Biographie nationale de Belgique/Tome 2/BOURÉ, Paul-Joseph

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BOURÉ (Paul-Joseph), sculpteur et peintre, né à Bruxelles le 2 juillet 1823, y décédé le 17 décembre 1848. Dès sa jeunesse, son penchant pour l’art plastique se révéla impérieusement ; tous ses cahiers scolaires étaient couverts de dessins. Il aspirait alors à devenir peintre ; mais le sort en décida autrement, et ce fut à la sculpture qu’il s’adonna. Ses parents, qui avaient vu prospérer leur commerce de comestibles, voulaient qu’il embrassât la profession de pâtissier : ils durent céder à la vocation de leur fils, qui entra dans l’atelier de Guillaume Geefs, puis continua, sous les yeux d’Eugène Simonis, son initiation sculpturale. Après avoir passé deux années sous la direction de ce second maître, il partit pour l’Italie, en octobre 1841, non-seulement pour satisfaire le désir de visiter la terre classique de l’art, mais pour se conformer aux prescriptions de la science médicale, qui exigeait pour lui l’influence du climat florentin. « Ce séjour en Italie, dit son biographe, M. Ad. Van Soust de Berkenfeldt, fut pour Bouré, après les années de son enfance, le plus beau temps de sa vie, et par la variété de ses impressions, et par ses heureux progrès dans l’art. C’est là qu’il vit naître les premiers fruits de son talent ; c’est là que, par un effet de cet orgueil naïf qui s’insinue dans le cœur des jeunes artistes au début de la carrière, il entrevit l’avenir à travers le prisme de ses illusions et de ses espérances. » De Florence il se rendit à Pise, où il laissa écouler l’hiver, et revint à Florence vers Pâques. Il s’y mit au travail avec ardeur, en prenant pour guide le sculpteur Santarelli. Malgré les conseils de la Faculté et de ses amis, il travailla presque sans relâche et suivit les cours de l’Académie. Il y remporta un prix pour la figure académique en bas-relief, et le premier prix de composition historique : Rebecca à la fontaine. Il termina en 1843 une statue qu’il envoya dans sa patrie : le Jeune Faune couché. Modeleur d’instinct, il possédait le sentiment du beau, le don de l’imitation : aussi ce coup d’essai fut-il, sous plusieurs rapports, un coup de maître. L’artiste n’avait que vingt ans ! Le Faune et un Amour sont les seuls des ouvrages que Bouré exécuta à Florence, qui soient parvenus en Belgique, où il fut de retour en juin 1844. C’est à l’exposition nationale des beaux-arts, à Bruxelles, en 1845, que parurent ces deux productions et le Prométhée, son œuvre capitale, qui porte le cachet du génie. À l’exposition de 1848 figurèrent le Sauvage surpris par un serpent et l’Enfant jouant aux billes, statue et statuette attestant ses constants progrès. Le jury de jugement lui décerna une médaille d’or et le gouvernement lui commanda un ouvrage en marbre. « La commande oificielle, l’occasion de se produire d’une manière complète et victorieuse, une de ces circonstances qui font la fortune d’un artiste, arriva trop tard : depuis trois ans la santé de Bouré avait toujours été en s’affaiblissant, et son ardeur au travail suivait une progression contraire : l’artiste tuait l’homme ! » Outre l’Enfant jouant aux billes et le Sauvage surpris par un serpent, il acheva, pour la décoration de l’hôtel de ville de Bruxelles, huit statues en pierre de France : Philippe le Bon, Charles le Téméraire, Marie de Bourgogne, Maximilien d’Autriche, Philippe le Beau, Charles-Quint, Marguerite d’Autriche, Philippe II ; enfin, les bustes des docteurs Tallois et Seutin, ce dernier en marbre. À bout de forces, il quitta Bruxelles et séjourna quelque temps à Olloy, village de la province de Namur où s’était écoulée son enfance. Faible et mourant, il y peignit, pour l’église de la paroisse, un Christ et une Vierge. Depuis peu il se livrait à la peinture, et il aurait fini par y réussir, à en juger par ces deux tableaux. Bientôt il retourna chez ses parents, à Bruxelles, et y mourut, après avoir jeté in dernier regard sur son atelier. « Triste fin d’un jeune homme de si bel avenir ! s’écrie son biographe. L’art perd en lui un disciple fervent et enthousiaste ; le pays, qui déjà s’enorgueillissait de ses œuvres, un talent aussi précoce que solide, et qui, s’il avait pu donner toute la mesure de ce talent, l’eût illustré d’un grand renom. »

Edm. De Busscher.

Piron, Levensbeschryving van voorname mannen en vrouwen in Belgie. — Ad. van Sonst de Berkenfelt, Notice sur la vie et les œuvres de Paul Bouré, 1849.