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À travers les grouins/Idylle suburbaine

P.-V. Stock, éditeur (p. 91-96).




IDYLLE SUBURBAINE


À Émile Métrot.


Voici les bicyclistes,
Ainsi que des ballistes
Leurs machines lançant
Sur le passant.

Voici les dégrafées
Hideusement coiffées,
Telles qu’un hanneton,
Dans leur veston.


Comme un porc que l’on châtre,
Le calicot folâtre
Hurle, par les faubourgs,
Maints calembours.

Voici Joseph Prudhomme,
Qui loin, loin de Sodome,
Sans mail-coach de Binder,
Prend un bain d’air !

Dans le bois de Vincennes,
Les magistrats obscènes
Viennent se trimbaler
Et pédaler.

Ça refait leur échine
De rouler à machine,
Libidineux et gras,
Sur le ray-grass.


Et les dames faciles
Ricanent, imbéciles,
De pister, à vélo,
Maint gigolo.

Tout le bois en fourmille.
Puis, ce sont des familles
Complètes d’ouverriers
Inébriés.

Ils apportent salade,
Gruyère, marmelade,
Veau, laitue et pourpier,
Dans du papier.

Une âme de friture
Égaye la nature,
Qu’emplit ta grande voix,
Chevandebois !


Quelque parfum agreste,
La sueur et le reste,
Diversifie au loin
L’odeur du foin.

La poussière assaisonne
Les macarons. Foisonne
La mouche des cacas,
Sur le lilas.

Plaisir combien champêtre !
Et qui ne voudrait paître
Ces repas digestifs,
Sur les fortiffs !

L’Himalaya dégoûte
Les humbles. Somme toute,
Tu vaux mieux que le Nil,
Lac Dauménil.


Car le tramway du Louvre
Peut, quand le temps se couvre,
Y mener les bourgeois,
À travers bois.

Ô douceur efficace !
Lamper un melécasse
Et le bitter plus dur,
Devant l’azur !

Ainsi triomphe l’ordre !
Nul n’a besoin de mordre,
Ayant usé ses bas,
En tels ébats.

Et, toute la semaine,
Les cyclistes que mène
Un rude et tâtillon
Chef de rayon ;


Les employés moroses,
Ayant humé les roses
Et longtemps baladé
Par Saint-Mandé,

Acceptent ergastules,
Camouflets et sportules
Et les repus grugeant
Leur pauvre argent.

C’est pourquoi leurs équipes
T’émeuvent jusqu’aux tripes
Coppée, ô sacristain
Si peu hautain !