Ballade pour mes morts

Ballades et Sonnets
(p. 17-18).

BALLADE POUR MES MORTS


Nature, qui les as repris,
Où sont-ils, et dans quels royaumes
De ton empire, les Esprits
Dont j’évoque en vain les fantômes ?
Qu’en as-tu l’ait ? A quels symptômes,
Depuis qu’ils y sont répartis,
Reconnaître leurs chers atomes ?
Tous ceux que j’aimais sont partis.


Où est Gautier, âme sans prix ?
Flaubert, bon géant chez des gnomes ?
Las ! dissipés dans le pourpris
Du temple d’azur aux sept dômes !
Sur Banville j’ai dit les psaumes,
Puis le créole aux vers sertis
Dans les rythmes grecs et 1rs nomes ’,
Tous ceux que j’aimais sont partis !
Initiés du Verbe, épris
Du mystère des idiomes,
Pacifiques sous les mépris
Des Tallemants et des Brantômes,
mes maîtres, les chrysoslomes,
Tisserands des tons assortis
Et brodeurs des mots polychromes,
Tous ceux que j’aimais sont partis.


ENVOI


Prince, j’en écrirais cent tomes ?
Les rôles sont intervertis :
Le temps est aux gens à diplômes !
Tous ceux que j’aimais sont partis.