Le Soir (Verhaeren)

Œuvres de Émile VerhaerenMercure de FranceIX. Toute la Flandre, II. Les Villes à pignons. Les Plaines (p. 277-278).


LE SOIR


Au déclin de l’année,

Décembre, avec ses ciseaux lourds,
Coupe les plus longs pans de lumière et de jour

Au manteau clair des dernières journées.


Dans les fermes, autour du feu,

Chacun revient vers les quatre heures ;
On a lavé le linge et baratté le beurre.
Sur leur chaise bâillent les vieux,
Serrant leur corps, toussant leur rhume.
Les fils rentrent des champs,
L’autre après l’un, tranquillement,
Et s’approchant de la lampe qui fume,

Menton penché, les ors dans leur pipe s’allument.


Et pendant qu’on se tait à l’unisson,

Tous les bruits de la nuit sourdent de l’ombre
Et s’entendent autour de la maison ;
Des bonds fuient brusques et sombres,
Au long du pré vers les buissons.
Un cri plaintif et lent, qui tout à coup sanglote,
Cri de chouette ou de hulotte,
S’en vient, on ne sait d’où, là-bas ;
Et les taupes, qui besognent sous terre,
Jusque près du pignon font leur travail obscur.
Un flasque et lourd plongeon crève une eau solitaire

Et d’énormes rats noirs grimpent au long des murs.