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Poèmes tragiquesAlphonse Lemerre, éditeur (p. 143-144).






Le frais matin dorait de sa clarté première
La cime des bambous et des gérofliers.
Oh ! les mille chansons des oiseaux familiers
Palpitant dans l’air rose et buvant la lumière !

Comme lui tu brillais, ô ma douce lumière,
Et tu chantais comme eux vers les cieux familiers !
À l’ombre des letchis et des gérofliers,
C’était toi que mon cœur contemplait la première.

Telle, au Jardin céleste, à l’aurore première,
La jeune Ève, sous les divins gérofliers,
Toute pareille encore aux anges familiers,
De ses yeux innocents répandait la lumière.


Harmonie et parfum, charme, grâce, lumière,
Toi vers qui s’envolaient mes songes familiers,
Rayon d’or effleurant les hauts gérofliers,
Ô lys, qui m’as versé mon ivresse première !

La Vierge aux pâles mains t’a prise la première,
Chère âme ! Et j’ai vécu loin des gérofliers,
Loin des sentiers charmants à tes pas familiers,
Et loin du ciel natal où fleurit ta lumière.

Des siècles ont passé, dans l’ombre ou la lumière,
Et je revois toujours mes astres familiers,
Les beaux yeux qu’autrefois, sous nos gérofliers,
Le frais matin dorait de sa clarté première !