À Madame Holdt, en lui envoyant un rosier…

Poésies diverses du chevalier de Bonnard
A. Quantin (p. 267-268).

A MADAME HOLDT

En lui envoyant un rosier[1]


Quand vingt roses, sortant d’une tige commune,
En parfumant les airs charment nos sens flattés,
Le groupe s’embellit des grâces de chacune :
C’est ainsi qu’une belle, à nos yeux enchantés,
Présente à la fois vingt beautés
Qui tout ensemble n’en font qu’une.
Pour le croire, il suffit de vous voir un moment.
Vous, en qui la nature assemble
Tant de fleurs de beauté, d’esprit et d’agrément ;
Chacune plaît à part, elles plaisent ensemble,
Et de leur union résulte un tout charmant.

De mon rosier si je vous fais hommage.
Vous le voyez, ce n’est pas sans raison,
Chloé, puisqu’il est votre image ;

Mais sans trop s’arrêter à la comparaison,
Mon cœur à vous l’offrir trouve un grand avantage.
J’ai raisonné ; j’ai dit : la plus brillante fleur
Ne dure, hélas ! qu’une journée.
Et, fût-elle un tribut du cœur.
Dès qu’elle a perdu sa fraîcheur
On oublie aisément la main qui l’a donnée ;
Mais, tant que mon rosier vivra.
Mon rosier portera des roses,
Et, que sait-on, peut-être en les voyant écloses
Chloé de moi se souviendra.
Puissent l’amitié tendre et mes destins propices
Confirmer un penser si doux !
Que cet arbuste heureux, croissant sous vos auspices,
Ait chaque jour au moins une rose pour vous.

  1. Donné pour la première fois dans l’édition de 1824.