Biographie nationale de Belgique/Tome 1/BAUDEMOND

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BAUDEMOND, biographe, vivait au viie siècle. On ignore son lieu de naissance, que quelques-uns placent à Valenciennes ; on sait seulement, avec certitude, qu’il était un des disciples aimés de saint Amand, l’apôtre de la Flandre (voir ce nom), qu’il fut moine d’Elnon, aujourd’hui Saint-Amand, petite ville de la Flandre française, et qu’il y remplissait les fonctions de notarius. Cette dernière particularité nous est révélée par la circonstance que le célèbre missionnaire l’appela, en 682, à rédiger son testament, acte auquel Baudemond apposa sa signature en compagnie des SS. Momolin, Vindicien et Bertin. Après la mort de Jean, abbé du monastère de Saint-Pierre, à Gand, saint Amand, fondateur de cette maison, le chargea en 683 de la gouverner.

C’est à Baudemond qu’est due la composition de la première vie de saint Amand. Elle servit de canevas à toutes les biographies subséquentes de ce saint, même à la première partie de celle de Milon, autre moine d’Elnon, qui rédigea la sienne en vers latins, au ixe siècle, et qui compléta l’œuvre de son prédécesseur. Baudemond écrivit sa Vita sancti Amandi avant la première élévation du corps de ce saint, en l’an 709, car il ne parle pas de cet événement mémorable, fixé à cette année par les historiens. Toutefois la chronique intitulée Annales abbatiœ Sancti-Petri Blandiniensis[1],reporte, mais sans aucune preuve, sa mort à l’année 731. Il est vrai que la confusion des dates est fort commune à cette époque. Quoi qu’il en soit, le manuscrit dont nous allons parler établit d’une manière irrécusable, au fol. 702, que Baudemond fut le troisième abbé de Saint-Pierre et qu’il eut pour prédécesseur Jean et pour successeur Célestin, expulsé de son monastère en 719.

Ce manuscrit qui porte le n° 224 de la bibliothèque de l’Université de Gand, a été écrit au ixe siècle ; il contient, avec ses continuations, la vie de saint Amand, rédigée par Baudemond, publiée plus tard par Surius dans les Acta Sanctorum. Peu de documents historiques ont été l’objet d’autant de commentaires, soit pour l’ancienneté qu’on lui attribue, soit pour sa valeur intrinsèque. Mabillon, le P. Lelong, les Bollandistes, l’Histoire littéraire de la France ont successivement émis à ce propos des opinions contradictoires difficiles à concilier.

Dans l’avant-propos de cette vie, l’auteur déclare vouloir raconter tout ce que saint Amand a fait depuis son enfance jusqu’à sa mort, tant avant son élévation à la dignité d’évêque légionnaire que pendant l’exercice de ses fonctions. L’intimité qui avait régné entre ces deux personnages donne une grande valeur aux détails recueillis par Baudemond qui, du reste, termine sa préface en s’excusant de devoir parler d’un tel homme dans un langage aussi inculte, aussi vulgaire. Cette vie de saint Amand est un des monuments les plus anciens et les plus dignes de foi pour la connaissance de cette époque reculée de notre histoire.

Bon de Saint-Genois.

Acta Sanctorum, t. IV, febr., pp. 841-842, 848-854. — Ghesquières, Acta Sanct. Belgii, t. IV. — Surius, Vitæ Sanctorum, t. I, febr., p. 70. — Foppens, Βibl. Belgica, t. I, p. 130. — Histoire littéraire de la France, l. III, p. 642-643. — Baron J. de Saint-Genois, Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque de Gand, pp. 159-163.


  1. Éditée par l’abbé Vande Putte ; Bruges, 1842, in-4°.