À Mlle ***, sur son mariage avec M ***

A Mlle ***, sur son mariage avec M *** Mercure de France, janvier 1749, p. 107-108



Un plaisant* de nos jours, criant à la merveille,
Peut-être, aimable Iris, vous chatoüille l’oreille,
Quand sur un vain prodige, éclos de son cerveau,
Il prédit au beau sexe un empire nouveau.
Mainte épouse, comptant sur sa grandeur prochaine,
En devint tout-à-coup plus aigre et plus hautaine ;
Et telle** en son orgueil, à ses suprêmes loix
Crut soumettre dans peu les bergers et les Rois.
De ce Prophète, hélas ! l’ingénieux délire
Nous traçoit de nos mœurs la plus fine satire ;
Mas le jour annoncé pour ce fameux revers
N’a point troublé chez nous l’ordre de l’univers.
Consolez-vous, Iris, Dieu, pour vous favorable,
Voulant vous assûrer un regne plus durable,
Sur vous de sa puissance étala les effets,
Sur tous à pleines mains répandit ses bienfaits.
Oui, vous tenez de lui cette rare sagesse,
Qui seule eût d’un amant mérité la tendresse,
Cette noble candeur, cet air de dignité,
Qu’accompagne toujours une douce gayeté ;
Ces attraits enchanteurs, ces talens, ce génie,
Qui sont de mille appas la touchante harmonie.
A ces dons précieux le Ciel joint un époux,
Tendre, sage ; en un mot, Iris, digne de vous.
Il vous vit, et bientôt entraîné par vos charmes
Il ne put s’en défendre, il vous rendit les armes ;
Recevez donc ses vœux, et regnez sur un cœur,
Qui, fidèle et constant, se livre à son vainqueur.