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Dezobry et E. Magdeleine, Lib.-éditeurs (Tome 2p. 3-26).

chapitre i.


Polvérel, Sonthonax et Ailhaud arrivent au Cap. — Discours de Daugy président de l’assemblée coloniale, à leur installation. — Leur profession de foi et proclamation du 24 septembre 1792. — L’assemblée coloniale intrigue contre Roume, et dénonce Blanchelande. — Son arrestation et son renvoi en France. — Nouvelle arrivée au Cap, de la révolution du 10 août. — Mouvemens populaires dans cette ville. — Proclamation du 12 octobre et dissolution de l’assemblée coloniale, des trois assemblées provinciales et autres corps populaires. — Création d’une commission intermédiaire. — Embarquement et renvoi en France, de Cambefort, Touzard, d’Esparbès et autres contre-révolutionnaires. — Rochambeau, gouverneur générât provisoire. — Départ du générât d’Hinisdal pour France. — Polvérel et Ailhaud vont dans l’Ouest. — Sonthonax reste au Cap. — Appréciation de cette résotution par Garran de Coulon.


Les nouveaux commissaires nationaux civils, nommés pour l’exécution de la loi du 4 avril 1792, et partis de Rochefort le 28 juillet, arrivèrent dans la rade du Cap le 17 septembre ils débarquèrent le 18.

Ils venaient avec six mille hommes de troupes et de gardes nationales placées sous le commandement supérieur du lieutenant général d’Esparbès, nommé gouverneur général de Saint-Domingue, qui avait sous ses ordres les généraux d’Hinisdal, de Lasalle et de Montesquiou-Fesenzac, destinés à être les gouverneurs particuliers des provinces du Nord, de l’Ouest et du Sud. Le june général Donatien Rochambeau, nommé gouverneur général des îles du vent, y arriva en même temps avec les troupes confiées à son commandement ; mais il en partit aussitôt pour se rendre à la Martinique.

On a déjà vu que Polvérel était connu de plusieurs des membres de l’ancienne assemblée de Saint-Marc qui voulurent, en 1790, lui confier la défense de cette assemblée, accusée devant la constituante. Le blâme qu’il donna alors de ses actes, et les écrits qu’il publiait à Paris, le rendaient suspect aux yeux des colons d’être favorable à l’émancipation des esclaves. Il en était de même de Sonthonax, pour les écrits qu’il avait publiés et qui avaient motivé la répugnance du ministre Lacoste, dévoué aux préjugés coloniaux.

Nommés tous deux par l’influence de Brissot et des Girondins, ils avaient été dénoncés dès lors dans la colonie par Page et Brulley, commissaires de l’assemblée coloniale en France par les membres du club Massiac, par Moreau de Saint-Méry, par ce Cousnac-Mion que nous avons vu partir pour Londres, aussitôt que la loi du 4 avril eut été rendue. Tous ces colons les représentaient comme placés sous l’influence des Amis des noirs, comme des jacobins forcenés, venant à Saint-Domingue pour préparer l’affranchissement général des esclaves.

Ainsi, Polvérel et Sonthonax arrivaient dans la colonie, et ils étaient accueillis par les colons, avec les préventions les plus défavorables ; ils le savaient. Ils avaient, comme secrétaire de la commission civile, Delpech, citoyen de Bordeaux, membre de la société des Amis de la constitution de cette ville, c’est-à-dire de la société correspondante du club des Jacobins de Paris ; et l’on sait que la ville de Bordeaux était détestée des colons pour ses opinions toujours favorables aux mulâtres et nègres libres.

Nous ne disons rien du conimissaire Ailhaud, homme d’un caractère faible, d’un esprit timide, un de ces êtres nuls et passifs, incapables de jouer un rôle important dans les temps de révolution : il n’offusquait point les colons.

Dès le 25 août, étant à bord du vaisseau l’America, par le 26º degré de latitude Nord et le 35º de longitude, les commissaires civils avaient rédigé des instructions pour Delpech[1], dans le but de l’envoyer au Cap sur un aviso, afin d’y annoncer leur arrivée et de sonder le terrain, tant ils craignaient une résistance de la part des assemblées de cette ville, composées de colons : les instructions du roi prévoyaient cette résistance. Mais cette précaution, indiquée par la prudence, devint presque inutile : Delpech fut bien accueilli. Ces assemblées elles-mêmes, avisées de l’approche de la flotte et n’étant pas en mesure de résister, envoyèrent une députation complimenter les commissaires civils. Elle était composée de Raboteau, Jouette et De Pons, membres de l’assemblée coloniale, de quelques membres de l’assemblée provinciale, de la municipalité et de la garde nationale. On conçoit facilement que leur but était de pressentir eux-mêmes ce que les colons avaient à attendre de ces nouveaux agens de la métropole. Le 20 septembre, une séance solennelle eut lieu dans la grande église du Cap, pour l’installation des commissaires civils. Daugy, président de l’assemblée coloniale, leur adressa un discours insidieux où il supposait que les commissaires arrivaient avec des instructions secrètes pour préparer l’affranchissement des esclaves. Il y déclarait toutefois que le décret constitutionnel du 24 septembre 1791, en réservant la décision de cette question à l’assemblée coloniale, lui en donnait le droit à elle seule ; et il prétendit justifier l’esclavage des noirs, comme indispensable à la prospérité de la colonie et de la métropole. Ce discours est un chef-d’œuvre de l’astuce coloniale, Daugy mettait évidemment en usage cette tactique adroite, pour forcer les commissaires à s’expliquer sur ce sujet important.

« Nous sommes dans vos mains, dit-il, comme le vase d’argile que vous pouvez briser à l’instant même ; c’est donc aussi l’instant, et peut-être le seul, de vous faire connaître une vérité importante, mal connue de MM. les commissaires nationaux civils, vos prédécesseurs.

Cette vérité, sentie à la fin par l’assemblée constituante, c’est qu’il ne peut point y avoir de culture à Saint-Domingue sans l’esclavage ; c’est qu’on n’a point été chercher et acheter à la côte d’Âfrique cinq cent mille sauvages esclaves pour les introduire dans la colonie, en qualité et au titre de citoyens français ; c’est que leur existence comme libres y est physiquement incompatible avec l’existence de vos frères européens…

Nous avons déclaré, par un décret du mois de mai dernier, que l’esclavage des noirs était irrévocablement maintenu dans les colonies, etc. »

Les commissaires civils se virent donc, en quelque sorte contraints, dans la séance même, de donner le démenti le plus formel au projet qu’on leur imputait. Polvérel prononça ces paroles :

« Je vous déclare, au nom de mes collègues, sans crainte d’en être désavoué, je vous déclare en mon nom, que si, par impossible, l’assemblée nationale changeait quelque chose à l’état de vos propriétés mobilières, j’abdiquerais sur-le-champ toute mission, et remettrais entre les mains de la nation tous les pouvoirs qu’elle m’a confiés, plutôt que de me rendre complice d’une erreur aussi funeste à la colonie. »

Sonthonax et Ailhaud donnèrent les mêmes assurances sur leurs intentions personnelles. Sonthonax déclara « que jamais l’intention de l’assemblée nationale n’avait été d’abolir l’esclavage, et que si cette assemblée égarée en provoquait l’abolition, ils juraient de s’y opposer de tout leur pouvoir. »

Ces déclarations prouvent que, loin de menacer les colons, les commissaires redoutaient une résistance de leur part.

Dès ce début, Polvérel et Sonthonax laissent voir la différence qui existait dans leur caractère et dans leurs idées : cette différence a été remarquée encore plus dans la suite, et a influé sur leurs actes particuliers. Polvérel promet bien d’abdiquer sa mission, de remettre ses pouvoirs, plutôt que de concourir à une mesure qu’il considérerait comme une erreur de l’assemblée nationale, préjudiciable aux intérêts des colons. Mais Sonthonax va plus loin ; il jure que si cette assemblée tombait dans cet égarement, si elle provoquait l’abolition de l’esclavage, il s’y opposerait de tout son pouvoir. Dans les paroles de Polvérel, on reconnaît un homme consciencieux qui ne voudrait pas contribuer à ce qu’il estimerait être un mal ; mais il ne dénie pas à l’assemblée nationale le droit de prendre une telle mesure et d’en ordonner l’exécution. Dans celles de Sonthonax, on reconnaît le fougueux proconsul qui n’hésiterait pas, s’il y avait lieu, à se révolter contre l’autorité de la métropole et à se ranger du côté des colons, pour conserver ce qu’il semble considérer comme un de leurs droits.

On conçoit le langage de Polvérel ; car, qu’un fonctionnaire public ne veuille pas concourir à l’exécution d’une mesure du gouvernement et qu’il donne sa démission, il doit en avoir la faculté, puisqu’il suit les inspirations de sa conscience, éclairée par son esprit. Mais qu’il ose déclarer qu’il s’y opposera de tout son pouvoir, c’est ce qui est insolite : admettre une telle faculté, ce serait établir l’anarchie dans l’administration, dans le gouvernement des États. Le fonctionnaire qui professe de pareilles doctrines porte en lui-même le germe du plus affreux despotisme. Défiez-vous-en, car la bonne opinion qu’il a de lui-même, de sa capacité à mieux juger que le gouvernement qu’il sert, des mesures propres à la prospérité de son pays, le rendra un vrai despote, si jamais le pouvoir passe en ses mains. Il ne souffrirait pas alors qu’on contestât la convenance des mesures qu’il prendrait.

Nous aurons occasion de faire remarquer, dans la suite de notre histoire, la différence que nous signalons dés à présent entre le caractère et les idées de Polvérel et de Sonthonax. Nous verrons Polvérel indulgent pour beaucoup de fonctionnaires qui ne partagèrent pas ses vues, tandis que Sonthonax fut sévère, acerbe, envers ceux qui désapprouvèrent les siennes. Ce fut surtout à l’occasion de cette question de l’affranchissement des esclaves, qui l’a porté à foire une si étrange déclaration à son arrivée au Cap, qu’il se montra rigoureux, injuste envers ceux qui ne partagèrent point ses convictions nouvelles, quand des nécessités impérieuses eurent commandé à lui-même la grande mesure de la liberté générale qu’il u prononcée, dans cette même ville du Cap. De là sortirent alors ses préventions contre toute la classe des mulâtres et nègres libres, parce que des individus de cette classe eurent le tort, impardonnable aux yeux de la morale et de la politique, d’adopter la profession de foi faite par les commissaires civils dans l’église du Cap et dans leurs actes subséquens.

En effet, les commissaires ne se bornèrent pas à ces déclarations verbales ; le 24 septembre, ils rendirent une proclamation dans laquelle ils les réitérèrent : la voici :

Citoyens,

Les commissaires nationaux civils, à leur débarquement à Saint-Domingue, ont été environnés de défiance par les ennemis de la chose publique. Calomniés dans leurs sentimens, ils vous doivent une explication solennelle sur leurs véritables principes, ainsi que sur la nature et l’étendue des droits que l’assemblée nationale et le roi leur ont confiés.

Que les hommes faibles et crédules ne se scandalisent plus ; que les pervers cessent leurs complots. Voici le symbole de notre religion politique ; nous n’en changerons jamais.

Invariablement attachés aux lois que nous venons faire exécuter, nous déclarons, au nom de la métropole, de l’assemblée nationale et du roi, que nous ne reconnaîtrons désormais que deux classes d’hommes dans la colonie de Saint-Domingue, — les libres sans aucune distinction de couleur, — et les esclaves.

Nous déclarons qu’aux assemblées coloniales seules, constitutionnellement formées, appartient le droit de prononcer sur le sort des esclaves.

Nous déclarons que l’esclavage est nécessaire à la culture et à la prospérité des colonies, et qu’il n’est ni dans les principes, ni dans la volonté de l’assemblée nationale et du roi, de toucher à cet égard aux prérogatives des colons.

Nous déclarons que nous ne reconnaîtrons pour les amis de la France, que ceux qui le seront de sa constitution (celle de 1791), sauf les modifications que commandent l’esclavage et les localités.

Nous déclarons que nous poursuivrons également, et les ennemis de la loi du 4 avril, et les méprisables conspirateurs qui ont voulu faire des droits des citoyens, ci-devant qualifiés de couleur, une spéculation contre-révolutionnaire.

Nous mourrons plutôt que de souffrir l’exécution d’un projet antipopulaire (celui de la contre-révolution) ; mais nous ne laisserons jamais avilir le caractère national dont nous sommes revêtus, par une tolérance coupable des injures faites à la métropole.

Tels sont nos principes ; nous les regardons comme très-essentiels au bonheur de la colonie.


Le lecteur remarquera avec nous, que cette proclamation est le développement de la doctrine de Polvérel, et non de celle de Sonthonax. Elle fait, elle renouvelle la déclaration de la nécessité de l’esclavage, mais elle ne dit pas que les commissaires s’opposeront à l’abolition de cet odieux régime, si la métropole la prononce. Bientôt nous verrons Sonthonax renouveler seul sa propre doctrine, par une proclamation du 4 décembre, quand ses collègues se seront rendus dans l’Ouest.

Une question toute naturelle ressort de l’examen de la profession de foi des commissaires civils. Etait-elle sincère de leur part, de la part d’hommes imbus des grands principes de la révolution française, de ces hommes qui, en Europe, avaient publié des écrits pour les propager ? Ces deux commissaires, choisis par les Amis des noirs, étaient-ils des adversaires-nés des malheureux qu’une verge de fer contenait dans la servitude, et dont une notable portion avait les armes à la main depuis un an, pour conquérir ses droits naturels ?

Pour résoudre cette importante question, il faut nécessairement distinguer entre les idées et les sentimens de l’homme privé et ceux de l’homme public.

Comme hommes privés, nous ne doutons nullement que Polvérel et Sonthonax croyaient à la légitimité des droits qu’avaient les nègres esclaves à la liberté. Mais, en leur qualité d’hommes publics, ils avaient des devoirs à remplir et ils devaient s’y conformer. La nature de leur mission, les préventions qui les accueillirent, leur prescrivaient peut-être le langage qu’ils ont tenu. Ils venaient pour faire exécuter un décret qui ne statuait que sur le sort d’une classe d’hommes libres, et la loi du temps où ils agissaient comme les délégués de la France, voulant le maintien de l’esclavage, ils ne devaient vouloir que ce qu’elle ordonnait.

Quoi qu’il en soit de la profession de foi des commissaires civils au 24 septembre 1792 (et nous ajournons les explications qu’ils en ont données eux-mêmes), elle produisit son effet en donnant aux colons, à l’assemblée coloniale surtout, l’espoir de maintenir l’esclavage des noirs. Ils le crurent d’autant mieux, que le 4 octobre ces commissaires publièrent une nouvelle proclamation pour ordonner l’entrée en campagne de toutes les troupes, afin de réduire les esclaves dans toutes les parties de la colonie.

La situation de ce pays était affligeante alors. Celle du Cap en particulier offrait le spectacle le plus dégoûtant, par la permanence des roues, des gibets, des exécutions à mort qu’ordonnaient les commissions prévotales contre les esclaves faits prisonniers. La guerre subsistait dans le Nord : des blancs, des hommes de couleur périssaient aussi dans les combats. Dans l’Ouest et dans le Sud, elle était suspendue depuis que Roume et Blanchelande s’y étaient transportés ; mais la paix n’existait pas entre les affranchis et les blancs : une méfiance mutuelle était dans tous les cœurs ; beaucoup de colons avaient émigré à l’étranger, les cultures souffraient partout.

Roume avait quitté Saint-Marc le 21 septembre, pour se rendre auprès des nouveaux commissaires. Il arriva au Cap le 25. En leur donnant tous les renseignemens qui pouvaient leur être utiles, il s’offrit de rester encore dans la colonie pour servir sous leurs ordres. Mais ses offres ne furent pas agréées, parce que, selon leur coutume, les membres du côté Ouest de l’assemblée coloniale, qui affectaient un grand attachement à la révolution, avaient déjà réussi à circonvenir les commissaires, en le représentant comme d’intelligence avec les membres du côté Est, Blanchelande et tous les autres agens du gouvernement colonial, tous partisans de l’ancien régime et de la contre-révolution. Roume dut donc partir du Cap, le 5 octobre, pour se rendre en France.

Blanchelande avait obtenu son rappel, les instructions du roi le disent. L’arrivée d’un nouveau gouverneur général devait amener son départ pour la France. Mais on vit alors les deux côtés de l’assemblée coloniale se réunir pour le dénoncer, l’accuser de toutes les fautes causées par sa faiblesse, par sa condescendance même pour cette assemblée : ils lui imputèrent tout à crime. L’assemblée provinciale et la municipalité du Cap se joignirent à ces accusateurs ; la garde nationale y fît chorus.

En ce même temps, Cambefort, Touzard, Rouvray et les autres chefs ou officiers du parti royal, circonvenaient d’Esparbès, dont ils avaient obtenu la dispersion des troupes venues avec lui, pour essayer d’opérer au Cap le même mouvement de contre-révolution que Béhague avait opéré aux îles du vent. Cette intrigue paraissait liée aux projets contre-révolutionnaires qui se tramaient en France et sur le continent, à l’apparition des armées étrangères sur le sol de la patrie, et qui occasionnèrent la révolution du 10 août et l’arrestation de Louis XVI.

Les commissaires civils ordonnèrent alors l’arrestation de Blanchelande qu’ils envoyèrent en France pour rendre compte de sa conduite à l’assemblée nationale. La haine des colons l’y poursuivit, leurs commissaires soutinrent les accusations portées contre lui dans la colonie, et il fut guillotiné le 5 avril 1793. Les colons eurent l’infamie de lui reprocher son opposition au décret du 15 mai 1791, qu’il n’avait faite que pour leur plaire, lis lui reprochèrent encore son approbation donnée à l’arrêté coupable de l’assemblée coloniale, du 27 mai 1792, concernant la loi du 4 avril et dont nous avons cité un extrait. Lorsque le rapport fut fait à la convention nationale, au sujet de ces accusations, Brissot fut le seul qui demanda, mais inutilement, l’ajournement de la discussion.

Au moment même où les commissaires civils ordonnaient l’arrestation de Blanchelande, un aviso arriva au Cap, porteur de la nouvelle de la révolution du 10 août. Il transmit aux commissaires le décret du même jour, sanctionné le 17 par le conseil exécutif provisoire, qui confirmait leurs pouvoirs en les fortifiant par de nouvelles dispositions.


La nouvelle reçue au Cap du renversement du trône ne pouvait qu’occasionner une profonde sensation parmi tous les colons, quelle que fut la division des esprits. Si, dès le commencement de la révolution, en 1789, ils se divisèrent en deux grands partis, — celui des grands planteurs qui formèrent l’assemblée générale de Saint-Marc, visant à se soustraire à l’obéissance due à l’assemblée nationale constituante, dont les principes révolutionnaires les effrayaient par leurs conséquences, — et celui des agens du gouvernement royal auxquels se joignirent aussi un certain nombre de planteurs, voulant le maintien de l’ancien régime colonial ; toujours est-il qu’il y avait entre ces deux partis un point de contact, un motif d’alliance ultérieure, dans le respect et l’attachement qu’ils portaient à l’autorité du monarque qui régnait en France. L’un et l’autre ne pouvaient qu’en espérer le maintien du régime colonial, quant à la sujétion des noirs dans l’esclavage et à la soumission des mulâtres et nègres libres au joug du préjugé de la couleur. Ces deux grands partis devaient donc profondément regretter le succès des révolutionnaires en France, qui amena la chute de la royauté. Le parti des petits blancs seul pouvait se réjouir de ce succès, obtenu par les efforts au tiers état dans la mère-patrie. Mais on a pu remarquer que le parti des petits blancs avait été constamment placé sous l’influence des idées de l’assemblée de Saint-Marc, qui s’en était fait un instrument contre les prétentions des hommes de couleur, et contre le désir manifesté par les agens du gouvernement colonial, de maintenir à Saint-Domingue l’ancienne administration. Or, les petits blancs étaient aussi mécontens que les deux autres partis, de la loi du 4 avril qui avait proclamé l’égalité civile et politique en faveur des hommes de couleur : ceux-ci étaient aussi l’objet de l’envie et de la jalousie de cette classe inférieure de la société coloniale, à cause de leurs richesses et des lumières d’un grand nombre d’entre eux.

L’intérêt politique des trois partis, parmi les blancs, devait ainsi les réunir contre les commissaires civils envoyés à Saint-Domingue pour assurer l’exécution de la loi du 4 avril, c’est-à-dire le triomphe des mulâtres et nègres libres.

Ce furent les membres du côté Ouest de l’assemblée coloniale qui prirent l’initiative des mesures propres à se débarrasser des commissaires civils, pour arriver à l’indépendance de la colonie. Ils se coalisèrent avec les membres du côté Est et les agens du gouvernement colonial, et organisèrent aussitôt des mouvemens populaires dans ce but. Cette coalition était d’autant plus facile, selon eux, que déjà ils avaient réussi, en s’unissant, à faire embarquer Blanchelande comme accusé de tous les maux survenus dans la colonie.

Dans une pareille situation, il fallait une grande énergie et beaucoup d’adresse de la part des commissaires civils, pour déjouer ces complots et rester maîtres du terrain. Ils surent se placer à la hauteur de ces difficultés pour les dominer.

La loi du 4 avril et celle du 22 juin les autorisaient à dissoudre l’assemblée coloniale et toutes les autres assemblées ou corps qualifiés populaires dans la colonie. Celle du 17 août avait confirmé leurs pouvoirs, et les instructions du roi avaient prévu que les dispositions de l’assemblée coloniale seraient peu conciliantes et que les commissaires ne tarderaient pas à la dissoudre.

Le 12 octobre, ils publièrent une proclamation par laquelle ils prononcèrent la dissolution de l’assemblée coloniale, des assemblées provinciales du Nord, de l’Ouest et du Sud, du conseil de paix et d’union de Saint-Marc et du conseil d’administration de Jérémie. Ces diverses corporations ne pouvaient que maintenir un esprit contraire à la mission des commissaires civils ; elles durent subir le même sort. Cependant, à Jérémie, les colons n’obéirent pas à leur proclamation.

Mais en dissolvant l’assemblée coloniale, ils sentirent la nécessité de la remplacer par un corps administratif qui serait une sorte de représentation populaire de la colonie, placée sous leur influence. Ils l’organisèrent sous le litre de commission intermédiaire : ce titre indiquait son caractère provisoire, jusqu’à ce que l’on pût arriver à la formation d’une nouvelle assemblée coloniale. Ils y étaient autorisés par un décret de l’assemblée constituante, en date du 15 juin 1791, qui prescrivait une semblable commission dans l’intervalle des sessions de l’assemblée coloniale.

Ils décidèrent que cette commission serait composée de douze membres. Avant de se dissoudre, l’assemblée coloniale dut en nommer six, pris dans son sein, à raison de deux pour chaque province de la colonie. Les six autres furent réservés à la nomination directe des commissaires civils : ils les prirent dans la classe des hommes de couleur. Ce furent Pinchinat et J. Borno, pour l’Ouest ; Louis Boisrond et François Raymond, pour le Sud ; Castaing et Lartortue, pour le Nord. Les six blancs étaient Gerbier, Raboteau, Daugy, Chotard aîné, De Lavalle et Couturier des Flottes[2].

Les commissaires civils reçurent une adhésion formelle à ces nominations, de la part de la classe des hommes de couleur.

Les attributions données à la commission intermédiaire étaient 1º de surveiller l’exécution des arrêtés de l’assemblée coloniale, dans la partie des finances et de l’administration ; 2° de connaître des contestations sur les arrêtés des municipalités, et de casser ou d’approuver leurs délibérations ; 3° de décider de toutes les questions qui auraient été de la compétence de l’assemblée coloniale.

Les arrêtés de cette commission ne pouvaient être exécutés, sans l’approbation préalable des commissaires civils.

La proclamation du 12 octobre ordonna en même temps la réorganisation de toutes les municipalités, afin que tous les hommes libres concourussent à leur formation. Les dispositions de l’article 4 du décret du 28 mars 1790, durent servir de règle pour l’admission des électeurs aux assemblées des paroisses. Les commissaires comprirent cependant, comme citoyens actifs et éligibles, tous les hommes libres qui, âgés de 25 ans, auraient porté les armes pour la défense de la colone, depuis le 1er septembre 1791.

Cette disposition très-élastique, fondée cependant sur l’article 7 du décret du 22 août 1792, devait faire admettre dans les assemblées paroissiales, non-seulement beaucoup de petits blancs, mais aussi un grand nombre d’hommes de couleur, qui, à l’âge de 25 ans, n’auraient pas réuni les autres conditions de citoyens actifs, d’électeurs et d’éligibles. Elle tendait à mettre ces petits blancs dans l’intérêt politique de là révolution, à les détacher des colons et à les rendre sympathiques aux commissaires civils, qui avaient besoin de beaucoup de forces pour lutter contre les planteurs et les contre-révolutionnaires. En étendant les droits politiques aux hommes de couleur, ils se fortifiaient encore contre ces aristocrates, unis dans leurs desseins de séparer la colonie de la métropole. Ils furent soutenus par les hommes de couleur, mais les petits blancs leur restèrent hostiles.

Cet acte vigoureux des commissaires prescrivait aux municipalités ainsi constituées, « de prendre le vœu de leurs communes respectives sur la nécessité d’accélérer ou de différer la convocation des assemblées primaires, soit pour former l’assemblée coloniale, soit pour les nominations des députés à la convention nationale de France, et de faire parvenir sur-le-champ leur délibération sur ce sujet aux commissaires civils. »

Vraisemblablement, ils se ménageaient par là le moyen d’exercer leur influence sur les communes, pour différer la formation d’une nouvelle assemblée coloniale ; 1° parce qu’ils durent reconnaître déjà, au 12 octobre, la difficulté, pour ne pas dire l’impossibilité d’avoir une telle assemblée composée de blancs et d’hommes de couleur, les colons continuant à montrer leur répugnance à cet égard et conspirant ouvertement pour détacher Saint-Domingue de la France, ou pour y rétablir l’ancien régime par la contre-révolution ; 2° parce qu’avec une assemblée coloniale, ils ne pourraient pas gouverner la colonie aussi facilement qu’avec la commission intermédiaire.

Mais une telle ligne de conduite était-elle autorisée par la loi du 4 avril et par celles qui l’avaient suivie ? Evidemment, non ; mais dans la situation où se trouvait Saint-Domingue, cette mesure de la dissolution de tous les corps populaires, était la plus urgente et la plus convenable pour laisser aux commissaires civils leur liberté d’action. Sans elle, ils n’auraient pu espérer de rétablir l’ordre et la tranquillité publique et de conserver cette colonie à la France. Il leur fallait, enfin, une vraie dictature pour la gouverner : les circonstances ultérieures les forcèrent à la garder jusqu’à leur départ, en 1794. Cette nécessité n’élait-elle pas même une conséquence de la chute de la royauté, qui donnait la dictature à la convention nationale ? Agens éloignés de cette nouvelle assemblée nationale, ils devaient avoir des pouvoirs égaux à ceux des commissaires extraordinaires qu’elle envoya aux armées : ils rendirent une proclamation à cet effet, le 13 octobre, pour interpréter l’intention de l’assemblée de la métropole. Polvérel et Sonthonax eurent le courage d’assumer sur leurs têtes cette immense responsabilité envers leur pays, et ils ont eu la gloire de lui avoir conservé sa colonie que les factieux voulaient lui ravir. Ailhaud signa aussi cet acte ; mais nous avons déjà dit ce qu’il faut penser de cette nullité. La convention nationale approuva cette interprétation de son décret du 10 août, par celui du 10 décembre.

La composition de la commission intermédiaire inaugura une nouvelle ère pour les hommes de couleur : dès lors, les blancs durent comprendre que l’égalité la plus parfaite entre eux passait de la loi dans le domaine des faits. De leur côté, les hommes de couleur sentirent plus que jamais la convenance de leur attachement à la métropole, dont les représentans avaient proclamé leurs droits politiques, dont les agensen assuraient le triomphe. Ils restèrent fidèles à la France ; ils défendirent sa colonie contre les blancs colons réunis aux Anglais et aux Espagnols ; mais nous verrons plus tard si la France sut apprécier leur fidélité et leur dévouement.


On conçoit que si la classe des hommes de couleur dut être satisfaite de la dissolution de l’assemblée coloniale et des autres corps populaires, comme de la formation de la commission intermédiaire, il n’en était pas de même des blancs, et surtout de ceux qui étaient membres de ces assemblées. Leurs intrigues recommencèrent immédiatement, d’accord avec les agens du gouvernement colonial, Cambefort, Touzard et autres. Ces derniers travaillèrent l’esprit du régiment du Cap et du régiment de Walsh, et essayèrent de propager l'indiscipline parmi les autres troupes venues avec les commissaires civils. Mais, comme le remarque Garran, à propos de l’assemblée coloniale : « indépendamment même des lois du 4 avril et 22 juin qui les autorisaient à la dissoudre, il eût été bien étrange qu’on eût conservé à Saint-Domingue, durant l’existence de la convention nationale, un corps formé par une caste privilégiée, qui, prétendant avoir la législation exclusive pour l’intérieur de la colonie, n’avait jamais cessé de lutter contre la volonté nationale, et qui, de son aveu même, ne s’était soumis à la loi du 4 avril, que parce qu’il avait manqué de moyens pour y résister. »

Les 17, 18 et 19 octobre, la plus grande agitation régna dans la ville du Cap. Les commissaires civils se virent forcés de prendre des résolutions énergiques pour y ramener la tranquillité.

En conséquence, ils ordonnèrent d’abord l’arrestation de Cambefort, colonel du régiment du Cap, de Touzard, lieutenant-colonel, et de trente trois autres officiers, sous-officiers et soldats du même corps, reconnus comme étant les auteurs de ces troubles. Le régiment tout entier devait être aussi désarmé, pour subir le même sort, mais les commissaires se relâchèrent de cette rigueur. Ils ordonnèrent aussi l’arrestation de Pomeyrole, directeur de l’artillerie, de Girardin, commandant de la station navale, et de Villéon, commandant du vaisseau le Jupiter, comme complice des premiers.

Le gouverneur d’Esparbès, gagné par eux et se refusant à l’exécution de ces ordres d’arrestation, les commissaires civils prononcèrent sa suspension et son renvoi en France avec les autres personnes, pour rendre compte de leur conduite à l’assemblée nationale. Le grand âge et les infirmités de d’Esparbès, commandant des ménagemens pour sa personne, les commissaires civils n’ordonnèrent que son embarquement, sans vouloir le priver de sa liberté : ils firent profiter aux autres de cet adoucissement inspiré par des sentimens d’humanité. Leur arrêté, rendu le 22 octobre, motiva ainsi les dispositions qu’ils ordonnèrent pour la distribution de tous les inculpés sur différens navires qui les ramenèrent en France.

Dans cette circonstance, ils furent secondés avec zèle par les hommes de couleur du Cap, et par Etienne Laveaux, lieutenant-colonel des dragons d’Orléans, que sa destinée appela ensuite à être gouverneur général de Saint-Domingue.

Parmi les motifs donnés pour l’arrestation de Cambefort, de Touzard et de Girardin, l’arrêté du 22 octobre porte qu’ils ont été constamment soupçonnés de connivence et d’intelligences criminelles avec les esclaves révoltés.

Montbrun, homme de couleur, venu de France comme l’un des aidés de camp de d’Esparbès, ayant été accusé de chercher à entraîner ceux de sa classe à prendre la défense des officiers du régiment du Cap, fut d’abord destitué ; mais les commissaires civils révoquèrent cet ordre et le gardèrent au Cap. C’était un officier distingué.

L’ordre de sa destitution émanait de Rochambeau dont nous avons signalé le passage au Cap, et qui, revenu de la Martinique d’où Béhague l’avait repoussé, fut appelé par les commissaires civils à remplacer d’Esparbès, comme gouverneur général provisoire. Il préludait ainsi au commandement de capitaine général de Saint-Domingue, qu’il obtint en 1802, après la mort de Leclerc.

Ce poste revenait de droit au général d’Hinisdal, le plus ancien des officiers généraux venus avec les commissaires civils, pour être le gouverneur particulier de la province du Nord. Dégoûté par ce passe-droit, et mécontent d’ailleurs de Rochambeau, il donna sa démission et retourna volontairement en France. En vain les commissaires civils insistèrent-ils dans leurs représentations, à l’ettet de le porter à rester dans la colonie : il persista dans son refus.

Il est à remarquer que, dès cette époque, Rochambeau fut représenté comme un homme sans talens et sans vertu, réprouvé par l’ancien et par le nouveau régime[3]. Nous admettons bien qu’il fut sans vertu, mais il avait des talens. Nous aurons à parler de ses atrocités, du caractère sanguinaire qu’il déploya à Saint-Domingue, dans les affreuses années 1802 et 1803.

Toutes les mesures prises dans ces momens difficiles, par les commissaires civils, obtinrent bientôt une complète approbation de la part de la convention nationale par son décret du 10 décembre 1792.

Maîtres de la situation dans le Nord, les coinmissaires civils prirent la résolution de se séparer : leurs instructions les y autorisaient.

Sonthonax resta au Cap avec la commission intermédiaire.

Polvérel et Ailhaud partirent le 29 octobre pour se rendre dans l’Ouest. Le premier devait y rester, tandis que le second passerait dans le Sud.

Cette mesure était commandée par les circonstances ; car ces deux provinces avaient besoin de leur présence pour la complète exécution de la loi du 4 avril, surtout après la dissolution des assemblées populaires, qui n’occasionna pas moins le mécontentement des colons de ces localités que celui des colons du Nord. Leur séparation et le départ inopiné, pour mieux dire la fuite honteuse d’Ailhaud qui survint bientôt, exercèrent une influence souvent désastreuse sur les mesures particulières que Polvérel et Sonthonax, livrés à eux-mêmes, se virent obligés de prendre. Elle fut cause d’événemens ultérieurs que nous aurons à signaler.

Mais citons ici les appréciations judicieuses faites par Garran à ce sujet. Président de la commission des colonies qui entendit les colons accusateurs de Polvérel et de Sonthonax, qui entendit ces agens accusés ; rapporteur impartial de ces Débats fameux qui jetèrent un si grand jour sur les premiers temps de la révolution de Saint-Domingue, Garran a été trop bien placé pour juger des effets produits par la séparation des commissaires, pour que son opinion ne soit pas d’un grand poids dans cette question.


« Les commissaires civils étaient formellement autorisés, dit-il, par leurs instructions, à se diviser ainsi, et il se peut que les troubles qui subsistaient encore dans l’Ouest et le Sud, la difficulté des communications par terre de ces deux provinces avec le Nord, depuis l’insurrection des nègres, et l’égalité des soins que les commissaires devaient à toutes les parties de la colonie, leur aient fait considérer cette mesure comme absolument indispensable. Mais elle n’en eut pas moins des suites funestes, surtout dans la province du Nord, et bientôt par contre-coup dans les deux autres. Il ne fallait pas moins que l’autorité réunie de la commission civile et du gouverneur pour mettre un frein aux mouvemens que les agitateurs élevaient sans cesse autour d’eux. Le respect dû aux commissaires civils diminua beaucoup lorsqu’on les vit isolés ; leurs mesures furent ou moins sages ou moins appropriées aux circonstances, parce qu’au lieu d’être le résultat d’une délibération commune, où ce qu’il pouvait y avoir de défectueux dans la manière de voir de chacun était contre-balancé par les réflexions des deux autres, leurs décisions, presque toujours individuelles, portèrent l’empreinte particulière du caractère de chacun d’eux. Bientôt Polvérel et Sonthonax furent partagés sur des mesures générales qu’ils auraient dû concerter ensemble et rendre uniformes pour toute la colonie. Sonthonax, plus jeune, plus ardent, plus actif sans doute, entraîné par cet enthousiasme qui persuadait alors à tous les républicains que la révolution ne devait trouver aucun obstacle autour d’elle, et que presque tous les moyens qui pouvaient en assurer les succès, étaient par cela même justifiés, avait une plus grande idée de l’étendue de ses pouvoirs ; il voyait mieux ce que la France avait à redouter des agitateurs qui troublaient la colonie, et la nécessité d’y porter remède par des mesures promptes et puissantes. Polvérel, plus âgé que lui[4], plus sage par cette raison, plus convaincu de la nécessité d’observer les lois au milieu même des révolutions qui semblent en être l’interrègne, aurait tempéré l’extrême activité de son collègue ; mais il aurait aussi sans doute appris de lui à ne pas trop compter sur les règles ordinaires, dans le temps où l’autorité des lois est également suspendue, et, par l’incertitude où l’on est sur celles qui peuvent subsister encore, et par l’entraînante rapidité des événemens, qui ne permet pas de suivre la direction qu’elles ont prescrite. On avait déjà fait des efforts pour les diviser. Il fut alors aisé d’y parvenir, et leur dissentiment d’opinion, manifesté dans des actes publics, et surtout dans plusieurs de leurs proclamations, contribua beaucoup à affaiblir la considération dont ils avaient joui auparavant, et à fournir des armes trop puissantes aux ennemis de la France. »

  1. Nous avons en notre possession l’original même de ces instructions, signé des trois commissaires, que nous avons trouvé dans les archives de Santo-Domingo. Nous avons aussi l’original d’un certificat de civisme délivré à Delpech, le 12 juillet 1792, par la société de Bordeaux dont il était membre. Nous ignorons comment ces deux documens ont pu s’y trouver.
  2. Il y eut ensuite des mutations. Daugy, notamment, était très-capable, tres-habile : il était, nous l’avons dit, un des rédacteurs du décret du 28 mai 1790, rendu par l’assemblée de Saint-Marc. Son astucieux discours du 20 septembre 1792, sa lettre du 7 juin 1791 le prouvent encore. (Voyez le rapport de Garran, t. 2, p. 96, et t. 3, p. 141.)
  3. Rapport de Garran, t. 3, p. 196.
  4. Sonthonax avait 29 ans, à son arrivée dans la colonie. Polvérel en avait au moins 50 : il mourut à Paris le 17 germinal an 3 (6 avril 1795). Sonlhonax est mort en 1811, âgé de 48 ans.