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Abrégé de la vie de Jean Meslier
L'Évangile de la Raison (p. iii-vi).

Testament
de Jean Meslier.

Nouvelle édition.


Abrégé
de la
vie de l'auteur.

Jean Meſlier, Curé de Trépigny & de But en Champagne, natif du Village de Mazerni, dépendant du Duché de Mazarin, étoit le fils d’un Ouvrier en ſerge; élevé à la Campagne, il a néanmoins fait ſes études, & eſt parvenu à la Prêtriſe.

Etant au Séminaire, où il vécut avec beaucoup de régularité, il s'attacha au ſyſtême de Deſcartes. Ses mœurs ont paru irréprochables, faiſant ſouven l’aumône; d'ailleurs très ſobre, tant ſur ſa bouche que ſur les femmes. Mrs. Voiry & De Lavaux, l’un Curé de Va, & l’autre Curé de Boutzicourt, étoient ſes Confeſſeurs, & les ſeuls qu'il fréquentoit.

Il étoit ſeulement rigide partiſan de la juſtice, & pouſſoit quelquefois ce zele un peu trop loin. Le Seigneur de ſon Village, nommé le Sr. de Touilly, ayant maltraité quelques Payſans, il ne voulut pas le recommander nommément au Prône : Mr. de Mailly, Archevêque de Rheims, devant qui la conteſtation fut portée, l’y condamna. Mais le Dimanche qui ſuivit cette déciſion, ce Curé monta en Chaire, & ſe plaignit de la ſentence du Cardinal. “Voici, dit-il; le ſort ordinaire des pauvres Curés de Campagne; les Archevêques, qui ſont de grands Seigneurs, les méprisent & ne les écoutent pas. Recommandons donc le Seigneur de ce lieu. Nous prierons Dieu pour Antoine De Touilly; qu’il le convertiſſe, & lui faſſe la grace de ne point maltraiter le pauvre, & dépouiller l'orphelin.”

Ce Seigneur, préſent à cette mortiſiante recommandation, en porta de nouvelles plaintes au même Achevêque, qui fit venir le Sieur Meſlier à Donchery, où il le maltraita de paroles. Il n’a guères eu depuis d’autres évènenmens dans ſa vie, ni d’autre bénéfice que celui de Trépigny.

Les principaux de ſes Livres étaient la Bible, un Moreri, un Montaigne & quelques Peres; ce n’eſt que dans la lecture de la Bible & des Peres qu’il puiſa ſes ſentimens. Il en fit trois copies de ſa main, l’une deſquelles fut portée au Garde des Sceaux de France ſur laquelle on a tiré l’Extrait ſuivant. Son MS. eſt adreſſé à Mr. Le Roux, Procureur & Avocat en Parlement, a Mézieres.

Il eſt écrit a l'autre côté d’un gros papier gris qui ſert d’enveloppe. “J’ai vu & reconnu les erreurs, les abus, les vanités, les folies & les méchancetés des hommes; je les ai haïs & déteſtes : je ne l’ai oſé dire pendant ma vie, mais je le dirai au moins en mourant & après ma mort; & c’eſt afin qu’on le ſache, que je fais & écris le préſent Mémoire, afin qu’il puiſſe ſervir de témoignage de verité à tous ceux qui le verront, & qui le liront, ſi bon leur ſemble.”

On a auſſi trouvé parmi les Livres de ce Curé, un imprimé des Traités de Mr. de Fenelon, Archevêque de Cambray (Edit. de 1718.) ſur l'Exiſtence de Dieu & ſur ſes attributs, & les Reflexions du P. Tournemine, Jéſuite, ſur l'Athéiſme, auxquels Traités il a mis ſes notes en marge ſignées de ſa main.

Il avoit écrit deux Lettres aux Curés de ſon voifinage, pour leur faire part de ſes ſentimens, &c. Il leur dit qu’il a conſigné au Greffe[1] de la Juſtice de ſa Paroiſſe une Copie de ſon Ecrit en 366 feuillets in-8vo., mais qu’il craint qu’on ne la ſupprime, ſuivant le mauvais uſage établi, d’empêcher que les ſimples ne ſoient inſtruits, & ne connoiſſent la vérite.[2]

Ce Curé a travaillé toute ſa vie en ſecret, pour attaquer toutes les opinions qu’il croyoit fauſſes.

Il mourut en 1733, âgé de 55 ans: on a cru que, dégouté de la vie, il s’étoit exprès refuſé les alimens néceſſaires, parce qu’il ne voulut rien prendre, pas même un verre de vin.

Par ſon teſtament, il a donné tout ce qu’il poſſédoit, qui n’étoit pas conſidérable, à ſes Paroiſſiens, & il a prié qu’on l’enterrât dans ſon Jardin.

  1. Sainte Menehoult
  2. On dit que le Grand-Vicaire de Rheims s'eſt emparé de la troiſieme Copie.