À Odette

À Odette
OdelettesAlphonse Lemerre (p. 166-168).

 
      Odette, vos cheveux vermeils
      Ont le jaune éclat des soleils
      Parmi les moissons enchantées,
      Et caressent en nappes d’or
      Vos tempes plus blanches encor
      Que des étoiles argentées.

      Quand l’aurore rose à demi
      Se joue et frissonne parmi
      Cette douce toison fatale,
      De pâles et tristes lueurs
      Éclairent de reflets rêveurs
      Votre joue aux teintes d’opale.

      Sur votre jeune front penché
      L’étincelle d’un feu caché
      Brille dans vos yeux clairs et sombres,
      Et comme de tendres pistils,
      Les bandeaux soyeux de vos cils
      Vous caressent de grandes ombres.


      Vos lèvres déjà tout en fleur
      Ont l’harmonieuse pâleur
      De la sensitive froissée,
      Et ce lys que rien n’outragea,
      Votre front se courbe déjà
      Sous l’orage de la pensée.

      Vos regards sont si languissants
      Qu’à votre petit cœur je sens
      Saigner de secrètes blessures,
      Et parfois dans vos yeux pensifs
      Je crois voir s’amasser, captifs,
      Tous les pleurs des amours futures.

      Ah ! que ces pleurs silencieux
      Ne coulent jamais de vos yeux !
      Et ne voyez jamais éclore,
      Autour de vos cheveux flottants,
      De nos saisons que le printemps
      Et de notre jour que l’aurore !

      Que rien n’emplisse de sanglots
      Votre âme pareille à ces flots
      Où Dieu lui-même se reflète !
      Parlez aux cieux, aux champs, aux bois,
      Avec votre plus douce voix,
      Soyez heureuse, chère Odette !


      Dites aux bosquets de rosiers :
      Je veux que vous me le disiez
      Comment vos fleurs s’épanouissent,
      Et parmi de calmes amours
      Je veux que ma vie et mes jours
      Ainsi que vos roses fleurissent !

      A la source dont le flot clair
      Boit le bleu transparent de l’air,
      Dites : Je veux, ô flots sans nombre,
      Que mes jours coulent, comme vous,
      Sur un chemin facile et doux,
      A l’abri d’un feuillage sombre !

      Au bel Ange qui suit vos pas :
      Je veux que ma route ici-bas
      Ne soit qu’harmonie et sourires !
      Tel dans l’oasis du désert
      On entend parfois un concert
      De voix humaines et de lyres.

      Tous écouteront votre vœu !
      Vous parliez encore au bon Dieu
      Hier dans les célestes féeries,
      Et vous devez encor savoir
      En quels mots se parlent au soir
      Un ange et des roses fleuries.



Juillet 1846.