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Académie des sciences - Séance du 12 janvier 1874

5 janvier 1874

12 janvier 1874

19 janvier 1874

ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 12 janvier 1874. — Présidence de M. Bertrand.

L’azotite d’ammoniaque. — Jusqu’ici personne n’avait obtenu l’azotite d’ammoniaque pur à l’étal cristallin. L’instabilité extrême de ce corps rend compte des difficultés de sa préparation. M. Berthelot est arrivé cependant à vaincre tous les obstacles, et il fait connaître les propriétés de ce sel, très-anciennement connu de nom et cependant tout nouveau pour les chimistes. Pour le préparer, on verse de l’azotite de baryte dans du sulfate d’ammoniaque : le sulfate de baryte précipité est recueilli sur un filtre et le liquide est une dissolution d’azotite d’ammoniaque. La cristallisation de ce dernier ne peut être obtenue par la chaleur, car celle-ci décompose très-rapidement la matière. Il faut mettre le liquide sous le récipient de la machine pneumatique, en présence de matières très-hygroscopiques. Malgré ces précautions et quoiqu’on opère à zéro, les deux tiers environ du produit sont décomposés. Ce qui reste est de l’azotite d’ammoniaque pur cristallisé en aiguilles blanches. Ce corps se signale surtout par ses propriétés explosibles : à 74 degrés, il détone violemment. Il fait explosion également sous le choc du marteau, et cela avec tant d’énergie, que l’auteur le rapproche de la nitro-glycérine : c’est donc un corps dangereux, et les excuses que M. Berthelot a cru devoir faire de ne pas le placer sur le bureau de l’Académie ont généralement paru superflues.

Papier réactif de l’urée. — La chimie et la physiologie ont grand intérêt à pouvoir déceler l’urée dans les liquides organiques où elle existe. Mais le problème est très-difficile, à cause de la complexité ordinaire de ces liquides et de l’absence de réaction très-nette du corps recherché. M. Musculus, de la Faculté des sciences de Bordeaux, paraît avoir résolu la question d’une manière à la fois très-complète et très-élégante. Il est parti de ce fait très-connu que, sous l’influence du ferment contenu dans l’urine, l’urée se transforme en carbonate d’ammoniaque. Cela posé, il a filtré, sur du papier de curcuma, de l’urine contenant à l’état solide le ferment en question, et il a laissé le papier sécher. Celui-ci, coupé eu bandelettes, constitue un véritable réactif de l’urée ; car, plongé dans un liquide qui en contient, le ferment qui l’imprègne détermine la production de carbonate d’ammoniaque qui, à son tour, colore en rouge, comme on sait, le papier de curcuma. Il est probable que des papiers analogues pourraient être appliques à d’autres recherches de chimie.

Le vol des oiseaux. — On sait que M. Marey, professeur au Collège de France, est arrivé, dans un travail justement apprécié, à rendre compte de toutes les circonstances du vol des insectes. Le vol des oiseaux est bien différent et jusqu’ici, par sa complication, il a fait le désespoir de tous ceux qui l’ont étudié. Toutefois, il semble que son étude sera rendue beaucoup plus facile par les remarques que l’auteur présente aujourd’hui. Elles consistent dans ce fait que la même force appliquée au battement des ailes d’un oiseau immobile ou d’un oiseau qui se déplace horizontalement, produit incomparablement plus de résistance dans le premier cas que dans le second. Il en résulte qu’une force insuffisante pour maintenir un oiseau en place est capable de lui permettre le vol proprement dit. Beaucoup de difficultés des premiers essais disparaissent devant cette considération et l’on attendra avec impatience les applications que l’auteur se promet d’en faire.

Production des raphides d’oxalate de chaux. — Les raphides sont les cristaux aciculaires que contiennent si fréquemment à l’état microscopique les cellules végétales. On sait que les cristaux d’oxalate de chaux des végétaux, diffèrent complètement par leur forme de ceux que l’on prépare dans les laboratoires. M. West vient de reconnaître que la différence est due à une sorte d’action de présence exercée dans les plantes par le glucose ou la dextrine. En présence de ces corps, de l’oxalate d’ammoniaque arrivant lentement (par capillarité) dans un sel de chaux donne de l’oxalate de chaux, tout semblable pour la forme à celui des plantes. C’est, comme on voit, un fait nouveau à ajouter à l’histoire déjà si curieuse des oxalates.

On sait, par exemple, qu’au point de vue de l’hydratation il existe trois oxalates différents à base de chaux. C’est tantôt l’un, tantôt l’autre qui cristallise suivant que la température varie de 3 à 4 degrés à peine, et cependant la constatation de ces sels est bien loin d’être la même ; leur chaleur atomique diffère de plusieurs milliers de calories. Stanislas Meunier.