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Carnets de voyage, 1897/Cathédrale de Nantes (1865)

Librairie Hachette et Cie (p. 272-273).


CATHÉDRALE DE NANTES


Tombeau de François II, duc de Bretagne[1], et de sa femme, par Michel Colomb. Le duc et la duchesse en robes et couronnes ducales, couchés, dorment les mains jointes, paisiblement. — Sculpture bourgeoise, mais très vivante et sincère, avec un souffle d’Italie dans la disposition générale et la belle simplicité des ajustements. Les figures du duc et de la duchesse sont évidemment des portraits ; le calme du sommeil éternel est profondément saisi ; on a dans tout le XVe siècle le plus vif sentiment de la réalité morale. Mais un nez trop pointu, un menton sec et qui est presque en galoche, des yeux trop peu enfoncés dans l’arcade sourcilière, le manque de grandeur et de parti pris dans les traits, annoncent des bourgeois du Moyen âge. — Les quatre figures de femme de grandeur naturelle, aux quatre coins, ont le même genre de tête ; le type antique n’était pas connu : ils copiaient les figures environnantes qui leur plaisaient, et atteignaient une chose exquise, l’originalité, l’individualité. On croit à l’Être de ces personnages et à leur âme. Presque toutes les figures de femmes ont ce degré d’intelligence féminine et limitée, si commun en France, un petit bourrelet de chair sous le menton, un nez pointu, des mains fluettes, trop osseuses et sillonnées de tendons ; c’est le type moderne, et peut-être la vraie route de la sculpture était-elle là. Ce qui est un chef-d’œuvre partout, c’est la profonde étude, l’invention si originale, si riche, et l’agencement si senti des draperies par un mélange spontané de toutes sortes de costumes, antiques, féodaux, provinciaux. — De même en Italie et en Allemagne, les eaux-fortes de Pollajuolo, Mantegna, Albert Dürer. — Très grand et très profond sentiment dans les seize figures noirâtres de moines accroupis, laids, angoissés, écrasés par leur grand manteau, dans l’accablement de la prière et de la crainte religieuse. Ce sont des débris d’hommes perdus sous le froc, se rapetissant sous l’effroi des vengeances divines.

  1. Mort en 1488.