Chronique de la quinzaine - 14 février 1901

Chronique n° 1652
14 février 1901


CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 février.


La Chambre des députés continue de discuter la loi sur les associations : il n’a fallu rien moins, pour suspendre pendant quelques jours cet important débat, que la maladie de M. le président du Conseil. Nous pourrions peut-être nous dispenser nous-mêmes de toute discussion du projet et nous contenter d’en publier le texte, car tout porte à croire qu’il sera voté tel quel, et que tous les amendemens, ou du moins ceux qui sont destinés à en atténuer le caractère antilibéral et jacobin, seront également repoussés. Le parti pris de la Chambre est certain ; et qui sait ? peut-être faudra-t-il, en fin de compte, savoir gré à M. Waldeck-Rousseau de n’avoir pas été encore plus féroce. La Chambre, en effet, le dépasse volontiers dans la voie où il l’a engagée avec lui, et, s’il avait proposé contre les congrégations des mesures encore plus vexatoires, plus rigoureuses et plus draconiennes, elles n’auraient pas manqué d’être votées. Son tort est d’avoir déchaîné des passions dont il n’est pas le maître, et qu’il ne pourrait plus modérer aujourd’hui quand bien même il le voudrait. La majorité, qui le pousse encore plus qu’elle ne le suit, ne lui permet pas de s’arrêter, et les journaux qui le soutiennent, journaux radicaux et journaux socialistes, déclarent déjà à qui mieux mieux que la loi est insuffisante ; qu’elle fait faire sans doute un premier pas, mais qu’après le premier, il faudra en faire un second, puis un troisième, enfin aller jusqu’au bout du régime de la persécution et de la spoliation. On a dit autrefois : « Le cléricalisme, voilà l’ennemi ! » Ce mot, prononcé il y a vingt ans, est aujourd’hui démodé comme trop faible. Le discours de M. Viviani a dénoncé un autre ennemi que le cléricalisme, à savoir la religion elle-même, qu’elle soit d’ailleurs catholique, protestante ou israélite. L’esprit religieux est un obstacle à la libre et complète expansion de la pensée humaine : c’est donc lui qui est l’ennemi, lui qu’il faut combattre, lui qu’il faut supprimer ou extirper.

M. Viviani serait le premier d’avis qu’il est puéril de faire la guerre à quelques moines et à quelques religieuses, si ce n’était pas là un simple commencement, une préface à des événemens ultérieurs, une ouverture à des exercices plus sérieux. D’ailleurs, il est socialiste, et, aux yeux des socialistes, il y a dans la loi un article particulièrement heureux : c’est celui qui prononce la confiscation d’une partie des biens des congrégations non autorisées. Il a été d’abord question d’un milliard à prendre aux congrégations pour le donner aux ouvriers. Un milliard ! M. Waldeck-Rousseau a énoncé ce chiffre imposant dans son discours de Toulouse : on a dû s’en réjouir dans les cafés et les estaminets des environs. Mais les socialistes intelligens savent fort bien que c’est là pure fantasmagorie. Les congrégations n’ont pas un milliard de biens immobiliers ; elles n’en ont même pas la moitié. M. Ribot, dans son éloquent discours en réponse à M. le président du Conseil, a parlé de 379 millions, et il s’appuyait sur des documens officiels. Si l’on défalque de cette somme les biens des congrégations autorisées, auxquelles le projet de loi ne touche pas, et ceux qui, d’après le projet lui-même, pourront être l’objet de reprises de la part des donateurs ou de leurs ayans droit, on arrivera à un chiffre qu’il nous est impossible de préciser, même d’une manière approximative, mais qui sera sans doute peu élevé. N’importe ; on a promis un milliard ; les socialistes, alléchés par cette promesse, ne se contenteront pas à moins. Après avoir excité leurs appétits, il faudra les satisfaire. Comment ? Le ministère sera peut-être en peine d’en trouver le moyen : eux, ne le seront pas. Ils passent leur vie à dénoncer l’argent qu’ils disent mal gagné, et qui s’accumule dans certaines mains : en quoi cet argent serait-il plus intangible et plus sacré que celui des congrégations ? S’il est plus difficilement saisissable, on en prendra du moins ce qu’on pourra. Oui, certes, les socialistes se réjouissent d’une loi, bien incomplète encore à leur gré, mais qui crée un précédent et fournit un exemple. Et voilà pourquoi les passions anti religieuses d’une part, et les cupidités socialistes de l’autre, s’unissent pour le succès de la loi sur les associations. Quant à M. le président du Conseil, sans se préoccuper de ce que cette situation a d’inquiétant et de redoutable, il fait de belles phrases de juriste du temps passé et de sophiste de tous les temps. Il multiplie les preuves d’un talent subtil et raffiné, qui a d’ailleurs peu de rapports avec les réalités ambiantes. Il n’entend rien des objections qu’on lui adresse, ou il dédaigne d’y répondre. Et la discussion poursuit son cours vers le vote final, que rien sans doute ne saurait plus empêcher. On assure toutefois que l’article relatif à la confiscation aura du mal à passer : nous verrons bien.

Un seul amendement a été voté jusqu’ici. Il est à peine besoin de dire qu’il ne venait pas des régions libérales et modérées de la Chambre ; mais il a été appuyé et voté par le centre et même par la droite. Tout en soutenant la loi pour les motifs que nous avons énoncés plus haut, les radicaux et les socialistes, les derniers surtout, ne sont pas sans quelques vagues appréhensions sur les résultats qu’elle pourra produire. Ils sont aujourd’hui au gouvernement, fort étonnés peut-être de s’y voir, et n’ayant qu’une confiance médiocre dans la durée d’une situation aussi rare au cours de l’histoire. D’habitude, la législation n’a pas été bien tendre pour eux. La société qu’ils veulent détruire se sent portée par l’instinct de conservation à se défendre, et elle le fait quelquefois au moyen de lois assez dures. Les lois de ce genre sont restées suspectes aux socialistes, alors même qu’elles ne sont pas immédiatement dirigées contre eux. Ils sentent bien qu’il suffirait d’y changer quelques mots pour qu’elles leur devinssent applicables, et qu’en tout cas elles fournissent des types dont l’imitation ou la reproduction sera désormais plus facile. Aussi le projet de loi sur les associations, tout en les flattant par certains côtés, ne leur a-t-il pas inspiré, dès qu’ils l’ont connu, une pleine sécurité. Ils se sont demandé s’il ne pourrait pas servir à une double fin. On accuse les congrégations religieuses d’être internationales, mais leurs propres associations ne le sont pas moins, et les précautions qu’on prendra contre les premières finiront un jour ou l’autre par retomber sur les secondes. C’est la dynamique immanente des choses.

L’article premier, qui définit les associations, était à peine voté qu’un socialiste, M. Groussier, a demandé qu’on le complétât par l’addition suivante : « Les associations de personnes pourront se former librement sans autorisation ni déclaration préalable, mais elles ne jouiront de la capacité juridique que si elles se sont conformées aux dispositions de l’article 4. » L’article 4 énumère les conditions qu’elles devront remplir pour assurer leur publicité. M. Groussier a parlé avec quelque amertume. Rappelant les services que ses amis et lui-même ont rendus au gouvernement, il a reproché à celui-ci, sous prétexte d’attaquer les congrégations, de menacer les socialistes eux-mêmes. Il a accusé la loi de perfidie. A peine était-il descendu de la tribune que M. Ribot y est monté pour défendre l’amendement. On n’en sera pas surpris : l’amendement, dans sa forme première, était excellent. Le principe en était tout juste l’opposé de celui du projet de loi. Le projet de loi met toutes les associations dans l’obligation de faire une déclaration d’existence, et de solliciter en même temps l’autorisation d’exister. Jusqu’à présent, cette obligation n’a pas été imposée aux associations naissantes, ni même à celles qui vivent depuis plus ou moins de temps. Si elles veulent être reconnues, c’est-à-dire jouir de certains avantages dont le premier peut-être est une sécurité plus grande, il est parfaitement légitime de leur demander de se conformer à des règles préétablies : et c’est ce qui existe déjà. Mais, si elles ne demandent rien, on n’a non plus rien à leur demander, sinon de respecter les lois générales du pays. C’est ainsi qu’un nombre considérable d’associations ont pu se former sans chercher à être reconnues. Elles n’en sont pas moins dans leur droit. On discute pour savoir si elles sont dans la loi, et M. Waldeck-Rousseau propose de les y faire entrer par contrainte. Il ne conçoit l’association que sous la forme d’un contrat qui sera le même pour toutes. Elles devront être coulées dans un moule unique et revêtues de l’estampille officielle. L’union libre est interdite ; la nouvelle morale de l’État n’autorise qu’un mariage bien régulier, avec un contrat obligatoire à l’appui. Il faudra des déclarations, qui seront faites à la préfecture au lieu de l’être à la mairie : on recevra par la suite une autorisation, qui sera donnée par un décret ou par une loi, à moins pourtant qu’elle ne soit refusée. On comprend sans peine qu’un pareil régime ne dise rien qui vaille aux socialistes. M. Groussier a eu bien raison de s’en inquiéter ; il a montré de la prévoyance et de la sagesse ; malheureusement, il ne les a pas montrées jusqu’au bout. Voyant leur amendement défendu par M. Ribot, les socialistes, qui avaient été bien inspirés par une première défiance l’ont été mal par une autre. M. Fournière a proposé d’introduire une exception dans le texte proposé par son collègue, et de dire : « Les associations de personnes, — autres que les associations religieuses, — pourront se former librement… » l’amendement a été voté avec cette réserve. La loi y a gagné en clarté, puisque les associations religieuses, en d’autres termes les congrégations, ont été mises en dehors du droit commun : c’est plus brutal, mais plus franc. C’était, en effet, une des perfidies de la loi de dissimuler dans une loi générale et qu’on dit libérale pour les associations, des dispositions meurtrières contre les congrégations. Grâce à l’amendement de M. Groussier, amendé par M. Fournière, nous savons mieux désormais à quoi nous en tenir. On fait une loi libérale pour les associations, — autres que les associations religieuses. Quant à savoir si les socialistes ont vraiment garanti leur avenir par une disposition semblable, c’est une autre affaire, et nous ne la discuterons pas aujourd’hui. Contentons-nous de dire qu’ils nous ont enseigné comment, au moyen de quatre ou cinq petits mots intercalés dans un texte de loi, on peut en excepter qui on veut.

A cette franchise nous répondrons par une autre. En soi, le fait d’avoir mis les congrégations religieuses en dehors de la loi sur les associations n’a rien qui nous choque. Les sociétés civiles ou commerciales, les associations, et enfin les congrégations, bien qu’elles procèdent d’une même conception de la force qu’acquièrent les hommes et les choses elles-mêmes par leur groupement, sont des degrés distincts de l’application de cette idée générale, et constituent des êtres moraux d’un caractère très différent. On n’a jamais confondu les sociétés avec les associations ; on a tort de vouloir confondre les associations avec les congrégations. Quand nos adversaires disent qu’il y a entre elles une différence essentielle, ils sont dans le vrai. Aussi n’est-ce pas nous qui avons établi la confusion. Les quatre groupes avancés des gauches se sont réunis avant l’ouverture de la discussion, et ont délibéré pour savoir s’il n’y avait pas lieu de distinguer les associations des congrégations et de légiférer séparément pour les unes et pour les autres. Après y avoir mûrement réfléchi, ils se sont prononcés pour la négative, croyant qu’il serait plus facile d’étouffer les congrégations dans une loi générale sur les associations. C’était peut-être une illusion de leur part. Les libéraux n’ont pas protesté, parce qu’ils ont eu une illusion contraire, à savoir qu’il serait plus difficile d’arriver au but qu’on se proposait, si l’on confondait les congrégations avec les associations, les premières devant bénéficier, ils l’espéraient du moins, de la liberté que l’on accorderait aux secondes. Mais la force des choses a prévalu avec l’amendement de MM. Groussier et Fournière. Ce n’est pas la même chose de mettre en commun ses connaissances ou son activité, et de se réunir pour cela de temps en temps, ou de mettre en commun des personnes, et de les faire vivre ensemble sous une règle très étroite. Ce n’est pas la même chose d’associer ses efforts pour un but limité et quelquefois très rapproché, ou de fondre des personnes dans une congrégation éternelle, en vue d’un objet qui est éternel lui-même, qui échappe au temps et presque à l’espace, en ce sens qu’il est le même toujours et partout. Il est donc parfaitement admissible que les associations et les congrégations ne soient pas traitées sur le même pied. Qu’on mette les congrégations à part des associations ordinaires, et qu’on prenne à leur égard certaines précautions, soit ; tous les gouvernemens l’ont fait, avec des moyens et des procédés différens suivant les époques ; et, s’il est absurde de vouloir user aujourd’hui des mêmes procédés et des mêmes moyens qu’autrefois, nous ne contestons pas qu’il ne faille en employer de plus conformes à l’esprit des temps nouveaux. Mais qu’on aille, pour plus de simplicité, jusqu’à la suppression pure et simple des congrégations et à la confiscation de leurs biens, c’est un excès contre lequel ne saurait s’élever une protestation trop vive. Or, le projet de loi ne fait pas autre chose. Atteindra-t-il son but ? Nous ne le croyons guère. Les moyens les plus violens ne sont pas toujours les plus efficaces. A exagérer sa force agressive, on s’expose quelquefois à ne montrer que sa faiblesse et son impuissance. Mais il s’agit pour le moment des intentions de la loi. Elles sont bien telles que nous les avons exposées : suppression, confiscation !

M. Ribot, dans le beau discours qu’il a prononcé en réponse à M. le président du Conseil, a posé la question à peu près comme nous le faisons nous-mêmes. Il n’a parlé ni en simple juriste, ni en philosophe, quoiqu’il soit assurément l’un et l’autre, mais en homme politique. La question que la Chambre agite en ce moment est, en effet, toute politique. Vouloir la résoudre, plus de cent ans après la Révolution française, avec les souvenirs, les traditions et les procédés de l’ancien régime ; évoquer les arrêts de nos vieux parlemens et faire revivre les ordonnances de nos anciens rois ; parler, avec M. Waldeck-Rousseau, de d’Aguesseau et même de Charlemagne, c’est faire, non pas de la politique, mais de l’archéologie. Il n’y a qu’une chose qui soit encore pire, c’est de vouloir, avec M. Viviani, imposer par la force une doctrine à la place d’une autre, et immoler la religion à la philosophie du jour. M. Ribot a rappelé fort à propos que nous étions au XXe siècle, et qu’il y a cent ans, nous avions fait avec Rome un traité qui s’appelle le Concordat. On remarque beaucoup ce qu’il n’y a pas dans ce traité, mais on ne regarde pas assez ce qui y est. Sans doute, le Concordat ne parle pas des congrégations religieuses, et nous avons déjà dit pourquoi : c’est parce qu’elles avaient été balayées par l’ouragan révolutionnaire, qu’il n’y en avait plus en 1802, et que le Premier Consul n’entendait pas les rétablir, ni les autoriser en vertu de son contrat avec le Saint-Siège. Il préférait, et avec raison, les laisser soumises aux lois générales du pays. La suite a prouvé d’ailleurs qu’il n’entendait pas les proscrire, puisqu’il en a, au contraire, autorisé un certain nombre. Pour revenir au Concordat, qu’est-il, avant tout, sinon la consécration d’une politique d’entente avec l’Église sur les sujets qui intéressent à la fois l’Église elle-même et l’État ? De son application intelligente et loyale résulte toute une politique. L’a-t-on suivie dans ces dernières années ? Non, à coup sûr ; on n’a suivi ni celle-là ni aucune autre ; on n’en a suivi absolument aucune. On a laissé croître et se multiplier les congrégations sans paraître s’en apercevoir, sinon s’en préoccuper, sauf à procéder contre elles par des actes de force intermittente, comme on l’a fait en 1880, et comme on propose de le faire encore aujourd’hui. M. Ribot a montré qu’à la veille même de la discussion de la loi, loi qui était pourtant rédigée et déposée depuis plus d’une année, on ne savait rien dans nos divers ministères sur le nombre des congrégations existantes, ni sur le chiffre de leurs biens immobiliers. On en a été frappé tout d’un coup ; on a fait jouer le télégraphe ; on a demandé des renseignemens immédiats, et le ministère des Finances a improvisé et bâclé une nomenclature qui restera un monument d’ignorance à la fois et de présomption administratives. Le ministère a espéré peut-être que le volume qu’il a distribué se défendrait par sa masse, et que personne n’aurait le courage de le lire ; mais M. Ribot l’a eu. Peut-être ne l’a-t-il pas poussé jusqu’au bout : quelques investigations dans ce dédale obscur lui ont suffi pour apporter à la lumière de la tribune un certain nombre de bévues, de contradictions et de non-sens qui suffisaient à juger et à condamner le travail tout entier. Toutefois, ce n’est pas pour arriver à cette conclusion que M. Ribot a pris la peine d’éplucher la statistique officielle, mais pour montrer qu’on ne savait rien d’exact sur les congrégations religieuses, qu’on en parlait à l’aventure, et qu’on ne s’était occupé d’elles qu’au moment précis où, pour des motifs d’ordre purement ministériel, — c’est-à-dire parce que M. Waldeck-Rousseau avait voulu donner à sa majorité une satisfaction du plus grossier aloi, — on avait entrepris de les supprimer. Y a-t-il là trace d’une politique suivie ? A-t-on fait du Concordat et de l’esprit qui en dérive l’usage qu’on aurait pu en faire ? Non, incontestablement. On se plaint que les congrégations pullulent : à qui la faute ? L’État avait des moyens de surveiller et de limiter leurs développemens, et il ne s’en est pas servi. Ce n’est pas par un accès d’impatience et de colère qu’on réparera en un jour une longue négligence. Il faut revenir à la politique qu’on aurait dû suivre et qu’on a abandonnée.

Cette politique doit s’inspirer avant tout de l’intelligence des temps où nous sommes. Nous ne sommes plus avant la Révolution, c’est-à-dire à une époque où l’Église faisait en réalité partie de l’État, et où celui-ci avait sur elle les droits que l’on peut avoir sur un de ses membres. L’Église était un corps privilégié, dans une société politique qui reposait sur le privilège. Elle avait d’immenses domaines, qui appartenaient les uns au clergé séculier et les autres au clergé régulier. On s’inquiétait alors de l’extension démesurée des biens de mainmorte et l’on avait bien raison : on continue de s’en inquiéter aujourd’hui, sans doute par habitude, et certainement avec une moindre raison de le faire. Les biens des congrégations non autorisées ne sont pas des biens de mainmorte dans le sens juridique du mot, puisque ces congrégations peuvent toujours les aliéner. Ils le sont en fait, si l’on veut, dans ce sens qu’ils sont affectés à des services permanens de charité ou d’enseignement : mais, si l’État venait à s’en emparer de manière ou d’autre, comme ils continueraient de servir aux mêmes objets et que la seule opération à laquelle on les soumettrait serait d’en laïciser le personnel, ils ne circuleraient pas plus qu’auparavant et ils conserveraient absolument le même caractère. Tous ces grands mots de mainmorte et autres analogues, qui effraient par des impressions d’atavisme, ne sont bons, aujourd’hui, qu’à donner le change aux gens qui ne prennent pas la peine de réfléchir : malheureusement, c’est le grand nombre. Les abus dont vivaient le clergé et les congrégations d’autrefois n’existent plus. Les privilèges sont détruits. Le droit commun est partout. Et que demande l’Église, sinon l’usage des libertés générales ? C’est ce que M. Ribot a fort bien exprimé en disant que l’Église, à mesure qu’elle a perdu de sa situation privilégiée, a gagné et dû gagner en liberté. Elle estime, — et ce n’est pas là de sa part une opinion nouvelle, — que les congrégations sont nécessaires à son existence et à son action efficace dans le monde. De quel droit l’État s’inscrirait-il en faux contre cette affirmation ? Est-ce qu’il peut descendre dans la conscience des catholiques et décider souverainement de ce qu’il leur est permis et de ce qu’il leur est interdit de croire ? Aussi longtemps que les catholiques en tant que particuliers, et que l’Église en tant qu’institution, ne portent pas atteinte aux lois du pays, on n’a rien à dire, ni rien à faire contre eux. Mais ils les violent, dit-on : et pourquoi ? Ici, nous rencontrons un des sophismes sur lesquels repose le projet de loi. Les vœux de chasteté, d’obéissance et de pauvreté sont déclarés contraires à de certains principes, sacrés, mais obscurs, dont nous n’avons trouvé trace nulle part, et que d’ailleurs le projet de loi ne respecte pas lui-même. S’il est vrai, en effet, que ces vœux sont immoraux et illicites en soi, ils doivent l’être dans tous les cas ; et alors comment les tolère-t-on de la part des congrégations qu’on autorise, après les avoir interdits de la part de celles qu’on n’autorise pas ? Comment les tolère-t-on, au moins partiellement, de la part du clergé séculier ? Tous ces argumens sont de vains prétextes : ils ne résistent pas à quelques minutes de discussion. Il n’y a rien d’immoral, rien d’illicite, rien qui soit condamnable et qui puisse être condamné dans les vœux que font les congréganistes. Autrefois, au temps où l’Église était étroitement unie à l’État, celui-ci connaissait de ces vœux, et en prenait l’exécution à sa charge. Le religieux qui s’échappait de son couvent était poursuivi par la maréchaussée et ramené de force dans le giron qu’il avait déserté. Aujourd’hui, l’État ignore des vœux qui n’intéressent plus que la conscience, et ceux qui les ont faits sont libres de ne pas les tenir : aucune loi civile ne saurait les y obliger, ni aucune loi pénale les y contraindre. Mais venir déclarer que les mêmes vœux sont immoraux chez les uns et moraux chez les autres, licites de la part de ceux-ci et illicites de la part de ceux-là, est une absurdité qui ne saurait se soutenir.

La vérité est que les congrégations religieuses doivent rester permises ; mais que, par leur nombre et quelquefois par la nature de leur action, elles peuvent devenir un danger pour la tranquillité de l’État. Il faut les laisser en liberté, mais les surveiller, et, contrairement à ce qu’on a fait jusqu’à ce jour, se tenir au courant de leur développement et de leur propagande. Si elles commettent des actes qui tombent sous le coup de nos lois répressives, leurs membres doivent être poursuivis et punis. Si elles deviennent trop nombreuses, et si les biens qu’elles détiennent prennent une extension excessive, est-ce que le Concordat ne donne pas aux évêques autorité sur tous les établissemens ecclésiastiques de leurs diocèses, et est-ce qu’il ne donne pas au gouvernement des moyens d’agir sur les évêques ? Il lui donne des moyens d’agir sur le Pape lui-même, en établissant entre eux des rapports continuels, portant sur une infinité d’objets ? M. Ribot s’est montré convaincu que le gouvernement pourrait s’entendre avec les évêques pour limiter à de justes bornes l’expansion du mouvement congréganiste. Il a raison. Mais, dans bien des cas, l’intervention du Saint-Siège sera désirable et utile pour mettre ou pour maintenir les congrégations sous l’autorité des évêques. Pour cela, des modalités sont à trouver : étant donné l’esprit qui règne actuellement à Rome, on les trouverait aisément, si on voulait les chercher de bonne foi, avec un désir sincère de s’entendre, c’est-à-dire de clore des querelles irritantes. Nous n’en voulons pour preuve que la lettre de Léon XIII au cardinal-archevêque de Paris, lettre dont nous avons cité, précisément à ce propos, des passages significatifs. La limitation même des biens des congrégations n’est pas un problème insoluble, pourvu qu’on y applique les mêmes procédés. Ne semble-t-il pas que cela vaudrait mieux que de recourir tous les vingt ans à des violences dont le souvenir est pénible à ceux qui les ont commises beaucoup plus qu’à ceux qui les ont subies, et dont les résultats pratiques ont d’ailleurs été toujours nuls ? Le seront-ils cette fois encore ? Peut-être. Mais on aura agité l’opinion, on aura enfiévré les esprits, on aura donné le spectacle de portes enfoncées, et de religieux et de religieuses jetés dans la rue ; — car, en 1880, on n’y a jeté que des religieux, mais, aujourd’hui, il s’agit également des religieuses. — Spectacle affligeant et répugnant, qu’il était assez et même trop pour une génération d’avoir vu une fois. Le reverrons-nous encore, et aggravé ? M. Ribot a mis au défi le gouvernement de le reproduire jusque dans nos villages, et de comprendre les religieuses dans l’exécution de la loi. Si on le fait, a-t-il dit, on fera se révolter les arrondissemens mêmes qui envoient à la Chambre les députés les plus radicaux. Le gouvernement sera alors embarrassé de son œuvre, et ses meilleurs amis ne tarderont pas à lui reprocher de les avoir engagés dans la pire des impasses.

Et pourquoi tout cela ? Est-ce qu’on en veut véritablement aux congrégations charitables et hospitalières ? Est-ce qu’on en veut à celles qui sont consacrées à la vie contemplative, ou encore à celles qui se livrent, comme les bénédictins le font encore, à des travaux intellectuels, mais individuels ? Non, on en veut seulement aux congrégations enseignantes. Ce sont celles-là qu’on vise ; et, pour les atteindre plus sûrement, on les comprend toutes dans la même proscription. A présent, comme il y a vingt ans, ce rude assaut livré aux congrégations est un simple détail d’une campagne entreprise contre la liberté d’enseigner. En 1880, on n’a fait les décrets contre les congrégations non autorisées que parce que l’article 7 n’avait pas été voté par le Sénat, et l’article 7 interdisait l’enseignement aux congréganistes. Aujourd’hui, on n’a pas osé revenir à l’article 7, bien que certains amis du gouvernement en aient fait la proposition. On a osé encore moins faire une loi franche et directe contre la liberté d’enseignement. Mais c’est bien cette liberté qu’on veut détruire, quoique le courage manque pour le dire. On prend un détour, un moyen oblique, un biais sournois pour atteindre le but par ricochet. Nous doutons qu’on y parvienne. Depuis un demi-siècle, la liberté d’enseigner est si profondément entrée dans nos mœurs qu’il est devenu impossible de la supprimer. Quand même la loi serait votée telle quelle, et quand même elle serait appliquée avec la dernière rigueur, la liberté d’enseigner subirait sans doute une crise dans la personne de la plupart de ceux qui en usent, mais elle ne périrait pas, et les établissemens libres, ceux d’aujourd’hui ou d’autres qui ne manqueraient pas de se former, ne perdraient pas un seul élève. Probablement même, sous le coup de la persécution, en auraient-ils davantage. Alors, à quoi aura servi la loi ? Comme l’a encore dit M. Ribot, cette loi brutale, mais inapplicable, est un simple cri de guerre que le gouvernement a jeté dans le pays. Il a voulu par-là grouper tous ses amis, radicaux et socialistes de toutes nuances, d’ailleurs divisés à tant d’égards, mais facilement émus par une haine commune contre l’Église catholique, et les entraîner, au besoin les compromettre sans retour dans une action violente où ils oublieront peut-être d’autres revendications qui, naguère encore, paraissaient leur tenir plus au cœur. Nous ne savons pas si on obtiendra par-là plus d’union, ou plutôt si on réalisera une parfaite unité d’esprit dans les générations futures, et, à dire vrai, nous n’en croyons rien. Quant à la génération présente, on y aura sûrement jeté des brandons de discorde et de haine qui viendront s’ajouter à quelques autres. Le parti républicain sera coupé en deux plus irrémédiablement que jamais, et, ce qui est pis, la France le sera comme lui. Est-ce là ce qu’on a voulu ? Oui, sans aucun doute. On a trouvé qu’il y avait trop de concorde et d’union dans le pays, et que le parti républicain, le vrai, le pur, le seul, risquait d’y perdre quelque chose de sa sève amère et de son énergie hargneuse. De ce sentiment est sorti le projet de loi. Mais, demandera-t-on, la Chambre le votera-t-elle ? Oui. Le Sénat le votera-t-il ? Oui. Le gouvernement l’appliquera-t-il ? Oui, dans la mesure où il le pourra et assez, en tout cas, pour produire un trouble profond. Pendant ce temps-là, nos autres affaires iront comme elles pourront. On s’en occupera moins, tant sera vif et piquant l’intérêt de la lutte engagée contre quelques congréganistes des deux sexes. Malheureusement pour nous, les autres nations s’appliquent à des intérêts plus grands : mais chacun mesure à sa taille la besogne qu’il s’assigne, et le gouvernement actuel n’a pas manqué à cet instinct des proportions. Il n’a oublié que la grandeur de la France.

Nous dirons aujourd’hui peu de chose de l’étranger, parce que, dans les différens pays qui appellent l’attention, il y a, comme en Autriche, une crise politique qui continue, ou, comme en Italie, une crise ministérielle qui commence, mais que nulle part encore on n’est arrivé à une solution.

L’Autriche, hélas ! en est plus éloignée que jamais. Comme il était facile de le prévoir, les élections qui viennent d’avoir lieu ont augmenté la confusion dans le Reichsrath, au lieu de la diminuer. C’est d’ailleurs ce qui arrive toujours, lorsque les élections ne sont pour un ministère qu’un moyen de durer quelques mois de plus, et tel était bien le cas en Autriche. Nous ne voulons pas dire par là que M. de Kœrber tienne beaucoup au pouvoir dans les conditions où il l’exerce : il se serait retiré sans doute très volontiers après avoir constaté son impuissance, si un aussi grand nombre de ses prédécesseurs ne l’avaient pas fait avant lui. Tout s’use, même le jeu de la démission. On a vu se succéder plusieurs ministères dont les uns inclinaient du côté des Tchèques et rencontraient l’obstruction des Allemands, et les autres inclinaient du côté des Allemands et rencontraient l’obstruction des Tchèques : la politique variait, mais le résultat était toujours le même. On ne pouvait pourtant pas continuer indéfiniment ces exercices de bascule. L’Empereur a jugé le moment venu de recourir au pays, et il a même annoncé à ce moment qu’il jouait sa dernière carte constitutionnelle. C’était un expédient désespéré. Par malheur, le mal était plus encore dans le pays que dans le Parlement, et on n’a pas tardé à s’en apercevoir. Il y a eu certaines modifications dans la composition du Reichsrath. Pour des motifs divers, les catholiques ont perdu quelques sièges dans les Alpes, et les antisémites à Vienne même. Mais, en vérité, tout cela n’a pas une importance bien considérable. Ce qui en a davantage, c’est l’élection dans tous les partis des députés les plus exaltés, et notamment des pangermanistes, qui étaient quatre dans la dernière Chambre et qui sont plus de vingt dans la nouvelle. M. Schœnerer aura désormais des soldats : son groupe prend la tournure d’un parti. Or, ce parti demande tout simplement l’union de l’Autriche à l’empire allemand, à l’exception de quelques parcelles trop exclusivement slaves. Il ne faut rien exagérer, et sans doute le danger n’est pas immédiat : mais il y a là un symptôme grave, aussi bien pour la politique extérieure de l’Autriche que pour sa politique intérieure. En attendant, le parti pangermaniste ne pourra qu’augmenter le désordre au Reichsrath. Il trouvera d’ailleurs à qui parler : on a pu s’en apercevoir dès la première séance. Les Tchèques sont revenus renforcés d’un groupe socialiste peu important par le nombre, — il se compose de cinq personnes, — mais qui, lorsqu’il faudra faire de l’obstruction, ne le cédera à aucun autre. Ces socialistes d’une espèce particulière sont violemment nationalistes. Il semble que le caractère international de leur parti devrait les rendre un peu indifférens aux luttes de nationalités, qui sont si ardentes en Autriche : mais, avant tout, ils ont songé à être élus, et ils ne pouvaient l’être en Bohême qu’à la condition de se montrer nationalistes forcenés. Ils se sont distingués, le premier jour, en criant à tue-tête : « Vous êtes tous des ânes, fermez votre maison de tous ! » Les pangermanistes n’ont pas voulu être en reste de manifestations inconvenantes, et, lorsque le président d’âge a cru devoir exprimer des regrets sur la mort de la reine Victoria, ils ont crié : « A bas les Anglais, vivent les Boers ! » croyant par-là, dit-on, exprimer les sentimens des Allemands du Nord avec lesquels ils rêvent de fusionner. Cette première séance en promet d’autres qui ne manqueront pas de chaleur. Pour le moment, les partis font trêve, mais une trêve probablement très courte, devant le discours du trône, où le vieil empereur fait appel à l’esprit de bienveillance et de concorde qui devrait animer les membres d’une même patrie. Il prodigue les bons conseils, et aussi les objurgations et les prières. En même temps il demande au Reichsrath de voter quelques mesures en vue de rendre plus pratique l’usage de l’article 14 de la constitution, cet article qui lui permet de gouverner en dehors du parlement. Nous doutons que le Reichsrath s’inspire des vœux du vieux souverain, soit dans le premier cas, soit dans le second. Et alors, qu’adviendra-t-il ? C’est le secret de l’avenir, mais d’un avenir peut-être très prochain.

En Italie, la crise est moins grave : il ne s’agit que d’un ministère renversé, et aussi de savoir comment on le remplacera. Le roi Victor-Emmanuel III en est à sa première expérience de ce genre. Il s’est orienté très nettement vers la gauche : cela vaut mieux sans doute que s’il n’avait su prendre aucun parti, et si, au moyen d’un ministère habilement dosé d’élémens de gauche, de droite et du centre, il était resté dans l’indétermination.

Tel était le caractère du cabinet qui vient de tomber. Par les qualités de son esprit, qui a plus de finesse et de ressources que de résolution, et aussi par son grand âge, M. Saracco était bien fait pour une de ces combinaisons complexes, ou plusieurs partis sont représentés et se tiennent dans un équilibre si parfait qu’ils se condamnent les uns les autres à l’immobilité. Ces cabinets sont généralement transitoires. Après le général Pelloux, qui avait trop entrepris et pas assez réussi, peut-être y avait-il lieu d’en composer un sur ce format. On l’a fait ; de douloureux événemens se sont produits ; la Chambre a été souvent en vacances ; le cabinet a duré plus qu’on ne pouvait l’espérer. Ministère de coalition, il a succombé finalement sous la plus formidable coalition qu’on eût encore vue. La droite, vers laquelle il avait incliné, ne l’a même pas défendu, et, si le fidèle marquis di Rudini ne lui avait pas donné l’appoint des quelques voix dont il dispose, il aurait risqué d’avoir contre lui l’unanimité de la Chambre. M. Saracco n’avait pas mérité un aussi triste sort. L’affaire de la Chambre du travail de Gênes, fermée pendant la dernière grève, a été terriblement exploitée contre lui ; mais elle n’a servi que de prétexte. En réalité, aucun des hommes les plus importans de la Chambre ne faisait partie du gouvernement, et ils étaient tous pressés d’y prendre place. Toutefois, même au cours de l’assaut qu’ils ont livré ensemble, ils ont laissé voir plus de jalousie encore les uns envers les autres que de malveillance commune contre M. Saracco. C’est au point que, le lendemain de la chute de celui-ci, et malgré le poids de la majorité qui l’avait écrasé, les journaux ne regardaient pas comme impossible qu’il fût chargé de départager les vainqueurs et de procéder lui-même à la composition du futur cabinet. Même aujourd’hui, certaines gens se demandent si on ne finira pas par là. M. Sonnino, qui s’est montré un des plus ardens dans la lutte, a vu se dresser contre lui des préventions acharnées. M. Zanardelli, malade, n’assistait pas à la bataille : cela ne l’a pas empêché d’en recueillir les lauriers. C’est lui qu’après avoir entendu tout le monde, le Roi a fait définitivement appeler pour lui demander s’il consentirait à former un ministère. S’il y réussit, le cabinet sera surtout recruté dans la gauche et dans le centre. M. Zanardelli aurait pour principal lieutenant M. Giolitti ; on commence même à dire que, vu l’état de santé de son chef, M. Giolitti serait l’homme le plus actif de la combinaison. M. Prinetti aurait le portefeuille des Affaires étrangères : on ne s’attendait pas à voir M. Prinetti, qui est un des chefs de la droite, figurer dans un cabinet Zanardelli. Mais M. Zanardelli réussira-t-il ? Au moment où nous écrivons, la crise est toujours ouverte, et rien ne prouve qu’elle se dénoue si rapidement.

Nous ne pouvons laisser passer sans le signaler avec sympathie l’événement qui provoque une joie si vive dans toute la Hollande. On sait que la reine Wilhelmine a choisi pour époux le duc Henri de Meklembourg, et le mariage vient d’avoir lieu au milieu de l’enthousiasme et de l’espérance de tout un peuple. Dans ce pays où le loyalisme est resté intact, la reine est aimée pour elle-même, pour sa jeunesse, pour sa bonne grâce, pour ce que sa situation a d’exceptionnel et même d’unique sur tous les trônes de l’Europe. On a rappelé le mariage de la reine Victoria à propos du sien, et, en ce moment surtout, ce rapprochement devait se présenter à tous les esprits. Comme la reine Victoria, la reine Wilhelmine a choisi elle-même son mari parmi les princes allemands, sans écouter d’autre conseil que celui de son cœur : elle a suivi son inclination. Le scepticisme qui se dégage de l’histoire nous a appris à ne plus attacher, en pareil cas, beaucoup d’importance politique au choix de tel prince de préférence à tel autre : la jeune reine a certainement bien fait de se déterminer par des considérations toutes personnelles. L’exemple de la reine d’Angleterre était fait pour lui servir d’encouragement, de même que celui du prince Albert peut fournir un modèle au prince Henri. Les Hollandais sont jaloux de leur indépendance : ils seraient même ombrageux, s’ils croyaient que la moindre atteinte pût y être portée, mais certainement cela n’arrivera pas. La reine Emma est récompensée aujourd’hui des soins qu’elle a pris de sa fille. Après une régence heureuse, voilà un règne qui commence sous les auspices les plus favorables. Quant à nous, nous faisons des vœux sincères pour le bonheur du nouveau couple royal, et pour la prospérité d’un pays auquel nous rattachent tant d’intérêts communs.


FRANCIS CHARMES.

Le Directeur-Gérant, F. BRUNETIERE.

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