Biographie universelle ancienne et moderne/1re éd., 1811/Thibaut (Jean)


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THIBAUT (Jean), médecin empirique français, avait vu le jour dans la seconde moitié du xve siècle, on ne sait en quel lieu, ni en quelle année. 0utre l’art de guérir, il pratiquait l’astrologie ; se mêlait de prédications, et prenait le titre de médecin ordinaire du roi Louis XII. Il paraît qu’il ne fit pas fortune en France, car il se retira dans les Pays-Bas, où il fut, à ce que l’on croit, attaché à la maison de Marguerite d’Autriche, tante de Charles-Quint. En 1529, il se trouvait à Cambrai, lors du célèbre traité conclu entre cette princesse et Louise de Savoie. Témoin des fêtes qui se donnèrent, à cette occasion, il en écrivit une sorte de relation. sur le titre de laquelle il se qualifie d’astrologue de l’Impériale Majesté et de Madame. Nous ne pouvons dire s’il resta au service de Marguerite jusqu’à la mort de celle-ci, c’est-à-dire jusqu’au 1er décembre 1530 ; mais dans le courant de cette même année, il s’était rendu à Malines, où une maladie épidémique, la suette anglaise, faisait force ravages. Les médecins de cette ville, ayant voulu le troubler dans l’exercice de sa profession, il eut recours au fameux H.-C. Agrippa, qui adressa au parlement de Malines une attestation, datée d’Anvers, en faveur du médecin français (Voy. Agrip. Epist. v1, 7), dont il fait un grand éloge, déclarant que si, lui Agrippa, ou quelqu’un des siens était malade, il aurait plus de confiance dans les lumières et l’expérience de l’honorable maître Thibaut, que dans celle d’aucun des docteurs de Malines. On ignore l’effet que produisit cette pièce fort injurieuse pour ces derniers. Ce qu’il y a de certain, c’est que bientôt après Thibaut abandonna les Pays-Bas et vint à Paris, prétendant y avoir été appelé par le roi lui-même, et s’intitulant en conséquence médecin ordinaire et astrologue de François 1er. Mais, dès qu’il eut traité quelques malades, les médecins de la capitale lui intentèrent un procès qui, de la prison, aboutit pour Thibaut à l’interdiction de tout exercice de la médecine (Voy. sur cette affaire, qui se passait en 1536, des détails plus circonstanciés dans l’Histoire de l’Université de Paris, par Crévier, V, 307-310). Toutefois notre Esculape ne semble pas avoir tenu beaucoup de compte des arrêts portés contre lui. « Il était encore à Paris en 1538, dit l’historien que nous venons de citer, et il tâchait toujours, ajoute-t-il, de tirer parti de son admirable talent de guérir les maladies par la connaissance des astres. On pense qu’il mourut en 1545. Il avait composé et fait imprimer (c’est encore Crévier qui parle), un livre mêlé de médecine et d’astrologie, qu’il reconnaissait. Il en désavouait un autre qui lui était attribué, et qui consistait en pronosticatiom et almanachs. Le parlement ordonna que trois docteurs de la Faculté examinassent ces livres en présence de deux commissaires de la cour, qui en firent leur rapport, etc. Le résultat fut, dit-on, la censure des deux ouvrages. L’almanach, ou les almanachs en question, étaient réellement coupables de plusieurs torts du même genre. Sa manie de prophétiser l’avait plus d’une fois fait tourner en ridicule. La Monnoie rapporte ce passage d’une Epitre de l’Ane au Coq qui circulait manuscrite :

« As-tu oüi parler du veau
Naguère né avec deux têtes ?
C’est signe que les grosses bétes
Porteront pour deux cornes quatre ;
De fait Jean Thibaut le folâtre
L’a tout ainsi pronostiqué. »

Jean se vantait un jour d’avoir fait un livre, auquel apparemment il n’avait pas mis son nom, et qu’un autre s’appropriait (probablement les Tables du soleil et de la lune, etc., que La Croix du Maine mentionne comme imprimées à Paris, par Chrétien Wechel). Mellin de Saint-Gelais, rabattit l’orgueil de Jean par cette épigramme :

Maistre Jean Thibaut va jurant
Qu’il n’est ny fol, ni esventé,
Et encore moins ignorant,
Et qu’il a tout seul inventé
L’escrit qu’un autre s’est vanté
D’avoir fait du tourner des cieux.
Maistre Jean Thibaut faites mieux,
Donnez-luy le livre et l’estoffe,
Et l’on tiendra votre envieux
Pour un très-mauvais philosophe[1]. »

Voici, maintenant, d’après nos anciens bibliothécaires et le Manuel du libraire, les titres des productions de Thibaut : 1º La Physionomie des songes et visions fantastiques des personnes, avec l’exposition d’icieux, selon le vrai cours de la lune, Lyon, Jacques Moderne, sans date, petit in-8º. Le Dictionnaire Bibliograph. de Cailleau, indique une édit. de Lyon, 1478, pet. in-12, fig. en bois, contenant aussi les Songes de Daniel, le prophète, translatés de latin en français ; mais le savant auteur du Manuel remarque avec raison que la date de 1478 ne peut être exacte, puisque Thibaut, vivait encore vers le milieu du xvie siècle. 2º. Le Triumphe de la paix célébrée en Cambray, avec la declaration des entrées et yssues des Dames, Roix, Princes et Prélatz… (à la fin) en Anvers, par moy, Guillaume Vorsterman (1529), petit in-4º goth. de 12 feuilles non chiffrées, avec fig. en bois. M. Brunet, qui a connu cet opuscule le présente comme curieux et rare. III. Les Tables du soleil et de la lune, etc. (Voy. ci-devant). IV. Prognostication nouvelle de frère Thibaut, Lyon, petit in-8º, goth. V. Diverses autres Prognostications, pour les années 1539 à 1544, imprimées à Paris et au Mans. VI. Trésor du remède préservatif et guérison bien expérimentée de la peste et fièvre pestilencielle, etc., Paris, 1544. VII. Grande et merveilleuse Prophétie, commençant l’an 1545 jusques en l’an 1556, Le Mans, Denis Gaingnot, 1545. Ce dernier article ne parut qu’après la mort de l’auteur. Pour ne rien laisser à désirer de ce qui concerne Thibaut, nous ajouterons que, dans son épître dédicatoire du no III ci-dessus au cardinal de Lorraine, il promettait deux livres pour connaître les mutations des vents, gresles, tonnères, tempêtes, et les lieux où seront leurs effets. S’il a fait ces livres, ils sont demeurés inédits, aussi bien que celui qu’il avait terminé, et qui était intitulé : Table de la Dignité des planettes, et Maisons de la Lune[2]. — La Croix du Maine, a consacré quelques lignes à un Odoare Thibaut, mathématicien à Louvain, qui publia, à Paris, chez Guill. Niverd, une Pronostication pour 1550, et à Rouen, chez Guill. de la Mothe, une Pronostication pour 1551. Cet Odoare, n’était-il pas le fils ou le parent de Jean qui précède ? B—l—u.


  1. Les œuvres de Saint-Gelais, édit. de 1719, renferment deux autres épigrammes contre Thibaut.
  2. Une copie, si ce n’est l’original de cette table, faisait partie des nombreux manuscrits rassemblés par la reine Christine de Suède, et achetés, après sa mort, par le pape Alexandre VII, qui en enrichit la bibliothèque du Vatican (Montfaucon. Bibliothèque Bibliothecar., 1, 32)



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