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Imp. de la Société suisse de Publicité (p. 1-7).

i. Considérations générales.




L’éducation physique dans les établissements universitaires n’a pas, malgré une bonne volonté certaine, suivi la progression à laquelle on pouvait s’attendre en raison : 1° des efforts tentés aux environs de 1888 ; 2° des résultats obtenus depuis lors par les sociétés gymniques et sportives ; 3° de l’importance croissante attribuée par l’opinion publique à la culture corporelle.

Ce fait paraît dû à deux causes principales qui sont : la crainte des responsabilités d’une part et, de l’autre, l’abondance et l’exclusivisme réciproque des méthodes.


La question des responsabilités.

Tout exercice physique comporte quelque risque. Nos pères le savaient et, à moins d’une négligence exceptionnellement grave et dument établie, ils n’avaient pas l’idée de s’en prendre aux surveillants et encore moins d’assigner en justice le chef d’un établissement scolaire quand un accident se produisait au gymnase ou durant les récréations.

La tendance à établir en toute circonstance des responsabilités, si lointaines ou complexes qu’elles soient — tendance caractéristique de la société moderne — s’est manifestée dans le domaine de la pédagogie comme dans les autres domaines. Une jurisprudence inattendue est venue justifier des revendications qui eussent semblé jusque-là irrecevables. L’intervention de certains groupements intéressés à voir, sur ce point, se multiplier les conflits n’était pas faite pour enrayer le mouvement. La conséquence a été que, dès lors, les instituteurs, directeurs d’écoles, principaux, proviseurs se sont montrés pour la plupart enclins à une prudence excessive mais parfaitement naturelle.

Il n’est pas exagéré d’affirmer que, tant que cette question n’aura pas été solutionnée soit par l’établissement d’assurances obligatoires soit, ce qui serait bien préférable, par le vote d’une loi limitant de façon raisonnable le principe de la responsabilité, l’éducation physique ne pourra prendre l’essor que réclament à la fois les intérêts de la nation et ceux de l’individu. Il paraît inadmissible notamment que lorsque les parents ont signé pour leurs fils, une autorisation de participer à tel ou tel exercice sportif, ce papier ne suffise pas devant les tribunaux à exonérer, en cas d’accident, le chef de l’établissement dont le jeune garçon suit les cours.


Les querelles de méthodes.

Après avoir longtemps négligé l’étude des exercices physiques, les physiologistes ont apporté à en scruter le mécanisme une véhémence imprévue. Étant peut-être plus nombreux que ne le comportent les besoins sociaux, une vive émulation semble s’être établie entre eux au seuil de ce territoire nouveau. De là sont issus tant de systèmes à vrai dire assez peu variés dans le fond, mais dont l’antagonisme s’est souvent affirmé d’autant plus violent que les divergences portaient sur des points de détail. Des chefs d’écoles adverses parvinrent à tour de rôle à imposer le culte temporaire de leurs idées, encore plus préoccupés parfois de détruire l’influence d’un rival antipathique que d’assurer leur propre succès. Non seulement la direction générale se trouva de la sorte manquer de suite, mais les bonnes volontés subalternes se sentirent désorientées et se découragèrent. Les traces de cet état de choses sont nettement visibles et j’ai noté en maints endroits un désir bien affirmé de voir succéder à ce régime de vaines disputes une féconde collaboration des différentes méthodes desquelles on peut affirmer que si aucune n’est parfaite, aucune non plus n’apparaît absolument mauvaise. Elles valent par celui qui les applique. Il convient d’ajouter aussi que l’instructeur, dans les emprunts qu’il leur fait, se laisse naturellement guider par les circonstances qui s’imposent et les ressources qui s’offrent à lui.

Le principe de l’éclectisme appliqué pour la première fois au Congrès Olympique tenu en 1905 au Palais des Académies à Bruxelles sous la présidence d’honneur du roi Léopold ii a conquis en France de larges sympathies, depuis le Congrès d’Éducation physique de Paris qui a eu lieu au printemps de 1913. Peu après s’assemblait à Lausanne un Congrès de psychologie sportive destiné à rappeler le rôle singulièrement important que jouent les données psychologiques dans cette branche de la pédagogie. Jusqu’alors on s’était trop obstinément cantonné sur le terrain strictement physiologique.

Ainsi les horizons ont-ils été peu à peu élargis et il est permis d’espérer que les inconvénients provenant des conflits de méthodes ne se produiront plus.


Obligation de l’éducation physique.

Le principe d’obligation de l’éducation physique n’est pas appliqué par suite d’un grand nombre d’exemptions qui sont demandées pour les leçons de gymnastique par des parents faibles ou timorés. On peut s’étonner de la facilité avec laquelle des certificats médicaux sont obtenus à cet effet. Dans un grand nombre de cas, la débilité attestée par ces certificats n’est que le prétexte invoqué par l’intéressé pour se faire dispenser d’un enseignement qui ne lui plait pas et dont ses parents devraient, à son défaut, savoir apprécier l’importance. En dehors de cas tout-à-fait exceptionnels et pour lesquels une simple attestation ne saurait suffire, personne ne doit être dispensé, ni internes ni externes. Mais il peut y avoir lieu de distinguer entre les normaux et les débiles à condition que le criterium général soit, bien entendu, basé sur l’état normal (qui est d’ailleurs dans les collèges, celui de la grande majorité) et non sur l’état débile. Exempter purement et simplement le débile de ce qui précisément tend à le fortifier n’est, à aucun point de vue, une solution raisonnable. Il est de plus à remarquer que presque tous les mouvements d’ensemble dont se compose une leçon de gymnastique sont susceptibles d’être exécutés sans dommage par un élève auquel sa santé permet de mener par ailleurs la vie scolaire toujours un peu rude. Ce n’est donc que dans le maniement des agrès que des différences doivent intervenir. Pratiquement il en est ainsi, car tout bon professeur sait graduer les efforts qu’il demande à ses élèves. Je suggérerai néanmoins qu’un petit peloton dit de « deuxième catégorie » soit formé pour ceux qui se trouveraient dispensés de certaines épreuves. Sans comporter une trop grande humiliation, ce titre suffirait à créer un stimulant salutaire. Il y a parmi les débiles des adolescents qui s’abandonnent et se résignent trop volontiers à leur faiblesse. Nous sommes à une époque où chacun doit priser la force corporelle et s’efforcer d’acquérir une santé robuste. C’est rendre service aux intéressés que de le leur rappeler et la leçon de gymnastique offre une bonne occasion de le faire.


Hygiène de l’exercice.

On ne saurait trop s’élever contre l’habitude de se livrer à un exercice un peu énergique et de quelque durée sans se déshabiller et sans se laver après l’exercice. Sous ce rapport il est regrettable de constater que les progrès obtenus ont été minimes. D’autre part, il faut tenir pour acquis que, provisoirement tout au moins, les écoliers et les collégiens (je ne parle pas des après-midis sportives du jeudi) ne peuvent changer de vêtements pour la leçon de gymnastique. Ils n’ont pour cela ni les locaux ni le temps nécessaires et ne sont pas encore accoutumés à se dévêtir rapidement et n’importe où pour s’exercer, demi-nus. Or l’hygiène commande qu’il ne leur soit plus permis de faire travailler leurs muscles en gardant leur chemise de toile, leur faux-col et leur gilet de sorte qu’ayant seulement enlevé le veston, ils retournent ensuite en classe plus ou moins en sueur ce qui est malpropre et malsain.

Nous souhaiterions voir tous les adolescents de France porter habituellement le costume dit cycliste qui les habille si bien et leur laisse une telle liberté de mouvements ; ce costume comporte la chemise de flanelle et mieux encore le jersey de laine qui, adhérent à la peau, écarte tout danger de prendre froid. En tous cas il faudrait que, les jours de gymnastique, le port du costume cycliste fut recommandé aux élèves avec insistance si l’on ne juge pas encore possible de l’imposer.

Un certain nombre d’établissements scolaires sont maintenant munis d’appareils de douches ; les cabines sont généralement en nombre trop restreint parce qu’on a dépensé beaucoup pour les installer de façon inutilement luxueuse. La fantaisie des architectes les a parfois aussi rendues peu accessibles. Tel vaste lycée récemment édifié l’a été de façon que, pour se rendre des dortoirs aux bains, il faut traverser trois cours. On ne saurait trop insister pour que les bains-douches qu’il est si aisé d’établir à très peu de frais le soient désormais dans des conditions permettant à chaque élève de « s’arroser » et de se savonner au moins tous les deux jours ainsi qu’au retour du football.

Les élèves devraient aussi apprendre (la diffusion du « camping » y aidera puissamment) à se laver en plein air comme les soldats à l’étape. Un seau d’eau, une éponge d’écurie et une serviette rugueuse, que faut-il de plus ? Le seul obstacle à cette virile pratique réside dans les préjugés dont on ne peut que souhaiter la prompte et définitive disparition.