Biographie nationale de Belgique/Tome 1/ALAERS, François

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ALAERS (François) ou ALARDTS, ministre luthérien, né à Bruxelles au commencement du xvie siècle, mort dans le Holstein en 1578. La biographie de ce prédicateur de la réforme a été racontée avec des détails qui tiennent du roman plus que de l’histoire, dans un volume in-8o intitulé : Decas Alardorum scriptis clarorum, 1721, et qui est dû à son arrière-petit-fils. À en croire cet écrivain, François Alaers descendait d’une famille noble de Bruxelles. Son père, Guillaume Alard de Cantier, qui était un catholique fervent, l’obligea à entrer dans l’ordre de Saint-Dominique, où il se fit remarquer comme prédicateur. Un négociant d’Hambourg, qui avait admiré ses talents oratoires, se lia avec lui et lui procura les moyens de lire les ouvrages de Luther. Séduit par les doctrines du fougueux novateur, le jeune religieux résolut de braver tous les dangers pour aller se ranger parmi ses disciples, trouva moyen de quitter son couvent et se rendit à Heidelberg, où il continua ses études théologiques. Laissé sans ressources par suite de la mort du négociant, son protecteur, il se décida à revenir à Bruxelles, dans l’espoir d’obtenir des secours de son père, à qui il fit demander secrètement une entrevue. Mais, avant de l’avoir obtenue, il fut rencontré et reconnu par sa mère, catholique fervente, qui l’apostropha avec violence et le dénonça aux inquisiteurs. Toutes les tentatives que l’on fit pour le ramener à l’orthodoxie ayant échoué, ce fut, paraît-il, ce qui est difficile à croire, sa mère qui, la première, appela sur lui la rigueur des lois. Déjà il était condamné et son exécution devait avoir lieu dans le délai de trois jours, lorsque, pendant la nuit, il crut entendre une voix qui lui disait : Surge et vade (lève-toi et pars). En se levant pour obéir à cet ordre miraculeux, il distingua une ouverture que la lune éclairait, déchira ses draps et s’en fabriqua une corde, le long de laquelle il se laissa glisser. Cette corde ne descendait que jusqu’au milieu de la tour où il était enfermé ; néanmoins Alaers ne craignit pas de la lâcher et tomba dans un fossé, dont la vase rendit sa chute moins douloureuse. Il réussit ensuite à passer auprès de la sentinelle de la prison sans être aperçu et erra dans la campagne, pendant trois jours, sans pouvoir se procurer la moindre nourriture, tandis que le vent lui apportait les aboiements des chiens que l’on avait mis à sa poursuite. Enfin un roulier partagea avec lui un morceau de pain et lui permit de se reposer dans son chariot. Alaers alla implorer la pitié d’une de ses sœurs, mais elle le repoussa avec horreur ; heureusement, son beau-frère montra plus d’humanité : il lui donna un peu d’argent et décida le même roulier à le conduire en lieu de sûreté. Le proscrit bruxellois trouva un asile dans le comté d’Oldenbourg, où il devint l’aumônier du prince.

D’après un pamphlet dû à Alaers lui-même et intitulé : Cort Vervat, etc., il était vicaire de Kiel, près d’Anvers, lorsqu’il s’attira la colère de l’archevêque de Cambrai pour n’avoir pas recommandé à ses ouailles la célébration du jour de la Toussaint, et pour avoir négligé, le jour suivant, de dire qu’il fallait prier pour les âmes des trépassés. Menacé de mort, il partit pour Jéna.

Bientôt il fut appelé par ses coreligionnaires d’Anvers pour leur servir de pasteur, et ce fut alors qu’il eut de longues controverses à soutenir contre son collègue Cyriaque Spangenberger[1], au sujet du péché originel. Il remplit ensuite les fonctions de ministre, à Norden, dans l’Ostfrise, pendant six ans, puis à Kellinghusen, dans le Holstein. En mai 1566, il reparut à Anvers, où, vers le mois de juin, il fut emprisonné par ordre du magistrat. Mais comme le nombre et l’audace des luthériens d’Anvers allaient croissant, il fut relâché peu de temps après et autorisé à prêcher dans l’abbaye de Saint-Michel et, plus tard, dans une grange (schuere) qui dépendait de ce monastère. Ce fut à cette époque, sans doute, qu’eut lieu sa réconciliation avec son père, qui vint le voir pour lui faire abjurer sa foi religieuse, mais qui, ajoute-t-on, fut lui-même converti par son fils.

À l’approche du duc d’Albe, Alaers prit la fuite. Le roi Christian IV lui confia le soin de desservir l’église de Wilster, dans le Holstein, où il mourut dix ans après, le 10 septembre 1578. Sa veuve, Gertrude Beningsen[2], lui survécut jusqu’en 1594. Il laissa deux fils, Guillaume et François, qui s’occupèrent de philosophie et de théologie, de même que ses arrière petits-fils, Lambert et Nicolas, et son arrière-arrière-petit-fils Nicolas Alaers, le jeune, l’auteur de la Decas Alardorum, et qui mourut à Hambourg, en 1756.

La biographie d’Alaers, telle qu’on nous la retrace d’ordinaire, n’est pas exempte d’erreurs. Son nom est presque toujours mal orthographié. Il faut écrire, non Alard, mais Alaers ; du moins c’est ainsi qu’il signait ses lettres. On y ajoute parfois, je ne sais trop pour quel motif, le surnom de de Cantier. Hamelmann (Historia ecclesiastica renati Evangelii, pars II, p. 982) donne Anvers pour patrie à Alaers ; mais il a été probablement trompé par les séjours que notre prédicant fit dans cette ville. Outre les déclarations de doctrines qu’il rédigea de concert avec les autres ministres luthériens de l’Église d’Anvers, Alaers a écrit :

1o Een cort vervat van alle menschelycke insettinghen der roomsche Kercke, beghinnende van Christus tyden af tot nu toe, ghenomen meer dan uit XXII authoren ; sans lieu d’impression (Anvers), 1566, travail où Alaers nous donne de curieux renseignements sur sa vie ;

2o Een heerlicke troostbrief van des menschen leven ende wesen, door François Alardts ; un petit volume in-12, sans lieu d’impression (Anvers ?) ni nom d’imprimeur ; daté à la fin comme suit : Den eersten octob. anno 1567. Francoys Alardts ;

3o Die Catechismus op vrage ende andtwoorde gestelt, door Franciscum Alardum, pastoor tho Wilster, eertydts prédicant t’Hantwerpen in de schuere, 1568 ; un petit volume semblable au précédent ; réimprimé dix-sept ans plus tard sous ce titre : Catechismus, dat is : Onderwysinghe van de voornaemste hooft-stucken der christelycker leere, op vraghe ende antwoort ghestelt door Eranciscum Alardum, eertyts dienaer des godlyken woorts tot Antwerpen in de schuere ; t’Hantwerpen, by Arnoul s’Coninx, anno 1585 ; un petit volume in-12 ;

4o Bewys uyt Godes woord ende den schriften D. Lutheri, dat de Erfsonde niet sy der menschen wesen, syn seel ende lyf. Lubeck, 1576 ; in-4o. Traité dirigé contre les partisans des idées de Matthieu Flaxe d’Illyrie, auquel Spangenberger opposa le Tractatus contra Franciscum Alardum. Anvers, 1577 ; in-4o. Les dix sermons sur la passion qu’Adelung (t. I, p. 389) attribue à notre auteur appartiennent à l’un de ses fils[3].

Alph. Wauters.

Johannis Molleri Flensburgensis, Cambria[4] Literaria, t. II, p. 28. — Biographie universelle de Michaud, t. I, p. 376. — Mémoires de Jacques de Wesembeke, avec une introduction et des notes par C. Rahlenbeek. Bruxelles, 1859. In-8o, passim. Notes fournies par. M. Rahlenbeek.


  1. ERRATA ET RECTIFICATIONS DU Ier VOLUME : au lieu de : Spangenberger, lisez : Spangenberg.
  2. ERRATA ET RECTIFICATIONS DU Ier VOLUME : au lieu de : Beningsen, lisez : Bening.
  3. On a parfois attribué à Alaers quelques actes posés par un autre ministre luthérien, Mathys, qui prêchait au Kiel près d’Anvers, en 1566.
  4. ERRATA ET RECTIFICATIONS DU Ier VOLUME : au lieu de : Cambria, lisez : Cimbria. (L’ouvrage d’Alaers, indiqué sous le no 4 comme écrit en flamand, a été rédigé en bas allemand (plattdeutsch)