Biographie universelle ancienne et moderne/2e éd., 1843/PRONY (Gaspard baron de)

Michaud - Biographie universelle ancienne et moderne - 1843
Tome 34 page 399 à 405

PRONY (Gaspard-Clair-François-Marie RICHE baron de)


PRONY (Gaspard-Clair-François-Marie RICHE, baron de), ingénieur français, naquit le 11 juillet 1755 à Chamelet, dans le Lyonnais, d’une des meilleures familles bourgeoises du pays, bien que sa fortune n’y fût pas considérable. Son père avait été membre du parlement de Dombes. Cependant l’aptitude que laissait percer le jeune homme pour les travaux d’art, força cet ancien magistrat de songer pour son fils à une autre carrière, et il fut décidé, non sans difficulté, qu’il serait ingénieur. Il n’en fit pas moins d’un bout à l’autre toutes les études classiques, puis après un an et demi consacré plus spécialement aux mathématiques, il fut admis à l’école des ponts et chaussées (5 avril 1776). Son assiduité, ses progrès lui valurent plusieurs prix. Plusieurs missions, tantôt dans l’une, tantôt dans l’autre des provinces françaises, occupèrent d’abord le jeune homme, qui fit en 1779 la campagne des Sables d’Olonne, et qui, l’année suivante, reçut son brevet de sous-ingénieur. Bourges, Argentan, Dourdan, Lagny, le virent en cette qualité présider à la confection de plusieurs travaux. Bientôt il eut le bonheur de se voir rappeler à Paris par le ministre, à la demande de Perronnet, directeur de l’école des ponts et chaussées (1783), qui, déjà vieux, avait senti le besoin d’avoir auprès de lui un aide à qui s’en remettre du soin des détails. Prony (car dès ce moment nous lui donnons ce nom qu’il ne tarda point à prendre, laissant celui de Riche à un frère plus jeune que lui, et qui était en train de se signaler dans les sciences naturelles quand la mort vint l’enlever), Prony, disons-nous, était précisément l’homme qu’il fallait au chef de l’école des ponts et chaussées. Il acheva de s’en concilier l’amitié et de consolider sa position en se posant le défenseur du pont de Neuilly. Cette construction de Perronet venait d’être l’objet de critiques sévères et malheureusement assez spécieuses, dans un mémoire présenté à l’Académie des sciences, où il n’avait pas été sans produire quelque sensation. Prony prit avec succès la défense de son maître. Plusieurs savants et même plusieurs membres de l’Académie se trouvaient intéressés à la question comme ayant concouru au plan du pont ou l’ayant sanctionné de leur approbation. On sut donc gré en général à l’apologiste ; et Monge voulut lui témoigner sa satisfaction en l’initiant lui-même aux parties les plus ardues de l’analyse dont chaque jour alors il s’occupait de reculer les limites par des découvertes. C’est Prony qui eut la part principale à la restauration du port de Dunkerque (1785), bien que Perronet ait officiellement présidé à cet ouvrage ; et, se trouvant alors au bord de la Manche, il fit un voyage en Angleterre. Il fut de même pour beaucoup dans les travaux du joli pont de Sainte-Maxence sur l’Oise. Il était aussi du nombre de ceux auxquels avait été confiées les études pour le pont Louis XVI ; et ces études terminées, il fut admis avec voix délibérative à la discussion qui eut lieu aux ponts et chaussées, puis employé à la construction avec le brevet d’inspecteur (23 mars 1787). Perronet vécut encore quatre ans. Prony les passa ainsi auprès de lui, cumulant les avantages de sa position à l’école et les appointements d’inspecteur. Il n’en fut plus de même quand Perronet, succombant à la maladie et à l’âge, fut remplacé par Chézy, et si Prony resta quelque temps encore à l’école, ce fut sans titre officiel et sans rétribution. Mais peu de temps après il fut nommé ingénieur en chef du département des Pyrénées-Orientales (21 août 1791). Il mit tout en oeuvre pour éviter de quitter Paris, et, comme l’assemblée constituante venait de voter le cadastre général de la France, il réussit à se faire nommer (6 octobre 1791) directeur du cadastre. Il en posa très-largement les bases, trop largement même aux dires de quelques-uns, et surtout trop lentement aux yeux de ceux qui voyaient par dessus-tout dans le cadastre le moyen d’asseoir l’impôt foncier de manière à lui faire rendre le plus possible. Avec les travaux du cadastre, il faisait marcher de front, depuis 1792, la confection des gigantesques tables logarithmiques à quatorze, dix-neuf et vingt-cinq décimales, qui étaient manuscrites à l’Observatoire et qui depuis n’ont cessé de rendre des services inappréciables au calcul astronomique. Ce qu’il y a de singulier dans l’exécution de cet énorme travail, c’est qu’il fut mené à bien en deux ans. Prony voyait approcher la fin de sa table quand, en 1794, fut créée l’école polytechnique. Lagrange et Prony furent dès l’origine chargés en commun de l’enseignement de la mécanique ; mais ce fut Prony qui occupa le plus souvent la chaire, et il y donna le modèle de cette admirable exposition surpassée depuis, et si remarquable alors, qui a tant contribué à populariser la culture des sciences. Les cours que fit Prony devinrent pour lui l’occasion d’une série d’ouvrages auxquels l’instruction spéciale a dû beaucoup. Vers le même temps fut reconstituée l’Académie des sciences comme partie de l’Institut ; Prony en fut nommé membre dès l’origine, et successivement il en devint secrétaire, puis président. Il fut aussi avec Cuvier et Vicq d’Azyr un des premiers fondateurs de la société philomatique. En un mot, son nom était entouré d’un grand éclat scientifique quand (1797) Bonaparte revint de sa campagne d’Italie, et, comme on sait, se plut à paraître à l’Institut, et surtout à la classe des sciences. Il rechercha Prony ; et Madame Prony (1)[1], que sa naissance et l’éducation avaient toujours tenue en relation avec la noblesse, fut reçue avec distinction, avec amitié par Joséphine. À la mort de Chézy, directeur de l’école des ponts et chaussées, de Prony fut nommé à ce poste. C’est en cette qualité que, en août 1808, Prony alla en compagnie de Sganzin visiter le département de la Vendée, à l’effet d’étudier les mesures à prendre pour assécher les marais de la contrée, pour canaliser les rivières susceptibles de devenir aptes à la navigation, et pour améliorer les ports. Avant et après cette excursion en Vendée, Napoléon l’avait chargé de semblables missions à l’étranger, notamment en Italie, où Prony dut faire trois voyages : le premier en 1805, pour inspecter le cours du Pô et pour exécuter plusieurs travaux au port de Gênes et au golfe de la Spezzia ; le second en 1806, pour l’amélioration des ports d’Ancône, de Venise et de Pola ; le troisième en 1810 et 1811, pour l’assainissement de la région occupée par les marais Pontins. La première de ces expéditions fut signalée par l’arrestation de Prony sur le territoire autrichien. Se confiant à l’état de paix, il s’était avisé de passer du royaume d’Italie, alors borné par le Pô, dans les anciennes provinces vénitiennes et à Venise même. Il était accompagné d’un officier supérieur (2)[2] autorisé à le suivre dans sa visite des bords du Pô. À peine les deux étrangers ont mis les pieds dans l’antique cité des doges que les agents de la police autrichienne les mandent l’un et l’autre, leur font subir un minutieux interrogatoire, examinant leurs papiers, où ils ne trouvent rien qui puisse faire naître l’ombre d’un soupçon, et n’en finissent pas moins par leur déclarer qu’ils sont aux arrêts (10 juillet). En vain le commissaire général des relations commerciales veut intervenir. On lui notifie que sa visite même au domicile des deux suspects est irrégulière, et que leur domicile doit être, dès ce moment, réputé prison autrichienne et par cela même est fermé au commissaire français. Celui-ci ne se tint pas pour battu, et ne pouvant avoir raison de Bissingen (c’était le nom du chef de la police), il s’adressa au général en chef, de Bellegarde, qui, trouvant ridicules cette violence et ces soupçons, leva les arrêts. Mais déjà, pendant ce temps, la nouvelle de l’accident étant venue à Paris, Napoléon, sans attendre un moment, avait fait arrêter un conseiller aulique de Vienne qui se trouvait là par hasard, et il ne le relâcha que quand on sut la délivrance de Prony. On trouve dans un article du Moniteur (10 thermidor an XIII, ou 29 juillet 1805) tous les détails de ces faits. Prony, pendant son dernier voyage en Italie, poussa très-loin ses études sur la question qui lui avait été soumise et recueillit une infinité de documents, tant sur l’historique des tentatives faites pour dessécher les marais que sur les éléments du problème. Il se fit même dès lors un système sur les mesures qu’il eût été utile d’adopter pour mettre un terme à l’état des choses dont Pie VI avait en vain voulu débarrasser le patrimoine de Saint Pierre et qu’il n’avait pu qu’atténuer. Mais les événements politiques de plus en plus graves en face desquels le gouvernement impérial se trouva depuis 1812, ne permirent pas d’entamer l’exécution de ces plans, et probablement les idées de Prony, sur la dessication du territoire qu’il s’agissait de rendre en même temps à la culture et à la salubrité, auraient été perdues s’il n’eût jugé à propos, quand la chute de Napoléon eut remis à bien loin la réalisation de son projet comme de mille autres, de consigner dans un écrit spécial le résultat de ses observations et de ses recherches. Les événements de 1814, en tant qu’ils ôtaient le pouvoir à Bonaparte et ramenaient les Bourbons, n’avaient pas profondément affligé Prony, sensible pourtant aux prospérités de sa patrie, et bien moins encore sa femme. La restauration d’ailleurs le fit officier de la Légion d’honneur (5 août 1814) et chevalier de Saint-Michel (1816), et il garda la direction de l’école des ponts et chaussées. Il cessa, il est vrai, de professer à l’école polytechnique ; mais son âge commençait à lui défendre les fatigues du professorat, et d’ailleurs il devint examinateur permanent des candidats pour cette école. Parmi diverses missions qu’il eut à remplir pendant les seize ans du gouvernement de la branche aînée, on doit remarquer surtout le voyage qu’il fit en 1827 dans le département du Rhône, pour aviser au moyen de sauver des ravages du fleuve la contrée qu’il parcourt. Il n’avait été que trop familiarisé, dès l’enfance, avec les tableaux de désolation qui se reproduisent si fréquemment dans ces parages. Il ne réussit pas mieux pourtant que les autres à en rendre le retour impossible, ou plutôt il n’y vit de remèdes que moyennant des dépenss si fortes que le département, le gouvernement et les villes reculaient devant ces gros chiffres. Peu de temps après son retour, Prony fut créé baron (25 juin 1828). Le gouvernement de juillet le nomma, en 1835, pair de France. On comprend que la sphère d’activité de Prony au Luxembourg dut être fort restreinte. En 1837, cependant, c’est lui qui fut le rapporteur de la commission chargée de l’examen du projet de loi relatif à la reconstruction des sept ponts. Il survécut encore deux ans à cette époque de sa vie : mais dès le commencement de 1839 sa santé donna de graves inquiétudes. Seule sa vigueur d’esprit lui resta fidèle. Jusqu’à ses derniers moments, il prit part aux délibérations du conseil des ponts et chaussées. Il demeurait en dernier lieu à l’hôtel de Carnavalet ; c’est dans ce séjour qu’il combina ses dernières équations, et c’est aussi là qu’il a composé plusieurs articles de cette Biographe Universelle. Il mourut le 29 juillet 1839. Trois discours furent prononcés à ses obsèques (3 août) par MM. Arago, Fontaine et Tarbé de Vauxclair. Prony était depuis 1833 membre du bureau des longitudes en qualité de géomètre et commandeur de la Légion d’honneur. Il faisait partie aussi de la plupart des grandes académies d’Europe. Ce n’était point pourtant un esprit du premier ordre, et à peine même pourrait-on dire du second ; mais c’était dans toute la force du terme une spécialité. Il savait bien ses mathématiques, sa mécanique, son hydraulique, passablement sa physique ; il était pratique surtout ; il ne reculait devant aucun travail, et s’il semblait parfois labourer son sillon, du moins le sillon était profond, était droit et bien tracé. Mais une fois tiré de ses triangulations, de ses ponts et chaussées, vous vous aperceviez aisément de ses limites. Le nombre de ses ouvrages est très-grand ; quoique de fort inégale importance, la plupart ont quelque chose qui se recommande aux yeux des hommes du métier. Nous les indiquerons donc presque tous, n’omettant que des bagatelles absolument insignifiantes, et conformément à un ordre méthodique qui, partant des mathématiques pures et après l’indication d’un seul travail astronomique et de quelques petits travaux géodésiques, nous amènera par la mécanique à l’hydraulique et aux constructions de terre ferme. Seulement nous réserverons pour les donner en bloc et hors rang plusieurs opuscules, notices ou rapports sur des objets divers, et l’indication des articles fournis à plusieurs recueils :

1e Exposition d’un méthode pour construire les équations déterminées qui se rapportent aux sections coniques, à l’usage des ponts et chaussées, Paris, 1790, gr. in-4°, 2 vol. ;

2e Nouvelle méthode trigonométrique, Paris, 1823, in-4°. La méthode qu’expose ici Prony et qui lui était propre (il l’avait imaginée en Italie dans le temps où il s’occupait des marais Pontins) avait un double but, d’une part d’obtenir une précision plus satisfaisante, de l’autre de se garantir de l’influence d’une atmosphère empoisonnée. Ce mémoire se lie donc à sa grande Description hydrographique et historique des marais Pontins, où déjà il avait présenté un aperçu de sa méthode, mais ici l’exposition est plus développée.

3e Notice sur les grandes tables logarithmiques et trigonométriques adaptées au nouveau système métrique et décimal, Paris, 1824, in-4°. Il a été parlé plus haut de la rapide confection de ces tables ; disons un mot à présent de ce qu’elles contiennent. Ce sont, d’une part, les logarithmes de 1 à 200,000, les 10,000 premiers nombres calculés à dix-neuf décimales et les suivants à quatorze avec cinq colonnes de différences ; de l’autre, 2,000,000 et quelques mille de logarithmes de lignes trigonométriques, plus exactement 10,000 sinus en nombres naturels calculés à 25 décimales avec sept ou huit colonnes de différences ; 2,000,000 de logarithmes, tant sinus que tangentes, calculés à quatorze décimales avec quatre colonnes de différences ; et enfin 10,000 logarithmes relatifs aux rapports des sinus et tangentes aux arcs, pour faciliter l’interpolation dans les calculs relatifs aux petits angles, à quatorze décimales comme les précédents et avec trois colonnes de différences. Ce simple énoncé suffit pour voir combien ces tables l’emportent sur toutes celles qui existent, imprimées ou manuscrites, sans en excepter même celles de l’Observatoire de Vienne ; et l’on ne saurait douter qu’aux mains des hommes habiles auxquels on en a confié le dépôt, ces tables n’aient déjà rendu à l’astronomie et à la géographie des services éminents, et n’aient contribué à l’exactitude, à la précision de beaucoup de déterminations modernes. Toutefois, il faut le dire, leur utilité ne peut être sensible que dans une sphère trop restreinte. Il est vraiment à regretter qu’elles soient restées et probablement qu’elles doivent rester longtemps manuscrites, monopolisées en quelque sorte par quelques heureux qui se trouvent avoir ainsi pour eux non-seulement la supériorité de connaissances et de talent, mais aussi la supériorité de ressources et de celles même de ces ressources qui pourraient être communes à tous. Le gouvernement révolutionnaire, auquel du moins on ne saurait dénier cette gloire d’avoir eu toujours, au milieu de ses préoccupations politiques, un vif désir de faire marcher les sciences, avait passé un marché avec la maison F. Didot pour l’impression de ces tables ; mais le directoire, toujours à court d’argent, n’était pas apte à réaliser un voeu aussi dispendieux.

4e Mémoire sur le calcul des longitudes et des latitudes , Paris, 1806, in-4° ;

5e Rapport sur les expériences faites avec un instrument français et un instrument anglais, pour déterminer le rapport du mètre et du pied anglais, et pour comparer entre eux les étalons originaux des mesures appartenant à l’Institut national de France (le 15 nivôse an X, 1802), in-4° ;

6e Analyse du système du monde de Laplace, Paris, 1801. Ce résumé se recommande par une heureuse disposition et par une grande netteté. Il est à la portée des gens du monde qui savent un peu de géométrie, ou qui du moins ont assez d’instinct mathématique pour suivre des conceptions déjà un peu au-dessus du très-facile, mais peu compliquées encore pourtant et clairement présentées.

7e Description des moyens employés pour mesurer la base du Honslow-Heath dans la province de Middlesex, traduit de l’anglais du général Roy, Paris, 1787, in-4° ;

8e Description des opérations faites en Angleterre pour déterminer les positions respectives des observatoires de Greenwich et de Paris, Paris, 1795, in-4° ;

9e Mécanique philosophique, ou analyse des diverses parties de la science de l’équilibre et du mouvement, Paris, an VIII (1800), in-4°. Bien que ce traité ne soit qu’un morceau tiré à part du Journal de l’école polytechnique, nous le classons ici, tant à cause de son importance que de sa dimension. L’auteur pourtant ne l’a point achevé ; l’ouvrage entier devait se composer de cinq parties et d’un tableau synoptique de toutes les parties de la mécanique. Seules les trois premières parties sont comprises dans la publication de l’an VIII. Il se recommande surtout par une grande clarté, par de bons tableaux synoptiques, par la méthode.

10e Leçons de mécanique analytique données à l’école royale polytechnique, Paris, 1815, 2 vol. (ou deux parties), in-4°. C’est encore un ouvrage inachevé. Deux parties seulement, la statique et la dynamique, s’y trouvent traitées ; il manque encore l’hydrostatique et l’hydrodynamique, que Prony avait promises et auxquelles même il devait joindre des applications, ce qui eût donné lieu à une cinquième partie.

11e Analyse raisonnée du cours de mécanique de M. Prony, Paris, an IX (1801), in-4°. Cette récapitulation, moins importante sans doute que les ouvrages qui précèdent, a ceci de précieux qu’elle embrasse l’ensemble et qu’elle trace le tableau entier de la science.

12e Sommaire des lois sur le mouvement des corps solides, l’équilibre et le mouvement des fluides, donnés à l’école polytechnique en 1809, Paris, 1809, in-4°.

13e Résumé de la théorie des formules fondamentales relatives au mouvement de l’eau dans les tuyaux et les canaux, Paris, 1825, in-4°, 5 tableaux. Cet excellent morceau présente réunis tous les résultats des meilleures expériences faites dans toute l’Europe sur ce sujet.

14e Rapport sur le mémoire de Ducros sur les quantités d’eau qu’exigent les canaux de navigation, Paris, an IX (1801), in-8°.

15e Recherches physico-mathématiques sur la théorie des eaux courantes, Paris, an XII (1804), in-4°. Bien que de dimensions moins volumineuses que quelques-unes des précédentes publications, les Recherches physico-mathématiques sont un des beaux titres de Prony. Il y a là beaucoup de recherches, d’expériences, de solutions, de formules qui lui sont propres, et l’on peut dire sans exagération qu’il a contribué à enrichir, à former la théorie des eaux courantes.

16e Mémoire sur les variations de la pente totale de la Seine dans la traversée de Paris, avec la détermination de la valeur absolue de cette pente par chaque jour des années 1788, 1789, 1790, avec un rapport fait à l’Académie des sciences par MM. Lavoisier, Laplace et Coulomb, 1806, in-4° ;

17e mémoire sur le jaugeage d’eaux courantes qui doivent alimenter le bassin de passage du canal de Saint-Quentin, Paris, an 10 (1802), in-4° ;

18e Nouvelle architecture hydraulique, etc., etc., Paris, 1790 et 1796, 2 vol. in-4°, 54 pl. Conformément au titre très-développé, dont nous venons de donner les premiers mots seulement, ce grand ouvrage contient tout ce que l’on savait à la fin du siècle dernier sur l’art d’élever l’eau par le moyen de différentes machines, de construire dans ce fluide, de le diriger et généralement de l’appliquer de diverses manières aux besoins de la société. Le premier volume pose les bases de cet art, en exposant les principes de la mécanique, de manière à en rendre la connaissance la plus utile possible aux constructeurs de tous les genres et même à tous les artistes en général. Le tome 2 offre la description détaillée des machines à feu. Prony avait promis de compléter son ouvrage par une troisième partie contenant la description de toutes les machines à élever l’eau, mais ce projet ne fut jamais réalisé.

19e Description hydrographique et statistique des marais Pontins ; relief du sol, cadastre détaillé intérieur, etc. ; analyse raisonnée des principaux projets pour le dessèchement, histoire critique des travaux exécutés depuis ces projets, état actuel du sol Pontin (juillet 1811), projet ultérieur pour son dessèchement général et complet, avec l’exposition des principes fondés sur la théorie et l’expérience qui ont servi de base à ces projets rédigés d’après les renseignements recueillis sur les lieux par l’auteur ; examen détaillé des marais où il a séjourné et qu’il a visités et parcourus plusieurs fois, et les opérations de jaugeage, nivellement, etc. qu’il a faites pendant les années 1811, 1812, Paris, 1822, imprimerie royale ; 1823, in-4°, atlas de 39 planches in-fol. Cet ouvrage est un beau titre à la fois pour Prony et pour la France ; pour la France, en montrant quelles transformations elle entendait exécuter dans les pays sujets ; pour Prony, en faisant éclater, ce qu’on savait au reste déjà, son infatigable ardeur, la sagesse comme la souplesse de ses méthodes, son attention à tenir compte de tous les éléments, sa netteté de jugement pour choisir et coordonner les remèdes. Les trois premières parties de l’ouvrage (1. Description et cadastre du bassin pontin ; 2. État en 1777, analyse et histoire des projets ; 3. état en 1811) sont tracées de main de maître et présentent une foule de particularités du plus haut intérêt. Sur la quatrième, qui traite de la question elle-même, il est possible de différer d’avis avec Prony, mais l’on ne saurait méconnaître d’une part que tout ce qu’il a dit auparavant sur la nature du bassin et sur les causes de la présence des eaux stagnantes, sur la distinction des eaux provenant de sources intérieures et des eaux supérieures, sur la puissance de l’évaporation qui fait retourner partie des eaux à l’atmosphère, et enfin sur les insuffisances et sur es fautes des ingénieurs ses prédécesseurs, donne un peu de force à tout ce qu’il propose, de l’autre que la théorie semble justifier complètement les moyens qu’il adopte. Contrairement à Fossombroni, et en général aux Italiens qui se sont occupés des Marais Pontins, il repousse le système des colmate, et opinant qu’il faut se rendre maître des eaux supérieures avant qu’elles arrivent sur le sol même des marais, il demande des canaux de ceinture qui les portent à la mer en les soutenant dans tout leur cours au-dessus des terrains dont on veut la dessication. Quant aux eaux intérieures, que des pluies ou des sources soient leur origine (et elles sont dues à ces deux causes simultanément), elles doivent, selon lui, avoir pour excipient un canal central ayant pour axe central la ligne de plus prompt écoulement, ligne dont on peut toujours trouver la direction moyennenement un nivellement exact du sol. L’ordre du travail, ajoute-t-il, est de commencer par les canaux de ceinture, et il le prouve. Suivent des détails précieux sur les moyens d’exécution et notamment sur la possibilité, à certaines conditions, d’utiliser pour le creusement et le curage de divers canaux les machines employées pour le curage des ports de Venise et d’Ancône. Il choisit pour canal central le cours de la Ninfa, qui est l’axe principal d’écoulement et qu’il ne s’agit que de modifier convenablement ; puis pour canal de ceinture le Fiume Sisto, qui peut facilement être rendu capable de recevoir en totalité, indépendamment des eaux supérieures qu’il réunit déjà, les eaux du canal de la Ninfa (il suffit pour cela qu’il débite 508 mètres cubes par seconde). Il veut surtout que toutes les eaux arrivent à la mer par une seule embouchure, le Portatore di Badino ; car dans cette hypothèse il devient possible d’y établir un port, parce qu’un courant plus considérable repoussera la barre qui obstrue cette embouchure. Du reste il adopte pour divers détails, notamment pour les deux canaux auxiliaires de la Scacchia et de la Selcella, les idées des ingénieurs italiens. Enfin, il termine par l’évaluation en argent des divers ouvrages qu’il propose.

20e Mémoire sur la poussée des voûtes, Paris, 1783, in-4° ;

21e et 22e Recherches sur la poussée des terres et sur la forme et la dimension à donner aux murs de revêtement, Paris, 1802, in-4° ; puis Instruction pratique sur la méthode pour déterminer la dimension des murs de revêtement en se servant de la méthode (la formule graphique) de A. de Prony, Paris, an 10 (1802), in-4°. Cet opuscule, qui est anonyme, fait suite au précédent et en est comme le supplément.

23e Divers rapports et opuscules, soit sur des inventions nouvelles, soit sur des mémoires. Nous plaçons en tête ceux qui furent lus à l’Institut :

1. Notice des expériences faites à l’occasion d’une règle anglaise étalonnée sur celle qui a servi à la grande opération trigonométrique du général Roy apportée à Paris, etc. (lue le 10 Nivôse an 10), et abrégé de cette notice (lu le 29 Nivôse, même année) ;

2. Résultats des expériences faites au Panthéon français, depuis le mois de fructidor an 6 jusqu’au mois de vendémiaire an 10, sur cinq perpendicules métalliques placés dans cet édifice, et destinés à indiquer et à mesurer les mouvements verticaux et horizontaux, tant de la coupole que des piliers qui la supportent (lu le 15 vendémiaire an 10). Prony avait fait ces expériences avec une commission chargée, trois à quatre ans auparavant, d’examiner les dégradations du Panthéon, d’en rechercher les causes, et de s’occuper des moyens de réparer et de consolider ce monument. Le résultat de l’examen fut qu’il n’y avait eu d’entassement possible depuis trois ans, ni dans la coupole, ni dans les supports du Panthéon et que, quelles que pussent être les fentes ou lézardes remarquées antérieurement aux expériences, les causes de ces dégradations n’avaient produit aucun mouvement général dans la masse de l’édifice.

3. Rapport sur un mémoire de M. Lepère relatif à l’ancienne communication de la mer des Indes à la Méditerranée par la mer Rouge et l’isthme de Suez (lu le 23 janvier 1815 à l’Académie des sciences, mais fait d’abord au conseil général des ponts et chaussées, 14 décembre Ce rapport approuvait en tout les mesures de l’auteur du mémoire relativement aux niveaux des deux mers, admettait ainsi que lui cette conclusion, qu’établir un canal de communication était possible, et enfin prononçait que de tous les moyens jusqu’alors proposés pour la réalisation de cette grande et utile idée, celui de l’ingénieur français était le meilleur.

4. Rapport sur la nouvelle et l’ancienne machine à vapeur établie à Paris au Gros-Caillou, Paris, 1826, in-8°, 3 pl. ;

5. Rapports sur les verres, plans à faces concaves, par les procédés de Riche père et fils (ou plutôt analyse du rapport de M. Arago sur ce sujet dans le Moniteur), 1816, p. 808, C’est un morceau très intéressant.

6. Instruction sur les ponts à bascules, Paris, in-4°, 1 pl. ;

7. Rapport sur les inventions de J.-P. Droz relativement à l’art du monnayage (fait à la commission des sciences mathématiques et physiques de l’Institut), 1803, in-4°, 4 pl. ;

8. Description et usage du comparateur de Lenoir, dont A. Prony s’est servi pour faire des expériences sur la dilatation des métaux et pour comparer les divers étalons de mesures de l’Institut national, tant entre eux qu’avec d’autres étalons de mesures nationales et étrangères, Paris, in-4° ;

9. Instruction sur le thermomètre métallique de MM. Breguet père et fils, et sur les moyens d’établir sa correspondance avec d’autres instruments thermométriques. 1821, in-4° ;

10. Instruction élémentaire sur les moyens de calculer les intervalles musicaux en prenant pour unité ou terme de comparaison l’octave ou la douzième d’octave ; formules analytiques pour calculer les logarithmes acoustiques d’un nombre d’une des variations progression mécanique ; autres formules relatives à l’acoustique musicale, avec des applications aux instruments de musique et détermination des sons fixes, Paris, 1837, in-4°, 2 tabl.

Parmi les recueils qui possèdent des morceaux de Prony, le premier est celui de l’Institut, mais il n’en contient que trois. Ce sont :

1. une Notice sur la vie et les œuvres de Pingre (t. 1er des Mémoires de l’Institut, 1798) ;

2. un Mémoire sur les moyens de convertir le mouvement circulaire continu en mouvement rectiligne alternatif dont les allées et venues soient d’une grandeur arbitraire, 1799, pl. ;

3. Mémoire sur le rapport de la mesure moderne appelée pouce de fontainier avec l’once d’eau romain moderne et le guinaire, et sur la détermination d’une nouvelle unité de mesure pour la distribution des eaux adaptées au système métrique français (Mémoires de l’Académie des sciences, 1817, t. 2, impr. 1819). Ce mémoire, lu le 23 décembre est intéressant à divers titres. Historiquement, il relève plusieurs faits peu connus et précise un détail d’antiquités grave ; scientifiquement et pour le praticien, il jette la base de calculs plus commodes en faisant sentir la nécessité d’ajouter aux unités du système métrique une unité particulière relative au débit des liquides par un orifice. Les habiles inventeurs du système métrique n’y avaient pas songé. L’unité moderne dite pouce de fontainier ne pouvait subsister, soit d’abord à cause de l’impossibilité de la mettre en accord avec les autres unités du système décimal, soit à cause de son imprécision en elle-même et des fausses habitudes de ceux qui l’employaient. L’unité que Prony veut substituer à cet ancien point de départ, il la nomme module d’eau ; l’usage en a été adopté par les savants. A la suite du mémoire, appuyé de tableaux fort utiles et fort commodes, se trouve un supplément composé en grande partie de la traduction d’un passage capital du traité de Frontin De aquaductibus urbis Romœ. Les Annales des ponts et chaussées lui doivent au moins les trois morceaux qui suivent :

1. Examen relatif au projet de barrage sur la Seine dans les environs du Havre (183l) ;

2. Formule pour calculer les hauteurs des remous occasionnés soit par des rétrécissements , soit par des barrages avec écoulement des fluides pratiqués dans les lits des eaux courantes : application à des projets de grands travaux hydrauliques (1835) ;

3. Note sur les inflexions qu’avaient subies, après un laps de vingt années ; des lignes droites tracées sur le plan des êtes de l’arche du milieu du pont Louis XVI avant son décintrement ; conséquences relatives à la résistance des ciments comprimés ; formules et tables pour le calcul des changements que le tassement fait éprouver à une voûte en arc de cercle. Ces trois articles ont été tirés à part.

Aux Annales des mines il a donné :

1e Examen de la manivelle à manège (1795, t. 1er) ;

2e Rapport sur un moyen de mesurer la vitesse initiale des projectiles lancés par des bouches à feu dans des directions tant horizontales qu’inclinées (1804, t. 16) ;

3e Expériences sur les machines à vapeur. Ces expériences, qui eurent lieu à propos d’une invitation que lui adressa la cour royale de Paris, l’amenèrent à découvrir un nouveau moyen de mesurer les effets de ces machines. La société d’encouragement de Mulhouse fut si charmée de ce résultat pratique qu’elle lui décerna une médaille d’or.

Dans les premiers volumes du Journal de l’école polytechnique son nom se retrouve à tout instant ; et, indépendamment de sa Mécanique philosophique qui en forme le 3e et le 7e cahier, on y trouve de lui :

1e Cours d’analyse appliquée à la mécanique, deux parties (1794, t. 1er) ;

2e Essai expérimental et analytique sur les lois de la dilatation des fluides élastiques et sur celle de la force expansive de la vapeur de l’eau et de la vapeur de l’alcool à différentes températures, Paris, 1797, in-4° (avec 2 tables et 9 planches) ;

3e Notice sur un cours élémentaire d’analyse fait par Lagrange (1794, t. 1er) ;

4e Cours de mécanique de l’an 5 (1795) ;

5e Eloge de Lamblardie (même année) ; on sait que c’est cet homme remarquable qui eut le premier l’idée de l’école polytechnique ;

6e Sur le principe des vitesses virtuelles et la décomposition des mouvements circulaires (1795) ;

7e Introduction au cours d’analyse pure et d’analyse appliquée à la mécanique (1795, t. 2) ;

8e Théorie des mouvements autour d’un axe libre de rotation d’un corps de figure invariable sollicite par des puissances quelconques, avec 2 planches (1795, t. 2) ;

9e Note sur l’application de la théorie des solutions particulières d’équations différentielles à des questions qui intéressent la pratique de l’art de l’ingénieur, avec 9 planches (1810. t.4) ;

10e Extrait des recherches de M. de Prony sur le système hydraulique de l’Italie, avec 9 planches (1818, t. 4) ;

11e Analyse détaillée des différentes questions qui se rapportent au mouvement d’un corps sollicité par des puissances quelconques, avec 2 planches (1810, t. 4) ;

12e Notice sur la nouvelle écluse de M. de Bétancourt, avec une planche (1809, t. 8).

On doit encore à Prony beaucoup d’articles, la plupart remarquables, dans la Biographie universelle, entre autres ceux de Rannequin, Riche, Sauveur, etc. Il a donné au Dictionnaire des eaux et forêts un article sur la cubature des bois, tiré ensuite à part sous le titre d’Instruction sur l’ouvrage de Sept-Fontaines et sur la cubature des bois en général (in-4°, sans lieu ni date). Enfin il a laissé placer son nom en tête du Manuel des logarithmes qui fait partie de la Bibliothèque populaire d’Ajasson de Grandsagne, Paris, 1836. Il avait traduit le traité des Aqueducs de la ville de Rome, par Frontin, mais l’annonce de la traduction de Rondelet lui fit garder son travail en portefeuille ; seulement nous avons vu qu’il s’en trouve un extrait dans le supplément de son Mémoire sur le module d’eau, lu à l’Institut en 1816.

P-OT.


  1. (1) Madame de Prony, née Lapoix de Fréminville, morte le 5 août 1822 à l’âge de 68 ans, était bonne musicienne et jouait agréablement. Femme d’esprit, douée d’une bonne éducation, elle sut faire de son salon l’un des cercles les plus agréables.
  2. (2) Il se nommait Costanzo et avait le titre de chef de bataillon du génie.