À E***. II

Œuvres complètes - Tome IIIVaniervolume III (p. 145-147).

II


à propos d’un petit panier qu’il avait démoli
au bras d’une dame dans un moment de vivacité



Lorsque nous allons chez Vanier
Dans des buts peu problématiques
Tu portes un petit panier…


Il est mort le petit panier !
Je l’ai détruit lors d’une scène.
Irons-nous encor chez Vanier ?
Il est mort le petit panier !
Dire que ton œuvre, vannier,
Je l’ai tuée au bord de Seine.
Il est mort le petit panier !
Je l’ai détruit lors d’une scène.

Je ne suis pas trop fier, vraiment.
De ça qui n’est pas mon chef-d’œuvre,
Tant s’en faut, je le dis crûment.
Je ne suis pas trop fier, vraiment,

Et même un remords véhément,
Me mord ainsi qu’une couleuvre.
Je ne suis pas trop fier, vraiment,
De ça qui n’est pas mon chef-d’œuvre.

Heureusement il est un dieu
Pour ceux que la… colère enivre.
Et ce dieu-là n’est pas un pieu.
Heureusement il est un dieu
Qui t’inspirait. Après l’adieu
Dit, que ce gage dût revivre.
Heureusement il est un dieu
Pour ceux que la… colère enivre.

Et, comme autrefois le phénix,
Il reparaît beau, vaste même,
Disant à l’âpre Parque : Nix !
Et, comme autrefois le phénix,
Le revoici, d’après un X
Où tel pipo perd son barême.
Oui, comme autrefois le phénix,
Il reparaît beau, vaste même.

Nous irons encor chez Vanier
Dans des buts peu problématiques.
Encor qu’il semble le nier,
Nous irons encor chez Vanier

Avec cet énorme panier
Plein de choses mal esthétiques.
Nous irons encor chez Vanier
Dans des buts peu problématiques.

Et nous en reviendrons toujours
Après avoir, sans plus de scène,
Vidé vos querelles, amours,
Et nous en reviendrons toujours,
Après vous avoir jetés, lourds
Soupçons et faux propos, en Seine,
Aux vrais propos, mais pour toujours,
Aux francs baisers sans plus de scène.