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Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1
George Sand

André, roman (en 2 parties)



ANDRÉ.


PREMIÈRE PARTIE.



I.


Il y a encore au fond de nos provinces de France un peu de vieille et bonne noblesse qui prend bravement son parti sur les vicissitudes politiques, là par {générosité, ici par stoïcisme, ailleurs par apathie. Je sais d’anciens seigneurs qui portent des sabots et boivent leur piquette sans se faire prier. Ils ne font plus ombrage à personne ; et si le présent n’est pas brillant pour eux, du moins n’ont-ils rien à craindre de l’avenir.

Il faut reconnaître que parmi ces gens-là on rencontre parfois des caractères solidement trempés et vraiment faits pour traverser les temps d’orages. Plus d’un, qui se serait débattu en vain contre sa nature épaisse, s’il eût succédé paisiblement à ses ancêtres, s’est fort bien trouvé de venir au monde avec la force physique et l’in Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/602 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/603 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/604 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/605 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/606 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/607 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/608 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/609 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/610 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/611 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/612 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/613 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/614 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/615 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/616 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/617 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/618 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/619 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/620 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/621 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/622 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/623 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/624 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/625 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/626 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/627 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/628 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/629 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/630 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/631 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/632 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/633 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/634 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/635 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/636 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/637 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/638 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/639 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/640 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/641 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/642 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/643 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/644 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/645 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/646 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/647 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/648 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/649 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/650 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/651 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/652 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/653 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/654 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/655 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/656 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/657 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/658 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/659 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/660 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/661 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/662 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/663 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/664 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/665 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/666 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/667 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/668 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/669 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/670 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/671 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/672 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/673 Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/674 ANDRÉ. G71

Elle se persuada que les clameurs d’une populace d’idiots ne monteraient pas jusqu’à elle, et qu’elle était invulnérable à de pareilles atteintes. Elle aurait eu raison, s’il y avait au ciel ou sur la terre une puissance équitable occupée de la défense des justes et de la répression des impudens ; mais elle se trompait, car les justes sont faibles et les impudens sont en nombre. Elle s’assit tranquillement auprès de la fenêtre et se mit à travailler. Le soleil couchant envoyait de si vives lueurs dans sa chambre, que tout prenait une couleur de pourpre : et les murailles blanches de son modeste atelier, et sa robe de guingamp, et les pâles feuilles de rose que ses petites mains étaient en train de découper. Cette riche lumière eut une influence soudaine sur ses idées. Geneviève avait toujours eu un vague sentiment de la poésie ; mais elle n’avait jamais aussi nettement aperçu le rapport qui unit les impressions de l’esprit et les beautés extérieures de la nature. Cette puissance se révéla soudainement à elle en cet instant. Une émotion délicieuse, une joie inconnue, succédèrent à ses ennuis. Tout en travaillant avec ardeur, elle s’éleva au-dessus d’elle-même et de toutes les choses réelles qui l’entouraient, pour vouer un culte enthousiaste au nouveau Dieu du nouvel univers déroulé devant elle : et tout en s’unissant à ce Dieu, dans un transport poétique, ses mains créèrent la fleur la plus parfaite qui fut jamais éclose dans son atelier. Quand le soleil fut caché derrière les toits de briques et les massifs de noyers qui encadraientl’horizon, Geneviève posa son ouvrage et resta long-temps à contempler les tons orangés du ciel, et les lignes d’or pale qui le traversaient. Elle sentit ses yeux humides et sa tête brûlante. Quand elle quitta sa chaise, elle éprouva de vives douleurs dans tous les membres et quelques frissons nerveux. Geneviève était d’une complexion extrêmement délicate : les émotions de la journée, la surprise, la colère, la fierté, l’enthousiasme, en se succédant avec rapidité, l’avaient brisée de fatigue. Elle s’aperçut qu’elle avait réellement la fièvre, et se mit au lit. Alors elle tomba dans les rêveries vagues d’un demi-sommeil, et perdit tout-à-fait le sentiment de la réalité.

George Sand.

(La seconde partie à lu piochainc livraison,)