Biographie universelle ancienne et moderne/2e éd., 1843/CORNEILLE (Michel)

Michaud - Biographie universelle ancienne et moderne - 1843
Tome 9 page 235

CORNEILLE (Michel)


CORNEILLE (Michel), peintre, né à Paris, en 1642 fut fils et élève d’un peintre assez estimé, qui avait été l’un des douze premiers membres de l’académie. Dès sa jeunesse, il donna des preuves de talent, remporta le prix de peinture, et alla étudier à l’académie de Rome. Il quitta cet établissement par amour pour l’indépendance, et s’occupa à copier un grand nombre de tableaux, donnant toujours la préférence à ceux des Carrache. A son retour d’Italie, il fut admis en 1663 dans l’académie de peinture. Son morceau de réception était l’esquisse d’un tableau qu’il faisait alors pour Notre-Dame, et qui représente la Vocation de St. Pierre et de St. Paul. Il mourut à Paris, en 1708. Son talent était supérieur à celui de la plupart de ses contemporains ; le roi et le dauphin aimaient ses ouvrages ; ce fut même le dauphin qui, voyant que l’on n’avait pas songé à l’employer pour les peintures des Invalides, lui fit donner une chapelle qu’il peignit à fresque. Les amateurs recherchaient ses tableaux ; ils reconnaissaient que, parmi les peintres qui ont suivi la manière des Carrache, peu avaient aussi bien saisi leur goût de dessin grand et correct, leur composition noble et sage, leurs expressions pleines de justesse, leur pinceau large et leur coloris vigoureux, regardé par tous les bons juges comme le plus propre aux sujets historiques et sacrés. La réputation de Michel Corneille n’a pas été de son temps aussi grande qu’elle devait l’être, parce que cet artiste, doué d’un caractère doux et modeste, ne joignit pas à ses talents celui de les mettre en vogue. Admirateur des Carrache, il n’évita pas assez ces teintes rembrunies que le temps a souvent communiquées à leurs tableaux. Les lumières sont très rares dans les siens, et il y règne en général, jusque dans les carnations, un ton violet, plus fait pour repousser l’œil que pour l’attirer. Presque toujours aussi son dessin laisse à désirer sous le rapport de la grâce et de l’élégance, surtout dans les extrémités des figures. Michel Corneille eût pu se faire un nom par ses seules gravures. L’esprit et la fermeté de ses eaux-fortes et la correction de son dessin font rechercher le petit nombre d’estampes qu’il a fait paraître, soit d’après quelques grands maîtres, soit d’après ses propres tableaux. Ses principaux ouvrages de peinture furent faits pour des maisons royales où des églises, et placés dans l’origine à Paris, Lyon, Versailles et Fontainebleau. Ils ont, pour la plupart, été perdus pendant la révolution. ― Jean-Baptiste CORNEILLE, son frère, naquit à Paris, en 1646, eut aussi son père pour premier maître, et fit le voyage de Rome. L’académie le reçut en 1676, et, dans la suite, le nomma professeur. Il travailla principalement pour les églises de Paris, et mourut en 1695. Cet artiste a publié des Eléments de peinture pratique, 1684, in-12.

D-T.