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Épigrammes/Après tout, si tu fus heureux

Œuvres complètes - Tome IIIVaniervolume III (p. 275-278).

XXIX


I


Après tout, si tu fus heureux
D’avoir confiance, c’est bien
Joli, ça. Le reste n’est rien
Qu’oubli… vers d’autres buissons creux.

Bref, elle t’a fait bons visages,
Tous les trois gais et souriants,
Et, de plus, les meilleurs usages
Des trois aux moments bienséants.
 
Tu lui dois des mercis géants,
Et serais conspué des sages
De n’aimer, après ces passages,
Le plus accueillant des visages,
Le moins farouche des séants,
Et le plus beau des paysages.

— Je les aime en d’autres visages,
Séants et surtout paysages,
Et je me console céans. »

II


« Vieux fou, songe plutôt au jour
Où tu devras régler ton compte,
Et surtout, va, sans fausse honte,
Quitte ces amours-ci pour l’éternel Amour.

— « Je le veux, et vraiment j’abjure
La chair blanche et ce noir velours,
Et j’offre à l’Amour des amours,
D’un cœur encor tout simple, une ardeur toute pure. »

III


« L’amitié, j’y renonce aussi
En partie : elle est décevante.
Ne débutant comme servante
Que pour tourner catin dès son coup réussi.

« Mon Dieu laissez rentrer en grâce
Un pécheur qui revient de loin !
À moi la tâche, à vous le soin
D’encourager au bien cette âme qui se lasse.

« J’ai prouvé que je vous aimais :
J’entends vous aimer plus encore
Et du soir jusques à l’aurore,
Et de l’aurore au soir vous servir à jamais.

« Toutes occupations autres
Que de vous chercher, je les hais…
Voyez que je ne mens pas… Mais
Guidez-moi, que je puisse encore être des vôtres. »