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Astronomie populaire (Arago)/XX/08

GIDE et J. BAUDRY (Tome 3p. 68-72).

CHAPITRE VIII

longitudes et latitudes géographiques


Dès que les hommes ont l’attention appelée sur un point du globe qu’ils habitent, ils ne manquent pas de le désigner par un nom propre qui se transmet d’âge en âge, quelquefois intact, souvent plus ou moins altéré. Mais il est nécessaire que le point ainsi désigné puisse être reconnu par quelque circonstance facile à retrouver, soit parce qu’il est habité, soit parce qu’il présente une proéminence du sol, une jonction de deux cours d’eau, etc. Or, dans les vastes plaines que présentent l’Océan ou certaines parties des continents, l’œil ne rencontre aucun point de repère, rien qui attire les regards d’une manière fixe et soit de nature à rappeler un souvenir. Il est donc nécessaire de trouver un autre moyen de définir la position d’un lieu sur la Terre. On se sert d’un procédé analogue à celui employé pour fixer la position d’un astre sur la sphère céleste. Nous avons vu qu’on avait imaginé dans ce but deux systèmes de coordonnées (liv. vii, chap. ix, et liv. viii, chap. ii), celui des ascensions droites et des déclinaisons et celui des longitudes et des latitudes astronomiques. Pour définir la position d’un lieu sur la Terre, on a imaginé un système de coordonnées qu’on appelle longitudes et latitudes géographiques.

Admettons d’abord que la Terre soit sphérique, supposition qui, comme nous l’avons vu (chap. ii), ne s’écarte pas beaucoup de la vérité. Si on imagine qu’on coupe la surface du globe terrestre par une série de plans menés par l’axe autour duquel s’effectue la rotation diurne, on obtient autant de grands cercles que l’on veut. Ces grands cercles sont les méridiens de tous les points de la Terre. Si on part d’un certain méridien, par exemple, de celui qui passe par l’Observatoire de Paris, et qu’on mesure l’angle que fait le méridien d’un autre lieu situé à l’ouest avec ce méridien originaire, cet angle est la longitude de ce lieu ; on l’exprime en degrés, minutes et secondes de degré, en ayant soin d’ajouter la lettre 0 à l’expression de la valeur numérique obtenue. Si le lieu est situé à l’est, on opère de la même manière en ajoutant la lettre E à la valeur de l’angle. Il est évident que l’on peut dire aussi que les longitudes sont les longueurs comptées sur l’équateur terrestre, à l’ouest et à l’est du point originaire de rencontre du méridien pris pour zéro, entre ce point zéro et les points où les méridiens coupent l’équateur. Comme la Terre tourne sur elle-même en vingt-quatre heures, et que chaque méridien prolongé vient par conséquent successivement passer par une même étoile, on peut évaluer les angles qui mesurent les longitudes en heures, minutes et secondes de temps. Puisque 360° équivalent à 24 heures, chaque heure vaudra 15°, chaque minute de temps 15′, chaque seconde de temps 15″. Une longitude n’a pas plus de 180° ou de 12 heures.

Les différents peuples n’ont pas adopté le même méridien comme point de départ des longitudes : en France, on compte les longitudes à partir du méridien de l’Observatoire de Paris. En Angleterre, on les compte tantôt à partir du méridien de l’Observatoire de Greenwich, tantôt à partir de celui de l’église de Saint-Paul de Londres. En Allemagne, en Russie, etc., on a pris des points de départ différents. Les astronomes n’ont pu s’entendre pour choisir un point unique, par exemple le méridien de l’île de Fer, la plus occidentale des îles Canaries, comme on l’a proposé.

Si on imagine qu’on coupe la Terre supposée sphérique par une série de plans perpendiculaires à l’axe des pôles, on a pour intersection avec la surface une série de plans qu’on appelle des parallèles. Si on mesure la distance d’un parallèle à l’équateur, en la comptant sur un méridien, on a la latitude de tous les lieux situés sur ce parallèle. Les latitudes s’évaluent en degrés, minutes et secondes, depuis zéro jusqu’à 90°, et elles sont boréales ou australes selon que le lieu que l’on cherche à définir se trouve sur l’hémisphère boréal ou sur l’hémisphère austral. Nous avons démontré (liv. vi, chap. vi), que la latitude d’un lieu est la même chose que la hauteur du pôle vu de ce lieu au-dessus de l’horizon.

Les dénominations de longitudes et de latitudes nous viennent des Romains ; ils ne connaissaient qu’une petite partie des continents, et cette partie était plus étendue dans le sens de l’équateur et des méridiens que dans celui des parallèles ; de là le nom de longitude (longitude, longueur) pour une distance comptée dans le sens de la plus grande dimension du monde connu, et celui de latitude (latitudo, largeur) pour une distance portée dans le sens de sa plus petite dimension.

Lorsque l’on admet, comme cela est la vérité, que la Terre n’est pas sphérique, les parallèles terrestres et les méridiens ne sont plus des cercles.

Les plans menés perpendiculairement à l’axe de rotation de notre globe coupent sa surface suivant des lignes qu’on continue cependant à appeler des parallèles ; un parallèle est en réalité une série de points qui ont même latitude ou pour lesquels la hauteur du pôle au-dessus de l’horizon est la même. L’équateur terrestre est une ligne qui passe par tous les points dont la latitude est nulle, et aux deux pôles la latitude est de 90°.

Le plan méridien d’un lieu étant en réalité le plan mené par la verticale de ce lieu, parallèlement à l’axe de rotation de la Terre, les plans méridiens qui forment un même angle avec le méridien du lieu qui sert d’origine aux longitudes, ne forment pas nécessairement un seul et même plan ; ils sont seulement parallèles entre eux. On ne peut donc pas, lorsqu’on ne considère pas la Terre comme sphérique, donner le nom de méridien à la ligne tracée sur la surface de nôtre globe par tous les points ayant même longitude. On donne à cette ligne le nom de méridienne.

Ces définitions posées, nous pouvons continuer à étudier la surface de la Terre ; nous n’aurons aucune difficulté à bien désigner les points remarquables que nous aurons à signaler.