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À un jeune homme riche (Mendès)

PhilomélaJ. Hetzel, libraire-éditeur (p. 121-126).

À UN JEUNE HOMME RICHE



Jeune homme riche, aimé des Dieux,
Fuis la Muse, baise les yeux
Des blondes !

Garde-toi des rêves amers
Et ne tente jamais les mers
Profondes !

Va, triomphe parmi le chœur
Des filles blanches dont le cœur
Bat vite !
Fais l’amour, nous ferons les vers ;
Idalie aux bocages verts
T’invite.

Cependant je mêle mon cri,
Loin des jardins où la houri
Te baise,

Aux sanglots des joueurs de luth,
Applaudissant qui donne l’ut
Dièze !

Mes destins sont pareils au leur ;
Notre muse, c’est la douleur
Sans trêve ;
Ils ne sont pas ce que tu crois,
Ces Jésus qui portent la croix
Du rêve !

Le soir, sous le ciel endormi,
Quand tu vas écouter parmi
La brise

Le gazouillis charmant du flot
Qui sur la grève d’un îlot
Se brise,

Le roc a-t-il trouvé des mots,
Enfant, pouf te conter les maux
Qu’il souffre,
Sentant son granit se creuser
Sous l’impitoyable baiser
Du gouffre ?

Que t’importe ! chasse, aime et bois ;
La gazelle à l’ombre des bois
Gambade.

Fou de Champagne ou de porto,
Jette de l’or sous le râteau
De Bade !

Quitte les soins dont tu t’émeus.
N’as-tu pas les vins écumeux,
L’ivresse,
Ton arabe qu’un dey dompta
Et les cheveux luisants de ta
Maîtresse ?

Et sa cheville à l’os très-fin,
Qu’un incroyable brodequin
Étrangle,

Et sa gorge couleur de lait,
Cette seule rondeur qui n’ait
Pas d’angle ?