Biographie nationale de Belgique/Tome 1/ALÈNE, Sainte

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ALÈNE (Sainte), HALÈNE ou HÉLÈNE, née à Dilbeek, morte à Forêt (Vorst ou ter Vorst), vers 640. Au milieu du viie siècle, le Brabant était encore plongé en grande partie dans les ténèbres du paganisme. Bruxelles n’était alors qu’un petit hameau, confiné dans un îlot de la Senne, et dans ses environs s’étendaient déjà les villages de Forêt et de Dilbeek. Ce dernier, entièrement païen, dépendait d’un seigneur nommé Lévold. Ce fut vers cette époque que saint Amand, prêchant l’Évangile, vint s’arrêter quelque temps à Forêt.

Une vieille légende rapporte que Lévold, chassant un jour dans les bois, arriva par hasard à Forêt, et assista, par curiosité, à une instruction de saint Amand. De retour chez lui, il raconta, en raillant, à sa famille, la nouvelle doctrine qu’il avait entendue et les cérémonies chrétiennes dont il avait été témoin. Tout le monde en rit, excepté sa jeune fille, nommé Alène, qui entrevit dans les paroles de son père un premier rayon de lumière et les germes d’une morale inconnue qui plaisaient à la pureté de son cœur. Résolue de connaître toute la vérité et de voir l’homme extraordinaire dont son père avait parlé, elle alla trouver saint Amand, qui prêchait dans le voisinage. Le saint la reçut avec bonté, l’instruisit dans la foi et lui donna, après quelque temps, le baptême. Il existait déjà à cette époque, à Forêt, une église chrétienne, Alêne s’y rendait parfois ; mais elle ne put le faire longtemps sans éveiller les soupçons de son père, qui la fit surveiller par ses serviteurs. Un jour qu’elle revenait de Forêt, ils la surprirent dans le bois, et, persuadés qu’elle sortait de l’église chrétienne, ils l’accablèrent de tant de mauvais traitements, qu’elle expira entre leurs mains. La mort de la jeune fille ouvrit les yeux du père ; il alla trouver saint Amand, pleura longtemps sa fille et, transformé par la douleur, il finit par embrasser, avec toute sa famille, la foi nouvelle.

Quoi qu’il en soit des détails de la légende, l’historique donné en est vrai, et le tombeau de sainte Alène, qui ne porte pour toute épitaphe que le nom de la jeune martyre, subsiste encore aujourd’hui à Forêt, près de Bruxelles. La légende de sainte Alène a inspiré à un poëte belge quelques vers qui ne sont pas dépourvus de sentiment (Lemayeur, Gloire Belgique, chant 1er.). Le culte de sainte Alène est encore populaire à Bruxelles, et son tombeau devient, le dimanche avant la Saint-Jean, un but de pèlerinage, d’agrément ou de piété.

Eugène Coemans

Acta SS. Junii, t. III, p. 388. — Acta SS. Belgii, t. III, p. 380. — Molanus, Nat. SS. Belgii, p. 119.