Biographie universelle ancienne et moderne/2e éd., 1843/OSTERVALD (Jean-Frédéric)

Michaud - Biographie universelle ancienne et moderne - 1843
Tome 31 page 462 à 464

OSTERVALD (Jean-Frédéric)


OSTERVALD (Jean-Frédéric), théologien protestant, naquit à Neuchâtel, en Suisse, le 25 novembre 1663. Ses compatriotes l’ont appelé le Grand Ostervald. Il avait reçu de la nature des talents très-remarquables, et un heureux concours de circonstances lui en facilita la culture et le développement. Son père était théologien lui-même et fut son premier guide dans ses études. Sa position de fortune lui permit de les faire dans les écoles les plus accréditées, et de les compléter par des voyages qui le mirent en rapport avec les théologiens les plus distingués de son temps. Il alla étudier d’abord à Zurich et à Saumur, où il soutint publiquement, sous la présidence du professeur Pierre de Villemandy, ses premières thèses, qui furent imprimées. Quelques mois après, il soutint d’autres thèses sur toutes les parties de la philosophie, de universa philosophia, et l’Académie lui donna ses lettres de maître ès arts (il n’avait pas seize ans accomplis). En 1680, il se rendit à la Rochelle pour entrer en relation avec les savants que cette ville protestante comptait alors dans son sein, et profiter de leurs lumières ; puis il alla étudier la théologie à Orléans, sous Pajon ; à Paris, sous Allix ; et à Genève, sous les professeurs les plus célèbres de cette académie. Ses séjours en France contribuèrent à donner à son style une touche française assez prononcée pour qu’on puisse ne pas l’envisager, sous le rapport de la diction, comme étranger à la France. Ses relations intimes avec Turretin et Werenfels lui furent singulièrement profitables : elles procurèrent à tous trois l’inappréciable avantage d’un haut enseignement mutuel. Les circonstances extraordinaires où se trouva, dans le commencement de son ministère, le pays de Neuchâtel, appelé, par l’extinction de la famille régnante d’Orléans-Longueville, à faire choix d’un souverain parmi un grand nombre de princes, ces circonstances, où les intérêts de tous les Neuchâtelois étaient en cause, et qui attirèrent sur leur ville l’attention de l’Europe, furent une bonne occasion d’exercer ses facultés aussi variées qu’éminentes. Il eut une grande part à la rédaction des Articles généraux, qui devinrent, dès 1707, la loi fondamentale du pays, dont la souveraineté fut dévolue au roi de Prusse (voy. Longueville et Nemours). L’âge avancé auquel il parvint lui permit d’étudier bien plus longtemps que la plupart des autres savants, car il ne cessa jamais ses études. À quatre-vingts ans passés, sans interrompre aucune de ses fonctions de pasteur et de prédicateur, il fit, en moins de deux années, sa traduction de la Bible, conférant son travail avec le texte de l’Ancien et du Nouveau Testament, la Vulgate, la version des Septante et les versions allemandes et françaises. L’intimité de Turretin, Werenfels et Ostervald, qu’on a surnommés le triumvirat théologique de la Suisse, a rendu leurs noms inséparables. Fondée sur leur piété, leurs talents, la conformité de leurs idées et leur caractère tolérant et charitable, qui les rendait ennemis de toute vaine dispute, elle a fait époque dans les annales de la théologie et de l’histoire. L’année 1707, appelée celle de l’interrègne, avait amené à Neuchâtel des princes du plus haut rang, des ministres, de grands jurisconsultes et une foule d’étrangers qui purent apprécier son mérite, soit en l’entendant prêcher, soit en entrant en relation avec lui, et qui portèrent au loin sa renommée. Un ministère de soixante-trois années était quelque chose d’assez extraordinaire pour attirer l’attention sur ce qu’il y avait en lui de remarquable. Il prêcha pour ainsi dire jusqu’à la fin de sa vie, car il mourut le 14 avril 1747, quelques mois après une attaque d’apoplexie qui le frappa en chaire. Peu de prédicateurs ont commencé leur carrière aussi jeunes ; il n’avait pas vingt ans quand il fut consacré au saint ministère ; peu l’ont poursuivie dans un âge aussi avancé, et, s’il faut en croire les récits des contemporains, il ne répéta dans son église aucun de ses sermons, qui pourtant étaient tous écrits. Depuis la réformation, il ne se fait plus d’inhumations dans les temples de Neuchâtel ; néanmoins, par arrêt du conseil de la ville, et par une distinction des plus honorables, Ostervald fut inhumé dans celui dont il avait fait la dédicace, en 1696, et au pied de la chaire où il avait prêché la parole de Dieu pendant plus d’un demi siècle ; on lit au bas de son épitaphe : « Si attendis, Ecclesia, et hic sub frigido marmore pastor ille tuus concionatur. » Voici les titres des principaux écrits de J.-F. Ostervald : 1° Traité des sources de la corruption, Amsterdam et Neuchâtel, 1699, in-8°, réimprimé depuis plusieurs fois, traduit en anglais, en flamand, et deux fois en allemand ; 2° Catéchisme, ou Instruction dans la religion chrétienne, Genève, 1702, in-8°. Il a eu tant d’éditions qu’il serait impossible d’en dire précisément le nombre. L’Abrégé de l’Histoire sainte, qui est à la tête de ce catéchisme, fut imprimé séparément. en anglais, en 1720, et on le traduisit et imprima en arabe pour l’envoyer aux Indes orientales. Lorsque ce catéchisme parut, il fit assez de sensation pour que l’auteur des Nouvelles de la République des lettres le mentionnât en termes très-avantageux. Le fait suivant, cité par l’auteur de l’Histoire des Églises du désert (Charles Coquerel), donnera une idée de la faveur dont cet ouvrage jouissait dans les églises protestantes de France : « Par les ordres du parlement de Bordeaux, les flammes dévorèrent près de 6,000 exemplaires du pieux et excellent catéchisme d’Ostervald. » 3° Traité contre l’impureté, Amsterdam, 1707, in-8° ; Neuchâtel, 1708 ; traduit en anglais, Londres, 1708, et en allemand, Hambourg, 1714. Au jugement de Bernard (Nouvelles de la République des lettres), on peut dire qu’il n’y a rien dans notre langue de si exact et de si clair sur ce sujet. 4° Arguments et réflexions sur l’Écriture sainte, Neuchâtel, 1720 ; Genève, 1723, in-4°, etc. Un fait digne de remarque, c’est qu’avant la première édition de cet ouvrage, composé en français, il en avait déjà paru une traduction anglaise, imprimée à Londres, 1716-1718 (par la société royale pour la propagation de la foi). 5° Traduction de la Bible (Neuchâtel, 1744, in-fol.), connue dans tous les pays protestants, et qui pourrait être à l’usage même des autres communions chrétiennes, n’y ayant rien qui sente la controverse, ni dans les notes, ni dans les réflexions. « L’accueil qu’on a fait partout à ce travail », dit Chaufepié, qui a consacré à Ostervald sept pages in-folio de son Dictionnaire, « en fait mieux l’éloge que tout ce que l’on peut en dire ». C’est à l’égard de cet ouvrage que l’on a pu dire aussi dans son épitaphe : De universa republica christiania optime merito. 6° Sermons sur divers textes de l’Ecriture sainte, Genève, 1722, 1724, in-8°, souvent réimprimés et traduits en plusieurs langues comme ses autres ouvrages. La Nouvelle Liturgie, admise dans les églises de la principauté de Neuchâtel, et imprimée en 1713, peut être comptée au nombre de ses ouvrages, puisqu’elle fut arrangée par ses soins. On lui attribue : Ethica christiana, imprimée à Londres, 1727 ; Theologiæ compendium, imprimé à Bâle, 1739, et Traité de l’exercice du ministère sacré, imprimé à Amsterdam, 1737 ; mais, en indiquant ces trois derniers ouvrages, nous devons dire qu’Ostervald les a désavoués comme ayant été imprimés sur des copies fautives recueillies dans ses leçons, qui, autant que ses ouvrages, contribuèrent à son influence et à sa renommée. Plusieurs de ses élèves ont été placés dans des églises considérables d’Allemagne, de la Grande-Bretagne et des Pays-Bas. Ses écrits ont obtenu les suffrages de plusieurs théologiens de la communion romaine, tels que Fénelon et l’évêque de Montpellier, Colbert, qui les avaient dans leurs bibliothèques, et l’abbé Bignon, qui n’a pas fait difficulté de les placer même dans celle du roi à Paris, ce qui doit d’autant moins surprendre qu’il y a peu de controverse, et que celle qui s’y trouve est toujours douce et modérée. Quelques critiques en ont pris occasion de l’accuser d’indifférence, comme si une foi sincère excluait une charitable tolérance ! Il était porté à voir (plutôt ce qui unit que ce qui sépare ; et ce côté e son caractère rehausse l’éclat de ses talents. G—B—T.