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Anthologie des poètes français du XIXème siècle, Texte établi par (Alphonse Lemerre), Alphonse Lemerre, éditeur** 1818 à 1841 (p. 211-212).




MARC MONNIER


1829-1885




Marc Monnier, né à Florence, d’un père français et d’une mère genevoise, a beaucoup écrit dans divers genres et toujours montre du savoir et de l’esprit. Les Comédies de Marionnettes lui assurent parmi les poètes satyriques un rang fort distingué. Personne n’a le trait plus gaulois que M. Marc Monnier. C’est que nul non plus ne s’est nourri, comme lui, des grands maîtres du xviime et surtout du xvime siècles. Pas de clinquant, ni de faux métal dans ses poèmes : cela sonne juste et ferme. On trouve ces qualités dans son œuvre, soit qu’il se livre à son goût particulier pour le rire, soit qu’il s’abandonne à des inspirations plus douces et quelquefois même à une certaine mélancolie.

M. Marc Monnier a donné en outre comme poésies : Récits et Monologues, et comme prose : Nouvelles napolitaines. Ses œuvres se trouvent chez A. Lemerre.

E. Ledrain.



LE TRIOMPHE




Les buissons déjà frais, la forêt déjà sombre
Écartent les rayons du soleil qui s’enfuit,
Et la montagne, au loin faisant planer son ombre,
Dans la plaine à ses pieds a commencé la nuit.


Deux grands chênes, courbés sous le poids des rafales,
Par-dessus le chemin croisant leurs bras tendus,
Font une arcade auguste aux voûtes triomphales,
Comme pour accueillir des vainqueurs attendus.

Les vainqueurs vont venir. Du coteau qui poudroie
Descend et se rapproche un long bourdonnement,
Un cliquetis de fer, une clameur de joie…
Et le char de triomphe avance lentement.

Mais ces cris sont vos chants, jeunes gens, jeunes filles,
Qui, joyeux et lassés, revenez des moissons ;
Mais ce fer est celui des faux et des faucilles,
Dont les coups n’ont jamais dépeuplé nos maisons ;

Mais ce char, soulevant des montagnes de gerbes,
Roule au pas lourd des bœufs et remplit le chemin :
Il couvre d’épis mûrs les buissons et les herbes,
Où les oiseaux des bois viendront glaner demain ;

Il passe en triomphant sous les bras des vieux chênes,
Et les cris de victoire éclatent à pleins chœurs…
Paix à nos champs féconds dans les saisons prochaines,
Et qu’ils n’aient à fêter jamais d’autres vainqueurs !