Wikisource:Extraits/2021/14

Poésie de Madame Poncelet-Dronsart dans Le Monument de Marceline Desbordes-Valmore

1896


page=1

Poésie de Madame Poncelet-Dronsart


Madame ! un si grand mot m’épouvante et m’oppresse…
Laissez-moi vous nommer ma mère, simplement !
Ce nom, mieux que tout autre, exprime la tendresse.
S’il en est de plus beaux, aucun n’est plus aimant.

Ce nom fut le premier, sans doute, que ma lèvre
Tenta de prononcer dans un louable effort !
L’enfant bégaie encor quand sa mère le sèvre ;
Moi — beaucoup me l’ont dit — je balbutiais fort.

Mais les chers oiselets qui, dans leur nid de mousse
Se tiennent tout le jour frileusement blottis,
Attendant pour voler que leur jeune aile pousse,
Chantent aussi bien mal, lorsqu’ils sont tout petits.

J’étais, dans mon enfance, un tantinet gourmande,
J’avais un caractère inégal, … orageux ;
Rien ne me tourmentait tant qu’une réprimande,
Je haïssais l’étude et j’adorais les jeux.

Je ne le dis qu’à vous, si rêveuse, si tendre !…
Mère, n’avez-vous pas prévenu nos désirs
En faisant des récits qu’il est bien doux d’entendre ?
Ils guident notre cœur et charment nos loisirs,

Vos leçons m’ont appris à détester mes vices,
À chérir l’indigent, travailler, obéir ;
À mettre aux pieds de Dieu mes plus grands sacrifices.
Bref, cet essaim maudit tend à s’évanouir.

Je voudrais, comme vous, savoir chanter et rire,
Soupirer, pleurer même !… Oh ! que j’aime vos pleurs !
Ils brillent sur les mots que vous venez d’écrire
Comme des diamants épandus sur des fleurs !