Bible Ostervald 1867/Job


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JOB
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Affliction de Job, et sa patience.


1 Il y avait un homme au pays de Huts, dont le nom était Job ; et cet homme-là était intègre et droit ; il craignait Dieu, et se détournait du mal.

2 Et il lui naquit sept fils et trois filles.

3 Et il possédait sept mille brebis, trois mille chameaux, cinq cents couples de bœufs et cinq cents ânesses, et un grand nombre de serviteurs ; et cet homme était le plus grand de tous les Orientaux.

4 Et ses fils allaient les uns chez les autres, et se traitaient chacun à son tour ; et ils envoyaient convier aussi leur trois sœurs pour manger et boire avec eux.

5 Puis, quand le tour des jours de leurs festins était achevé, Job envoyait vers eux, et il les sanctifiait, et se levant de bon matin, il offrait des holocaustes pour chacun d’eux. Car Job, disait : Peut-être que mes enfants auront péché, et qu’ils auront blasphémé contre Dieu dans leurs cœurs. Et Job en usait toujours ainsi.

6 Or, il arriva un jour que les enfants de Dieu vinrent se présenter devant l’Eternel, et Satan aussi entra parmi eux.

7 Alors l’Eternel dit à Satan : D’où viens-tu ? Et Satan répondit à l’Eternel, disant : Je viens de courir çà et là par la terre, et de m’y promener.

8 Et l’Eternel lui dit : N’as-tu point considéré mon serviteur Job, qui n’a point d’égal sur la terre, cet homme intègre et droit, qui craint Dieu et qui se détourne du mal ?

9 Et Satan répondit à l’Eternel, disant : Est-ce en vain que Job craint Dieu ?

10 Ne l’as-tu pas environné de biens de toutes parts, et sa maison, et tout ce qui lui appartient ? Tu as béni l’œuvre de ses mains, et son bétail a fort multiplié sur la terre.

11 Mais étends maintenant ta main, et touche tout ce qui lui appartient, et tu verras s’il ne te maudit pas en face.

12 Et l’Eternel dit à Satan : Voilà, tout ce qui lui appartient est en ton pouvoir ; mais ne mets point la main sur lui. Et Satan sortit de devant la face de l’Eternel.

13 Il arriva donc un jour, comme les fils et les filles de Job mangeaient et buvaient dans la maison de leur frère aîné,

14 qu’un messager vint à Job, et lui dit : Les bœufs labouraient, et les ânesses paissaient auprès ;

15 et ceux de Scéba se sont jetés dessus et les ont pris, et ils ont passé les serviteurs au fil de l’épée ; et je suis échappé moi seul pour te le rapporter.

16 Cet homme parlait encore, lorsqu’un autre vint et dit : Le feu de Dieu est tombé des cieux, et il a brûlé les brebis et les serviteurs, et les a consumés ; et je suis échappé moi seul pour te le rapporter.

17 Cet homme parlait encore, lorsqu’un autre vint et dit : Les Caldéens, rangés en trois bandes, se sont jetés sur les chameaux et les ont pris, et ils ont passé les serviteurs au fil de l’épée ; et je suis échappé moi seul pour te le rapporter.

18 Cet homme parlait encore, lorsqu’un autre vint et dit : Tes fils et tes filles mangeaient et buvaient dans la maison de leur frère aîné ;

19 et voici, un grand vent s’est levé au delà du désert, qui a donné contre les quatre coins de la maison, si fortement qu’elle est tombée sur ces jeunes gens, et ils sont morts ; et je suis échappé moi seul pour te le rapporter.

20 Alors Job se leva, et il déchira son manteau, et il rasa sa tête, et se jetant par terre il se prosterna devant Dieu ;

21 et il dit : Je suis sorti nu du ventre de ma mère, et j’y retournerai nu. L’Éternel l’avait donné, l’Éternel l’a ôté : que le nom de l’Éternel soit béni !

22 Dans toutes ces choses, Job ne pécha point, et il n’attribua rien de mal convenable à Dieu.



Job, frappé d’un grand ulcère, est visité par ses amis.


1 Or, il arriva encore un jour, que les enfants de Dieu étant venus pour se présenter devant l’Éternel, et Satan aussi étant entré parmi eux, pour se présenter devant l’Éternel,

2 l’Éternel dit à Satan : D’où viens-tu ? Et Satan répondit à l’Éternel : Je viens de courir çà et là par la terre, et de m’y promener.

3 Et l’Éternel dit à Satan : N’as-tu point considéré mon serviteur Job, qui n’a point d’égal sur la terre, cet homme intègre et droit, qui craint Dieu et qui se détourne du mal ? Tu vois comme il garde encore son intégrité, et, cependant, tu m’as incité contre lui pour l’engloutir sans sujet.

4 Et Satan répondit à l’Éternel, disant : Chacun donnera peau pour peau, et tout ce qu’il a, pour sa vie.

5 Mais étends maintenant ta main, et touche ses os et sa chair, et tu verras s’il ne te maudit pas en face.

6 Et l’Éternel dit à Satan : Voici, il est en ta main ; prends seulement garde de toucher à sa vie.

7 Ainsi, Satan sortit de devant l’Éternel, et frappa Job d’un ulcère malin, depuis la plante du pied jusqu’au sommet de la tête.

8 Et il prit un morceau de pot de terre pour se gratter, et il était assis dans la cendre.

9 Et sa femme lui dit : Tu conserveras encore ton intégrité ? Bénis Dieu et meurs.

10 Et il lui répondit : Tu parles comme une femme insensée. Quoi ! nous recevrons les biens de la main de Dieu et nous n’en recevrons point les maux ? Dans toutes ces choses, Job ne pécha point par ses lèvres.

11 Or, trois des intimes amis de Job, Eliphaz Thémanite, Bildad Sçuhite, et Tsophar Nahamathite, ayant appris tous les maux qui lui étaient arrivés, partirent chacun du lieu où ils étaient, et convinrent ensemble d’un jour pour venir s’affliger avec lui et pour le consoler.

12 Ces amis levant de loin leurs yeux, ne le reconnurent point, et élevant leur voix, ils pleurèrent et déchirèrent chacun son manteau, et répandirent de la poudre sur leurs têtes, en la jetant en l’air vers les cieux.

13 Et ils s’assirent à terre avec lui, pendant sept jours et sept nuits, et nul d’eux ne lui dit aucune parole ; car ils voyaient que sa douleur était fort grande.



Plaintes criminelles de Job sur ses afflictions ; il maudit le jour de sa naissance.


1 Après cela Job ouvrit sa bouche et maudit son jour ;

2 et prenant la parole, il dit :

3 Que le jour auquel je naquis périsse, et la nuit en laquelle il fut dit : Un homme est né.

4 Que ce jour-là ne soit que ténèbres ; que Dieu ne le recherche point d’en haut, et qu’il ne soit point éclairé de la lumière !

5 Que les ténèbres et l’ombre de la mort rendent ce jour souillé ; que les nuées obscures demeurent sur lui ; qu’on l’ait en horreur comme un jour d’amertume !

6 Que l’obscurité couvre cette nuit-là, qu’on ne la mette pas parmi les jours de l’année, et qu’elle ne soit point comptée dans les mois.

7 Voilà, que cette nuit-là soit solitaire, et qu’on ne s’y réjouisse point.

8 Que ceux qui maudissent les jours, et ceux qui sont toujours prêts à renouveler leur deuil, la maudissent.

9 Que les étoiles de son crépuscule soient obscurcies ; qu’elle attende la lumière, mais qu’il n’y en ait point, et qu’elle ne voie point les rayons de l’aurore,

10 Parce qu’elle n’a pas fermé le ventre qui m’a porté, et qu’elle n’a point caché à mes yeux le tourment qui m’accable.

11 Que ne suis-je mort dès la matrice ! Que ne suis-je expiré aussitôt que je suis sorti du ventre de ma mère !

12 Pourquoi m’a-t-on reçu sur les genoux ? Et pourquoi m’a-t-on présenté des mamelles, afin que je les suçasse !

13 Car maintenant je serais couché dans le tombeau et je me reposerais ; je dormirais : dès lors j’aurais été en repos,

14 avec les rois et les gouverneurs de la terre, qui se bâtissent des solitudes ;

15 ou avec les princes qui avaient de l’or, et qui avaient rempli leurs maisons d’argent.

16 Ou, pourquoi n’ai-je pas été comme un avorton caché, comme les petits enfants qui n’ont jamais vu la lumière ?

17 C’est là que les méchants ne tourmentent plus personne, et que ceux qui ont perdu leur force, se reposent.

18 C’est là que ceux qui avaient été liés ensemble, jouissent du repos et n’entendent plus la voix de l’exacteur.

19 Le petit et le grand sont là, et l’esclave n’est plus là, sujet à son maître.

20 Pourquoi la lumière est-elle donnée au misérable, et la vie à ceux qui ont le cœur outré ;

21 qui attendent la mort, et elle ne vient point, et qui la recherchent plus que les trésors ;

22 qui seraient ravis de joie, et qui auraient de grands transports s’ils avaient trouvé le sépulcre ?

23 Pourquoi la lumière est-elle donnée à l’homme auquel le chemin est caché, et que Dieu a couvert de tous côtés de ténèbres ?

24 Car je soupire avant que de manger, et mes cris coulent comme des eaux.

25 Car ce que je craignais le plus, m’est arrivé, et ce que j’appréhendais est tombé sur moi.

26 Je n’ai point eu de paix, je n’ai point eu de repos ni de calme ; et le trouble est venu sur moi.



Censure d’Eliphaz contre Job.


1 Alors Eliphaz Thémanite prit la parole et dit :

2 Si nous entreprenons de te parler, te fâcheras-tu ? Mais qui pourrait retenir ses paroles ?

3 Voilà, tu as en toi-même instruit plusieurs, et tu as soutenu les mains qui étaient affaiblies.

4 Tes paroles ont redressé ceux qui chancelaient, et tu as affermi les genoux qui pliaient.

5 Et maintenant que ceci t’est arrivé, tu perds courage ; le mal t’a atteint, et tu es tout éperdu.

6 Ta piété n’a-t-elle pas été ton espérance, et l’intégrité de tes voies, ton attente ?

7 Rappelle en ta mémoire, je te prie, qui est l’innocent qui ait jamais péri ; et où est-ce que les hommes droits ont été exterminés ?

8 J’ai toujours vu que ceux qui labourent l’iniquité et qui sèment l’outrage, les moissonnent.

9 Ils périssent par le souffle de Dieu, et ils sont consumés par le vent de sa colère.

10 Le rugissement du lion, et le cri du grand lion cesse ; les dents des lionceaux sont arrachées.

11 Le lion périt faute de proie, et les petits du vieux lion ont été écartés.

12 Pour moi, une parole m’a été adressée en secret, et mon oreille en a entendu quelque peu ;

13 pendant les pensées diverses des visions de la nuit, quand un profond sommeil assoupit les hommes,

14 une frayeur et un tremblement me saisit, qui pénétra tous mes os.

15 Un esprit passa devant moi, qui me fit hérisser les cheveux,

16 et il se tint là, mais je ne connus point son visage ; une figure d’homme était devant mes yeux, et j’entendis une voix basse qui disait :

17 L’homme sera-t-il plus juste que Dieu ? L’homme sera-t-il plus pur que celui qui l’a créé ?

18 Voici, il ne s’assure point sur ses serviteurs, et il met de la lumière dans ses anges ;

19 combien plus ceux qui demeurent dans des maisons d’argile, dont le fondement est dans la poudre, seront-ils consumés à la rencontre d’un vermisseau ?

20 Ils sont détruits du matin au soir, sans qu’on y prenne garde ; et ils périssent pour toujours.

21 L’excellence qui était en eux n’est-elle pas passée ? Ils meurent sans avoir été sages.



Eliphaz continue sa censure contre Job.


1 Crie maintenant ; y aura-t-il quelqu’un qui te réponde ? Et à qui d’entre les saints t’adresseras-tu ?

2 Certainement la colère tue l’insensé, et le dépit fait mourir celui qui est destitué de sens.

3 J’ai vu l’insensé qui jetait des racines ; mais j’ai aussitôt maudit sa demeure.

4 Ses enfants, bien loin de trouver leur sûreté, sont écrasés à la porte, sans qu’il y ait personne qui les délivre.

5 L’affamé dévore la moisson de cet homme, l’enlevant même d’entre les épines ; et le voleur engloutit ses biens.

6 Car le tourment ne sort point de la poudre, et le travail ne germe point de la terre ;

7 bien que l’homme naisse pour le travail, comme les étincelles s’élèvent pour voler.

8 Certainement, j’aurai recours au Dieu fort ; et j’adresserai mes paroles à Dieu,

9 qui fait des choses si grandes qu’on ne les peut sonder, et qui fait tant de choses merveilleuses qu’on ne les peut compter ;

10 qui répand la pluie sur la face de la terre, et qui envoie les eaux sur les campagnes ;

11 qui élève ceux qui étaient abaissés, et qui fait que ceux qui étaient dans l’affliction, sont élevés et délivrés.

12 Il dissipe les projets des hommes rusés, en sorte qu’ils ne viennent point à bout de leurs desseins.

13 Il surprend les sages dans leur ruse, et le conseil des pervers est renversé.

14 Au milieu du jour ils rencontrent les ténèbres, et ils marchent à tâtons en plein midi, comme dans la nuit.

15 Mais il délivre le pauvre de leur épée, de leur bouche et de la main de l’homme puissant.

16 Ainsi le pauvre remporte ce qu’il a espéré ; mais le méchant a la bouche fermée.

17 Voici, oh ! qu’heureux est l’homme que Dieu châtie ! Ne rejette donc point le châtiment du Tout-Puissant.

18 Car c’est lui qui fait la plaie, et qui la bande ; il blesse, et ses mains guérissent.

19 Il te délivrera dans six afflictions, et à la septième le mal ne te touchera point.

20 Dans un temps de famine il te garantira de la mort, et de l’épée en temps de guerre.

21 Tu seras à couvert du fléau de la langue, et tu n’auras point peur de la désolation quand elle arrivera.

22 Tu riras durant la désolation et la famine ; et tu n’auras point peur des bêtes de la terre.

23 Tu auras même la paix avec les pierres des champs, et tu seras en paix avec les bêtes sauvages.

24 Et tu verras la prospérité dans ta tente, et tu prendras soin de ta demeure, et tu ne pécheras point.

25 Tu verras ta postérité s’augmenter, et tes descendants croître comme l’herbe de la terre.

26 Tu entreras vieux au sépulcre, comme un monceau de gerbes qu’on serre en sa saison.

27 Voilà, nous avons examiné la chose, et elle est comme nous te le disons. Ecoute-le, et considère-le pour ton bien.



Job décrit la grandeur de son affliction, et se plaint de la sévérité soupçonneuse de ses amis.


1 Mais Job répondit et dit :

2 Plût à Dieu que ce qui m’afflige fût bien pesé, et que ma calamité fût mise dans une balance !

3 Car elle se trouverait plus pesante que le sable de la mer ; c’est pourquoi les paroles me manquent.

4 Car les flèches du Tout-Puissant sont en moi ; mon esprit en suce le venin ; les frayeurs de Dieu se rangent en bataille contre moi.

5 L’âne sauvage crie-t-il auprès de l’herbe, et le bœuf mugit-il auprès de son fourrage ?

6 Mange-t-on sans sel ce qui est fade ? Trouve-t-on du goût dans le blanc d’un œuf ?

7 Ce que mon âme refusait de toucher est devenu pour moi comme un pain de langueur.

8 Plût à Dieu que ce que je demande m’arrivât, et que Dieu me donnât ce que j’attends ;

9 et que Dieu voulût me réduire en poudre, et laisser aller sa main pour m’achever !

10 Mais j’ai pourtant cette consolation, (bien que la douleur me consume et qu’elle ne m’épargne point) que je n’ai point caché les paroles du Dieu saint.

11 Quelle est ma force, que je puisse espérer, et quelle est ma fin, que je prolonge ma vie ?

12 Ma force est-elle une force de pierre, et ma chair est-elle d’acier ?

13 N’est-il pas vrai que je ne trouve plus de secours en moi, et que toute ressource m’est ôtée ?

14 Celui qui n’en peut plus devrait avoir des faveurs de son intime ami ; mais il a abandonné la crainte du Tout-Puissant.

15 Mes amis m’ont manqué comme un torrent, et comme le cours impétueux des torrents qui passent ;

16 qui tarissent par la gelée et sur lesquels la neige s’amasse ;

17 et qui, lorsque la chaleur vient, manquent ; et quand ils sentent la chaleur ils disparaissent et s’écoulent de leur lieu ;

18 qui serpentant çà et là par les chemins, se réduisent à rien et se perdent.

19 Les troupes des voyageurs de Téma y pensaient ; ceux qui vont à Scéba s’y attendaient ;

20 mais ils sont honteux d’avoir espéré ; ils étaient allés jusque-là, et ils en ont rougi.

21 Maintenant vous ne me servez de rien. Vous avez vu ma calamité, et vous en avez eu horreur.

22 Est-ce que je vous ai dit : Apportez-moi et faites-moi des présents de votre bien ;

23 et délivrez-moi de la main de l’ennemi, et rachetez-moi de la main des puissants ?

24 Enseignez-moi, et je me tairai, et faites-moi entendre en quoi j’ai tort.

25 Oh ! que des paroles de vérité ont de force ! mais à quoi sert votre censure ?

26 N’avez-vous donc des paroles que pour me reprendre ? Et les discours d’un homme qui n’a plus d’espérance, ne sont-ils que du vent ?

27 Vous vous jetteriez même sur un orphelin, puisque vous vous efforcez d’accabler votre intime ami.

28 Maintenant donc, jetez, je vous prie, les yeux sur moi, et voyez si je mens en votre présence.

29 Revenez à vous-mêmes, je vous prie, et qu’il n’y ait point d’injustice ; revenez, car le droit est de mon côté.

30 Y a-t-il de l’iniquité dans ma langue ? Et mon palais ne sait-il pas discerner mes malheurs ?



Job continue à se plaindre de sa misère, et prie Dieu d’avoir pitié de son état.


1 N’y a-t-il pas comme une guerre ordonnée aux mortels sur la terre, et leurs jours ne sont-ils pas comme les jours d’un mercenaire ?

2 Comme un serviteur ne soupire qu’après l’ombre, et comme un ouvrier attend son salaire,

3 ainsi on m’a donné, pour mon partage, des mois qui ne m’apportent rien ; et on m’a ordonné des nuits de travail.

4 Si je suis couché, je dis : Quand me lèverai-je, et quand est-ce que la nuit aura achevé sa mesure ? et je m’inquiète cruellement jusqu’au point du jour.

5 Ma chair est couverte de vers et de mottes de poudre ; ma peau se crevasse et se dissout.

6 Mes jours ont passé plus légèrement que la navette d’un tisserand, et ils se consument sans espérance.

7 Souviens-toi, Éternel ! que ma vie est un vent, et que mon œil ne reverra plus le bien.

8 L’œil de ceux qui me regardent ne me verra plus ; tes yeux seront sur moi, et je ne serai plus.

9 Comme la nuée se dissipe et s’en va, ainsi celui qui descend au sépulcre ne remontera plus.

10 Il ne reviendra plus dans sa maison, et le lieu où il était ne le connaîtra plus.

11 C’est pourquoi je ne retiendrai point ma bouche ; je parlerai dans l’affliction de mon esprit, et je m’entretiendrai dans l’amertume de mon cœur.

12 Suis-je une mer, ou quelque grand poisson, que tu m’aies ainsi resserré ?

13 Quand je dis : Mon lit me soulagera, ma couche emportera quelque chose de ma peine ;

14 alors tu m’étonnes par des songes, et tu me troubles par des visions.

15 C’est pourquoi je choisirais d’être étranglé, et de mourir, plutôt que de conserver mes os.

16 Je suis ennuyé de la vie, et je ne vivrai pas toujours. Retire-toi de moi ; car mes jours ne sont que vanité.

17 Qu’est-ce que de l’homme mortel, que tu en fasses un si grand cas, et que tu penses à lui,

18 que tu le châties chaque matin et que tu l’éprouves à tout moment ?

19 Jusqu’à quand différeras-tu de te retirer de moi ; et ne me permettras-tu point d’avaler ma salive ?

20 J’ai péché ; que te ferai-je, conservateur des hommes ? Pourquoi m’as-tu mis pour être en butte, et pour m’être à charge à moi-même ?

21 Et pourquoi n’ôtes-tu pas mon péché, et ne fais-tu pas passer mon iniquité ? car je vais m’endormir maintenant, dans la poussière ; et si tu me cherches le matin, je ne serai plus.



Bildad censure Job, comme contestant avec Dieu sur sa justice.


1 Alors Bildad Sçuhite prit la parole et dit :

2 Jusqu’à quand parleras-tu ainsi, et les paroles de ta bouche seront-elles comme un vent impétueux ?

3 Le Dieu fort renverserait-il l’équité ? et le Tout-Puissant renverserait-il la justice ?

4 Si tes enfants ont péché contre lui, il les a aussi abandonnés à leur péché.

5 Mais si tu recherches le Dieu fort dès le matin, et que tu demandes grâce au Tout-Puissant ;

6 si tu es pur et droit, certainement il se réveillera pour toi, et il fera régner la paix dans l’habitation de ta justice.

7 Et si ton commencement a été petit, ta dernière condition sera beaucoup plus grande.

8 Car, je te prie, interroge les races précédentes, et applique-toi à t'informer avec soin de leurs pères.

9 Car pour nous, nous ne sommes que d’hier, et nous ne savons rien, parce que nos jours sont sur la terre comme une ombre.

10 Mais ceux-là ne t’enseigneront-ils pas, ne te parleront-ils pas, et ne tireront-ils pas ces discours de leur cœur ?

11 Le jonc montera-t-il sans le limon ? L’herbe des marais croîtra-t-elle sans eau ?

12 Ne se flétrira-t-elle pas, même avant toutes les herbes, bien qu’elle soit encore dans sa verdure, et qu’on ne la cueille point ?

13 Il en sera ainsi des voies de tous ceux qui oublient le Dieu fort ; et l’attente de l’hypocrite périra.

14 Son espérance sera frustrée, et sa confiance sera comme une maison d’araignée.

15 Il s’appuiera sur sa maison, mais elle n’aura point de fermeté ; il pensera l’affermir, mais elle ne subsistera point.

16 Mais le juste est plein de vigueur, comme une plante exposée au soleil, et ses jets poussent par-dessus son jardin.

17 Ses racines s’entrelacent près des sources, et elles embrassent les pierres des bâtiments.

18 Fera-t-on qu’il ne soit plus en sa place, et que le lieu où il était ne le reconnaisse plus, et dise : Je ne t’ai point connu ?

19 Voilà la joie qu’il reçoit de sa conduite, et même il en germera d’autres de la poussière après lui.

20 Voilà, le Dieu fort ne rejette point l’homme qui vit dans l’intégrité, et il ne soutient point la main des méchants.

21 Ainsi, il remplira ta bouche de joie, et tes lèvres de chants d’allégresse.

22 Ceux qui te haïssent seront couverts de honte, et la maison des méchants ne subsistera plus.



Job répond qu'il ne se regarde point comme innocent.


1 Mais Job répondit et dit :

2 Certainement, je sais que cela est ainsi, et comment l’homme mortel se justifierait-il devant le Dieu fort ?

3 S’il veut plaider avec lui, il ne lui répondra pas sur un seul article, de mille qu’on lui proposera.

4 Dieu est sage de cœur, et tout-puissant en force. Qui est-ce qui s’est opposé à lui, et s’en est bien trouvé ?

5 Il transporte les montagnes ; et ceux qu’il renverse dans sa colère n’y font aucune attention.

6 Il fait trembler la terre et la remue de sa place, et ses colonnes sont ébranlées.

7 C’est lui qui parle au soleil, et le soleil ne se lève point ; et c’est lui qui tient les étoiles sous son sceau.

8 C’est lui seul qui étend les cieux, qui marche sur les hauteurs de la mer ;

9 qui a fait l’Ourse, l’Orion, et les Pléiades, et les signes qui sont au fond du midi ;

10 qui fait des choses si grandes qu’on ne les peut sonder, et qui fait tant de choses merveilleuses qu’on ne les peut compter.

11 Voici, il passera auprès de moi, et je ne le verrai point ; et il repassera, et je ne l’apercevrai point.

12 S’il ravit, qui le lui fera rendre ? qui est-ce qui lui dira : Que fais-tu ?

13 Dieu ne révoque point sa colère ; et le secours des hommes superbes est abattu sous lui.

14 Combien moins lui répondrais-je, moi, et choisirais-je des paroles pour lui parler ?

15 Moi, je ne lui répondrai point, quand même je serais juste ; mais je demanderai grâce à mon juge.

16 Si lorsque je l’invoque il me répondait, je ne croirais point encore qu’il eût écouté ma voix.

17 Car il m’a écrasé d’un tourbillon, et il a ajouté plaie sur plaie, sans que j’en sache la raison.

18 Il ne me permet point de reprendre haleine ; mais il me rassasie d’amertume.

19 S’il est question de la force, voilà, il est le plus fort ; et s’il faut aller en justice, qui entreprendra ma cause ?

20 Si je me justifie, ma propre bouche me condamnera ; si j’allègue que je suis plein d’intégrité, il me convaincra d’être coupable.

21 Quand je serais plein d’intégrité, je ne me soucierais pas de vivre ; je suis ennuyé de la vie.

22 Tout ce que j’ai dit revient à ceci : C’est que Dieu afflige l’homme qui vit dans l’intégrité, aussi bien que l’impie.

23 Au moins, si le fléau faisait mourir incontinent ; mais il semble se rire de l’épreuve des innocents.

24 La terre est livrée entre les mains du méchant ; il couvre les yeux de ses juges. Si ce n’est lui, qui est-ce donc ?

25 Et mes jours ont passé plus vite qu’un courrier ; ils se sont enfuis, et ils n’ont pas joui du bien.

26 Ils ont passé avec la même vitesse que des barques de poste ; comme un aigle qui vole après la proie.

27 Si je dis : J’oublierai ma plainte, je cesserai d’être chagrin, je prendrai courage ;

28 je suis effrayé de toutes mes douleurs ; car je sais que tu ne me jugeras point innocent.

29 Je serai trouvé méchant ; pourquoi travaillerais-je en vain ?

30 Quand je me laverais dans de l’eau de neige, et que je nettoierais mes mains en pureté ;

31 alors tu me plongerais dans un fossé, et mes vêtements feraient qu’on m’aurait en horreur.

32 Car il n’est pas un homme comme moi, pour que je puisse lui répondre, et que nous allions ensemble en jugement.

33 Il n’y a personne qui puisse prendre connaissance de la cause qui est entre nous, et qui puisse interposer son autorité entre nous deux.

34 Qu’il ôte donc sa verge de dessus moi, et que sa frayeur ne me trouble plus.

35 Je parlerai alors sans le craindre ; mais dans l’état où je me trouve, je ne suis point à moi-même.



Continuation des plaintes de Job.


1 Ma vie est devenue ennuyeuse à mon âme ; je m’abandonnerai à mes plaintes ; je parlerai dans l’amertume de mon âme.

2 Je dirai à Dieu : Ne me condamne point ; montre-moi pourquoi tu plaides contre moi.

3 Peux-tu te plaire à m’accabler, à rejeter l’ouvrage de tes mains, et à favoriser les desseins des méchants ?

4 As-tu des yeux de chair ? Vois-tu les choses comme l’homme mortel les voit ?

5 Tes jours sont-ils comme les jours de l’homme mortel ? Tes années sont-elles comme les années de l’homme,

6 Que tu fasses la recherche de mon iniquité, et que tu t’informes de mon péché ?

7 Tu sais que je ne suis pas un impie, et qu’il n’y a personne qui puisse me délivrer de ta main.

8 Tes mains m’ont formé, elles ont arrangé toutes les parties de mon corps, et tu me détruirais !

9 Souviens-toi, je te prie, que tu m’as formé comme l’argile, et que tu me feras retourner en poudre.

10 Ne m’as-tu pas coulé comme du lait ? Et ne m’as-tu pas fait cailler comme un fromage ?

11 Tu m’as revêtu de peau et de chair, et tu m’as composé d’os et de nerfs.

12 Tu m’as donné la vie, et tu as usé de miséricorde envers moi, et par tes soins continuels tu as gardé mon esprit.

13 Et tu tenais dans ton cœur toutes ces choses qui me sont arrivées ; je sais qu’elles viennent de toi.

14 Si j’ai péché, tu m’as aussi remarqué, et tu ne m’as point absous de mon iniquité.

15 Si j’ai agi perfidement, malheur à moi ! Si j’ai été juste, je n’en lève pas la tête plus haut ; je suis rassasié d’ignominie : regarde donc mon affliction.

16 Elle va croissant ; tu chasses après moi comme un grand lion, et tu y reviens, et tu te rends admirable contre moi.

17 Tu produis de nouveaux témoins contre moi ; tu multiplies de plus en plus les effets de ton indignation contre moi ; une nouvelle armée vient contre moi.

18 Et pourquoi m’as-tu tiré du sein de ma mère ? Que n’y suis-je expiré, en sorte qu’aucun œil ne m’eût vu !

19 J’aurais été comme n’ayant jamais existé ; et j’aurais été porté du sein de ma mère au sépulcre !

20 Mes jours ne sont-ils pas en petit nombre ? Qu’il me donne donc du relâche, qu’il s’éloigne de moi, et que je respire un peu ;

21 avant que j’aille, pour n’en plus revenir, dans le pays de ténèbres et d’ombre de la mort ;

22 dans le pays d’une obscurité semblable aux ténèbres de l’ombre de la mort, où il n’y a aucun ordre, et où il n’y a que l’horreur des plus épaisses ténèbres.



Censure de Tsophar, contre Job.


1 Alors, Tsophar Nahamathite prit la parole et dit :

2 Ne répondra-t-on point à tant de discours, et ne faudra-t-il qu’être un grand parleur, pour être justifié ?

3 Tes discours vains feront-ils taire les gens ? Te moqueras-tu des autres, sans que personne te confonde ?

4 Car tu as dit : Mes discours sont purs, et je suis net devant tes yeux.

5 Certainement, il serait à souhaiter que Dieu parlât, et qu’il ouvrit sa bouche avec toi.

6 Il te montrerait les secrets de sa sagesse, savoir, qu’il pourrait t’affliger au double. Reconnais donc que Dieu exige de toi beaucoup moins que ton iniquité ne mérite.

7 Trouverais-tu le fond en Dieu en le sondant ? Trouverais-tu parfaitement le Tout-Puissant ?

8 Ce sont les hauteurs des cieux ; qu’y ferais-tu ? C’est une chose plus profonde que les enfers ; qu’y connaîtrais-tu ?

9 Son étendue est plus longue que la terre, et plus large que la mer.

10 Soit qu’il renverse, soit qu’il resserre, soit qu’il rassemble, qui l’en empêchera ?

11 Car il connaît la vanité des hommes ; et quand il voit l’iniquité, n’y prendra-t-il pas garde ?

12 Mais l’homme vide de sens le comprendra-t-il ? l’homme qui est né comme un ânon sauvage ?

13 Si tu disposes ton cœur, et que tu étendes tes mains vers Dieu ;

14 si tu éloignes l’iniquité qui est dans ta main, et si tu ne permets point que la méchanceté habite dans tes tentes ;

15 alors, certainement, tu pourras élever ton visage, qui sera sans tache ; tu seras affermi, et tu ne craindras rien ;

16 et tu oublieras tes travaux, et tu n’en auras non plus de souvenir que des eaux qui sont écoulées.

17 Et le temps s’élèvera pour toi plus clair que le midi, et l’obscurité sera comme le matin.

18 Tu seras plein de confiance, parce qu’il y aura lieu d’espérer ; tu creuseras et tu reposeras sûrement.

19 Tu te coucheras, et il n’y aura personne qui t’épouvante, et plusieurs rechercheront ta bienveillance.

20 Mais les yeux des méchants seront consumés ; il n’y aura point de ressource pour eux, et leur attente sera de rendre l’âme.



Réponse de Job à ses amis.


1 Mais Job répondit et dit :

2 Vraiment, êtes-vous tout un peuple, et la sagesse mourra-t-elle avec vous ?

3 J’ai du sens aussi bien que vous ; je ne vous suis point inférieur ; et qui ne sait ces choses que vous savez ?

4 Je suis cet homme qui est exposé à la risée de son intime ami, mais qui invoque Dieu et à qui Dieu répond : On se moque de celui qui est juste et plein d’intégrité.

5 Celui dont les pieds sont tout prêts à glisser, est, selon la pensée de celui qui est à son aise, comme un flambeau dont on ne tient point de compte.

6 Les tentes des voleurs prospèrent, et ceux qui irritent le Dieu fort sont en sûreté, et Dieu leur met tout entre les mains.

7 Et en effet, je te prie, interroge les bêtes, et chacune d’elles t’enseignera ; ou les oiseaux des cieux, et ils te le déclareront.

8 Ou, parle à la terre, et elle t’instruira, et même les poissons de la mer te le raconteront.

9 Qui est-ce qui ne sait que c’est la main de Dieu qui a fait toutes ces choses ?

10 Car c’est lui qui tient en sa main l’âme de tout ce qui vit, et l’esprit de toute chair humaine.

11 L’oreille ne juge-t-elle pas des discours, comme le palais savoure les viandes ?

12 La sagesse est dans les vieillards, et l’intelligence est le fruit d’une longue vie.

13 Mais c’est en Dieu que se trouve la sagesse et la force ; c’est à lui qu’appartient le conseil et l’intelligence.

14 Voilà, il démolira, et on ne rebâtira point ; s’il renferme quelqu’un, on n’ouvrira point.

15 Voilà, il retiendra les eaux, et tout deviendra sec ; il les lâchera, et elles renverseront la terre.

16 C’est en lui que résident la force et l’adresse ; c’est de lui que dépendent tant celui qui s’égare, que celui qui le fait égarer.

17 Il emmène dépouillés les conseillers, et il frappe d’étourdissement les juges.

18 Il détache le lien des rois, et il met la ceinture sur leurs reins.

19 Il emmène dépouillés ceux qui sont en autorité, et il renverse les puissants.

20 Il ôte la parole aux plus assurés ; il prive de sens les vieillards.

21 Il fait tomber dans le mépris les principaux d’entre les peuples ; il relâche la ceinture des plus forts.

22 Il met en évidence les choses qui étaient cachées dans les ténèbres, et il produit au jour l’ombre de la mort.

23 Il multiplie les nations, et il les fait périr ; il disperse çà et là les nations, et puis il les ramène.

24 Il ôte le courage aux chefs des peuples de la terre ; et il les fait errer dans les déserts, ou il n’y a point de chemin.

25 Ils vont à tâtons dans les ténèbres sans aucune clarté, et il les fait chanceler comme des gens qui sont ivres.



Job condamne les présomptions de ses amis, et s’en remet à Dieu.


1 Voici, mon œil a vu toutes ces choses ; mon oreille les a ouïes et entendues.

2 Comme vous les savez, je les sais aussi ; je ne vous suis pas inférieur.

3 Mais je parlerai au Tout-Puissant, et je veux alléguer mes raisons au Dieu fort.

4 Et en effet, vous forgez des mensonges, et vous êtes tous des médecins de néant.

5 Plût à Dieu que vous demeurassiez dans le silence, et cela vous serait réputé à sagesse !

6 Ecoutez donc maintenant ma défense, et soyez attentifs à ce que mes paroles répliqueront.

7 Prononceriez-vous des choses injustes en faveur du Dieu fort, et diriez-vous quelque fraude pour lui ?

8 Est-ce à vous de le favoriser, et de plaider la cause du Dieu fort ?

9 Vous en prendra-t-il bien, s’il vous sonde ? Vous jouerez-vous de lui comme d’un homme mortel ?

10 Certainement il vous reprendra même si vous prétendez le favoriser secrètement.

11 Sa majesté ne vous épouvantera-t-elle point ? Et sa frayeur ne tombera-t-elle point sur vous ?

12 Vos discours mémorables sont des sentences de cendre, et vos éminences sont des éminences de boue.

13 Taisez-vous devant moi, et je parlerai ; et qu’il m’arrive ce qui pourra.

14 Pourquoi déchirerais-je ma chair avec mes dents, et tiendrais-je mon âme entre mes mains ?

15 Voilà, quand il me tuerait, je ne laisserais pas d’espérer en lui, et je défendrais ma conduite en sa présence.

16 Et même, il me délivrera, mais l’hypocrite ne paraîtra point devant sa face.

17 Ecoutez attentivement mes discours, et prêtez l’oreille à ce que je vais vous déclarer.

18 Voilà, aussitôt que j’aurai déduit par ordre mon droit, je sais que je serai justifié.

19 Qui est-ce qui veut plaider contre moi ? Car maintenant si je me tais, je mourrai.

20 Seulement, ô Dieu! ne me fais point ces deux choses, et alors je ne me cacherai point de devant ta face :

21 Eloigne ta main de moi, et que ta frayeur ne m’épouvante plus,

22 et appelle-moi, et je répondrai ; ou je parlerai, et tu me répondras.

23 Combien ai-je commis d’iniquités et de péchés ? Fais-moi connaître mon forfait et mon péché.

24 Pourquoi caches-tu ta face, et me tiens-tu pour ton ennemi ?

25 Déploieras-tu tes forces contre une feuille que le vent emporte ? Poursuivras-tu du chaume sec ?

26 Car tu donnes contre moi des arrêts d’amertume, et tu me fais recevoir la peine des péchés de ma jeunesse.

27 Et tu as mis mes pieds dans les ceps ; tu épies tous mes chemins, et tu observes de près toutes les traces de mes pas.

28 Et ce corps s’en va par pièces comme du bois vermoulu, et comme une robe que la teigne a rongée.



Job décrit la fragilité de la vie humaine, et prie Dieu de le soutenir dans ses maux.


1 L’homme né de femme est d’une vie courte et plein d’ennui.

2 Il sort comme une fleur, puis il est coupé ; il s’enfuit comme une ombre, et il ne s’arrête point.

3 Et, cependant, tu as ouvert tes yeux sur lui, et tu me tires en cause contre toi !

4 Qui est-ce qui tirera une chose nette de ce qui est souillé ? Personne.

5 Ses jours sont déterminés ; le nombre de ses mois est entre tes mains ; tu lui as prescrit ses limites, qu’il ne passera point.

6 Retire-toi donc de dessus lui, et qu’il ait quelque repos, jusqu’à ce qu’il ait achevé, comme un mercenaire achève sa journée.

7 Car si un arbre est coupé, il y a de l’espérance, il repoussera encore, et il aura encore des rejetons ;

8 bien que sa racine soit vieillie dans la terre, et que son tronc soit comme mort dans la poussière ;

9 dès qu’il sentira l’eau, il repoussera et produira du fruit, comme un arbre nouvellement planté.

10 Mais l’homme meurt, et perd toute sa force, et il expire ; puis où est-il ?

11 Comme les eaux s’écoulent de la mer, et comme une rivière devient à sec et tarit,

12 ainsi l’homme est couché par terre, et il ne se relève point ; ils ne se réveilleront point ; et ils ne seront point réveillés de leur sommeil, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de cieux.

13 Que je souhaiterais que tu me cachasses dans le sépulcre ; que tu m’y misses à couvert jusqu’à ce que ta colère fût passée ; que tu me donnasses un terme, après lequel tu te souvinsses de moi !

14 Si l’homme meurt, revivra-t-il ? Attendrai-je tous les jours de mon combat, jusqu’à ce qu’il m’arrive quelque changement ?

15 Tu m’appelleras, et je te répondrai, et tu prendras plaisir à l’ouvrage de tes mains.

16 Mais maintenant tu comptes mes pas, et ne prends-tu pas garde à mon péché ?

17 Mes péchés sont cachetés comme dans un faisceau, et tu as cousu ensemble mes iniquités.

18 Certainement, comme une montagne s’éboule en tombant, et comme un rocher est transporté de sa place ;

19 et comme les eaux minent les pierres et entraînent par un débordement la poussière de la terre, et ce qu’elle a produit ; ainsi tu fais périr l’espérance de l’homme mortel.

20 Tu te montres toujours plus fort que lui, et il s’en va ; et lui ayant fait changer de visage, tu le renvoies.

21 Ses enfants seront avancés, mais il n’en saura rien ; ou ils seront abaissés, mais il ne s’en souciera point.

22 Mais sa chair, pendant qu’elle est sur lui, a de la douleur, et son âme s’afflige tandis qu’elle est en lui.



Eliphaz accuse Job d’impiété, et soutient que Dieu n’afflige les hommes que pour leurs crimes.


1 Alors Eliphaz Thémanite prit la parole et dit :

2 Un homme sage dans ses réponses, prononcera-t-il des opinions vaines, et remplira-t-il son cœur du vent d’Orient ?

3 Et disputera-t-il avec des discours qui ne servent de rien, et avec des paroles dont on ne peut tirer aucun profit ?

4 Certainement, tu abolis la crainte de Dieu, et tu anéantis la prière qu’on doit présenter au Dieu fort.

5 Car ta bouche montre ton iniquité, et tu as choisi la langue des hommes rusés.

6 C’est ta bouche qui te condamne, et non pas moi, et tes lèvres témoignent contre toi.

7 Es-tu le premier homme né ? As-tu été formé avant les montagnes ?

8 As-tu été instruit dans le conseil secret de Dieu, et en as-tu emporté la sagesse ?

9 Que sais-tu que nous ne sachions pas ? Quelle connaissance as-tu que nous n’ayons aussi ?

10 Il y a aussi parmi nous quelque homme à cheveux blancs, et quelques vieillards ; il y en a même de plus avancés en âge que ton père.

11 Les consolations du Dieu fort sont-elles trop petites pour toi ? Et cela t’est-il caché ?

12 Qu’est-ce qui te fait perdre courage, et pourquoi tes yeux regardent-ils de travers ?

13 Pourquoi pousses-tu ton souffle contre le Dieu fort, et fais-tu sortir de ta bouche de tels discours ?

14 Qu’est-ce que l’homme mortel, pour être pur ; et celui qui est né de femme, pour être juste ?

15 Voici, il ne s’assure point sur ses saints, et les cieux ne se trouvent point purs devant lui ;

16 et combien plus l’homme qui boit l’iniquité comme l’eau, est-il abominable et puant ?

17 Je t’enseignerai ; écoute-moi, et je te raconterai ce que j’ai vu ;

18 ce que les sages ont déclaré, et qu’ils n’ont point caché, et qu’ils avaient reçu de leurs pères ;

19 auxquels seuls ce pays a été donné, et parmi lesquels l’étranger n’est point passé.

20 Le méchant est comme en travail d’enfant tous les jours, et un petit nombre d’années est réservé à l’homme violent.

21 Un cri de frayeur est dans ses oreilles ; au milieu de la paix il croit que le destructeur se jette sur lui.

22 Il ne croit point pouvoir sortir des ténèbres, et il voit toujours l’épée.

23 Il court de tous côtés après le pain, disant : Où y en a-t-il ? Il sait que le jour des ténèbres lui est préparé.

24 L’angoisse et l’adversité l’épouvantent, et elles l’assiégent, comme un roi qui est préparé pour le combat.

25 Parce qu’il a élevé sa main contre le Dieu fort, et qu’il s’est roidi contre le Tout-Puissant.

26 Dieu a couru contre lui, et l’a saisi au plus épais de ses boucliers,

27 parce que la graisse a couvert tout son visage, et qu’elle a fait des plis sur son corps.

28 Et il habitera dans les villes détruites, et dans les maisons désertes, qui ne sont plus que des monceaux de pierres ;

29 il ne s’en enrichira point, et ses biens ne croîtront point, et ce qu’il voulait achever ne s’étendra point sur la terre.

30 Il ne pourra se tirer des ténèbres ; la flamme séchera ses branches encore tendres ; et il s’en ira par le souffle de la bouche de Dieu.

31 Qu’il ne s’assure point sur la vanité qui le séduit, car la vanité sera sa récompense.

32 Il périra avant que ses jours soient accomplis ; ses branches ne reverdiront point.

33 On lui ravira son verjus comme à une vigne ; et on fera tomber sa fleur comme à un olivier.

34 Car la bande des hypocrites sera désolée ; le feu dévorera les tentes de ceux qui reçoivent les présents.

35 Ils conçoivent le travail, et ils enfantent le tourment, et ils inventent dans leur cœur des tromperies.



Job condamne la cruauté de ses amis, et proteste de son intégrité.


1 Mais Job répondit et dit :

2 J’ai souvent entendu de pareils discours ; vous êtes tous des consolateurs fâcheux.

3 N’y aura-t-il point de fin à ces discours en l’air, et qu’est-ce qui te porte à répondre ainsi ?

4 Parlerais-je comme vous faites, si vous étiez en ma place ? accumulerais-je des paroles contre vous, ou hocherais-je la tête sur vous ?

5 Je vous fortifierais par les paroles de ma bouche, et je ne discourrais pas tant.

6 Si je parle, ma douleur n’en sera point soulagée ; et si je me tais, elle ne s’en ira pas.

7 Mais maintenant elle m’accable. Tu as désolé toute ma troupe.

8 Les rides dont tu m’as couvert, sont le témoin de ma douleur ; et la maigreur qui est venue sur mon visage, en rend témoignage.

9 Sa fureur m’a déchiré, il s’est déclaré mon ennemi, il grince les dents sur moi, et étant devenu mon ennemi il étincelle des yeux contre moi.

10 Ils ouvrent leur bouche contre moi ; ils me donnent des soufflets sur la joue pour m’outrager ; ils s’assemblent tous contre moi.

11 Le Dieu fort m’a enfermé sous le pouvoir de l’impie, et il m’a fait tomber entre les mains des méchants.

12 J’étais en repos, et il m’a écrasé ; il m’a saisi au collet, et m’a brisé, et il m’a mis comme en butte à ses traits.

13 Ses archers m’ont environné ; il me perce les reins, et ne m’épargne aucunement, et il répand mes entrailles sur la terre.

14 Il m’a brisé et m’a fait plaie sur plaie ; il a couru sur moi comme un homme puissant.

15 J’ai cousu un sac sur ma peau, et j’ai terni mon éclat dans la poussière.

16 Mon visage est couvert de boue à force de pleurer, et l’ombre de la mort est sur mes paupières.

17 Non qu’il y ait aucun outrage dans mes mains, et que ma prière ne soit pas pure.

18 O terre, ne cache point le sang que j’ai répandu, et que mon cri ne soit point exaucé !

19 Et même, voilà, j’ai maintenant mon témoin dans les cieux, mon témoin est dans les lieux hauts.

20 Mes intimes amis se moquent de moi, et mon œil fond en larmes devant Dieu.

21 Oh ! s’il était permis à l’homme de raisonner avec Dieu, comme un homme raisonne avec son intime ami !

22 Car les années qui me sont déterminées s’en vont, et j’entre dans un sentier d’où je ne reviendrai plus.



Job condamne encore ses amis, et ne pense, dans sa misère, qu’à la mort.


1 Mes esprits se dissipent, mes jours vont être éteints, le sépulcre m’attend.

2 Je n’ai à faire qu’à des railleurs, et mon œil veille toute la nuit pendant qu’ils aigrissent mon esprit.

3 Donne-moi, je te prie, une caution auprès de toi : qui est-ce qui me touchera dans la main ?

4 Car tu as caché à leur cœur l’intelligence ; c’est pourquoi tu ne les élèveras pas.

5 Les yeux des enfants de celui qui parle en flatterie à ses intimes amis, défaudront.

6 Il m’a rendu la fable des peuples, et je suis comme un tambour devant eux.

7 Mon œil est terni de chagrin, et tous les membres de mon corps sont comme une ombre.

8 Les hommes droits en seront étonnés, et l’innocent s’élèvera contre l’hypocrite.

9 Cependant, le juste demeurera ferme dans ses voies, et celui qui a les mains nettes, se fortifiera.

10 Retournez donc vous tous, revenez, je vous prie ; car je ne trouve aucun sage entre vous.

11 Mes jours sont passés ; mes desseins, qui occupaient mon cœur, sont renversés.

12 Ils ont changé la nuit en jour, et la lumière est près des ténèbres.

13 Ce que j’attends, c’est que le sépulcre va être ma maison, et que je dresserai mon lit dans les ténèbres.

14 Je crie à la fosse : Tu es mon père ; et aux vers : Vous êtes ma mère et ma sœur.

15 Où sera donc son attente ? Et qui est-ce qui la verra ?

16 Mes espérances descendront jusqu’aux barrières du sépulcre, et nous nous reposerons ensemble dans la poussière.



Bildad accuse Job de présomption, et lui déclare quels sont les jugements de Dieu.


1 Alors Bildad Sçuhite prit la parole et dit :

2 Quand finirez-vous ces discours ? Ecoutez ; et nous parlerons.

3 Pourquoi sommes-nous réputés comme si nous étions des bêtes et pourquoi nous tenez-vous pour souillés ?

4 Ô toi qui te déchires toi-même dans ta fureur, la terre sera-t-elle abandonnée pour toi ? Les rochers seront-ils transportés de leur place ?

5 Certainement, la lumière des méchants sera éteinte, et leur feu ne jettera point d’étincelles.

6 La lumière qui luisait dans la tente de chacun d’eux sera obscurcie, et la lampe qui éclairait sur eux sera éteinte.

7 Ses démarches violentes seront resserrées, et son propre conseil le renversera.

8 Car il sera pris dans les filets par ses pieds, et il marchera sur des rets.

9 Le lacet lui saisira le talon et le voleur sera plus fort que lui.

10 Le piége où il sera pris est caché dans la terre, et la trappe où il tombera est dans son sentier.

11 Les terreurs l’assiégeront de tous côtés, et le feront courir çà et là de ses pieds.

12 Sa force sera affamée, et la calamité sera toujours à son côté.

13 Le premier-né de la mort dévorera ce qui soutient sa peau ; il dévorera ce qui le soutient.

14 Les choses où il mettait sa confiance, seront arrachées de sa tente, et cela le fera marcher vers le roi des frayeurs.

15 On habitera dans sa tente, sans qu’elle soit plus à lui ; et on répandra du soufre sur sa maison.

16 Ses racines sécheront par-dessous, et ses branches seront coupées en haut.

17 Sa mémoire périra de la terre, et on ne parlera plus de son nom dans les places.

18 On le chassera de la lumière dans les ténèbres, et il sera exterminé du monde.

19 Il n’aura ni fils ni petit-fils parmi son peuple, et il n’aura personne qui lui survive dans ses demeures.

20 Ceux qui viendront après lui, seront étonnés du jour de sa ruine ; et ceux qui auront été avant lui, en seront saisis d’horreur.

21 Telles seront les demeures de l’injuste ; et tel sera le lieu de celui qui n’a point reconnu le Dieu fort.



Job se plaint de ses amis ; il exprime l’espérance qu’il a de voir son Rédempteur.


1 Mais Job répondit et dit :

2 Jusqu’à quand affligerez-vous mon âme, et m’accablerez-vous de paroles ?

3 Voici déjà dix fois que vous m’avez fait avoir honte de vous. N’avez-vous point honte de vous roidir contre moi ?

4 Si j’ai manqué, la faute en demeure avec moi.

5 Mais si vous vous élevez contre moi, et si vous me reprochez l’opprobre où je me trouve,

6 sachez maintenant, que c’est Dieu qui m’a renversé, et qui a tendu ses filets autour de moi.

7 Voici, je crie à cause de la violence qu’on me fait, et je ne suis point exaucé ; je crie, et il n’y a point de jugement.

8 Il a fermé mon chemin, tellement que je ne saurais passer ; et il a mis les ténèbres sur mes sentiers.

9 Il m’a dépouillé de ma gloire, il a ôté la couronne de dessus ma tête ;

10 il m’a détruit de tous côtés, et je m’en vais ; il m’a ôté toute espérance, comme à un arbre arraché.

11 Sa colère s’est allumée contre moi, et il m’a tenu pour l’un de ses ennemis.

12 Ses troupes sont venues ensemble ; elles ont dressé leur chemin contre moi, et se sont campées autour de ma tente.

13 Il a écarté de moi mes frères, et ceux qui me connaissaient se sont même éloignés de moi.

14 Mes proches m’ont abandonné, et ceux que je connaissais m’ont oublié.

15 Ceux qui habitaient dans ma maison, et mes servantes, m’ont tenu pour un inconnu, et m’ont réputé comme étranger.

16 J’ai appelé mon serviteur ; mais il ne m’a point répondu, quoique je l’aie prié de ma propre bouche.

17 Mon haleine est devenue étrange à ma femme, et j’ai prié les enfants qui sont sortis de moi.

18 Même les petits enfants me méprisent, et quand je me lève, ils parlent contre moi.

19 Tous ceux à qui je déclarais mes secrets, m’ont en abomination ; et tous ceux que j’aimais se sont tournés contre moi.

20 Mes os sont attachés à ma peau et à ma chair, et à peine mes lèvres couvrent-elles mes dents.

21 Ayez pitié de moi ! ayez pitié de moi, vous mes amis ! car la main de Dieu m’a frappé.

22 Pourquoi me persécutez-vous comme le Dieu fort, sans pouvoir vous rassasier de ma chair ?

23 Plût à Dieu que maintenant mes discours fussent écrits ; plût à Dieu qu’ils fussent gravés dans un livre,

24 avec un burin de fer et sur du plomb, et qu’ils fussent taillés sur une pierre de roche à perpétuité.

25 Pour moi, je sais que mon Rédempteur est vivant, et qu’il demeurera le dernier sur la terre ;

26 et qu’après que ma peau aura été détruite, je verrai Dieu de ma chair.

27 Je le verrai moi-même, et mes yeux le verront, et non un autre. Mes reins se consument dans mon sein.

28 Vous devriez plutôt dire : Pourquoi le persécutons-nous ? Car mes discours étaient fondés.

29 Craignez l’épée ; car l’épée fera la vengeance de l’iniquité, afin que vous sachiez qu’il y a un jugement.



Discours de Tsophar sur le sort des méchants.


1 Alors Tsophar Nahamathite prit la parole et dit :

2 C’est pour cela que mes pensées me poussent à répondre, et que je me hâte de le faire.

3 J’ai entendu la correction par laquelle tu veux me faire honte ; mais mon esprit tirera de mon intelligence la réponse pour moi.

4 N’as-tu pas su ce qui a été de tout temps, depuis que Dieu a mis l’homme sur la terre,

5 Que le triomphe des méchants est de peu de durée, et que la joie de l’hypocrite n’est que d’un moment ?

6 Quand son élévation monterait jusqu’aux cieux, et que sa tête atteindrait les nues,

7 néanmoins il périra à jamais comme de l’ordure, et ceux qui l’auront vu ; diront : Où est-il ?

8 Il s’envolera comme un songe, et on ne le trouvera plus ; il s’évanouira comme un rêve de la nuit.

9 L’œil qui l’aura vu ne le verra plus ; le lieu où il était ne le reconnaîtra plus.

10 Ses enfants feront la cour aux pauvres ; et ses mains restitueront ce qu’il aura ravi par violence.

11 Ses os sont pleins des péchés de sa jeunesse ; mais ils reposeront avec lui sur la poudre.

12 Si le mal est doux à sa bouche, et s’il le cache sous sa langue ;

13 s’il le goûte et s’il ne le rejette point, mais qu’il le retienne dans son palais,

14 ce qu’il mangera se changera dans ses entrailles en un fiel d’aspic.

15 Il a englouti les richesses ; mais il les vomira, et le Dieu fort les jettera hors de son ventre.

16 Il sucera un venin d’aspic, et la langue de la vipère le tuera.

17 Il ne verra point couler sur lui les ruisseaux, les fleuves, ni les torrents de miel et de beurre.

18 Il rendra ce qu’il a acquis par son travail, et il ne l’avalera point ; il le rendra à proportion de ce qu’il avait pris ; et il ne s’en réjouira point.

19 Parce qu’il aura foulé et abandonné les pauvres ; qu’il aura pillé la maison au lieu de la bâtir.

20 Certainement, il n’en sentira point de contentement en lui-même, et il ne sauvera rien de ce qu’il aura tant désiré.

21 Il n’aura rien de reste à manger ; c’est pourquoi il ne s’attendra plus à son bien.

22 Après que son abondance aura été comblée, il sera en angoisse ; les mains de tous ceux qui oppriment les autres se jetteront sur lui.

23 S’il y a eu de quoi remplir son ventre, Dieu lui fera sentir l’ardeur de sa colère, et fera pleuvoir sur lui et sur sa chair.

24 S’il s’enfuit de devant les armes de fer, l’arc d’airain le transpercera.

25 Le trait décoché transpercera son corps, et le fer étincelant transpercera son fiel ; toutes sortes de frayeurs viendront sur lui.

26 Les ténèbres les plus épaisses seront cachées dans ses lieux les plus secrets ; un feu qu’on n’aura point soufflé le consumera ; celui qui restera dans sa tente sera malheureux.

27 Les cieux découvriront son iniquité, et la terre s’élèvera contre lui.

28 Le revenu de sa maison sera transporté ; tout s’écoulera au jour de la colère de Dieu.

29 C’est là la portion que Dieu réserve à l’homme méchant, et l’héritage qu’il recevra du Dieu fort à cause de ses paroles.



Réplique de Job sur le sort des méchants.


1 Mais Job répondit et dit :

2 Ecoutez attentivement mon discours, et cela me tiendra lieu de vos consolations.

3 Supportez-moi et je parlerai ; et après que j’aurai parlé, moquez-vous-en.

4 Pour moi, est-ce à un homme que mon discours s’adresse ? Si cela était, comment mon esprit ne s’affligerait-il pas ?

5 Regardez-moi, et soyez étonnés, et mettez la main sur la bouche.

6 Quand il me souvient de mon état, je suis éperdu, et un tremblement saisit ma chair.

7 Pourquoi les méchants vivent-ils, et vieillissent-ils ? Et même, pourquoi sont-ils les plus puissants ?

8 Leur postérité s’établit en leur présence avec eux, et leurs rejetons subsistent devant leurs yeux.

9 Leurs maisons jouissent de la paix sans frayeur : la verge de Dieu n’est point sur eux.

10 Leurs vaches conçoivent et conservent leur fruit ; leur jeune vache vêle et n’avorte point.

11 Ils chassent devant eux leurs petits comme un troupeau de brebis, et leurs enfants sautent.

12 Ils élèvent leur voix avec le tambour et la harpe, et ils se réjouissent au son des instruments.

13 Ils passent leurs jours dans la bonne chère, et ils descendent au sépulcre en un moment.

14 Et, cependant, ils ont dit au Dieu fort : Retire-toi de nous ; nous ne voulons point connaître tes voies.

15 Qu’est-ce du Tout-Puissant que nous le servions ? et quel profit nous reviendra-t-il quand nous l’aurons prié ?

16 Mais leur bien n’est pas en leur puissance ; c’est pourquoi je me suis éloigné du conseil des méchants.

17 Quand est-ce que la lampe des méchants sera éteinte, et que l’orage viendra sur eux, et que Dieu leur donnera leur partage en sa colère ?

18 Quand seront-ils comme la paille exposée au vent, et comme de la balle qui est enlevée par un tourbillon ?

19 Dieu réservera les peines de la violence du méchant à ses enfants ; il la lui rendra, et il la sentira.

20 Et ils verront leur ruine de leurs propres yeux, et ils boiront de la colère du Tout-Puissant.

21 Mais que lui importera-t-il de ce que deviendra sa maison après lui, quand le nombre de ses mois aura été retranché ?

22 Enseignerait-on la science au Dieu fort qui juge ceux qui sont élevés ?

23 Celui-ci meurt dans la force de sa vigueur, tout à son aise et en repos.

24 Ses vases sont remplis de lait, et ses os sont comme abreuvés de moelle.

25 Et l’autre meurt dans l’amertume de son âme, et n’ayant jamais goûté aucun bien.

26 Ils sont couchés ensemble dans la poudre, et les vers les couvrent.

27 Voilà, je connais vos pensées et les desseins que vous formez contre moi.

28 Car vous dites : Où est la maison de cet homme opulent, et où est la tente où les méchants habitaient ?

29 Ne vous êtes-vous jamais enquis des voyageurs ? Et n’avez-vous point reconnu par les preuves qu’ils vous en donnaient,

30 que le méchant est réservé pour le jour de l’orage et pour le jour que les fureurs seront envoyées contre lui ?

31 Et qui est-ce qui oserait lui représenter en face sa conduite ? Qui est-ce qui lui rendrait ce qu’il a fait ?

32 Il sera porté au sépulcre, et il ne bougera pas du tombeau.

33 Les mottes des vallées lui seront douces ; il tirera tous les hommes après lui, et devant lui il y a des gens sans nombre.

34 Comment donc me donnez-vous des consolations vaines, puisqu’il y a toujours de la prévarication dans vos pensées ?



Eliphaz condamne Job et l'exhorte à se convertir.


1 Alors Eliphaz Thémanite prit la parole et dit :

2 L’homme apportera-t-il quelque profit au Dieu fort ? C’est plutôt à soi-même que l’homme sage apporte du profit.

3 Le Tout-Puissant reçoit-il quelque plaisir, si tu es juste ; ou quelque gain, si tu marches dans l’intégrité ?

4 Te reprend-il, et entre-t-il avec toi en jugement par la crainte qu’il ait de toi ?

5 Ta méchanceté n’est-elle pas grande ? Et tes iniquités ne sont-elles pas sans nombre ?

6 Car tu as pris le gage de tes frères sans raison ; tu as ôté le vêtement à ceux qui étaient nus.

7 Tu n’as point donné d’eau à boire à celui qui était fatigué du chemin ; tu as empêché que celui qui avait faim, n’eût du pain.

8 Tu as donné la terre à celui qui était puissant, et celui pour qui tu avais des égards, y habitait.

9 Tu as renvoyé les veuves vides, et les bras des orphelins ont été brisés.

10 C’est pour cela que les piéges sont autour de toi, et qu’une subite frayeur t’épouvante ;

11 et que les ténèbres sont autour de toi, et que tu ne vois point, et que le débordement des eaux te couvre.

12 Dieu n’est-il pas là-haut aux cieux ? Regarde donc la hauteur des étoiles, et combien elles sont élevées.

13 Et tu as dit : Qu’est-ce que le Dieu fort connaît ? Jugera-t-il au travers des nuées obscures ?

14 Les nuées lui sont comme une cachette, et il ne voit rien ; il se promène sur le tour des cieux.

15 N’as-tu pas pris garde au chemin que les injustes ont tenu anciennement ;

16 qui ont été retranchés avant leur temps, et dont un fleuve a emporté le fondement ?

17 Ils disaient au Dieu fort : Retire-toi de nous. Et qu’est-ce que leur avait fait le Tout-Puissant ?

18 Il avait rempli de biens leur maison. Mais loin de moi le conseil des méchants !

19 Les justes le verront, et s’en réjouiront, et l’innocent se moquera d’eux et dira :

20 Certainement, notre état n’a point été détruit ; mais le feu a dévoré tout ce qui leur restait.

21 Attache-toi donc à Dieu, je te prie, et demeure en paix, et il t’en arrivera du bien.

22 Reçois la loi de sa bouche, je te prie, et mets ses paroles en ton cœur.

23 Si tu retournes jusqu’au Tout-Puissant, tu seras rétabli. Eloigne l’iniquité de ta tente ;

24 et tu mettras l’or sur la poussière, et l’or d’Ophir sur les rochers des torrents ;

25 et le Tout-Puissant sera ton or et l’argent qui te donnera des forces.

26 Alors tu trouveras tes délices dans le Tout-Puissant, et tu élèveras ton visage vers Dieu.

27 Tu le fléchiras par tes prières, et il t’exaucera, et tu lui rendras tes vœux.

28 Si tu as quelque dessein, il te réussira, et la lumière resplendira sur tes voies.

29 Quand quelqu’un aura été humilié, et que tu diras qu’il soit élevé, Dieu délivrera celui qui aura tenu les yeux baissés.

30 Il délivrera l’innocent, et il sera délivré par la pureté de tes mains.



Job se défend et s’assure sur son intégrité.


1 Mais Job répondit et dit :

2 Je parlerai encore aujourd’hui en me plaignant ; ma main s’appesantira sur mon gémissement.

3 Que je souhaiterais de savoir où je pourrais trouver Dieu ! J’irais jusqu’à son trône ;

4 j’y déduirais par ordre ma cause devant lui, et je remplirais ma bouche de preuves ;

5 je saurais ce qu’il me répondrait, et j’entendrais ce qu’il me dirait.

6 Contesterait-il avec moi par la grandeur de sa force ? Non ; il proposerait seulement contre moi ses raisons.

7 L’homme droit y raisonnerait avec lui, et je serais absous pour toujours par mon juge.

8 Voilà, si je vais en avant, il n’y est pas ; si je vais en arrière, je ne l’y apercevrai point ;

9 si je vais à gauche, je ne l’y vois point encore ; il se cache à droite, et je ne l’y découvre point ;

10 quand il aura connu la voie que j’ai suivie, et qu’il m’aura éprouvé, je sortirai comme l’or qui a passé par le feu.

11 Mon pied a tenu son chemin, j’ai gardé sa voie, et je ne m’en suis point détourné.

12 Je ne me suis point écarté non plus du commandement qui est sorti de ses lèvres ; j’ai serré les paroles de sa bouche avec plus de soin que ma provision ordinaire.

13 Mais s’il a fait un dessein, qui l’en détournera ? Il fait ce que son âme désire.

14 Car il achèvera ce qu’il a ordonné de moi ; et il fait encore beaucoup d’autres choses semblables.

15 C’est pourquoi je suis éperdu à cause de sa présence : si j’y pense, je suis effrayé à cause de lui.

16 Parce que le Dieu fort a abattu mon cœur, et que le Tout-Puissant m’a étonné ;

17 Parce que je n’ai pas été entièrement retranché à la vue des ténèbres, et qu’il n’a pas éloigné l’obscurité de devant moi.



Job montre que les jugements de Dieu nous sont incompréhensibles, et qu’on voit souvent prospérer les méchants.


1 Pourquoi est-ce que les temps ne sont pas cachés par le Tout-Puissant, et que ceux qui le connaissaient ne voient point ses jours ?

2 On remue les bornes, on ravit les troupeaux, et on les fait paître ;

3 on emmène l’âne des orphelins, on prend pour gage le bœuf de la veuve ;

4 on fait écarter les pauvres du chemin ; les affligés du pays sont pareillement contraints de se cacher.

5 Voilà, ce sont comme des ânes sauvages dans le désert ; ils sortent pour faire ce qu’ils ont entrepris ; ils se lèvent le matin pour chercher de la proie ; la campagne leur donne du pain pour leurs enfants.

6 Ils moissonnent par les champs le fourrage qui y est, et ils font que le méchant vendange les vignes.

7 Ils font passer la nuit sans vêtement à l’homme nu, de sorte qu’il n’a pas de quoi se couvrir durant le froid ;

8 en sorte que les pauvres sont percés par les grandes pluies des montagnes, et qu’ils cherchent leur retraite dans les rochers.

9 Ils ravissent le pupille dès la mamelle, et ils prennent des gages sur le pauvre.

10 Ils font aller sans vêtement l’homme nu, et ils enlèvent à ceux qui ont faim ce qu’ils ont glané.

11 Ceux qui pressent l’huile dans leurs maisons, et qui foulent la vendange dans leurs pressoirs, ont soif.

12 Les hommes jettent des sanglots dans la ville ; l’âme de ceux qui sont blessés à mort, crie ; et, cependant, Dieu ne fait rien mal à propos.

13 Ils ont été rebelles à la lumière, ils n’ont point connu les voies de Dieu, et ils ne se sont point tenus à ses sentiers.

14 Le meurtrier se lève au point du jour, et tue le pauvre et l’indigent ; et de nuit il dérobe comme un larron.

15 L’œil de l’adultère épie le soir, disant : Aucun œil ne me verra ; et il se cache le visage.

16 Ils percent dans les ténèbres les maisons qu’ils avaient marquées le jour ; ils ne savent ce que c’est que la lumière.

17 Car la lumière du matin leur est à tous comme l’ombre de la mort ; si quelqu’un les reconnaît, ils ont des frayeurs mortelles.

18 Il est léger et inconstant comme la surface de l’eau ; leur portion dans la terre est maudite ; il néglige la culture des vignes.

19 Comme la sécheresse et la chaleur consument les eaux de neige, ainsi le sépulcre ravit les pécheurs.

20 Il sera oublié comme s’il n’était jamais né ; les vers en feront bonne chère ; on ne s’en souviendra plus, l’inique sera brisé comme un bois.

21 C’est lui qui tourmentait la stérile qui n’enfantait point, et qui ne faisait aucun bien à la veuve ;

22 et qui entraînait les puissants par sa force ; lorsqu’il se levait, on n’était pas assuré de sa vie.

23 Dieu lui donne de quoi s’assurer, et il s’appuie sur cela : mais ses yeux sont ouverts sur leur conduite.

24 Ils sont élevés en peu de temps ; après cela ils ne subsistent plus ; ils sont abaissés ; ils sont emportés comme tous les autres ; ils sont coupés comme le haut d’un épi.

25 Si cela n’est pas ainsi, qui est-ce qui me convaincra que je mens, et qui mettra ma parole au néant ?



Bildad montre que l’homme ne saurait être trouvé juste devant Dieu.


1 Alors Bildad Sçuhite prit la parole et dit :

2 C’est lui qui domine, et qui doit être craint ; il fait régner la paix dans ses hauts lieux.

3 Ses armées se peuvent-elles compter ? Et sur qui sa lumière ne se lève-t-elle pas ?

4 Et comment l’homme mortel se justifierait-il devant le Dieu fort ? Et comment celui qui est né de la femme serait-il pur ?

5 La lune même ne luit point en sa présence ; et les étoiles ne sont pas pures devant ses yeux ;

6 combien moins est l’homme qui n’est qu’un ver, et le fils de l’homme qui n’est qu’un vermisseau ?



Job décrit la sagesse et la puissance de Dieu.


1 Mais Job répondit et dit :

2 Qui as-tu aidé ? Est-ce celui qui n’avait point de force ? Qui as-tu délivré ? Est-ce celui dont le bras était affaibli ?

3 A qui as-tu donné conseil ? Est-ce à celui qui n’avait point de sagesse ? Est-ce ainsi que tu as fait paraître l’abondance de ta sagesse ?

4 A qui as-tu tenu ce discours ? Et de qui est l’esprit qui est sorti de toi ?

5 Les choses inanimées sont formées de ce qui est sous les eaux, même ceux qui y habitent.

6 L’abîme est nu devant lui, et le gouffre n’a point de couverture.

7 Il étend le Septentrion sur le vide, et il suspend la terre sur le néant.

8 Il resserre les eaux dans ses nuées, et la nuée n’éclate pas sous elles.

9 Il couvre la face de son trône, et il étend sa nuée par-dessus.

10 Il a compassé des bornes sur les eaux tout autour, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus ni lumière, ni ténèbres.

11 Les colonnes des cieux sont ébranlées, et s’étonnent à sa menace.

12 Il fend la mer par sa puissance, et il frappe par son intelligence les flots quand ils s’élèvent.

13 Il a orné les cieux par son souffle, et sa main a formé le serpent traversant.

14 Ce ne sont là que les bords de ses voies. Que ce que nous en connaissons est peu de chose! Et qui est-ce qui pourra comprendre le grand éclat de sa puissance ?



Job soutient son innocence et fait voir la triste fin des méchants.


1 Or, Job continuant, reprit son discours sentencieux et dit :

2 Je prends à témoin le Dieu vivant, qui a écarté mon droit, et le Tout-Puissant qui a rempli mon âme d’amertume,

3 que pendant tout le temps que j’aurai du souffle et que Dieu me laissera respirer l’air,

4 mes lèvres ne prononceront rien d’injuste, et ma langue ne dira point de chose fausse.

5 Dieu me garde de vous justifier ! Tant que je vivrai, je ne quitterai point mon intégrité.

6 J’ai conservé ma justice, et je ne l’abandonnerai point ; et ma conscience ne me reprochera rien, dans les jours de ma vie.

7 Celui qui me hait sera comme le méchant ; et celui qui se lève contre moi, comme l’injuste.

8 Car quelle sera l’attente de l’hypocrite qui se sera enrichi, lorsque Dieu lui arrachera son âme ?

9 Le Dieu fort entendra-t-il ses cris quand l’affliction viendra sur lui ?

10 Trouvera-t-il son plaisir dans le Tout-Puissant ? Invoquera-t-il Dieu en aucun temps ?

11 Je vous enseignerai les œuvres du Dieu fort, et je ne vous cacherai point ce qui est dans le Tout-Puissant.

12 Voilà, vous avez tous vu ces choses ; et comment vous laissez-vous aller à des discours vains ?

13 C’est ici la portion de l’homme méchant, que le Dieu fort lui réserve, et l’héritage que les violents reçoivent du Tout-Puissant.

14 Si ses enfants sont multipliés, c’est pour l’épée ; et sa postérité ne sera pas même rassasiée de pain.

15 Ceux qu’il aura de reste, étant morts, seront ensevelis ; mais ses veuves ne les pleureront point.

16 Quand il entasserait l’argent comme la poussière, et qu’il mettrait en réserve des habits comme par monceaux ;

17 il les arrangera ; mais le juste s’en revêtira, et l’innocent partagera l’argent.

18 Il se bâtira une maison comme la teigne, et comme celui qui garde les possessions fait sa cabane.

19 Le riche sera couché, et ne sera point recueilli ; il ouvrira ses yeux et il ne trouvera rien.

20 Les frayeurs le surprendront comme des eaux ; le tourbillon l’enlèvera de nuit.

21 Le vent d’orient l’emportera, et il s’en ira ; il l’enlèvera de sa place comme un tourbillon.

22 Le Seigneur se jettera sur lui et ne l’épargnera point ; et étant poursuivi par sa main, il ne cessera de fuir.

23 Chacun frappera des mains contre lui, et le sifflera de la place qu’il occupait.



Discours de Job sur l'industrie des hommes et la sagesse de Dieu.


1 Certainement, l’argent a sa veine et l’or a un lieu d’où on le tire pour l’affiner.

2 Le fer se tire de la poussière, et la pierre de mine fondue rend de l’airain.

3 L’homme met une fin aux ténèbres, de sorte qu’il recherche le bout de toutes choses, même les pierres précieuses qui sont dans l’obscurité et dans l’ombre de la mort.

4 Le torrent, se débordant d’un lieu habité, se jette dans les lieux où l’on ne met plus le pied ; mais ses eaux enfin se tarissent et s'écoulent par le travail des hommes.

5 C’est de la terre que sort le pain et au-dessous elle est renversée comme par le feu.

6 Ses pierres sont le lieu où se trouvent les saphirs, et la poudre d’or y est.

7 L’oiseau de proie n'en a point connu le chemin, et l’œil du milan ne l’a point découvert.

8 Les jeunes lions n’y ont point marché ; le vieux lion n’a point passé par là.

9 L’homme met la main aux pierres les plus dures, et renverse les montagnes jusqu’aux fondements.

10 Il fait passer les ruisseaux au travers des rochers fendus, et son œil découvre tout ce qui y est de précieux.

11 Il arrête les fleuves, afin d’en empêcher le cours, et il met au jour ce qui y est caché.

12 Mais où trouvera-t-on la sagesse ? Et où est le lieu de l’intelligence ?

13 L’homme ne connaît pas son prix ; et elle ne se trouve pas dans la terre des vivants.

14 L’abîme dit : Elle n’est pas en moi ; et la mer dit : Elle n’est pas avec moi.

15 Elle ne se donne point pour de l’or fin, et elle ne s’achète point au poids de l’argent.

16 On ne l’échange point avec l’or d’Ophir, ni avec l’onyx précieux, ni avec le saphir.

17 L’or ni le diamant ne sauraient approcher de son prix, et on ne la donnera point en échange pour un vase d’or fin.

18 En comparaison d’elle, on ne parlera point de corail ni de béril ; et le prix de la sagesse surpasse celui des perles.

19 La topaze d’Ethiopie n’approchera point de son prix, et la sagesse ne sera point échangée contre l’or le plus pur.

20 D’où vient donc la sagesse ? Et où est le lieu de l’intelligence ?

21 Elle est couverte aux yeux de tout homme vivant, et cachée aux oiseaux des cieux.

22 Le gouffre et la mort disent : Nous avons entendu parler d’elle de nos oreilles.

23 C’est Dieu qui en sait le chemin et qui sait où elle est.

24 Car c’est lui qui voit jusqu’aux extrémités du monde, et qui regarde sous tous les cieux.

25 Quand il donnait du poids au vent, et qu’il pesait et mesurait les eaux ;

26 quand il prescrivait une loi à la pluie, et qu’il marquait le chemin à l’éclair des tonnerres ;

27 alors il la vit et la découvrit ; il la prépara, et même il la sonda jusqu’au fond.

28 Puis il dit à l’homme : Voilà, la crainte du Seigneur est la vraie sagesse, et l’intelligence consiste à se détourner du mal.



Description du premier état de Job, et de sa grande prospérité.


1 Et Job continuant, reprit son discours sentencieux, et dit :

2 Oh ! qui me ferait être comme j’étais autrefois, comme j’étais dans ces jours où Dieu me gardait !

3 quand il faisait luire son flambeau sur ma tête, et quand, par sa lumière, je marchais dans les ténèbres !

4 Comme j’étais aux jours de ma jeunesse, dans le conseil secret de Dieu, dans ma tente ;

5 quand le Tout-Puissant était encore avec moi, et mes gens autour de moi ;

6 quand je lavais mes pas dans le beurre, et que des ruisseaux d’huile découlaient pour moi du rocher ;

7 quand je sortais vers la porte, passant par la ville, et que je me faisais préparer un siége dans la place ;

8 les jeunes gens me voyant, se retiraient ; les plus anciens se levaient et se tenaient debout.

9 Les principaux s’abstenaient de parler, et mettaient la main sur leur bouche.

10 Les conducteurs retenaient leur voix, et leur langue était attachée à leur palais.

11 L’oreille qui m’entendait disait que j’étais bien heureux ; et l’œil qui me voyait me rendait témoignage ;

12 car je délivrais l’affligé qui criait, et l’orphelin qui n’avait personne pour le secourir.

13 La bénédiction de celui qui s’en allait périr venait sur moi, et je faisais que le cœur de la veuve chantait de joie.

14 J’étais revêtu de justice ; elle me servait de vêtement, mon équité m’était comme un manteau, et comme une tiare.

15 Je servais d’yeux à l’aveugle, et de pieds au boiteux.

16 J’étais le père des pauvres, et je m’informais diligemment de la cause qui ne m’était point connue.

17 Je brisais les mâchoires de l’injuste, et je lui arrachais la proie d’entre ses dents.

18 Et je disais : Je mourrai dans mon nid, et je multiplierai mes jours comme des grains de sable.

19 Ma racine s’étendait sur les eaux, et la rosée demeurait toute la nuit sur mes branches.

20 Ma gloire se renouvelait en moi, et mon arc se renforçait dans mes mains.

21 On m’écoutait, et on attendait que j’eusse parlé, et on se taisait après avoir entendu mon avis.

22 Ils ne répliquaient rien après ce que je disais, et ma parole tombait sur eux comme les gouttes de la pluie.

23 Ils m’attendaient comme la pluie ; ils ouvraient leur bouche comme après la pluie de l’arrière-saison.

24 Riais-je avec eux, ils ne le croyaient pas ; et ils ne faisaient point déchoir la sérénité de mon visage.

25 Voulais-je aller avec eux, j’étais assis dans la première place ; j’étais entre eux comme un roi dans son armée, et comme celui qui console les affligés.



Job décrit le grand changement de sa condition.


1 Mais maintenant, ceux qui sont plus jeunes que moi se moquent de moi ; ceux-là même dont je n’aurais pas daigné mettre les pères avec les chiens de mon troupeau.

2 Et qu’avais-je à faire de la force de leurs mains ? La vieillesse était périe en eux.

3 Pressés par la disette et par la faim, ils vivaient à l’écart, fuyant dans les lieux arides, ténébreux, désolés et déserts.

4 Ils coupaient des herbes sauvages auprès des arbrisseaux, et la racine des genièvres pour se chauffer.

5 Ils étaient chassés du milieu des hommes, et on criait après eux comme après un larron.

6 Et ils habitaient dans les creux des torrents, dans les trous de la terre et des rochers.

7 Ils ne faisaient que hurler entre les arbrisseaux, et ils se tapissaient sous les chardons.

8 C’étaient des gens de néant, des gens sans nom et qui étaient abaissés plus bas que la terre.

9 Et maintenant je suis le sujet de leur chanson, et je fais la matière de leur entretien.

10 Ils m’ont en abomination ; ils se tiennent loin de moi ; même, ils ne craignent pas de me cracher au visage.

11 Parce que Dieu a relâché la corde de mon arc et m’a affligé, ils ont secoué le frein de devant moi.

12 Des jeunes gens s’élèvent à ma droite ; ils poussent mes pieds, et ils dressent contre moi les chemins de l’outrage qu’ils me font.

13 Ils ont rompu mon chemin ; ils aident à me rendre misérable, sans qu’ils aient besoin de personne qui les aide.

14 Ils viennent contre moi comme par une brèche large, et ils se sont roulés sur moi dans ma ruine.

15 Tout a été renversé sur moi, et des frayeurs poursuivent mon âme comme un vent, de sorte que ma délivrance est passée comme une nuée.

16 C’est pourquoi, maintenant mon âme se fond en moi ; les jours d’affliction m’ont atteint.

17 Il m’a percé de nuit les os, et mes veines n’ont point de repos.

18 Mon vêtement a changé de couleur, par la grandeur de son effort ; et il me serre tout autour, comme l’ouverture de ma camisole.

19 Il m’a jeté dans la boue, et je ressemble à la poussière et à la cendre.

20 Je crie à toi, et tu ne m’exauces point ; je me tiens debout devant toi, et tu ne me regardes point.

21 Tu deviens cruel contre moi, et tu t’opposes à moi, par la force de ta main.

22 Tu m’enlèves, tu me fais monter sur le vent, comme sur un chariot, et tu fais fondre en moi tout ce qui me fait subsister.

23 Or, je sais bien que tu m’amèneras à la mort, et dans la maison assignée à tous les vivants.

24 Quoi qu’il en soit, il n’étendra point sa main jusqu’au sépulcre. Ceux qu’il aura détruits, crieront-ils à lui ?

25 Ne pleurais-je pas à cause de celui qui passait de mauvais jours ? et mon âme n’était-elle pas affligée à cause du pauvre ?

26 Quand j’attendais le bien, le mal m’est arrivé ; et quand j’espérais la clarté, les ténèbres sont venues.

27 Mes entrailles sont comme dans un feu, sans avoir aucun repos ; les jours d’affliction m’ont prévenu.

28 Je marche tout noirci, mais non point par les rayons du soleil ; je me lève, je crie en pleine assemblée.

29 Je suis devenu le frère des dragons et le compagnon des hiboux.

30 Ma peau est devenue noire sur moi, et mes os sont desséchés par l’ardeur du feu qui me consume.

31 C’est pourquoi ma harpe s’est changée en deuil, et mes instruments de musique en des voix lugubres.



Job justifie sa conduite passée.


1 J’avais fait accord avec mes yeux ; et comment eussé-je contemplé une vierge !

2 Car quelle aurait été la portion que Dieu m’aurait envoyée d’en haut ? et quel est l’héritage que j’aurais reçu des hauts lieux, de la part du Tout-Puissant ?

3 La perdition n’est-elle pas pour le pervers, et les accidents étranges pour les ouvriers d’iniquité ?

4 N’a-t-il pas vu ma conduite, et n’a-t-il pas compté toutes mes démarches ?

5 Si j’ai marché dans le mensonge, et si mon pied s’est hâté à tromper ;

6 qu’on me pèse dans des balances justes, et Dieu connaîtra mon intégrité.

7 Si mes pas se sont détournés du droit chemin, et si mon cœur a suivi mes yeux, et si quelque souillure s’est attachée à mes mains ;

8 que je sème, et qu’un autre en mange, et que tout ce que j’aurai fait produire soit déraciné.

9 Si mon cœur a été séduit par quelque femme ; si j’ai dressé des embûches à la porte de mon prochain ;

10 que ma femme soit déshonorée par un autre, et qu’elle soit prostituée à d’autres.

11 Car c’eût été une méchanceté préméditée, et une de ces iniquités qui sont toutes jugées.

12 Même, ç’aurait été un feu qui m’aurait dévoré jusqu’à me consumer, et qui aurait déraciné tout mon revenu.

13 Si j’ai dédaigné de faire droit à mon serviteur ou à ma servante, quand ils ont contesté avec moi ;

14 car qu’eussé-je fait, quand le Dieu fort se serait levé ? Et quand il m’en aurait demandé compte, que lui aurais-je répondu ?

15 Celui qui m’a fait dans le ventre, n’a-t-il pas fait aussi celui qui me sert ? Ne nous a-t-il pas formés de même dans la matrice ?

16 Si j’ai refusé aux pauvres ce qu’ils ont désiré, si j’ai fait attendre trop longtemps la veuve ;

17 si j’ai mangé seul mes morceaux, et si l’orphelin n’en a point mangé.

18 (car, dès ma jeunesse, il a été élevé avec moi, comme chez son père ; et dès le ventre de ma mère j’ai pris soin de la veuve.)

19 si j’ai vu un homme périr, faute d’être vêtu, et le pauvre, faute de couverture ;

20 si ses reins ne m’ont point béni, et s’il n’a pas été échauffé de la laine de mes agneaux ;

21 si j’ai levé la main contre l’orphelin, quand j’ai vu à la porte que je pouvais l’aider ;

22 que mon épaule tombe et soit séparée de mon côté, et que mon bras soit cassé avec son os.

23 Car j’ai eu frayeur de l’orage du Dieu fort, et de ce que je ne pourrais pas subsister devant sa grandeur.

24 Si j’ai mis mon espérance en l’or, et si j’ai dit à l’or fin : Tu es ma confiance ;

25 si je me suis réjoui de ce que mes biens étaient multipliés, et de ce que ma main en avait trouvé beaucoup ;

26 si j’ai regardé le soleil lorsqu’il brillait le plus, et la lune lorsqu’elle était claire ;

27 et si mon cœur a été séduit en secret, et si ma main a touché ma bouche pour les adorer

28 (ce qui est aussi une iniquité toute jugée, car j’eusse renié le Dieu fort d’en haut) ;

29 si je me suis réjoui du malheur de celui qui me haïssait ; si j’ai sauté de joie quand il lui est arrivé du mal

30 (je n’ai pas même permis à ma langue de pécher, en demandant sa mort avec imprécation).

31 Les gens de ma maison n’ont point dit : Qui nous donnera de sa chair ? Nous n’en saurions être rassasiés.

32 L’étranger n’a point passé la nuit dehors ; j’ai ouvert ma porte au voyageur.

33 Si j’ai caché mon péché comme Adam, et si j’ai couvert mon iniquité en me flattant

34 (bien que je pusse opprimer une grande multitude, toutefois, le moindre qu’il y eût dans les familles me donnait de la crainte, et je me tenais dans le silence, je ne sortais point de la porte).

35 Plût à Dieu que quelqu’un m’écoutât ! Voilà mon but, c’est que le Tout-Puissant me réponde, et que ma partie adverse produise son écrit.

36 Je le porterais sur mon épaule ; et je l’attacherais comme une couronne.

37 Je lui raconterais tous mes pas, je m’approcherais de lui comme d’un prince.

38 Si la terre que je possède crie contre moi, et si ses sillons pleurent ;

39 si j’ai mangé son fruit sans le payer, si j’ai tourmenté l’esprit de ceux qui la possédaient ;

40 qu’elle me produise des épines au lieu de blé, et de l’ivraie au lieu d’orge. C’est ici la fin des paroles de Job.



Discours d’Elihu, le plus jeune des amis de Job.


1 Alors ces trois hommes-là cessèrent de répondre à Job, parce qu’il croyait être juste.

2 Et Elihu, fils de Barakéel, Buzite, de la famille de Ram, se mit dans une fort grande colère contre Job, parce qu’il se justifiait soi-même devant Dieu.

3 Il se mit aussi en colère contre ses trois amis, parce qu’ils n’avaient pas trouvé de quoi répondre, et que, cependant, ils avaient condamné Job.

4 Et Elihu avait attendu avec Job qu’ils parlassent, parce qu’ils étaient plus âgés que lui.

5 Mais Elihu, voyant qu’il n’y avait aucune réponse dans la bouche de ces trois hommes, se mit fort en colère.

6 C’est pourquoi, Elihu, fils de Barakéel, Buzite, prit la parole et dit : Je suis moins âgé que vous, et vous êtes fort vieux ; aussi j’ai craint, et je n’ai pas osé vous dire mon avis.

7 Je disais : Les jours parleront, et le grand nombre des années fera connaître la sagesse.

8 Mais, quoique l’esprit soit dans les hommes, c’est l’inspiration du Tout-Puissant qui les rend intelligents.

9 Les grands ne sont pas toujours sages, et les vieillards n’entendent pas toujours ce qui est juste.

10 C’est pourquoi je dis : Ecoute-moi, et je dirai aussi mon avis.

11 Voici, j’ai attendu que vous parlassiez ; j’ai prêté l’oreille, jusqu’à ce que vous eussiez bien considéré et que vous eussiez bien examiné les discours de Job.

12 Je vous ai examinés ; mais voilà, il n’y en a pas un d’entre vous qui ait convaincu Job, et qui ait répondu à ce qu’il a dit ;

13 afin que vous ne disiez pas : Nous avons trouvé la sagesse ; c’est le Dieu fort qui le poursuit, et non pas un homme.

14 Ce n’est point contre moi qu’il a adressé ses discours ; aussi je ne lui répondrai pas selon vos paroles.

15 Ils ont été étonnés ; ils n’ont plus rien répondu ; on leur a fait perdre la parole.

16 J’ai donc attendu jusqu’à ce qu’ils ne parlassent plus, mais parce qu’ils sont demeurés muets, et qu’ils n’ont plus répondu,

17 je répondrai aussi ce que j’ai à dire à mon tour ; j’en dirai aussi mon avis.

18 Car je suis gros de parler, et les pensées de mon cœur me pressent.

19 Voici, mon cœur est comme un vaisseau de vin qui n’a point d’air, et il éclaterait comme des vaisseaux neufs.

20 Je parlerai donc, et je me soulagerai ; j’ouvrirai mes lèvres, et je répondrai.

21 Qu’il ne m’arrive pas d’avoir acception de personnes ; je ne me servirai point de mots couverts, en parlant à un, homme.

22 Car je ne sais point user de mots couverts ; celui qui m’a fait, ne m’enlèverait-il pas incontinent ?



Suite du discours d’Elihu.


1 C’est pourquoi, Job, écoute, je te prie, mon discours, et prête l’oreille à toutes mes paroles.

2 Voici maintenant, j’ouvre ma bouche : ma langue parle dans mon palais ;

3 mes paroles répondront à la droiture de mon cœur, et mes lèvres prononceront la pure vérité.

4 L’Esprit du Dieu fort m’a fait, et le souffle du Tout-Puissant m’a donné la vie.

5 Si tu peux, réponds-moi ; résiste-moi en face, et défends-toi.

6 Voici, je suis formé de Dieu aussi bien que toi ; je suis aussi tiré de la boue.

7 Voici, ma frayeur ne te troublera point, et ma main ne s’appesantira point sur toi.

8 Quoi qu’il en soit, tu as dit devant moi, et j’ai entendu la voix de tes discours :

9 Je suis pur, sans péché ; je suis net, et il n’y a point d’iniquité en moi ;

10 voici, Dieu cherche des sujets de me condamner ; il me tient pour son ennemi ;

11 il m’a mis les pieds dans les ceps ; il épie tous mes chemins.

12 Voilà, je te réponds qu’en cela tu n’as point été juste ; car Dieu sera toujours plus grand que l’homme mortel.

13 Pourquoi donc as-tu plaidé contre lui ? Car il ne rend aucun compte de ce qu’il fait.

14 Le Dieu fort parle une première fois ; et lorsqu’on n’y prend pas garde, il parle une seconde fois,

15 en songe, par des visions de nuit, quand un profond sommeil tombe sur les hommes, et lorsqu’ils dorment dans le lit.

16 Alors il ouvre l’oreille aux hommes, et il scelle son châtiment sur eux ;

17 afin qu’il détourne l’homme de ce qu’il prétend faire, et qu’il empêche sa fierté de paraître.

18 Ainsi, il préserve son âme de la fosse, et il sauve sa vie de l’épée.

19 L’homme est aussi châtié par les douleurs qu’il souffre sur son lit, et dans la force de ses os.

20 Alors sa vie lui fait avoir en horreur le pain, et son âme a en aversion la viande qu’elle désirait.

21 Sa chair est tellement consumée qu’on ne la voit plus ; et ses os sont tellement brisés qu’on n’y connaît plus rien.

22 Son âme approche de la fosse, et sa vie des choses qui font mourir.

23 Que s’il y a pour cet homme-là quelque messager qui parle pour lui, un d’entre mille, et qu’il fasse connaître à l’homme ce qu’il doit faire ;

24 alors, Dieu aura pitié de lui, et dira : Garantis-le afin qu’il ne descende pas dans la fosse ; j’ai trouvé lieu de lui faire grâce.

25 Sa chair deviendra plus délicate qu’elle n’était dans son enfance ; et il rajeunira.

26 Il fléchira Dieu par ses prières, et Dieu s’apaisera envers lui ; il lui fera voir sa face avec joie, et il lui rendra sa justice.

27 Il regardera les autres hommes, et il dira : J’avais péché, j’avais violé la justice, et cela ne m’a point profité.

28 Mais Dieu a garanti mon âme, afin qu’elle ne passât point dans la fosse ; et ma vie voit la lumière.

29 Voilà, le Dieu fort fait toutes ces choses deux et trois fois envers l’homme ;

30 pour retirer de la fosse son âme, afin qu’elle soit éclairée de la lumière des vivants.

31 Sois attentif, Job, écoute-moi ; tais-toi, et je parlerai.

32 Et si tu as de quoi parler, réponds-moi, parle ; car je désire de te justifier.

33 Sinon, écoute-moi, tais-toi, et je t’enseignerai la sagesse.



Elihu continue son discours et insiste sur les droits et sur la justice de Dieu.


1 Elihu reprit encore la parole et dit :

2 Vous, sages, écoutez mes discours ; et vous qui avez de l’intelligence, prêtez-moi l’oreille.

3 Car l’oreille juge des discours, comme le palais goûte ce qu’on doit manger.

4 Choisissons-nous ce qui est juste et voyons entre nous ce qui est bon.

5 Car Job a dit : Je suis juste, et le Dieu fort m’a ôté mon droit.

6 Je suis regardé comme menteur lorsque je soutiens mon droit ; la flèche qui me perce est douloureuse, sans que j’aie péché.

7 Qui est l’homme tel que Job, qui boit la moquerie comme de l’eau ;

8 et qui marche dans la compagnie des ouvriers d’iniquité, et même, qui marche avec les méchants ?

9 Car il a dit : L’homme ne gagne rien à se plaire avec Dieu.

10 C’est pourquoi, vous qui avez de l’intelligence, écoutez-moi. Il n’est pas possible qu’il y ait de la méchanceté dans le Dieu fort, et de la perversité dans le Tout-Puissant.

11 Car il rendra à l’homme selon son œuvre, et il fera trouver à chacun selon son train.

12 Certainement, le Dieu fort ne déclare point méchant l’homme de bien, et le Tout-Puissant ne renverse point le droit.

13 Qui est-ce qui lui a commis le soin de la terre ? Ou, qui est-ce qui a posé la terre habitable tout entière ?

14 S’il prenait garde à l’homme de près, et qu’il retirât à lui son esprit et son souffle,

15 toute chair expirerait en même temps, et l’homme retournerait dans la poudre.

16 Si donc tu as de l’intelligence, écoute ceci, prête l’oreille à ce que tu entendras de moi.

17 Et quoi ! celui qui haïrait la justice, punirait-il ? Et condamneras-tu comme méchant celui qui est souverainement juste ?

18 Dira-t-on à un roi, scélérat ; et méchant, aux principaux des peuples ?

19 Combien moins le dira-t-on à celui qui n’a point d’égards à la personne des grands, et qui ne reconnaît point ceux qui sont riches, pour les préférer aux pauvres ? Car ils sont tous l’ouvrage de ses mains.

20 Ils mourront en un moment, même au milieu de la nuit ; tout un peuple sera ébranlé et passera, et le puissant sera emporté, même sans effort.

21 Car les yeux de Dieu sont sur les voies de chacun, et il regarde tous leurs pas.

22 Il n’y a ni ténèbres, ni ombres de la mort, où se puissent cacher les ouvriers d’iniquité.

23 Car il n’impose point à l’homme une trop grande charge, en sorte qu’il ait sujet de venir plaider avec le Dieu fort.

24 Il brise les puissants d’une manière incompréhensible, et il en établit d’autres en leur place.

25 Parce qu’il connaît leurs œuvres, il les renverse la nuit, et ils sont brisés.

26 Il les frappe comme des impies, à la vue de tout le monde.

27 Parce qu’ils se sont ainsi détournés de lui, et qu’ils n’ont considéré aucune de ses voies ;

28 faisant monter le cri du pauvre jusqu’à lui, en sorte qu’il a entendu les clameurs des affligés.

29 Or, s’il donne du repos, qui est-ce qui le troublera ? S’il cache sa face, qui le regardera ? Soit qu’il s’agisse de toute une nation, soit qu’il s’agisse d’un seul homme ;

30 afin que l’homme hypocrite ne règne plus, à cause des péchés du peuple.

31 Certainement, voici ce qui devait être dit au Dieu fort : J’ai souffert, je n’empirerai point.

32 S’il y a quelque chose en moi de plus que ce que je vois, fais-le-moi connaître ; si j’ai commis quelque perversité, je ne le ferai plus.

33 Dieu te le rendra-t-il selon ton opinion, parce que tu l’as récusé ? C’est à toi à choisir, et non pas à moi. Si tu sais quelque chose, dis-le.

34 Les gens de sens parleront comme moi, et l’homme sage sera de mon sentiment.

35 Job ne parle point avec connaissance, et ses paroles ne sont point avec intelligence.

36 Ah ! mon père, que Job soit éprouvé jusqu’à la fin, pour avoir répondu comme les impies ont accoutumé de répondre.

37 Car autrement, il ajoutera péché sur péché ; il s’applaudira parmi nous, et il parlera de plus en plus contre le Dieu fort.



Continuation du discours d’Elihu sur la justice de Dieu.


1 Elihu reprit encore son discours, et dit :

2 As-tu pensé avoir raison de dire : Ma justice est au-dessus de celle du Dieu fort ?

3 Que si tu demandes de quoi elle te profitera, disant : Que m’en reviendra-t-il, non plus que de mon péché ?

4 Je te répondrai en propres termes, et à tes amis avec toi :

5 Regarde les cieux et les considère ; vois les nuées, elles sont plus hautes que toi.

6 Si tu pèches, que feras-tu contre lui ? Et quand tes péchés se multiplieront, que lui auras-tu fait ?

7 Si tu es juste, que lui auras-tu donné ? ou, qu’aura-t-il reçu de ta main ?

8 C’est à un homme tel que toi, que ta méchanceté peut nuire, et c’est au fils de l’homme que ta justice peut être utile.

9 On fait crier les opprimés par la grandeur des maux qu’on leur fait ; ils crient à cause de la violence des grands.

10 Mais personne ne dit : Où est Dieu qui m’a fait, qui donne aux siens de quoi chanter des cantiques pendant la nuit,

11 qui nous a donné de l’intelligence plus qu’aux bêtes de la terre, et de la prudence plus qu’aux oiseaux des cieux ?

12 Ils crient donc à cause de la fierté des méchants, mais Dieu ne les exauce point.

13 Quoi qu’il en soit, le Dieu fort n’écoute point le mensonge, et le Tout-Puissant n'y a point d’égard.

14 Quoique tu aies dit que tu ne le vois pas, fais ce qui est juste devant lui et attends-le.

15 Mais maintenant, ce n’est rien ce que sa colère exécute, et il n’est point entré fort avant en connaissance de toutes les choses que tu as faites.

16 Job ouvre donc en vain sa bouche, et il entasse paroles sur paroles sans connaissance.



Exhortation d'Elihu à Job sur les desseins et les merveilles de Dieu.


1 Puis Elihu continua, et dit :

2 Attends un peu, et je montrerai qu’il y a encore d’autres raisons pour la cause de Dieu.

3 Je prendrai de loin ma science, et je rendrai la justice à celui qui m’a fait.

4 Car, certainement, mes discours ne sont point des mensonges, et celui qui est auprès de toi, est intègre dans ses sentiments.

5 Voilà, Dieu est puissant, et il ne rejette point celui qui a de la force de cœur.

6 Il ne laisse point vivre le méchant et il fait justice aux affligés.

7 Il ne retire point ses yeux de dessus les justes ; même, il les place sur le trône avec les rois, et les y fait asseoir pour toujours, et ils sont élevés.

8 Que s’ils sont liés de chaînes, et s’ils sont prisonniers dans les liens de l’affliction,

9 il leur fait connaître ce qu’ils ont fait, et que leurs péchés ont prévalu.

10 Alors il leur ouvre l’oreille pour les rendre sages, et leur dit de se détourner de leur iniquité.

11 S’ils l’écoutent, et qu’ils le servent, ils achèveront leurs jours heureusement, et leurs années dans la joie.

12 Mais s’ils n’écoutent point, ils passeront par l’épée, et ils expireront pour n’avoir pas été sages.

13 Et pour ce qui est de ceux qui sont hypocrites en leur cœur, ils attirent sur eux la colère, et ils ne crient point à lui lorsqu’il les a liés.

14 Ils mourront dans leur vigueur, et leur vie finira parmi ceux qui se prostituent à l’infamie.

15 Mais il retire l’affligé de son affliction, et il lui ouvre l’oreille lorsqu’il est dans l’oppression.

16 C’est ainsi qu’il t’aurait tiré hors de l’angoisse où tu es, pour te mettre au large ; il n’y eût rien eu qui t’eût serré, et ta table eût été dressée pleine de viandes grasses.

17 Mais tu as accompli le jugement du méchant ; cependant, la justice et le droit se maintiendront.

18 Certainement, la colère de Dieu est près ; prends garde qu’il ne te pousse dans l’affliction ; car il n’y aura point de rançon si grande qu’elle puisse te faire échapper.

19 Ferait-il quelque cas de tes richesses ? Il n’estimera ni ton or, ni toute ta grande puissance.

20 Ne t’inquiète point la nuit sur ce que les peuples s'évanouissent de leur place ;

21 Mais garde-toi de retourner à l’iniquité ; car tu en as fait le choix, pour t’être tant affligé.

22 Voici, le Dieu fort élève les hommes par sa force ; et qui pourrait enseigner comme lui ?

23 Qui est-ce qui lui a prescrit le chemin qu’il devait tenir ; et qui lui a dit : Tu as fait une injustice ?

24 Souviens-toi de célébrer ses ouvrages que les hommes voient.

25 Tout homme les voit, chacun les aperçoit de loin.

26 Voici, le Dieu fort est grand, et nous ne le connaissons point, et pour ce qui est du nombre de ses années, on ne le peut sonder.

27 Il fait dégoutter peu à peu les gouttes des eaux, qui répandent la pluie de sa vapeur ;

28 et les nuées la font distiller et dégoutter sur les hommes en abondance.

29 Et qui pourrait comprendre les éclats de la nuée, et le son éclatant de son tabernacle ?

30 Voilà, il étend sa lumière sur elle, et il couvre les abîmes et le fond de la mer.

31 C’est par ces choses-là qu’il juge les peuples, et qu’il donne les vivres en abondance.

32 Il tient caché dans les deux paumes de ses mains le feu étincelant, et il lui ordonne ce qu’il doit faire à ce qui vient à sa rencontre.

33 Son tonnerre emporte les nouvelles, et annonce sa colère contre ce qui est élevé.



Elihu continue son discours, et parle de la vénération due à la majesté de Dieu.


1 Mon cœur même est à cause de cela en émotion, et il sort comme de lui-même.

2 Ecoutez attentivement et en tremblant le bruit que Dieu fait, et le tonnerre qui sort de sa bouche.

3 Il l’envoie sur tous les cieux, et sa lumière étincelante va jusqu’aux extrémités de la terre.

4 Un grand bruit s’élève après lui, il tonne de sa voix magnifique ; et il ne tarde point dès qu’on a entendu sa voix.

5 Le Dieu fort tonne terriblement par sa voix, il fait des choses grandes et que nous ne saurions comprendre.

6 Car il dit à la neige : Sois sur la terre. Il le dit aussi à l’ondée de la pluie, et même aux fortes pluies.

7 Alors il renferme tous les hommes par son pouvoir, afin que tous les hommes reconnaissent ses œuvres.

8 Les bêtes se retirent dans les tanières, et elles demeurent dans leurs repaires.

9 Le tourbillon sort des lieux cachés, et le froid, des vents qui dispersent.

10 Le Dieu fort, par son souffle, donne la glace, et les eaux qui se répandaient au large, sont resserrées.

11 Il épuise aussi la nuée à force d’arroser, et il écarte les nuées par sa lumière ;

12 et elles font plusieurs tours selon ses desseins, pour faire tout ce qu’il leur a commandé sur la face de la terre habitable.

13 Il les fait rencontrer, soit pour s’en servir de verge, soit pour rendre la terre fertile, soit pour exercer sa bonté.

14 Prête l’oreille à ceci, ô Job! arrête-toi, considère les merveilles du Dieu fort.

15 Sais-tu comment Dieu les arrange, et comment il fait briller la lumière de sa nuée ?

16 Comprends-tu le balancement des nuées, et les merveilles de celui qui est parfait en science ?

17 Comment tes vêtements sont chauds, quand il donne du relâche à la terre par le moyen du midi ?

18 As-tu étendu avec lui les cieux, qui sont fermes comme un miroir de fonte ?

19 Apprends-nous ce que nous lui dirons : car nous ne saurions rien dire par ordre, à cause de nos ténèbres.

20 Lui rapporterait-on ce que j’en dirais ? Si quelqu’un veut en parler, il en sera comme englouti.

21 Et maintenant, on ne peut regarder la lumière du soleil quand elle resplendit dans les cieux, après que le vent y a passé et qu’il les a nettoyés,

22 et que le temps, qui reluit comme l’or, est venu du septentrion. Il y a en Dieu une majesté redoutable.

23 Il est le Tout-Puissant ; on ne saurait le comprendre ; il est grand en puissance, en jugement, et en abondance de justice ; il n’opprime personne.

24 C’est pourquoi les hommes doivent le craindre ; mais il ne les voit pas tous sages dans leur cœur.



L’Éternel parle à Job et lui démontre son ignorance à l’égard des merveilles de la nature.


1 Alors l’Éternel répondit d’un tourbillon à Job, et dit :

2 Qui est celui qui obscurcit mon conseil par des paroles sans science ?

3 Ceins maintenant tes reins comme un vaillant homme, et je t’interrogerai, et tu m’instruiras.

4 Où étais-tu quand je fondais la terre ? Si tu as de l’intelligence, dis-le-moi.

5 Qui en a réglé les mesures, si tu le sais ? ou qui a appliqué le niveau sur elle ?

6 Sur quoi ses bases sont-elles affermies, ou qui est celui qui a posé la pierre angulaire pour la soutenir,

7 lorsque les étoiles du matin poussaient ensemble des cris de joie, et que les enfants de Dieu chantaient en triomphe ?

8 Qui est-ce qui renferma la mer dans ses bords, quand elle fut tirée comme de la matrice, et qu’elle en sortit ?

9 Quand je lui donnai la nuée pour couverture, et l’obscurité pour ses langes,

10 et que j’établis sur elle mon ordonnance, et que je lui mis des barrières et des portes,

11 Et que je lui dis : Tu viendras jusque-là, et tu ne passeras point plus avant, et l’élévation de tes ondes s’arrêtera ici ?

12 As-tu, depuis que tu es au monde, commandé au point du jour ? Et as-tu marqué à l’aube du jour sa place,

13 afin qu’elle se répande subitement jusqu’aux extrémités de la terre, et que les méchants soient écartés par elle,

14 et que la terre prenne une nouvelle forme, comme l’argile moulée en figure, et que tout y paraisse comme avec des vêtements nouveaux ;

15 et que la lumière soit ôtée aux méchants, et que le bras hautain soit rompu ?

16 Es-tu entré jusqu’aux gouffres de la mer, et t’es-tu promené dans le fond des abîmes ?

17 Les portes de la mort se sont-elles découvertes à toi ? As-tu vu les portes de l’ombre de la mort ?

18 As-tu compris toute l’étendue de la terre ? Si tu l’as toute connue, montre-le.

19 En quel endroit se tient la lumière, et où est le lieu des ténèbres ;

20 pour les conduire chacune en son lieu, si tu sais la route de leur maison ?

21 Tu le sais sans doute ; car alors tu étais né, et le nombre de tes jours est grand.

22 Es-tu entré dans la connaissance des trésors de la neige ? As-tu vu les trésors de la grêle,

23 que je réserve pour le temps d’affliction, et pour le jour du choc et du combat ?

24 Par quel chemin se partage la lumière, et le vent d’orient se répand-il sur la terre ?

25 Qui est-ce qui a distribué les canaux des inondations, et le chemin à l’éclair des tonnerres,

26 pour faire pleuvoir sur une terre où il n’y a personne, et sur un désert où aucun homme ne demeure ;

27 pour inonder une solitude et un désert, et pour faire produire de l’herbe ?

28 La pluie a-t-elle un père, ou qui est-ce qui produit les gouttes de la rosée ?

29 Qui est-ce qui fait naître la glace, et qui produit la gelée qui tombe du ciel,

30 quand les eaux disparaissent et se durcissent comme une pierre, et que la surface de l’abîme se prend ?

31 Pourrais-tu retenir les douces influences des Pléiades, ou modérer la vertu resserrante de l’Orion ?

32 Pourrais-tu faire sortir les signes du midi en leur temps, et conduire l’Ourse avec sa queue ?

33 Sais-tu l’ordre des cieux, et disposeras-tu de leur gouvernement sur la terre ?

34 Crieras-tu à la nuée à haute voix, afin qu’une abondance d’eau te couvre ?

35 Enverras-tu les foudres, en sorte qu’elles marchent, et te disent : Nous voici ?

36 Qui est-ce qui a mis la sagesse dans le cœur, et qui a donné à l’âme l’intelligence ?

37 Qui est-ce qui pourra réciter ce qui se passe dans le ciel avec sagesse, et arrêter les influences des cieux,

38 Lorsque la poussière est détrempée par les eaux qui l’arrosent, et que les mottes de la terre se rejoignent ?



Description de plusieurs animaux cités comme des preuves de la puissance et de la sagesse de Dieu.


1 Chasseras-tu de la proie pour le vieux lion, et rassasieras-tu les lionceaux qui cherchent leur vie,

2 quand ils se tapissent dans leurs repaires, et qu’ils épient la proie du fond de leurs cavernes ?

3 Qui est-ce qui apprête la nourriture au corbeau, quand ses petits crient au Dieu fort et volent çà et là, parce qu’ils n’ont rien à manger ?

4 Sais-tu le temps auquel les chamois des rochers font leurs petits ? As-tu observé quand les biches faonnent ?

5 Compteras-tu les mois qu’elles achèvent leur portée, et sauras-tu le temps qu’elles feront leurs petits ?

6 Et qu’elles se courberont pour faire sortir leurs petits, et pour se délivrer de leurs douleurs ?

7 Leurs petits se fortifient, ils croissent dans les blés ; ils sortent et ne retournent plus vers elles.

8 Qui est-ce qui a laissé aller libre l’âne sauvage, et qui a délié les liens de cet animal farouche,

9 à qui j’ai donné la campagne pour maison, et la terre stérile pour ses lieux de retraite ?

10 Il se rit du bruit de la ville, il n’entend point le bruit éclatant de l’exacteur.

11 Les montagnes qu’il parcourt sont ses pâturages, et il cherche partout de la verdure.

12 La chèvre sauvage voudra-t-elle te servir, ou s’établira-t-elle près de ta crèche ?

13 La lieras-tu de son lien pour labourer au sillon, ou hersera-t-elle les vallées après toi ?

14 Te reposeras-tu sur elle, parce que sa force est grande, et lui abandonneras-tu ton travail ?

15 Croiras-tu qu’elle te rendra ta semence, et qu’elle l’amassera dans ton aire ?

16 As-tu donné aux paons le plumage qui est si gai, ou à l’autruche les ailes et les plumes ?

17 As-tu fait qu’elle abandonne ses œufs à terre, et qu’elle les fasse échauffer sur la poudre ;

18 et qu’elle oublie que le pied les écrasera, ou que les bêtes des champs les fouleront ?

19 Elle se montre cruelle envers ses petits, comme s’ils n’étaient pas siens, et son travail est vain, sans qu’elle craigne rien pour eux ;

20 car Dieu l’a privée de sagesse, et ne lui a point départi d’intelligence.

21 A la première occasion elle se dresse en haut, et se moque du cheval et de celui qui le monte.

22 As-tu donné la force au cheval, et as-tu revêtu son cou d’une crinière ?

23 Feras-tu bondir le cheval comme une sauterelle ? Son fier hennissement donne de la terreur.

24 De son pied il creuse la terre, il s’égaie en sa force, il va à la rencontre de l’homme armé ;

25 il se rit de la frayeur ; il ne s’épouvante de rien, et il ne se détourne point de devant l’épée ;

26 ni lorsque les flèches du carquois font du bruit sur lui, ni pour le fer de la hallebarde et de la lance.

27 Il creuse la terre en se secouant et se remuant ; il ne peut se contenir dès que la trompette sonne.

28 Quand la trompette sonne, il hennit ; il sent de loin la guerre, le bruit des capitaines et le cri de triomphe.

29 Est-ce par ta sagesse que l’épervier se remplume, et qu’il étend ses ailes vers le Midi ?

30 L’aigle s’élèvera-t-il en haut à ton commandement, et élèvera-t-il sa nichée dans des hauteurs ?

31 Il habite sur les rochers, et il se tient sur les sommets des rochers et dans les lieux forts.

32 De là il découvre le gibier, ses yeux voient de loin.

33 Ses petits aussi sucent le sang, et où il y a des corps morts, il s’y trouve.

34 Puis l’Eternel prit la parole, et dit :

35 Celui qui conteste avec le Tout-Puissant, lui apprendra-t-il quelque chose ? Que celui qui dispute avec Dieu réponde à ceci.

36 Alors Job répondit à l’Eternel, et dit :

37 Voici, je suis un homme vil ; que te répondrais-je ? Je mettrai la main sur ma bouche.

38 J’ai parlé une fois, et je ne répondrai plus ; même deux fois, mais je n’y retournerai plus.



Continuation. Description de Béhémoth et du Léviathan.


1 Or, l’Eternel répondit encore à Job du tourbillon, et dit :

2 Ceins maintenant tes reins comme un vaillant homme ; je t’interrogerai, et tu m’instruiras.

3 Est-ce que tu voudrais anéantir mon jugement ? Me condamnerais-tu pour te justifier ?

4 As-tu un bras comme le Dieu fort ? Tonnes-tu de la voix comme lui ?

5 Pare-toi maintenant de magnificence et de grandeur, et revêts-toi de majesté et de gloire.

6 Répands les fureurs de ta colère ; regarde tout orgueilleux et l’abats.

7 Regarde tous les orgueilleux, abaisse-les, et froisse les méchants sur la place.

8 Cache-les tous ensemble dans la poudre, et bande-leur la face dans un lieu caché.

9 Alors je te donnerai moi-même cette louange, que ta droite t’aura délivré.

10 Or, voilà le Béhémoth, que j’ai fait avec toi ; il mange le foin comme le bœuf.

11 Voilà maintenant, sa force est en ses flancs, et sa vigueur est dans le nombril de son ventre.

12 Il remue sa queue comme un cèdre, les nerfs de ses hanches sont entrelacés.

13 Ses os sont comme des barres d’airain, et ses menus os comme des barreaux de fer.

14 C’est le chef-d’œuvre du Dieu fort ; celui qui l’a fait lui a appliqué son épée.

15 De plus, les montagnes, où toutes les bêtes des champs se jouent, lui rapportent leur revenu.

16 Il se couche dans les lieux où il y a de l’ombre, dans la cachette des roseaux et dans le limon.

17 Les arbres le couvrent de leur ombre, et les saules des torrents l’environnent.

18 Voici, qu’une rivière fasse du ravage, il n’en aura point peur ; il serait assuré quand même le Jourdain déborderait dans sa gueule.

19 Il l’engloutit en le voyant, et son nez passe au travers des empêchements qu’il rencontre.

20 Tireras-tu le Léviathan avec un hameçon, et sa langue avec un cordeau que tu auras plongé ?

21 Mettras-tu un jonc dans ses narines ? ou perceras-tu ses mâchoires avec une épine ?

22 Emploiera-t-il envers toi beaucoup de prières ? ou te parlera-t-il doucement ?

23 Fera-t-il un accord avec toi, et le prendras-tu pour esclave à toujours ?

24 T’en joueras-tu comme d’un oiseau, et le lieras-tu pour amuser tes jeunes filles ?

25 Des amis en feront-ils des festins ? Sera-t-il partagé entre les marchands ?

26 Perceras-tu sa peau avec des piquants, et sa tête entrera-t-elle dans une nasse de poissons ?

27 Mets ta main sur lui, tu ne penseras jamais à lui faire la guerre.

28 Voilà, l’espérance qu’on avait de le prendre se trouve frustrée ; ne sera-t-on même pas atterré à son regard ?



Continuation de la description du Léviathan.


1 Il n’y a point d’homme si hardi qui l’ose réveiller ; et qui est-ce qui se trouvera devant moi ?

2 Qui est celui qui m’a prévenu, et je le lui rendrai ? Ce qui est sous tous les cieux, est à moi.

3 Je ne me tairai point de ses membres, ni de ce qui regarde ses forces, ni de la belle proportion de toutes les parties de son corps.

4 Qui est-ce qui découvrira le dessus de son vêtement ? Et qui viendra avec un double mors pour s’en rendre maître ?

5 Qui est-ce qui ouvrira l’entrée de sa gueule ? La terreur est autour de ses dents.

6 Il est magnifiquement couvert d’écailles comme d’un bouclier ; elles sont étroitement serrées, et comme scellées.

7 L’une est jointe à l’autre, et le vent n’entre point entre deux.

8 Elles sont jointes l’une à l’autre ; elles s’entretiennent, et ne se séparent point.

9 Ses éternuments jettent un éclat de lumière, et ses yeux sont comme les paupières de l’aube du jour.

10 Il sort comme des flambeaux de sa bouche, et il en rejaillit des étincelles de feu.

11 Une fumée sort de ses narines, comme d’un pot qui bout, ou d’une chaudière.

12 Son souffle enflammerait des charbons, et de sa gueule il sort comme une flamme.

13 La force est dans son cou, et la terreur marche devant lui.

14 Les muscles de sa chair sont liés ; tout cela est massif en lui, rien n’y branle.

15 Son cœur est massif comme une pierre, et ferme comme une pièce de la meule de dessous.

16 Les hommes les plus forts tremblent quand il s’élève, et ils ne savent où ils en sont, voyant comme il rompt tout.

17 Si quelqu’un s’en approche, ni l’épée, ni la hallebarde, ni le dard, ni la cuirasse, ne tiendront point devant lui.

18 Il ne tient non plus de compte du fer que de la paille, et de l’airain non plus que du bois pourri.

19 La flèche ne le fera point fuir, les pierres de la fronde ne lui sont pas plus que du chaume.

20 Les machines à jeter des pierres ne sont pour lui que comme des brins de chaume ; et il se rit lorsqu’on lance des dards contre lui.

21 Il a sous lui des pointes de pots cassés ; et il se couche sur des pierres aiguës, comme sur le limon.

22 Il fait bouillonner le fond de la mer comme une chaudière, et il la rend semblable à un chaudron de parfumeur.

23 Il fait briller sa trace après lui, et il fait paraître l’abîme comme une tête blanche de vieillesse.

24 Il n’y a rien sur la terre qui lui puisse être comparé ; il a été fait pour ne rien craindre.

25 Il voit au-dessous de lui tout ce qui est élevé ; il est roi sur tous les plus fiers animaux.



Job donne gloire à Dieu, qui lui pardonne et rend son état plus florissant que jamais.


1 Alors Job répondit à l’Éternel et dit :

2 Je sais que tu peux tout, et qu’on ne te saurait empêcher de faire ce que tu as résolu.

3 Qui est celui qui obscurcit le conseil par des discours sans science ? J’ai donc parlé, et je n’y entendais rien ; ces choses sont trop merveilleuses pour moi, et je n’y connais rien.

4 Ecoute maintenant, et je parlerai ; je t’interrogerai, et tu m’instruiras.

5 J’avais ouï parler de toi de mes oreilles ; mais maintenant mon œil t’a vu.

6 C’est pourquoi je me condamne, et je me repens sur la poudre et sur la cendre.

7 Or, après que l’Eternel eut ainsi parlé à Job, il dit à Eliphaz Thémanite : Ma colère est embrasée contre toi et contre tes deux compagnons, parce que vous n’avez point parlé avec droiture devant moi, comme Job mon serviteur.

8 C’est pourquoi, prenez pour vous maintenant sept taureaux et sept béliers, et allez vers Job mon serviteur, et offrez un holocauste pour vous ; et Job mon serviteur priera pour vous (car, certainement, j’exaucerai sa prière), afin que je ne vous traite pas selon votre folie, parce que vous n’avez point parlé avec droiture devant moi, comme Job mon serviteur.

9 Ainsi, Eliphaz Thémanite, et Bildad Sçuhite, et Tsophar Nahamathite vinrent et firent ce que l’Eternel leur avait commandé ; et l’Eternel exauça la prière de Job.

10 Et l’Eternel tira Job de sa captivité, après qu’il eut prié pour ses amis ; et il lui rendit au double tout ce qu’il avait eu.

11 Aussi tous ses frères, et toutes ses sœurs, et tous ceux qui l’avaient connu auparavant vinrent vers lui ; et ils mangèrent avec lui dans sa maison ; et lui ayant témoigné qu’ils étaient touchés de compassion pour lui, ils le consolèrent de tout le mal que l’Eternel avait fait venir sur lui ; et chacun d’eux lui donna une pièce d’argent, et chacun une bague d’or.

12 Ainsi l’Eternel bénit le dernier état de Job plus que le premier, tellement qu’il eut quatorze mille brebis, et six mille chameaux, et mille couples de bœufs, et mille ânesses.

13 Il eut aussi sept fils et trois filles.

14 Et il appela le nom de l’une Jémima, et le nom de l’autre Ketsiha, et le nom de la troisième Kéren-Happuc.

15 Et il ne se trouva point de si belles femmes dans tout le pays que les filles de Job ; et leur père leur donna héritage entre leurs frères.

16 Et Job vécut après ces choses-là cent quarante ans, et vit ses fils, et les fils de ses fils jusqu’à la quatrième génération.

17 Puis il mourut âgé et rassasié de jours.


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