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Astronomie populaire (Arago)/XX/17

GIDE et J. BAUDRY (Tome 3p. 245-247).

CHAPITRE XVII

profondeurs des mers


L’esprit est naturellement conduit à rapprocher les hauteurs des montagnes des profondeurs de l’Océan. Les anciens se sont livrés à des considérations de cette nature. On trouve dans la vie de Paul-Émile de Plutarque qu’une inscription qui se trouvait placée au mont Olympe, et qui indiquait le résultat de la mesure faite par Xénagore, était ainsi conçue : « Les géomètres pensent qu’en aucun point la hauteur des montagnes, ni la profondeur de la mer, ne dépassent dix stades (1 847 mètres). » Cléomède exprime la même opinion, en portant seulement à la moitié en plus les maxima des hauteurs et des profondeurs. « Ceux, dit-il, qui mettent en doute la forme sphérique de la Terre, à cause des cavités de la mer et des montagnes, en jugent peu justement, car il n’y a pas de montagnes qui aient plus de 15 stades (2 770 mètres), et telle est aussi la profondeur de l’Océan. » Parmi les modernes, l’illustre auteur de la Mécanique céleste conclut de ses calculs sur l’aplatissement de notre globe que la profondeur moyenne de la mer doit former seulement une petite fraction de l’excès du rayon de l’équateur sur celui du pôle, excès que nous avons dit être de 21 318 mètres (chap. i). Selon le grand géomètre, la profondeur moyenne des mers est du même ordre que la hauteur moyenne des continents et des îles au-dessus de son niveau. Laplace ajoute : « Mais de même que de hautes montagnes recouvrent quelques parties des continents, de même il peut y avoir de grandes cavités dans le bassin des mers. Cependant, il est naturel de penser que leur profondeur est plus petite que l’élévation des hautes montagnes ; les dépôts des fleuves et les dépouilles des animaux marins, entraînés par les courants, devant remplir à la longue les cavités. »

D’après M. de Humboldt, il est à présumer que loin de n’être qu’égale à la hauteur moyenne des continents, la profondeur des mers est au moins cinq ou six fois plus grande.

Thomas Young croyait pouvoir déduire de la théorie des marées que la profondeur moyenne de l’Océan est de 4 800 mètres. C’est à ce même chiffre que s’est arrêté Daubuisson.

Que disent les observations directes ? Elles sont difficiles à faire avec les diverses méthodes imaginées jusqu’à ce jour, et par conséquent, il n’y a encore qu’un petit nombre de sondages dans lesquels on puisse avoir confiance. Depuis quelques années, le gouvernement des États-Unis a fait comprendre le lit de la mer parmi les objets qui doivent être spécialement étudiés sur les continents de l’État ; on peut donc espérer que cette question fera des progrès rapides.

Le tableau suivant donne les plus grandes profondeurs qu’on ait observées jusqu’à ce jour :

Profondeurs. Latitudes. Longitudes. Noms des
observateurs.
14 091m 36°49′ A. 39°26′ O. Denham.
10 422   31 59  B. 61   3  O. Walsh.
8 823   32   6  B. 47   7  O. Baron.
8 412   13   3  B. 25 14  O. James Ross.
5 368   27   0  A. 31 20  O. Goldsborough.

La profondeur de 14 091 mètres, mesurée par le capitaine Denham, commandant le Herald, le 30 octobre 1852, surpasse de 5 499 mètres la hauteur du Kintschindjinga, de la montagne la plus élevée. Du sommet de cette montagne, au point si profond observé par le capitaine Denham, il y a une distance verticale de 22 683 mètres, plus grande par conséquent que l’excès du rayon de l’équateur sur le rayon du pôle.