l’ancienne monarchie, les tempêtes de la révolution, les glorieux enivremens de l’empire ; avoir passé des luttes de la conquête européenne à celles de la liberté politique, pour voir aujourd’hui l’industrie et la banque régir souverainement une société qui professait naguère un dédain si superbe pour les forces qui la dominent, c’est avoir en une seule génération épuisé l’œuvre de plusieurs siècles. Quel tableau que celui qui peut associer aux splendeurs mourantes de Versailles l’éclat sanglant des journées révolutionnaires ! quelle singulière époque que celle qui a vu succéder Mirabeau à M. de Maurepas, Robespierre à Mirabeau, Napoléon à Robespierre, et qui donne aujourd’hui comme conséquence aux théories libérales de Benjamin Constant et aux patriotiques inspirations du général Foy le règne de M. de Rothschild, l’apothéose de l’alliance anglaise et de la paix universelle !

Une transformation aussi complète est peut-être sans exemple dans l’histoire de l’humanité. Il est pourtant une génération qui pourrait sous ce rapport le disputer à la nôtre ; c’est celle qui a vu clore le moyen-âge et commencer le monde moderne. Supposez un homme né aux derniers jours du règne de Henri II et mort assez vieux pour voir les premiers rayons de l’astre de Louis XIV poindre à l’horizon, et dites si cet homme-là, réunissant ses arrière-petits-fils autour de son foyer domestique, n’aura pas à leur exposer des évènemens d’un intérêt égal à ceux de nos jours si pleins et si agités.

Un tel homme aura entendu retentir autour de son berceau les derniers échos de la chevalerie, les récits des guerres du Milanais, et ceux des brillantes fêtes interrompues par la lance de Montgommery. Lorsque l’enfant prenait possession de la vie, il aura vu des jours de sang, des nuits de carnage, et la cloche de la Saint-Barthélemy aura marqué son entrée dans le monde ; il aura vu la guerre déchaînant ses fureurs dans les familles et dans l’état, une croyance faible jusqu’alors grandissant peu à peu et menaçant la religion des ancêtres, deux peuples dans la nation avec leurs intérêts distincts, leurs villes, leur trésor, leur armée ; il aura dû traverser les angoisses d’une paix neuf fois rétablie et neuf fois rompue, subir la honte de la foi publique outragée par tous les partis, et voir le caractère national altéré dans ses sources par le génie funeste de l’Italie. Sa jeunesse se sera écoulée dans les ardeurs de la ligue, soit qu’il applaudît à Paris les sermons de Lincestre, soit qu’il suivît dans les camps les diverses fortunes du Béarnais ; puis il aura vu grandir cette haute et calme figure, et l’ardeur des factions se refroidir après de longues calamités et des déceptions réciproques. Son âge mûr aura trouvé quelque repos sous le règne de Henri IV, repos troublé toutefois par les incertitudes de l’avenir et la perspective d’agitations inévitables. Quand le crime de Ravaillac eut encore une fois livré la France aux révolutions, cet homme aura assisté aux troubles d’une longue régence qui, peut-être mesquins dans leur cause, n’en furent pas moins menaçans dans leurs effets. Alors la passion avait fait place à l’égoïsme, et les partis religieux s’étaient transformés en partis politiques. Mais à la France menacée dans son unité et son indépendance, le ciel envoie un ministre impitoyable qui s’emparera, par le droit divin de l’audace et du génie, de cette société aux abois. Richelieu la transforme sous sa main puissante ; Henri IV a étouffé à force d’habileté la bourgeoisie municipale pour se venger de la ligue ; le cardinal brise à son tour à coups de hache l’aristocratie terrienne. Le vieillard qui aura traversé tant de crises aura donc assisté à une complète révolution. La puissance du seigneur et celle de la cour même auront expiré l’une et l’autre ; la monarchie, qui n’était sous les Valois que le couronnement de l’édifice politique, en sera devenue la base sous les deux premiers princes de la maison de Bourbon. Après cette grande transformation consommée, un horizon inconnu jusqu’alors se sera ouvert tout à coup devant son regard : l’Europe tout entière sera engagée dans la sphère de la politique française. Dans la lutte terrible qui remue le continent et bouleverse l’Allemagne, la France se montre forte de son unité et de son organisation vigoureuse : alors il est facile de deviner Louis XIV dans le lointain, car les évènemens lui ont frayé sa route. Supposez enfin que le spectateur octogénaire de tant de révolutions entende autour de son lit de mort les bruits lointains d’une émeute de cour : sa longue expérience lui garantira la vanité de ces derniers efforts, et celui qui naquit sous le règne impuissant de François II expirera en ne trouvant plus debout devant lui qu’une seule force, la royauté devenue la règle universelle des mœurs, l’inspiration de toutes les consciences et l’arbitre de toutes les fortunes.

Voilà ce qu’a pu voir l’homme qui naquit en 1559 pour mourir en 1652, après avoir vécu sous sept rois. Supposez maintenant que cet homme ait été l’ami de Henri IV, le beau-frère de Biron, le conseiller de Marie de Médicis et l’un des premiers généraux de la guerre de trente ans ; supposez qu’il ait eu des relations personnelles et multipliées avec Richelieu, le prince de Weimar, Galas, Jean de Werth, Colloredo, Piccolomini et tous les grands hommes de guerre de son temps, et vous aurez assurément l’une des figures les plus attachantes qu’il soit possible de décrire et d’observer. C’est cet ensemble si varié dans les détails et si harmonieux par l’unité qui le domine, qui donne un si grand prix à la publication des Mémoires du maréchal duc de La Force [1].

Aucune époque, sans en excepter la nôtre, n’a été plus féconde en couvres de cette nature que la fin du XVIe et la première moitié du XVIIe siècle. Cependant, dans cette multitude d’écrits dont les uns furent inspirés par la vanité, d’autres par le besoin de se justifier, les mémoires du vénérable guerrier, qui les écrivit après quatre-vingts ans, se font remarquer par un cachet tout particulier ; ils portent d’un bout à l’autre le caractère du désintéressement personnel et de la plus entière sincérité. Le maréchal de Tavannes et Montluc, pour ne citer que les plus célèbres parmi les catholiques ; Duplessis-Mornay, parmi les réformés, sont dominés par les ardentes passions de leur temps. Le duc de Sully prépare ses matériaux pour la postérité, comme un ministre constitutionnel pour la tribune ; Marguerite de Valois couvre tous les torts de sa vie par les artifices d’une habile dissimulation ; Brantôme écrit en homme de cour et de plaisir, indifférent aux grandes scènes au milieu desquelles il est jeté ; Bassompierre est un bel esprit qui arrange ses bons mots, comme un fat sa chevelure ; Lanoue seul, par la sincérité de ses convictions calvinistes et la modération avec laquelle il les expose, offre quelque ressemblance avec la manière grave et simple des Mémoires récemment livrés à la curiosité publique. M. de La Force écrit en vieux gentilhomme honnête et convaincu, invariablement attaché au calvinisme, qui fut la religion de son enfance, mais dégagé de toute prévention à l’endroit des catholiques, et pénétré de l’esprit de transaction dont son maître, Henri IV, fut à la fois l’expression et le modèle. Ses formes littéraires sont celles de l’homme de guerre instruit et observateur, et sa main octogénaire tient la plume avec une vigueur qui laisse deviner celle avec laquelle, la veille encore, il portait l’épée. Placé à côté des plus grands hommes et des plus grands évènemens de son siècle, il reste pourtant sans responsabilité personnelle dans les circonstances délicates et décisives. Ses mémoires échappent dès-lors à la nécessité de devenir une apologie : il parle moins souvent comme acteur que comme témoin bien renseigné. Ce journal loyal et sincère, expression d’une vie étrangère aux machinations politiques, commença le jour de la Saint-Barthélemy pour finir à la veille de la fronde. La vie de province et la vie de cour, les naïves habitudes du Béarn et les mœurs élégantes de Fontainebleau, s’y enlacent d’une manière heureuse et pittoresque : la correspondance du maréchal avec Mme de La Force, retirée dans sa terre, y établit comme deux courans d’idées différentes. Joignez à cela de nombreuses lettres de Henri IV, de Louis XIII, de Marie de Médicis, de Sully et de Biron, enfin les mémoires particuliers de MM. de Montpouillan et de Castelnaut, fils du maréchal, qui éclaircissent les faits trop vaguement indiqués par leur noble père, et vous aurez, à coup sûr, l’une des publications les plus importantes qui, aient été entreprises depuis long-temps.

Voltaire, à qui les mémoires manuscrits de la maison de Caumont avaient été communiqués, a rendu populaire la saisissante aventure du jeune de La Force, alors âgé de douze ans, laissé pour mort sous les cadavres de son père et de son frère, égorgés à la Saint-Barthélemy. Mais c’est dans l’œuvre du vieux maréchal qu’il faut lire ce touchant épisode, que nous comprenons mieux depuis que nous aussi nous avons connu les horreurs des nuits sanglantes et le secret des miraculeuses évasions. Sauvé d’abord chez un homme du peuple, il se fait conduire à l’Arsenal, chez Mme de Brisambourg, sa parente, qui le cache dans la chambre de ses filles, sous des vertugadins. Bientôt, sur l’avis d’un parent intéressé à sa mort, le bruit de son évasion se répand, et Charles IX donne de sang-froid l’ordre de le faire périr. Il faut fuir de nouveau ; le pauvre enfant sort de Paris déguisé, et soupe dans une hôtellerie avec un assassin qu’il trouve vêtu de la robe de chambre de son frère. Après des périls de toute sorte, il arrive enfin en Guyenne, où il est recueilli par son oncle. Sitôt que le roi de Navarre eut quitté la cour, M. de La Force va s’unir à lui, et dès cette époque commencent entre Henri IV et le fidèle Béarnais des relations qui ne devaient finir qu’avec la vie du grand roi. Après avoir combattu près de Henri IV sur presque tous les champs de bataille et avoir plus qu’aucun autre contribué au succès de la journée d’Arques, M. de La Force était encore à côté de son maître lorsque celui-ci tomba frappé par le fer de Ravaillac. Sa piété lui fait trouver la force de dire au monarque, qui le couvre de son sang : Sire, songez à Dieu. Ces mots sont les derniers qu’Henri ait entendus sur la terre.

Après ce coup terrible, M. de La Force retourna dans son gouvernement de Béarn pour faire proclamer le nouveau roi. Bientôt la lutte s’engage de nouveau entre les deux croyances, et le gentilhomme calviniste est appelé à y prendre une grande part. Enfin, l’ordre se rasseoit sous Richelieu, et M. de La Force, après avoir été zélé chef de parti, devient un des plus habiles généraux de Louis XIII. Il fait la belle campagne d’Italie, célèbre par le passage du pont de Suze ; dirige en Champagne la résistance contre Gaston, duc d’Orléans, et va prendre sur le Rhin le commandement des forces que la France unit à celles de la Suède. Du jour où s’ouvre la guerre de trente ans, la vie du maréchal se passe tout entière dans les camps ; enfin, épuisé de fatigues et d’années, il quitte son armée victorieuse, à l’âge de soixante-dix-huit ans, pour venir au château de ses pères mettre un intervalle entre cette vie agitée et la mort. Près de quinze ans d’une verte vieillesse lui furent encore donnés ; il vit du fond de sa retraite disparaître le grand cardinal, dont il eut l’estime et jamais la faveur, et il suivit de loin dans ses épreuves laborieuses le nouveau ministre, dont il avait encouragé les premiers pas lorsque le seigneur Mazarini portait l’uniforme de capitaine de dragons.

C’est une noble vie que celle-là, et il est bon de la remettre en mémoire. M. le marquis de La Grange a rempli avec conscience un devoir pieux et difficile ; il a coordonné d’une manière heureuse les nombreux matériaux que lui ont fournis les archives de la maison de la Force : le texte est éclairé par des notes importantes, et rarement la tâche d’un éditeur a été plus loyalement remplie. L.C.



  1. Mémoires authentiques de Jacques Nonpar de Caumont, duc de La Force, maréchal de France, et de ses deux fils les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, publiés, mis en ordre et précédés d’une introduction par M. le marquis de la Grange ; 4e vol. in-8° ; chez Charpentier, rue de Seine.