Chansons rouges/La Madeleine

Maurice Boukay (
Ernest Flammarion, éditeur (p. 209-216).


LA MADELEINE


À Maurice Bouchor.
La Madeleine chante :



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_2*8 Sur4 la8 col -- line où dort le
Sa4 -- cré- Cœur _ Le Christ8 er -- rant vint pleu -- rer
sa4 dou -- leur. _ Il gé8 -- mis -- sait en voy -- ant
No4 -- tre Da -- me8 _ Dres4 -- ser8 au ciel ses Tours a --
vec4 son â -- "me :"8 "« Pa" -- ris,4. Pa8 -- ris,4. vil8 --
le d’i -- ni -- qui -- "té !"4 Toi que j’ai -- mais, _8 Pa --
ris, tu m’as quit -- té.4 _ Tu vas8 pé -- rir dans le sang
et4 la flam8. -- "me. »"16 —8 Pi -- tié,4 Sei -- "gneur,"4. _8 
dit8 u16 -- ne voix8 de fem4 -- me.8 _ Sei4. -- gneur,4 ne8 
re4 -- con8 -- nais-4 tu8 pas2. Cel4. -- le4 qui8 fut4 la8 Ma4 -- de8 -- 
lei4. -- ne. De -- puis deux4 mille8 ans4. que4 je8 pei4 -- ne,8
Mon4. cœur est "las !" Mon cœur est "las !"
}
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I

Sur la colline, où dort le Sacré-Cœur,
Le Christ errant vint pleurer sa douleur.

Il gémissait en voyant Notre-Dame
Dresser au ciel ses tours avec son âme.

« Paris, Paris, ville d’iniquité !
Toi que j’aimais, Paris, tu m’as quitté.

Tu vas périr dans le sang et la flamme. —
Pitié, Seigneur, dit une voix de femme.

        Seigneur, ne reconnais-tu pas
        Celle qui fut la Madeleine ?
        Depuis deux mille ans que je peine,
                Mon cœur est las. —

II

Toi, Madeleine, est-il possible, hélas !
Pauvre et si vieille en un corps triste et las !

Toi, ces cheveux ? Toi, ces yeux ? Toi, ces lèvres ?
Toi, ces péchés sanglotant sous les fièvres ? —


Ainsi m’ont faite, ô Seigneur, tes chrétiens.
Voici mes pieds plus meurtris que les tiens ;

Voici mon cœur où s’appuyait ta tête ;
Voici mon corps flétri par ta conquête.

        Seigneur, ne reconnais-tu pas
        Celle qui fut la Madeleine ?
        Depuis deux mille ans que je peine,
                Mon cœur est las.

III

Que n’allais-tu dans mes cloîtres fermés ? —
On n’y reçoit que des corps bien famés ! —

Que n’allais-tu prier dans mes églises ? —
Par les grandeurs toutes places sont prises ! —

Que faisais-tu dans les bras des bourgeois ? —
Mes bras faisaient le geste de ta croix. —

Il fallait faire acte de repentance. —
Aux pauvres gens tout acte est pénitence !

        Seigneur, ne reconnais-tu pas
        Celle qui fut la Madeleine ?
        Depuis deux mille ans que je peine.
                Mon cœur est las.


IV

Mais tes enfants que sont-ils devenus ? —
Dans la Douleur partis sitôt venus. —

Ne pouvais-tu les tenir en litée ? —
Ta mère, à toi, pourquoi l’as-tu quittée ! —

C’est que j’allais vers mon Père et ma Fin. —
C’est qu’ils n’avaient eux ni père, ni pain. »

Le Christ se tut. Sous le haillon de laine,
Jésus baisa les pieds de Madeleine.

        « Seigneur, ne reconnais-tu pas
        Celle qui fut la Madeleine ?
        Depuis deux mille ans que je peine,
                Mon cœur est las. »