Chansons pour mon ombre (1907)/Naples

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Chansons pour mon ombreAlphonse Lemerre, éditeur (p. 73-74).

NAPLES



Le temple abandonné de la Vénus latine
Se recule et s’estompe à travers les embruns,
Et le déroulement rituel des parfums
Ne tourbillonne plus vers l’Image Divine.

Les roses, sur le marbre enfiévré par leur sang,
N’ont plus leur rouge ardeur de rire et de rapine :
Le souffle violent de la Vénus latine
Ne traversera plus les soirs, en frémissant.


Par tes fentes d’azur de ces murs en ruine,
Je contemple les prés, le soleil et la mer.
Les algues ont rempli de leur iode amer
Le temple abandonné de la Vénus latine.

Les patientes mains du soir ont lamé d’or
Les bleus italiens de la chaude colline,
Où, délaissant l’autel de la Vénus latine,
Les mouettes ont pris leur lumineux essor.
 
De ses yeux éternels, la Déesse illumine,
Comme autrefois, la terre et l’infini des flots.
La mer salue encor de chants et de sanglots
Le temple abandonné de la Vénus latine.