Antonia (Dujardin)/04

Société du Mercure de France (p. 273-275).


APPENDICE


Les trois parties de la Légende d’Antonia comportent chacune L’unité de temps et l’unité de lieu… Que l’unité de temps y soit plutôt symbolique, et que l’on puisse supposer de longues périodes entre chacun des actes, cela est évident ; il est évident également qu’il est fort loisible de se figurer pour chaque acte un décor différent ; mais, scéniquement, chacune des trois pièces comprend ta succession d’une journée, d’une nuit et d’une autre journée se déroulant dans le même lieu.

Ces trois pièces se jouent donc chacune dans un seul décor, très simple, avec la plus grande profondeur de scène possible ; est-il utile d’ajouter que les accessoires s’y réduisent au strict minimum ? au contraire, il y a lieu d’attacher une grande importance aux jeux de lumière.

Les décors, dans une tonalité atténuée, doivent se garder de toute outrance ; les admirables décorations peintes par M. Maurice Denis pour le Chevalier du Passé et la Fin d’Antonia furent une œuvre originale et ne peuvent servir de modèle.

La question du costume, au moins du costume masculin, semble actuellement à peu près insoluble. Les trois parties de la Légende d’Antonia se passent à une époque indéterminée ; la logique indique le costume moderne, et le costume moderne est impossible… L’auteur n’a pas résolu le problème.

Le costume féminin, qui admet de la fantaisie, a pu se réaliser dans un sens à la fois moderne et esthétique, et la maison Liberty y a réussi à merveille pour le Chevalier du Passé.

Les Floramyes sont vêtues pareillement, en des nuances harmonisées Rosea de rose, Aurea de jaune, Gemmea de gris perle et Siderea de bleu de mer, le tout très atténué. La Courtisane, sous sa perruque blonde (car Antonia est brune dans les deux autres pièces), est en velours noir ; au second acte seulement, elle est en étoffes souples très claires ; au premier acte, nombreux bijoux.

L’Amante de la première partie sera évidemment très simplement vêtue toilette sensiblement 1830. La Mendiante, elle, est habillée de bure, vêtements flottants, manteau.

Dans la Fin d’Antonia, le costume masculin est plus aisé qu’ailleurs à régler ; tous les personnages hommes sont des paysans, et, ces paysans n’étant guère réalistes, toute fantaisie est permise. Avec un bonheur parfait, M. Maurice Denis avait nuancé tous les costumes dans l’harmonie rouge-brun du décor, depuis la tunique quasi fulgurante du Jeune Berger blond, jusqu’aux blouses éteintes des Vieux Bûcherons et aux graves manteaux des Pâtres-Mages.

Notons encore quelques coupures auxquelles l’auteur, si nécessité en était, consentirait, — sans enthousiasme, toutefois.

Antonia, 3e acte, 2e scène, pages 99, 100 et 101, depuis

Répandez vos pensées


jusqu’à

Les âmes fidèles à leurs constances ;

Ce développement, — pourtant indispensable à l’intelligence de la Trilogie, puisqu’il expose le motif principal de la Fin d’Antonia et doit avoir son rappel au dernier acte de cette pièce, — peut sembler moins utile si la première pièce est prise séparément ; et il y a, à ce moment, si longtemps que l’acteur parle !

Le Chevalier du Passé, 3e acte, 1re scène, page 164, depuis

Nous partons,


jusqu’à

Nous porterons nos enchantements captieux.

La Fin d’Antonia, 2e acte, 1re scène. — Le chœur des voix dans la montagne au milieu des rimes en OU, qui représentent les cris de hiboux avant-coureurs du Sabbat spirituel, expose les motifs du Renoncement Magique, mais est évidemment difficile à exécuter au théâtre ; il pourrait être réduit aux douze premiers et aux quatre derniers vers. Cette coupure a d’ailleurs été faite à la représentation du Vaudeville.