Biographie universelle ancienne et moderne/2e éd., 1843/BAYLE ou BAILLE (Pierre)

Michaud - Biographie universelle ancienne et moderne - 1843
Tome 3 page 343 à 344

BAYLE ou BAILLE (Pierre)


BAYLE ou BAILLE (Pierre), né à Marseille, d’une famille recommandable dans le commerce, entra de bonne heure au collège de l’Oratoire, où il fit de bonnes études. Il adopta avec beaucoup d’ardeur les principes de la révolution, et fut nommé administrateur du département des Bouches-du-Rhône. Lorsque des troubles éclatèrent à Marseille et à Arles, en 1792, les autorités furent accusées auprès de l’assemblée législative d’avoir au moins toléré ces désordres qu’elles pouvaient réprimer, et les administrateurs du département furent mandés à la barre par un décret, pour y rendre compte de leur conduite. Soutenus par le parti républicain, déjà très nombreux dans l’assemblée, ils n’eurent pas de peine à se justifier, et furent renvoyés à leurs fonctions. Cette circonstance ne fit qu’ajouter à leur popularité, et Pierre Bayle fut nommé député à la convention nationale quelques mois après par le département des Bouches-du-Rhône. Dans le procès de Louis XVI, il commença par s’étonner que l’on pût mettre en doute si ce prince était justiciable de l’assemblée, et demanda que le procès fût terminé dans huit jours. Il se prononça ensuite pour la mort, sans appel et sans sursis à l’exécution ; enfin il vota constamment avec le parti de la montagne. Du reste, il parut rarement à la tribune, et fut envoyé en mission dans le Midi peu de temps après ce mémorable procès. Il se trouvait à Toulon avec son collègue Beauvais, lorsque le malheureux abbé de Bastard y fut condamné à mort ; il prit beaucoup de part à cette condamnation, et fut même présent au supplice. (Voy. BASTARD.) Bayle était encore à Toulon quand cette place tomba au pouvoir des Anglais, et il fut aussitôt arrêté, ce qui donna lieu à de violentes invectives au sein de la convention nationale. Dans le premier moment d’exaspération, cette assemblée décréta que tous les Anglais qui se trouvaient en France répondaient du traitement qui serait fait à Pierre Bayle. On a dit qu’il refusa de crier vive Louis XVII, en disant qu’il n’avait pas voté la mort du tyran pour voir régner son fils, et que ce refus causa sa mort ; mais on ne peut plus douter aujourd’hui que, renfermé dans une étroite prison, il y fut massacré par la populace, qui l’égorgea sous les yeux de son père en lui reprochant ses cruautés, et particulièrement la mort de l’abbé de Bastard. Cependant Robespierre le jeune fit à cette occasion un long discours à la tribune de la convention, et il annonça positivement que Bayle, ayant entendu délibérer sur le genre de supplice qu’on lui ferait subir, s’était suicidé, pour ne pas mourir de la main des ennemis de la république. En conséquence, on accorda une pension à sa veuve, et il fut déclaré victime de la liberté. Granet proposa aussi de lui accorder les honneurs du Panthéon, mais cette motion n’eut pas de suite. ― Son père fut nommé directeur de la poste aux lettres de Marseille, par un arrêté du représentant du peuple Fréron, et il a conservé cette place jusqu’en 1812, époque de sa mort.

M-D j.