Acte du saint et œcuménique concile de Florence pour la réunion des Églises/Introduction


Traduction par Adolphe d'Avril.
Benjamin Duprat / And. Guéraud et Cie (Publication du Bulletin de l'Œuvre des pèlerinages en Terre-Sainte, t. II, n°18p. 5-9).


ACTE


DU SAINT ET ŒCUMÉNIQUE


CONCILE DE FLORENCE


POUR


LA RÉUNION DES ÉGLISES.





On trouvera dans l’Histoire du concile de Florence[1] et dans une publication récente de M. Pitzipios[2] le récit des négociations qui, au quinzième siècle, amenèrent les grecs et les latins à se réunir dans un concile général.

Le pape Eugène IV avait convoqué ce concile par sa bulle Doctoris gentium, et s’était rendu à Ferrare dans le commencement de l’année 1439. Il y attendit les dignitaires de l’Église grecque et l’empereur de Constantinople, qu’il avait envoyé chercher sur quatre galères. Leur débarquement eut lieu à Venise. Cette ville était encore dans toute la ferveur de l’enthousiasme religieux et patriotique[3]. Elle s’associait avec d’autant plus d’entraînement aux espérances de la chrétienté, que le pape Eugène IV était lui-même Vénitien. Aussi « au-devant de l’empereur grec vinrent un si grand nombre de gondoles que l’on ne voyait point la mer. Mais Sa Seigneurie fit avertir l’empereur de ne point sortir de sa galère, afin que le doge vînt, avec tout le sénat, lui rendre l’honneur convenable, ce qui fut exécuté. C’est ainsi que l’empereur Jean Paléologue fit son entrée solennelle à Venise[4]. »

L’empereur d’Orient était suivi du patriarche de Constantinople, nommé Joseph, des délégués des patriarches d’Alexandrie, d’Antioche et de Jérusalem, d’Isidore, métropolitain de Kiew et de toute la Russie, etc., etc. Le patriarche fit une entrée solennelle dans la cité où devait siéger le concile. « Il vint quatre cardinaux avec environ vingt-cinq évêques, et le seigneur de la ville avec le corps de noblesse. L’on amena aussi des chevaux et des mulets pour le patriarche et sa suite ; et c’est ainsi qu’ils entrèrent à Ferrare, le patriarche marchant à cheval au milieu de deux cardinaux. Aussitôt ils allèrent au palais du Pape, que le patriarche salua le baisant à la joue. Le Pape le reçut debout. Il reçut les autres étant assis[5]. »

La première session du concile eut lieu le mercredi saint, 9 avril, dans l’église cathédrale de Ferrare, qui est dédiée à saint Georges. On s’était entendu préalablement, et non sans quelques difficultés, sur les places à assigner à chacun. Voici ce qui avait été décidé : « On donna au Pape et aux siens le côté gauche en entrant dans l’église, le côté droit à l’empereur et aux siens ; la chaire du Pape près de l’autel, à quatre brasses ; à une brasse plus bas, le trône de l’empereur d’Allemagne, mais vide et pour la forme seulement ; près de là seront assis les cardinaux et ensuite les métropolitains et les évêques, au nombre d’environ cent cinquante. De l’autre côté sera le trône de l’empereur grec, puis celui du patriarche et des vicaires, et de toute l’Église orientale par ordre[6]. »

Les délibérations sur les divers points de dogme, de hiérarchie ou de discipline et sur les moyens d’union furent longues et approfondies. On n’en suivra pas ici les diverses péripéties, parce que le résultat en est consigné avec détail dans l’acte final. Le métropolitain de Kiew y prit une grande part. Fidèle à l’inspiration catholique des saints Cyrille et Méthode[7], apôtres des Slaves, Isidore contribua beaucoup au résultat favorable des délibérations.

Cependant la peste ayant éclaté à Ferrare, le concile fut transféré à Florence.

L’union était définitivement conclue, malgré l’opposition de Marc d’Éphèse[8], lorsque le patriarche grec vint à mourir. Quelques heures avant sa mort, il avait écrit de sa main la déclaration de foi suivante adressée à l’empereur : « † Joseph, par la miséricorde divine, archevêque de Constantinople, nouvelle Rome, patriarche œcuménique[9], étant arrivé au terme de ma vie, et pressentant ma mort, inspiré par la grâce de Dieu, j’écris et signe de ma propre main ma croyance, et je la fais connaître à vous, mon fils en Jésus-Christ. Je pense et dogmatise tout ce que pense et dogmatise l’Église catholique et apostolique de Notre-Seigneur Jésus-Christ, celle de l’ancienne Rome, et j’obéis à tout cela par conviction. De plus, j’avoue, pour l’information de tous, que Sa Sainteté le Pape de Rome est le Père des Pères, l’évêque suprême (μέγιστον Ἀρχιερέα) et le vicaire (τοποτηρητὴν) de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Je reconnais le purgatoire des âmes[10]. »

Les funérailles du Pontife grec furent célébrées avec beaucoup d’honneur. Le corps de Joseph, revêtu, selon l’usage oriental, de ses habits pontificaux, fut déposé dans l’église catholique de Santa-Maria-Novella, qui est celle des Dominicains.

Enfin, « le lundi 6 juillet, le Pape, tout le clergé oriental et occidental, ainsi que l’empereur et toute sa suite, se réunirent dans l’église de Santa-Maria-Liberata. Le Pape et tout le clergé des deux Églises prirent leurs habits sacerdotaux et officièrent ensemble une messe solennelle. On chanta ensuite un Te Deum en actions de grâces pour la réunion de la sainte Église une et indivisible. Après quoi on fit la lecture de l’acte de réunion. Le métropolitain de Nicée, Bessarion, le lut en grec, et le cardinal de Sainte-Sabine, Julien, le lut en latin[11]. »

Indiquons ici que la réunion des grecs amena celle des arméniens, des jacobites et des éthiopiens de Jérusalem[12].

  1. Græcè scripta per Sguropulum, qui concilio interfuit, transtulit in sermonem latinum. R. Creyghton. La Haye, 1660. — Voir la section 2e. — La première est perdue.
  2. L’Église orientale, Rome, imprimerie de la Propagande, 1855.
  3. Voir le huitième chapitre de l’Art chrétien, par M. Rio, t. I.
  4. Fleury, livre CII, ch. xciii. Les livres CI et suivants ont été publiés récemment d’après un manuscrit de la Bibliothèque impériale de Paris.
  5. Fleury, loco cit.
  6. Fleury, loco cit.
  7. Consulter le Monde slave, par Cyprien Robert, tome II ; et Assemani, Kalendaria Ecclesiæ universæ, tome III.
  8. Histoire du concile de Florence, déjà citée, section x.
  9. Le titre d’œcuménique que s’attribue le patriarche de Constantinople ne lui est pas reconnu par l’Église romaine. Sur cette question, voir Fleury, livre XXXV, ch. xxxix ; livre XXXVI, ch. xxiii et lii ; Histoire de Photius, par l’abbé Jager, 2e édition, introduction ; Montalembert, les Moines d’Occident, t. II, p. 111 et suiv. — C’est à l’occasion de cette prétention que les papes ont pris le titre de serviteur des serviteurs de Dieu.
  10. Pitzipios. On trouve dans l’ouvrage de cet auteur le texte grec de la déclaration du patriarche de Constantinople, t. II, p. 35.
  11. Pitzipios, t. II, p. 37.
  12. Fleury, livre CIII, ch. xiii.