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Astronomie populaire (Arago)/XX/03

GIDE et J. BAUDRY (Tome 3p. 17-18).

CHAPITRE III

isolement de la terre dans l’espace


En supposant que la Terre soit une planète, en la douant d’un mouvement de translation autour du Soleil et d’un mouvement de rotation sur elle-même, on admet implicitement qu’elle est isolée dans l’espace et qu’elle se soutient d’elle-même dans le vide, sans reposer sur aucun appui matériel. Mais cet isolement, en le supposant aussi extraordinaire qu’il le paraît au premier aspect, est un fait hors de question. Un voyageur qui, partant de l’Europe, marche soit à l’orient, soit à l’occident, revient au point de départ sans avoir rencontré sur sa route aucun obstacle infranchissable.

Si l’on voulait supposer, comme quelques anciens le firent, que la Terre repose sur des tourillons placés aux deux pôles, je répondrais que de tels tourillons n’existent pas, car les comètes se meuvent librement, même dans les régions polaires.

La Terre, dit-on, devrait tomber si elle était isolée dans l’espace ; mais une telle objection repose sur une généralisation mal entendue de l’idée de pesanteur, et le mot tomber n’a pas de signification, appliqué à notre globe. En effet, un corps qui tombe est celui qui, momentanément suspendu, se rapproche de la Terre lorsqu’il est abandonné à lui-même. Lorsqu’un corps tombe, tout n’est pas symétrique à partir de son point de départ ; la matière terrestre, dont la présence peut être une cause d’attraction, existe au-dessous du corps qui tombe ; audessus de ce corps, du moins jusqu’à une immense distance, il n’y a rien qui puisse faire naître une force propre à contre-balancer la première. Mais autour de notre globe, considéré dans son ensemble comme un corps pesant, il n’y a aucune force particulière qui puisse le faire aller dans un sens plutôt que dans tel autre. L’isolement de la Terre dans l’espace n’a donc rien que de très-naturel. Le mot tomber ne saurait être logiquement appliqué à notre globe.