Bouquets et prières/Louise de La Vallière


LOUISE DE LA VALLIÈRE.

Quittant sa Mère.
fragment de bulwer.


Votre dernier bonsoir, ma mère !


SA MÈRE.

Votre dernier bonsoir, ma mère !Tu chancelles,
Et je vois sous ton front les pleurs que tu me cèles.
Pourtant le monde s’ouvre indulgent devant toi,
Ma fille ! Une humble reine, unie au plus grand roi,

T’appelle dans sa cour où, disent les poètes,
La gloire a surpassé, par ses pompeuses fêtes,
Tout ce que l’Orient dit à l’histoire.


LOUISE.

Tout ce que l’Orient dit à l’histoire.Hélas !


SA MÈRE.

Une cour !… une cour !…


LOUISE.

Une cour !… une cour !… Où vous ne serez pas,
Ma mère ! Ni ces murs où j’entendais vos pas ;
Ces murs, vieux raconteurs de mes jeunes années,
Qui recouvraient en paix deux humbles destinées.
Ni les champs, ni les bois, où je voyais le jour
Descendre et se lever, doux comme votre amour.
Écoutez, c’est l’Ave Maria… que je l’aime !
Oh ! puissé-je partout redescendre en moi-même,
À cette heure du ciel, et retrouver mon cœur
Aussi plein de ma mère et de mon Créateur !

L’Éden d’un pauvre enfant, c’est le berceau.


SA MÈRE.

L’Éden d’un pauvre enfant, c’est le berceau. Louise !
L’Éden, c’est la vertu ; c’est ton âme, promise
Au désert de mes ans. En traversant les cours,
Dieu sur ton aile blanche étendra son secours.
Enfant ! si le respect tient lieu d’expérience,
Ta mère, n’est-ce pas, sera ta conscience ?
 


LOUISE.

Oui, je vous dirai tout, et vous me répondrez
Chaque soir une ligne, où vous me bénirez ;
Et vous irez pour moi dans ces pauvres chaumières,
D’où nous voyons là-bas scintiller les lumières :
De l’hiver qui s’approche il faut les consoler,
Et nourrir mes oiseaux, trop faibles pour voler.


SA MÈRE.

Tu ne me parles pas d’un jeune aigle, ma fille,
Dès le berceau promis pour chef à ma famille.

Si j’apprends qu’à la guerre il ne pense qu’à toi,
Ne t’en dirai-je rien ?


LOUISE.

Ne t’en dirai-je rien ? Il aime tant le roi !


SA MÈRE.

Et nous sommes déjà si fières de sa gloire,
Que ses droits sont écrits dans ta jeune mémoire.


LOUISE.

Il aime tant le roi !


SA MÈRE.

Il aime tant le roi ! C’est qu’il l’a déjà vu.


LOUISE.

Et moi, je vais le voir ! Toujours je l’ai prévu,
Oui, c’est un bien grand roi !



SA MÈRE.

Oui, c’est un bien grand roi ! Le plus grand de la terre.
Splendide dans la paix…


LOUISE.

Splendide dans la paix… Incroyable mystère !
Tous mes rêves d’enfant ont été pleins de lui,
Ma mère, et de le voir je n’ai peur qu’aujourd’hui.
J’ai toujours deviné ses yeux et son sourire,
Son front, où la nature avait écrit : Empire !
Oui, j’ai toujours rêvé que le roi me parlait,
Et que sa grande voix de bien loin m’appelait :
N’est-ce pas étonnant, ma mère !…

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