Cahiers du Cercle Proudhon/1/Notes

Collectif
Cahiers du Cercle Proudhon (p. 48-54).


UN PORTRAIT DU « MAGISTRAT SUPRÊME » QUI INAUGURA LE MONUMENT PROUDHON A BESANÇON


Voici l’appréciation de M. Jacques Delebecque à laquelle Charles Maurras fait allusion dans l’article que nous reproduisons. La page à laquelle renvoyait Maurras avait paru, dans le Réveil de l’Oise, sous le titre « Magistrat suprême ». C’était un portrait tracé de main de maître et une forte définition de la fonction remplie par le malheureux délégué d’un parti à la « suprême magistrature » qui osait à ce moment faire à Proudhon l’injure de l’ « honorer » :


Par une série de décisions scandaleuses, prises en faveur de misérables, indignes de toute pitié, M. Fallières vient de ramener à lui l’attention publique qui ne demandait pourtant qu’à se détourner de ce peu intéressant sujet. Ce singulier chef d’État, abrité derrière son irresponsabilité, semble avoir à cœur de braver l’opinion, surtout quand cette-ci est manifestement d’accord avec la raison et l’équité. Il a laissé exécuter Liabeuf, dont le cas pouvait se discuter. Il a sauvé la vie de trois gredins pour lesquels on ne pouvait vraiment invoquer aucune circonstance atténuante.

Seuls les mobiles les plus bas ont le pouvoir de le tirer de son habituelle torpeur ; il n’agit que poussé par peur ou par une sournoise rancune. Voyez son attitude dans le procès de la Haute-Cour, sa férocité à l’égard de Jean Mattis, sa récente conduite dans l’affaire de Gustave Téry. Quand sa personne est attaquée ou qu’il la croit menacée, il devient impitoyable. Dans toutes les autres circonstances, il demeure indifférent, d’une indifférence que rien ne peut ébranler et qui choque tous ceux, à quelque parti qu’ils appartiennent, qui ont conservé le sentiment de la dignité nationale.

Tel qu’il est, le président de la République nous paraît éminemment représentatif du gouvernement, à la tête duquel l’ont placé les circonstances et surtout la conviction bien établie qu’on avait de sa nullité intellectuelle. Un personnage revêtu de quelque prestige, doué de certains avantagea extérieurs, ou seulement animé de cet instinct national, obscur chez beaucoup, mais vivant quand même au cœur des Français, cadrerait mal avec un régime où toute espèce de supériorité est regardée d’un œil inquiet et où l’indignité morale, ou tout au moins la faiblesse de caractère, sont les meilleurs titres à une fortune rapide. A notre point de vue de royalistes, il n’est pas mauvais non plus que M. Fallières soit… M. Fallières. Par sa seule présence, il illustre et confirme ce que nous répétons tous les jours. Ce magistrat était très bien fait pour occuper le point culminant du régime que Proudhon a défini quand il a écrit « La Démocratie, c’est l’envie ».


LES DÉMOCRATES ET PROUDHON


Les annales de la jeunesse laïque ; l’Action ; le Temps ; le Mouvement socialiste.

M. Louis Dimier, dans une lettre qu’il nous avait adressée pour la première conférence du Cercle, nous rappelait que M. Gabriel Séailles avait reproché aux socialistes français d’ignorer ou d’oublier Proudhon. Il y a vingt ans, lorsque M. Jaurès présentait en Sorbonne sa thèse De socialisme germanici lineamentis apud Lutherum, Kant, Fichte et Hegel, M. Séailles demandait an fondateur du socialisme bourgeois pourquoi le socialisme français s’adressait à la pensée germanique et à Marx, alors qu’il pouvait s’appuyer sur la pensée du grand socialiste français Proudhon. Il y a vingt ans que les socialistes ont entendu ce rappel, nous écrivait M. Dimier. Depuis qu’ont-ils fait de Proudhon ? Nous pouvons répondre : exactement, rien. Et non seulement ils n’en ont rien fait, mais ils ont fait le silence sur son œuvre. Si le syndicalisme, même socialiste, est fortement pénétré par l’esprit proudhonien, ce n’est que grâce à l’action personnelle de quelques rares écrivains et militants syndicalistes comme Fernand Pelloutier, Georges Sorel et Édouard Berth. Mais le socialisme français, le socialisme officiel, a repoussé Proudhon. Et ce n’est pas particulier au socialisme. Proudhon peut être glorifié comme « immortel père de l’anarchie », « socialiste », « annonciateur de la République universelle », il est honni de tout ce qui, en France, se rattache aux idées quatre-vingt-neuviennes. Démocrates, socialistes, anarchistes ne veulent retenir que son nom et faire oublier son œuvre, qui est tout entière une protestation contre les idées anarchistes, contre les systèmes socialistes, contre la démocratie.

Nom avons rompu le silence. L’annonce de la fondation du Cercle Proudhon a obligé les démocrates républicains et socialistes à penser qu’il ne suffisait pas d’élever un monument à l’auteur de la Guerre et la Paix pour faire croire au peuple français que Proudhon a été un des pères de la Démocratie et un des précurseurs du socialisme parlementaire.

Un des derniers défenseurs honorables de la démocratie, N. Georges Guy-Grand a, l’un des premiers, réclamé pour la vie démocratique le bénéfice des justifications proudhonniennes. « Le peuple, écrivait-il dans les Annales de la jeunesse laïque (Janvier 1912) « le peuple est apte à s’occuper de questions très abstraites et générales, comme la politique et la philosophie. »


Pour la politique, il faut bien l’admettre si on est partisan du suffrage universel. Et quant à la philosophie, le grand écrivain que nos lecteurs connaissent bien,… notre compatriote P.-J. Proudhon s’est chargé de répondre aux aristocrates [les aristocrates, ce sont, selon M. Guy-Grand, ceux d’entre nous qui sont nationalistes intégraux]. Son livre principal, celui où il a mis le meilleur de lui-même, De la Justice dans la Révolution et dans l’Église, a, pour premier titre : « Essais d’une philosophie populaire. » Si nous feuilletons les paragraphes du « programme » préliminaire, nous trouvons des titres comme ceux-ci : § 1. Avènement du peuple à la philosophie ; § 5. Que la métaphysique est du ressort de l’instruction primaire ; § 6. Que la philosophie doit être essentiellement pratique. Et si nous nous mettons à lire, nous voyons à première page : Le peuple n’a jamais fait autre chose que prier et payer : nous croyons que le moment est venu de le faire philosophes.

Hélas ! tout le peuple n’est pas encore capable de comprendre entièrement la philosophie de l’auteur de la Justice, qui est souvent abstraite et ardue. Mais que l’on retienne l’idée fondamentale : l’avènement du peuple à la philosophie, c’est-à-dire à la culture.

Car, en définitive, tout est là : philosopher. C’est en philosophant que l’on est vraiment homme, au beau sens du mot.


Et voilà qui prouve que M. Guy-Grand est prodigieusement éloigné de l’esprit proudhonien. M. Guy-Grand croit-il que Proudhon appelle le peuple au noble exercice de la philosophie désintéressée, la contemplation des idées ? Ceux qui ont lu les ouvrages de M. Guy-Grand imaginent que leur auteur ne pense à transformer l’économie que pour permettre au peuple d’entrer dans ce monde d’élus que ses messieurs de la Sorbonne osent nommer représentants de l’intelligence. Mais philosopher, ici, selon Proudhon, ce n’est pas faire de la philosophie, ce n’est pas faire œuvre d’intellectuel, philosopher, c’est observer le monde où l’on vit, où l’on travaille, pour agir sur l’économie, pour se connaître des droits et les affirmer dans la cité ; ce n’est pas le couronnement de la vie ; c’en est le soubassement. Ce n’est pas une fin, c’est un moyen. Philosopher en vue de l’action, c’est le principe même des travaux du Cercle Proudhon.

Avec M. Guy-Grand, nous serions demeurés dans la discussion philosophique, et cela n’aurait guère servi les desseins des politiciens qu’a émus la fondation de notre cercle. M. le professeur Bouglé est arrivé à temps pour rabaisser le débat au ton de la politique radicale-socialiste. La sociologie sorbonnique ayant toutes les faveurs officielles, M. Bouglé tenté de faire de Proudhon un « sociologue » une sorte de précurseur de M. Durkheim. Cela a produit la sociologie de Proudhon, dont Henri Lagrange a justement dit que c’est une besogne de reporter. Les journalistes politiciens et financiers se sont immédiatement emparés du livre de M. Bouglé pour protester, au nom de la politique radicale et socialiste, contre l’alliance que nous avons réalisée ici.

M. Albert Thomas, qui écrit à la fois dans l’Humanité, journal socialiste et dans l’Information, journal financier, nous a désignés, « syndicalistes ou monarchistes », comme les « accapareurs de Proudhon ». Et il a remercie M. Bouglé « d’aimer Proudhon, comme il l’aime ». On dirait qu’il est de la famille et qu’il reçoit les condoléances des amis du mort. Attendrissement politique. Comment écrire, après ces touchantes déclarations. que les politiciens socialistes ont le plus profond dédain de l’œuvre proudhonienne ? Voila pour les lecteurs de l’Humanité.

Ailleurs, on a imprimé que le « travail sérieux » de M. Bouglé montre


« A quel poins sont tendancieuses les interprétations que proposaient, de la pensée proudhonnienne les utilisateurs d’extrême-droite et d’extrême-gauche, dilettantes du néo-royalisme ou amateurs du syndicalisme révolutionnaire, qui se réconcilient aujourd’hui, dit-on, pour essayer d’exploiter le proudhonnisme[1]. »


Utilisation, exploitation : ne nous étonnons pas de cette basse interprétation de notre œuvre : c’est dans l’Action que nous l’avons trouvée.

Mais il y a eu un plus beau spectacle. A la Société de Philosophie, séance ardente, où les philosophes officiels, reconnus par le gouvernement et par Israël, ont reçu M. Bouglé, qui les a entretenus de la sociologie de Proudhon. Nous n’avons pu y assister, car nous sommes hérétiques en Sorbonne, mais nous savons à peu près ce qui s’y est dit, par la grande presse qui nous a informés de cet événement extraordinaire. Le Temps, où règne M. Joseph Reinach, caricature simiesque de roi de France qui se cache sous les apparences modestes de « président du groupe antialcoolique de la Chambre » et qui suit de près tout ce qui menace les fondements de la démocratie, le Temps a donné un compte rendu de cette « discussion de philosophes sur Proudhon ». Il a dû, à cette occasion, révéler à ses lecteurs ce qu’est la Société de Philosophie, qu’il avait ignorée jusqu’à ce jour. Cela lui donnait l’air un peu sot, mais l’intérêt supérieur de la démocratie exigeait qu’il mît la main sur Proudhon. Mais son rédacteur a eu la main lourde ; il a publié des énormités ; il a laissé dire, ou il a fait dire à M. Elie Halévy (qui pris part à cette « discussion de philosophes » ) que Renouvier a été « l’héritier direct de Proudhon ». Il faut évidemment avoir été informé du mouvement des idées au xixe siècle dans les sous-sols du Temps pour penser que l’auteur de la Nouvelle Monadologie a recueilli une part quelconque de l’héritage proudhonien. Nous avons encore lu, dans le même Temps, que

Parmi les héritiers de la pensée proudhonienne, il fallait compter des anarchistes comme Bakounine. Elisée Reclus et surtout le Kropotkine de l’Entraide, qui sont, les uns et les autres, proprement des sociologues[2].

Pour Bakounine, ce n’est pas contestable. Ce qu’il y a de sain dans son œuvre ? ce qui n’est pas anarchiste, ce qui tend à l’organisation lui vient en grande partie de Proudhon. Mais Elisée Reclus, mais Kropotkine ? Que viennent faire ces idéologues à côté du grand réaliste ? Cette invention est de M. Bouglé. Le Temps ne nous dit pas qu’il ait nommé les authentiques continuateurs de Proudhon : Pelloutier, Georges Sorel et Edouard Berth.

Enfin, nous avons eu une grande protestation de M. Hubert Lagardelle, protestation directe contre le Cercle Proudhon. Nous n’avons pas le moindre désir d’engager une discussion avec le directeur du Mouvement Socialiste. L’un de nous, qui avait commencé une conversation doctrinale avec l’ancien collaborateur de MM. Sorel et Berth, a décidé de ne pas la poursuivre après avoir vu, dans un journal italien, avec quelle extraordinaire fantaisie M. Lagardette a représenté, dans une entrevue qu’il a accordée à un journaliste romain, les positions de M. Georges Sorel et le mouvement nationaliste. Nous ne reprendrons donc pas ici cette conversation interrompue. Nous nous bornerons à reproduire quelques réflexions de M. Lagardelle qui confirment ce que plusieurs d’entre nous ont écrit sur la décadence de la pensée socialiste.

Nous n’y ajouterons que quelques notes pour rectifier des erreurs de fait. Les quarante pages de Darville, de Galland et de Valois que contient notre premier Cahier répondent, pour nos lecteurs, à toutes tes les questions doctrinales posées par M. Lagardette.


Notre génération, écrit M. Lagardette, a contemplé bien des spectacles et les surprises ne nous ont pas manqué. Nous ne pourrions pourtant pas prévoir qu’un jour les restaurateurs de l’Autorité glorifieraient le négateur de l’État.

Il faut un singulier désordre des esprits pour que les néo-monarchistes en arrivent à revendiquer l’anarchiste Proudhon…

Certes Proudhon est confus, contradictoire, heurté, chaotique. C’est un torrent plus souvent trouble que limpide. On peut tout y prendre. Je ne veux pas dire avec une égale raison, mais du moins avec une égale apparence de raison. Tout y prendre, sauf le royalisme…

Bonne occasion de relire quelques-unes des pages les plus savoureuses de la Solution du Problème social et de l’Idée générale de la Révolution. Je ne demanderai pas aux monarchistes fondateurs du Cercle P.-J. Proudhon ce qu’ils en pensent : ils seraient capables de me répondre qu’elle. prouvent la nécessité d’une restauration royaliste[3]

Et puis oublient-ils l’Église et le Christianisme, que Proudhon a poursuivis de sa haine acharnée ? On se demande vraiment comment les hommes qui, hier encore, applaudissaient à l’assassinat de Ferrer[4] osent se réclamer de l’auteur de La Justice dans la Révolution et dans l’Église.

Quelle honte pour les socialistes de laisser tomber ainsi le dépôt des idées proudhoniennes !

Ce Cercle Proudhon, qui donc si ce n’est eux devait en prendre, et depuis longtemps, l’initiative ? Mais les jours sont loin, où la vie intellectuelle inondait les cercles socialistes. On ne s’y nourrit plus que de clichés et de formules, — quand on s’y nourrit. Mais qu’on y parle de Proudhon, et aussitôt s’affichent les dédains dogmatiques et les mépris supérieurs. Proudhon ? — C’est un petit-bourgeois, réactionnaire. Marx l’a dit !

Combien plut vivants, plus habiles aussi, sont ces néo-monarchistes qui ne reculent sans doute devant aucun artifice, mais qui ont du moins, hélas ! pour une partie de la jeunesse, l’attrait de l’audace[5].

Si du moins cet enthousiasme, illégitime autant que factice, pour Proudhon allait réveiller l'intérêt des socialistes envers le plus riche, sinon le plus ordonné, de leurs maîtres ? Jamais ses théories politiques n'ont été plus actuelles qu'en ce déclin de la démocratie pure. Qui mieux que lui a eu la vision anticipée de la décadence fatale de la politique et de la renaissance de la vie sociale ? [La pensée de Proudhon] doit vivre en nous, se mouvoir en nous.


Nous le répétons ; nous l'affirmons. Oui, la pensée de Proudhon doit vivre dans tous les groupes de Français qui travaillent à l'organisation de leur pays. Non, cette pensée ne vit pas, ne peut pas vivre dans le socialisme français, père nourricier des parlementaires, allié des gouvernements républicains et serviteur de l'État juif. C'est en nous qu'elle vit, c'est chez nous qu'elle sera continuée (aussi ne nous entendra-t-on jamais parler de « l'Utilisation de Proudhon » ), et nous pouvons reprendre, en l'actualisant, la phrase de Proudhon que M. Lagardelle donne comme conclusion à sa grande colère :

Au dessous de l’appareil gouvernemental, à l'abri des institutions politiques, loin des regards des politiciens et des pontifes de la Sorbonne, la société française produit lentement et en silence ses propres organismes, expression de sa vitalité et de son autonomie, et négation de l'ancienne politique démocratique comme de l'ancienne religion judéo-maçonnique.

Les viii.
  1. Action, 23 novembre 1911.
  2. Temps, 25 janvier 1912.
  3. C’est ce que nous n’y cherchons pas et c’est ce que nous ne ferons pas. Si nous nous rattachons à l’œuvre proudhonienne, ce n’est pas pour y chercher une doctrine politique, mais un esprit d’organisation qui a déjà présidé à la formation de plusieurs d’entre nous. Cet esprit est français. Il est anti-démocratique ; il exclut rigoureusement tout romantisme politique, et par lui, nous raccordons en nous et dans la nation, deux traditions qui sont également vivantes et fortes. Nous avons lu dans un journal social que Proudhon, ce fils d’ouvrier, est un royaliste. C’est une sottise. On ne la retrouvera pas ici. On ne nous verra pas non plus occupés à chercher si Proudhon aurait pu ou aurait dû, poussé par la logique de ses idées, conclure à la monarchie. Nous ne forcerons pas l’œuvre proudhonienne, nous ne lui demanderons que ce qu’elle peut nous donner pour l’organisation de la cité. Le problème de l’État, lorsque nous le poserons ici, nous le résoudrons entre nous. Avec Proudhon, sans Proudhon, nous verrons bien.
  4. Aucun de nous n’applaudit à l’assassinat de Ferrer. Nous avons dénoncé la mystification dreyfusienne qui a organisé en France, sous le nom de Ferrer (contre les classes ouvrières, contre le syndicalisme), la Franc-Maçonnerie soutenue par l’Allemagne et par Israel. L’un de nous a fait l’histoire de la campagne de fausses nouvelles et de mensonges menée, au moment du procès Ferrer, par l’orchestre ferreriste et il a révélé comment cette campagne a été brusquement arrêtée, en France, en quarante-huit heures, par Briand, sur l’ordre de l’ambassadeur d’Angleterre. Il ne s’est pas trouvé alors un ferreriste pour oser protester, par la discussion des faits, contre les informations et les explications que notre ami a apportées au lendemain des grandes manifestations ferreristes, en novembre 1909.
  5. Enregistrons ces aveux, l’aveu de cette honte, l’aveu de cette impuissance. Oui, c’est une honte pour les socialistes d’avoir abandonné la pensée proudhonnienne. Cette honte engendre leur impuissance. Ils ne pouvaient y échapper. Pouvaient-ils en tirer une puissance intellectuelle et échapper ainsi à la décadence qui frappe leur pensée ? C’est précisément ce que nous nions. Démocrates, libertaires parfois, tendant toujours à la destruction des contraintes morales et économiques qui conservent les institutions fondamentales de l’humanité, comme la famille et la propriété, romantiques en toutes choses, les socialistes français, de formation judéo-germanique, ne pouvaient se réclamer de la pensée proudhonienne, traditionnelle et française. Ils n’ont pu qu’exploiter la réputation révolutionnaire du nom de Proudhon. Ce qu’ils ont fait, ils le referont ; ce qu’ils n’ont pu faire, ils ne le referont pas aujourd’hui. Ou s’ils vont à Proudhon, ils abandonneront le socialisme, et nous nous retrouverons.